La bataille de Marignan ( en Italie, aujourd'hui , ville à au sud-est de Milan) eut lieu les et et opposa le roi de France et ses alliés vénitiens aux mercenaires suisses qui défendaient le duché de Milan.

La bataille de Marignan est l'un des épisodes des guerres d'Italie commencées par en 1494 afin de contrôler le duché de Milan.

Première victoire du jeune roi , acquise dès la première année de son règne, elle fit environ en seize heures de combat..

Les guerres d'Italie

Les guerres d'Italie furent une suite de conflits menés par les souverains français en Italie au cours du pour faire valoir leurs droits héréditaires sur le royaume de Naples, puis sur le duché de Milan. En effet, le royaume de Naples jusqu'en 1442 était aux mains de la maison d'Anjou, maison cadette des Capétiens. À cette date, l'Aragon avec le roi en prit le contrôle. La maison d'Anjou essaya alors sans relâche d'en reprendre possession. Son dernier représentant, René d'Anjou, mourut en 1480 : ses droits sur le royaume de Naples passèrent alors au royaume de France, sur lequel régnait , puis, à partir de 1483, . En 1486, certains barons du royaume de Naples, restés fidèles aux Angevins, se révoltèrent. Vaincus, ils se réfugièrent en France. Les monarques français essayèrent alors de faire valoir leurs droits pendant près de soixante ans.

vignette|gauche|Ludovic le More.Miniature de Giovanni Ambrogio de Predis. Au tournant du , les Suisses. opérèrent militairement pour leur propre compte ou dans le service mercenaire dans une Italie du Nord affaiblie et morcelée. En 1495, ils permirent au roi de triompher des Milanais et des Vénitiens à Fornoue. En 1499, les Suisses passèrent une alliance de dix ans avec le roi de France en vertu de laquelle celui-ci pourrait prendre à son service. Grâce à ces mercenaires, conquit le duché de Milan et en expulsa son maître, Lodovico Sforza, dit le More.

Toutefois, comme le Roi de France ne s'acquittait pas de la solde promise, les Suisses mécontents changèrent de camp et les Français s'en allèrent, sans même livrer bataille, permettant le retour de Sforza. revint avec engagés au prix fort contre la volonté de la Diète de Zurich. Ainsi, des mercenaires suisses firent face à d'autres mercenaires suisses. À la suite d'une intervention de la Diète et des tractations entre les camps, le combat fratricide fut empêché, et récupéra les territoires perdus.

Intervint un nouveau différend entre et les cantons d'Uri, Schwyz et Unterwald, portant sur Bellinzone que ces derniers revendiquaient. De ce fait, marchèrent sur Arona (Italie) où le roi de France renonça formellement à ses exigences par le traité de 1503.

Les territoires du Milanais aux mains du roi de France continuaient à susciter les convoitises. Lorsque l'alliance de dix ans entre le roi de France et les Suisses arriva à son terme (1509) et que celui-là montra son désintérêt vis-à-vis de ses anciens alliés, le pape par l'intermédiaire de l'évêque de Sion, Matthieu Schiner, convainquit les Suisses de rallier sa cause contre une forte solde et des pensions annuelles (1510). Fort de cette alliance, le pape ouvrit les hostilités contre le roi. En 1511, les Suisses marchèrent sur Milan que les Français abandonnèrent sans livrer bataille. En 1512, sous les ordres du commandant en chef Ulrich von Hohensax, qui s'était particulièrement distingué lors de la guerre de Souabe., se rallièrent aux Vénitiens en Lombardie, également alliés au pape, et prirent une ville après l'autre aux Français qui tombaient entre leurs mains sans résistance, à l'exception de Pavie qui nécessita un siège de courte durée avant de capituler. Il ne fallut que quelques semaines pour chasser les Français d'Italie.

vignette|gauche|redresse|Le cardinal Matthieu Schiner, dessin d'Albert Anker (1831 – 1910) d'après une gravure ancienne.

Avec l'appui des Suisses, Maximilien Sforza se fit remettre Milan (). En contrepartie, les Suisses obtinrent la Vallemaggia, Locarno, Lugano, Mendrisio, Bormio, la Valteline, Chiavenna.

Dès le , tenta de récupérer le Milanais. Une première tentative dirigée par La Trémoille se solda par un échec. Les troupes françaises manquèrent de prendre Novare défendue par les Suisses. Après une bataille qui coûta la vie à et , les troupes françaises prirent la fuite.

vignette|redresse|Portrait du chef de guerre Louis II de la Trémoille, attribué à Benedetto Ghirlandaio (1486 – 1487).

