L’abbaye d'Ebersmunster était une abbaye bénédictine située dans la commune d'Ebersmunster dans le département du Bas-Rhin, non loin de la ville de Sélestat. Elle fut une abbaye bénédictine jusqu'à la Révolution française. Ebersmunster était appelée aux premiers temps de sa fondation Evremoutier, puis Ebrotheimmunster, à l'époque où régnait le duc Etichon Etichon: appelé également Aldaric, Athic, Eticho ou Etichon a régné entre 645 et 689. Il a été nommé duc d'Alsace par Childéric II roi d'Austrasie de 662 à 675 . Aujourd'hui l'église baroque sert d'église paroissiale dont le saint patron est saint Maurice fêté le .
Histoire
Saint-Déodat fonde une petite communauté
Vers 675, un moine irlandais du nom de Déodat s'installe dans la région pour tenter d'évangéliser les populations habitant alors la région. Il parcourt ainsi des centaines de kilomètres, venant de Lorraine. Dans le val d'Argent il y rencontre un ermite, Bobolino et lui demande de fonder un ermitage à l'endroit connu aujourd'hui sous le nom de Bois l'Abbesse faisant partie depuis la Révolution de la commune de Lièpvre. Ensuite, il se rend dans le Val de Villé en passant par la montagne du Chalmont et poursuit sa route pour essayer de convertir au christianisme la population. Il se fixe alors à Ebersmunster et fonde une petite communauté de moines qui suivront la règle de saint Colomban C'est ce que prétend l'abbé L.G. Goeckler dans l'ouvrage: Saint-Déodat . Sous le règne de Childéric II, en 669 et avec son appui il fonde un monastère dans la vallée de Galilée qui s'appellera Jointure et qui deviendra en 954 une célèbre collégiale dans la ville de Saint-Dié-des-Vosges. Le monastère de Jointure reçut par la suite des religieux formés à Ebersmunster. Saint Déodat au cours de son séjour en Alsace fit la connaissance d'un riche seigneur connu sous le nom de Hunon qui séjournait alors à Hunawihr Richer: Chronico Senoniensi, Hunne son épouse était alliée au duc Aldaric Gebwiller: Leben S. Otilien, . Hunne était une femme très pieuse et se rendait souvent auprès des pauvres pour leur rendre de menus services, comme laver leur linge. Les habitants l'avaient surnommés la sainte lavandière Ruyr: Antiquités de la Vosge, . Elle eut un fils qu'elle nomma Déodat. Ses parents le vouèrent à Dieu. Il mourut comme religieux à l'abbaye d'Ebersmunster Ruyr, . Hunne fut une bienfaitrice de l'abbaye d'Ebersmunster. Elle donna la moitié des biens qu'elle possédait à Sigolsheim et à Mittelwihr à l'abbaye d'Ebersmunster et une autre moitié de ses biens d'Ungersheim à celui de Jointure. Hunne fut canonisée en 1520 grâce à l'intervention d'Ulrich de Wurtemberg par le pape Léon X Vita S. Deodati, . Quant à Saint Déodat il finit ses jours le dans le monastère qu'il avait fondé à Jointure (Saint-Dié-des-Vosges) tout en conservant celui d'Ebersmunster. Les moines d'Ebersmunster lui donnèrent comme successeur Ehrade, qu'on prétend être le même que Saint-Eharde évêque qui baptisa sainte Odile. Mais la chronique d'Ebersmunster dit qu'il était simple moine lorsqu'il fut élu par ses frères. Thierry III, roi de France et d'Austrasie vint à Ebersmunster. Édifié par la simplicité et la bonté des solidaires qui peuplaient l'endroit, il détacha de son domaine royal les villages de Hiltzen (Hilsenheim), Bindern (Bindernheim) et Ehnweyer (Ehnwihr) Enhweyer aujourd'hui Ehnwihr est un hameau faisant partie de Muttersholtz qui se trouvaient pas très loin d'Ebersmunster. Il abandonna de son domaine toutes les dîmes, églises, bans, serfs et autres biens et les confia aux moines et à ses successeurs sous la protection et l'immunité royale. Le roi ne conserva qu'une cour avec quelques serfs à Hiltzen pour y loger les officiers royaux qui viendraient séjourner dans la région. Dans un diplôme du adressé à Athic, duc d'Alsace, Thierry III confirme la donation qu'il avait faite de Hiltzen et de son église ainsi que des dîmes. Dans ce diplôme il affirme qu'il prend sous sa protection les hommes libres de ce lieu, en les exemptant de la juridiction des juges royaux pour les soumettre à celle de l'abbaye. Il ordonne en outre que tous les droits et impôts qu'ils payaient auparavant pour le trésor du roi reviennent dorénavant à l'abbaye d'Ebersmunster pour être employés au luminaire de l'église.
