Les Mandingues. encore appelés mandenko/bambara/malinke/dioula selon les régions, sont un peuple présent en Afrique de l'Ouest parlant les langues mandingues ou n'ko et à l'origine de la fondation de l'empire du Mali. Le rôle de l'Empire du Mali dans la formation des civilisations ouest-africaines paraît avoir été considérable. Les progrès des études ethnologiques ont mis en lumière l'unité culturelle profonde du groupe mandé, déjà constatée dans le domaine linguistique. Elle s'exprime par des similitudes dans les croyances traditionnelles et l'organisation sociale (familles ou « clans » au sens le plus étendu du terme : porteurs d'un même nom de famille ou diamou -; relations entre ces familles; -mythes relatifs à leurs origines). Certaines populations non mandé mais soumises à l'autorité des Keïta en auraient adopté les principes, en même temps qu'un fond de vocabulaire emprunté aux langues mandingues; d'autres, d'origine mandé, mais non islamisées et ayant émigré ou s'étant repliées sur elles-mêmes, ont conservé ces traditions mais ont plus ou moins perdu le souvenir de leurs origines. Mme Dieterlen y voit l'effet d'un système imposé par les Keïta dans leur empire. Sans exclure cette hypothèse, on peut se demander si les faits invoqués peuvent s'expliquer en partant de temps si proches, ou s'ils remontent à une civilisation proto-mandé, antérieure même au Ghâna. Ce qui est sûr c'est que les souverains du Mali, tout en professant officiellement l'Islam (que leurs fonctionnaires et commerçants feront pénétrer à l'ouest en Gambie, au sud-est en direction du « Bitou », etc.) ne cesseront jamais d'être des chefs religieux à la manière traditionnelle, gardant leur emprise sur les populations paysannes, au travers probablement des sociétés « secrètes » initiatiques. Il n'y avait sans doute pas, dans leur esprit, contradiction : l'Islam leur donnait une assurance supplémentaire, ne comportant pas pour autant l'obligation d'abandonner celles de la religion traditionnelle.

Les divisions des grands groupes ethniques dans le domaine linguistique Mandé ont été indiquées pour la première fois d'une façon précise par Louis-Gustave Binger. On les divise en deux embranchements : les So : Soninké, Sarakolé, Soussou, Dialonké, Dioula, Vaï ; les Ma : Malinké, Minianka, Bambara, Toma, Kissiens, Ouassoulounké.

Les So Les grandes familles du groupe ethnique des Mandingues groupées sous le nom de « So » l'ont été sous celui de « Ndé » par Louis-Gustave Binge. Il y a en effet une parenté évidente entre ces diverses fractions, tant au point de vue ethnographique que linguistique. Ethnologiquement et linguistiquement, les Soninké représentent l'archétype dans ce groupe. Les autres familles, plus métissées, forment la transition avec les ethnies du groupe de Ma.

Ce sont probablement « les hommes du cheval », ceux qui introduisirent en Afrique Occidentale ce quadrupède qui est, dans tous les pays noirs, un privilège de la noblesse, des chevaliers.

Ce qui rend plausible cette origine, c'est que dans beaucoup encore de dialectes de l'Afrique Occidentale ce mot, ou tout au moins son radical, désigne également le cheval : « So » en soso et bambara, « Sou » en malinké, « Souo » en khassonké, « si » en soninke, « is » et « itchou » en zénaga, « poutchiou » en peul, « Fas » en wolof, « pis » en sérère, « Ansouï » » en baga, « Sara » en kaansa, « Sourou » en samo, « Souo » pour les Bobo-Dioula…

Les Soninké ou Sarakholé Bien que différents des locuteurs du n'ko, ils sont classés dans ce groupe linguistique. Ils se trouvent tous dans les territoires de Sénégambie. Cependant il y a quelques confédérations dans le N'Gabou (Guinée Bissau), et le long de la frontière nord de la Guinée.

« Soni » veut dire en Soninké « Lamentin ». La signification de Soninké est donc « homme du lamentin » comme Malarha, nom sous lequel les Dioula désignent les Soninké. On a voulu aussi faire venir ce mot de « Soni », le grand conquérant Songhay et de sa dynastie, à laquelle se sont alliés les Sarakholé.