Naissance L'endroit où fut fondée l'abbaye était connu sous le nom de Novientum lorsque les Triboques peuplaient encore la région. C'est sur cet emplacement que fut construite l'abbaye d'Ebersmunster financée par le duc Aldaric et son épouse Bereswinde (ou Berswinde), fille du roi Sigebert III et cousine de Saint Léger évêque d'Autun dont les noms apparaissent dans la chronique de cette abbaye et dans une charte de Carloman Ier et Charlemagne de 770 et 810. La chronique d'Ebersmunster en fait remonter l'origine jusqu'à Trebera, fils de Ninus, mais il s'agit plutôt d'une légende. Dans cette même chronique on y lit que Jules César fit bâtir à cet emplacement un temple consacré au Dieu Mercure, connu sous les Celtes sous le nom de Teutatès. Les peuples des alentours offrirent en sacrifices des proies vivantes ou même de jeunes vierges. D'après la légende, ce temple fut détruit par saint Materne, apôtre de l'Alsace qui éleva sur les débris de ce temple une église sous l'invocation de saint Pierre. Novientum fut ensuite baptisé Ebersmunster, qu'on peut traduire par habitat du sanglier, vraisemblablement à cause du grand nombre de sangliers qu'on y chassait dans les environs. On prétend que c'est à Novientum que le fils de Dagobert Ier, Sigebert III, second roi d'Austrasie avait été blessé au cours d'une battue de chasse. Dès l'an 661, l'endroit fut occupé par quelques solitaires qui vivaient en communauté. Leur nombre augmenta considérablement avec l'arrivée de saint Déodat, évêque de Nevers qui s'y retira. D'après la légende, saint Déodat s'était d'abord fixé dans un lieu reculé de la forêt de Haguenau où il connut quelques déboires avec les habitants des lieux qui lui manifestaient leur hostilité. Il se lia d'amitié avec saint Arbogast Saint-Arbogaste fut d'abord un ermite qui vécut dans une forêt proche d'Ebersheim. Le roi Dagobert connaissant ses grandes vertus lui demanda de succéder à l'évêque Lothaire de Strasbourg qui venait de mourir. Il mourut le 21 juillet 628 , puis se retira à Ebersheim. Saint Déodat y bâtit une église en l'honneur des apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul, et l'enrichit des reliques du martyr saint Maurice qu'il avait obtenues d'Ambroise, abbé du monastère de Saint Maurice en Valais.
Fondation de l'abbaye
L'abbaye bénédictine d'Ebersmunster Ebersmunster est connue sous le nom d'Ebrotheimunster, du nom d'une villa franque voisine est fondée au milieu du sur les restes d'un camp fortifié romain. Elle fut richement dotée par le duc d'Alsace Aldaric, père de Sainte Odile, connu aussi sous le nom Etichon qui reçut les reliques de Saint Dié. La vie monastique fut d'abord réglée par Saint-Déodat. La communauté suivit ensuite la Règle mixte bénédictine pure. L'inauguration de l'église fut faite par l'évêque de Nevers vers l'an 667 en présence de nombreux habitants de la région venus d'Alsace et de la Lorraine Chronicon Novientense rédigé vers 1133 et dont de larges extraits ont été reproduits dans l'histoire de l'église de Saint-Dié-des-Vosges de Jean Claude Sommier, archevêque de Césarée, grand prévôt de Saint-Dié-des-Vosges, page 16 . Aldaric, duc d'Alsace à qui appartenaient les terres d'Ebersmunster, contribua par ses dons à la fondation de l'abbaye. Les biens qu'il accorda à l'abbaye d'Ebersmunster furent considérables. Ils comprenaient notamment la cour seigneuriale et l'église d'Ober-Sultz et toutes les dîmes avec tout le ban depuis le haut de la montagne du Ballon et la fontaine de Breitenbrunn jusqu'à la forêt de Munebroch, ainsi que la cour seigneuriale d'Eguisheim et les dîmes, la cour seigneuriale de Sigolsheim, l'église et les dîmes, ainsi que la moitié du village de Metzeral jusqu'à Stosswihr, depuis la rivière de la Fecht jusqu'à