Les autres noms que l'on donne parfois aux Soninké sont ceux de « Wagobé » (ainsi nommés par les Foula à Zinder, et parlant Songhay), les « Sillabé » (nom d'une de leur famille, aux environs Songhay), les « Samokho » ou « Samorho » du côté de Sikasso, ce nom signifiant homme du serpent, et rappelant une de leurs légendes bien connue. On trouve une de leurs colonies à Tischitt (Sahara Occidental), parlant le dialecte Shétou ; on les voit établis sous le nom de « Nyaré » aux environs de Bamako où ils sont métissés de Maures. Enfin les Bamana et les Dioula les appellent souvent « Markanké » ou « Marka », et dans le Gangaran ils reçoivent le nom de « Gangari »…

En Guinée, les Soninkés ne sont représentés que par des groupes peu importants, disséminés dans tout le pays. Leurs villages principaux sont : Manda, Konkoron, Badougoula, dans Labé ; Kindia dans le Canéa ; et des agglomérations parfois importantes dans toute la Haute-Guinée (Oulada, Bouré, Bâté, etc.).

Ils sont divisés : +Par M. BingerPar M. Le Châtelier.En BakiriEn Sakho apparentés aux Bamana ou plutôt aux MalinkéEn CisséEn Dabo issus des KogortaEn SilléEn Kalé issus des BamanaEn DiabiEn Ouattara parents des Silla et des DiawaraEn DoukouréEn Fofana apparentés primitivement aux KogortaEn KabaEn TabouréEn SakhoEn TouréEn NiakhatéEn Diawara apparentés aux Dénianké, aux Dioula et aux Bamana ;En DiawaraDiawara SagonéEn KomaDiawara DaboEn DianeEn SérifouEn Silla (sous-famille Gallo)En CisséEn KaïraEn DoukouréEn Gassama/Gassama-DiabiEn DiakhabaEn FissourouEn FadigaEn DaféEn Bérèté

Les Fofana qui semblent bien, comme l'indique Alfred Le Chatelier, être d'origine Soninké et métissés de Bamana se disent cependant parfois Toucouleurs ou Dioula. M. Le Châtelier émet l'hypothèse, quasi-certitude, que le groupe des Fofana représenterait la survivance d'une ancienne caste commune à toute la famille Mandé.

M. Binger classe cette famille à part, comme une sous-groupe particulier, et la divise en : +Fofana du Nouroukrou(n'téné Éléphant)Fofana du Nyamina(n'téné Lion)Fofana du Bakhounou(n'téné Panthère)Fofana du Ouorodougou(n'téné une variété de serpents)Fofana-Kagoro(panthère)Fofana-Souransa(boa ou Maninian).

Les Kamara sont omis par Binger et Le Châtelier. Il y a cependant toute une fraction de cette famille qui est Soninké se distinguant soigneusement de la famille Malinké que citent seuls ces deux auteurs. Dans cette liste nous ne voyons pas non plus les Maréna et la famille des griots Guidiala. Nous ajouterons également les Sadioko ou Sadiogo, qui, d'après le Dr Rançon, seraient des Denianké et les Kasonma, qui sont peut-être des Khasonké, mais sont considérés dans la Haute-Guinée comme Sorakholé.

Les Bakiri ou Bakili, cités par M. Binger, sont omis par M. Le Châtelier. Il est vrai que cette famille est représentée actuellement par des groupes peu importants (n'téné, le loukounè. poisson). Mais elle a joué un grand rôle dans l'histoire du Soudan Occidental. Ce sont les Bakiri qui fondèrent l'empire de Oualata dont le royaume de Ouagadou était le prolongement méridional, avec les villes de Diéné et Sansanding. Depuis, cette même tribu, appelée aussi « Sempré », a fondé le Guoy, le Kaméra et le Diombokho (moyen Sénégal). On la trouve surtout dans le Gadiaga. Les Sakho, les Diabi, les Silla et les Cissé, sont les principales familles qui en descendent.

Enfin, ajoutons à cette nomenclature les Sissokho, qui sont bien des Soninké et qui commandaient dans le Tomora. Chez les Bamana, ils sont forgerons, et sont apparentés aux Diop-Wolof dont ils ont le n'téné, l'iguane. De même, les Diawambé (singulier Diawara) forment, une véritable caste d'hommes d'affaires, de commerçants.