celui de Muhlbach. L'abbaye disposait également de la cour d'Orschwiller et des dîmes ainsi que la moitié du ban qui passe par le ruisseau de l'Eckenbach séparant la Haute-Alsace de la Basse-Alsace, qui dépendait auparavant du diocèse de Strasbourg et de Bâle. (aujourd'hui le Haut-Rhin et le Bas-Rhin). L'abbaye d'Ebersmunster disposait également de la cour de Scherwiller, les dîmes et son ban et la moitié des terres de Kogenheim, ainsi que l'église, les dîmes et le village de Sermersheim, de Huttenheim, Valff, Nordhausen (ou Nartz), Hindisheim, Muttersholtz. L'abbaye d'Ebersmunster disposait également de la chapelle et de la moitié des dîmes de Baldenheim, depuis Ehnweyer jusqu'à Baldenheim et celui d'Artolsheim jusqu'à Rathsamhausen, les trois quarts du ban de Grussenheim et tout le ban de Weisweiler dans le Brisgau de l'autre côté du Rhin. Les dîmes et le ban de Burgheim, la cour, l'église et les dîmes de Lagelnheim faisaient aussi partie des biens d'Ebersmunster. Plus tard, sainte Odile qui s'était liée d'amitié avec l'abbaye fondée par son père établit des liens très étroits entre ses chanoinesses de Hohenbourg et les moines d'Ebersmunster. Elle nomma directeur spirituel l'abbé d'Ebersmunster et demanda qu'on lui envoyât aux jours solennelles de l'année quelques religieux pour faire l'office divin, notamment pour la fête de la Nativité de la Sainte Vierge. Elle céda à cette occasion et à ses successeurs une chapelle dont elle disposait à Semersheim, ainsi que les droits sur le sel qu'elle avait sur les salines de Marsal et de Moyenvic, ainsi que plusieurs biens sur les bancs de Barr, Illkirch-Graffenstaden, Kunheim, Châtenois, Sermersheim, Gundolsheim, Bergholz, Rixheim, Rurelsheim et Baldersheim. Elle s'engagea également à fournir les ornements de l'autel de Saint-Maurice d'Ebersmunster et ceux qui devaient servir à l'abbé à l'occasion des fêtes solennelles. L'établissement fut élevé en 818 au rang d'une abbaye impériale. À la fin du , le roi Arnoul l'assujettit aux évêques de Strasbourg. Pour obtenir le droit d'élire librement l'abbé et pour jouir de l'immunité du domaine monastique, l'abbé et la communauté n'hésitèrent pas au à falsifier les chartes anciennes.
Plusieurs diplômes mentionnent les biens accordés à l'abbaye La chronique d'Ebersmunster écrite en 1133 consigne l'histoire de cette abbaye, bien que certains passages soient mis en doute par de nombreux historiens.
À l'époque de Pépin le Bref, l'abbé Colombe successeur de Erharde fait consacrer par saint Pirmin une église qui avait été bâtie en l'honneur de saint Pierre par un prêtre portant le nom de Yrin. Benoît, quatrième abbé de l'abbaye d'Ebersmunster, obtient de Pépin le privilège de l'immunité.
Carloman Ier, lors d'un séjour en Alsace vers 770 dans son palais établi à Brumath, renouvelle les privilèges que son père Pépin le Bref et ses prédécesseurs avaient accordés à l'abbaye d'Ebersmunster. Il exempta de la juridiction royale toutes les possessions obtenues de son fondateur, le duc Aldaric, spécifiées dans un diplôme que Carloman fit expédier le par Maginaire Abbé de Saint-Denis qui a succédé à Fulrad son chancelier. Les biens qu'a reçus cette abbaye sont aussi mentionnés dans quatre diplômes de Louis le Pieux, en 814, 818, 824 et 829, mais ces copies sont probablement des faux si l'on en croit les experts qui les ont minutieusement examinées.
De tous les biens provenant du duc Aldaric, l'abbaye d'Ebersmunster n'a conservé par la suite que les dîmes de Muttersholtz et du village de Rathsamhausen. Les revenus des dîmes de Sermersheim, Uttenheim, Artolsheim et Grussenheim étaient partagés avec les églises locales. Le monastère est déclaré abbaye de droit impérial en 870.
Ebersmunster un haut lieu du christianisme