Il est remarquable que les Diawambé, descendants des Zogoran, tribu éteinte qui domina au nord du Macina, soient apparentés aux Ouatara et aux Sakhanokho, deux des grandes familles Dioula, qui ont le même n'téné : la tête de chèvre. Or les Dioula comme les Diawara, s'occupent spécialement de commerce. L'on peut se demander si ces familles n'ont pas représenté à un moment donné les chefs Dénianké, ce groupe de Mandé, métissée de Foula, qui fut dispersée par les Torodo ; n'oublions pas aussi de mentionner les Tounkara (fils de Tounka, Tounka désignant les chefs Soninké ; structure analogue à Massaré, fils de Massa), qui fondent Kita et que nous retrouvons sur la frontière sud du Beyla.

Le n'téné éponyme des Soninké parait être le lamentin (Soni). La légende nous les montre sacrifiant pendant longtemps au peuple des rivières.

Les Soninké semblent être la souche d'où sont sorties plusieurs autres fractions des So : tels les Dioula. D'autre part, ils ont tellement de points de parenté avec les autres sous-groupes Mandé qu'il est parfois fort difficile de démêler la vérité au milieu des allégations des indigènes. Ce qui paraît certain, c'est que, à la chute de l'empire du Ouagadou, de nombreuses tribus Soninké se désagrégèrent et allèrent dans le Manding. Il en fut ainsi des Cissé, des Touré, des Koma, des Bérété. Le même mouvement se produisit à la suite de guerres des Bamana et Toucouleurs dans le Kingui, le Ségou et le Nioro, au milieu du siècle dernier.

Les Soso ou Soussou et Dialonké Les Soso forment une des fractions ethnologiques de la Guinée. Ils habitent essentiellement : la région côtière où, sous le nom de Soso ou Sousou, ils se sont mêlés plus ou moins aux autochtones, et surtout aux Baga ; la région des marches du Fouta, où ils sont connus sous le nom de Dialonké.

Il s'est formé, au hasard des métissages, divers groupes entre lesquels on trouve de grandes dilférences : Soso du Nord (Rio Pongo, Kaloum) et du Sud (Mellacorée), Dialonké de l'Est et de l'Ouest. Les dialectes ne sont pas tout à fait les mêmes. Il y a surtout une grande différence entre les Soso du Nord et ceux de Mellacorée, dont une partie est composée d'apports relativement récents de Soninké. Néanmoins nous trouvons chez tous les Soso et Dialonké des ressemblances générales, qui nous rappellent leur origine. +Les Souma ou Soumaoron'téné: le lion, le caïman, apparentés aux Keïta Malinké.Les Bangouran'téné : le léopard ; Les Fakoly; proches parents des Sissokho.Les Kontéapparentés aux Malinké (fraction : Laghabi).Les KamaraSont alliés aux Kamara Soninké (n'téné : le mange-mil). Ils forment les fractions Dialonké des Kalo et des Santara.Les Nomokhoapparentés aux Malinké et aux Souma.Les Sakhod'origine Soninké sont alliés aux Silla Soninké et correspondent aux OuataraLes Damba ou Yatarad'origine Soninké sont alliés aux Silla Soninké et correspondent aux OuataraLes Kabad'origine SoninkéLes Touréd'origine Soninké. N'téné : Eléphant et serpent à deux têtes: trigonocéphale (?).Les Dantoumaprobablement fraction d'une autre tribu.Les Cisséd'origine SoninkéLes Tanian (Manian ?)probablement fraction d'un sous-groupeLes Youla qui comprennent :Les YansanésLes FofanaLes TaraoualiLes SankoigniLes YataraLes Samouraparents des Ouléré Malinké (origine Bamana) n'téné Bamana : le petit lion (Warakalandé) l'Eléphant. Samon ou Samou signifie éléphant en Malinké. Samoura, fils l'éléphantLes KouroumaLes FakolyLes Langanfraction Dialonké des KeïtaLes Niakhaso et Niakhatéd'origine Soninké.Les Dafé ou Dafîlakaïd'origine Soninké.Les Fadigad'origine Malinké

Il faut noter que les Sissokho ne sont pas mentionnés dans cette liste. Cette famille serait l'une des principales des Soussou. Les Bangoura ne seraient autres que des Sisokho, et ils forment l'une des principales familles Soso.

Dioula ou Youla, Vaï et Loko On les rencontre en groupes compacts dans le Diené, à San, le Macina, le Mossi, le Kouroudougou, le Ouorodougou, le pays de Kong, etc. En Guinée, ils sont représentés par une fraction assez nombreuse dans la Mellacorée, où ils sont appelés Youla (plur. Youlé). Vers les frontières du nord, chez les Coniagui, Bassari, etc., ils forment, d'après Rançon, un cinquième de la population dite « Malinké » de ces régions.