Alors que les campagnes d'Italie conféraient un énorme prestige à la Suisse, des tensions internes apparaissaient entre certaines grandes familles suisses qui continuaient à percevoir des rentes du roi de France pour le service étranger et le peuple qui n'en tirait que peu d'avantages.

À la suite d'une fausse nouvelle de défaite des Suisses à Novare, la Suisse envoya faire le siège de Dijon, défendue par La Trémoille, qui fut forcé de négocier leur départ. Par le traité de Dijon du , il promit une indemnité de guerre de et . Cependant, refusa de reconnaître la dette, empêchant une conclusion de paix entre les deux pays. Cet épisode est représenté et commémoré par la tapisserie Le Siège de Dijon par les Suisses en 1513..

Le lancement de la cinquième guerre d'Italie L'avènement de vignette|Le nord de l'Italie en 1494. mourut le alors qu'il préparait une nouvelle campagne. Son successeur, , affirma ses prétentions sur le Milanais dès le début de son règne, en faisant valoir les droits de sa femme Claude, héritière des Orléans, et donc de . Afin d'y parvenir, il obtint le soutien de Venise mais manqua d'obtenir celui des Suisses, exigeant toujours les indemnités promises lors de la prise de Dijon avant toute régularisation des relations... Dans une ultime tentative de conciliation, le jeune roi français se déclara disposé à honorer la dette de Dijon à condition de récupérer le Milanais. Sous l'influence de Schiner et la prédominance des cantons anti-français, la proposition fut repoussée par les Suisses..

Devant l'échec de la diplomatie, rassembla une armée de . Pour financer ses dépenses militaires, le roi augmenta l'impôt et fit des emprunts, car il lui fallait acheter la neutralité d' mais aussi celle de Charles de Gand, futur Charles Quint. Quatre cents kilos d'or, allèrent à la garnison suisse. En l'absence du roi, sa mère, Louise de Savoie assura la régence.

Les forces en présence L'armée de fut placée sous le haut commandement du connétable , de La Trémoille, Jacques de Trivulce, Lautrec, Bayard et ., base stratégique arrière Anthoine Du Prat, chancelier de France. Composée de nobles français, arquebusiers et arbalétriers gascons et navarrais, lansquenets allemands et mercenaires des Pays-Bas (la « bande noire »), l'armée française comprenait plus de allemands ; lourdement armés des compagnies d'ordonnance qui perpétuèrent les pratiques et usages du chevalier médiéval ; vingt compagnies de Navarrais, Basques et Gascons (), aux ordres du général basco-navarrais Pedro Navarro ; français et ou charpentiers ; une artillerie de pièces (couleuvrines, serpentines) ; un important train des équipages, sous le commandement de Galiot de Genouillac, sénéchal d'Armagnac..

De mai à août, avaient fait mouvement vers Suse, Pignerol et Saluces pour empêcher le passage des Alpes par les Français. L'infanterie des Confédérés s'articulait en trois corps : l'avant-garde constituée d'arbalétriers et d'arquebusiers (au rôle encore limité car leur arme à feu était encore peu précise et de faible portée) qui servaient à renseigner le commandement sur la position de l'ennemi ; le corps de bataille formé de piquiers disposés en carréSeuls les hommes du premier rang portaient casques et armures., protégés à l'extérieur par des hallebardiers et des arquebusiers, la fonction principale des piquiers étant de repousser les charges de la cavalerie ennemie ; l'arrière-garde compte d'autres arquebusiers prêts à intervenir parmi les réserves générales et habituellement appelés à exécuter un mouvement tournant ou enveloppant.. Les Suisses étaient conduits par leurs meilleurs généraux Werner Steiner de Zoug, Hugues de Hallwyl et l'avoyer de Watteville de Berne.. Le commandant en chef des troupes suisses, Ulrich von Hohensax, qui les avait conduits à la victoire lors des précédentes campagnes d'Italie était retenu par la maladie..

Le franchissement des Alpes Au , ordonna la concentration des troupes à Grenoble, sous la supervision de Bayard, lieutenant général du Dauphiné. En , les troupes françaises firent mouvement sur Gênes et occupèrent la ville. Alarmée par les évènements, la Diète suisse commença par envoyer vers Novare rejoindre Schiner, devenu cardinal, et fit occuper les cols des Alpes du Piémont où l'armée française était attendue.

Solidement établis à Suse, les Suisses tinrent la route habituelle du Mont-Cenis. L'armée française d'environ , y compris les chevaux et l'artillerie ( de bronze) avec l'aide technique de l'officier et ingénieur militaire Pedro Navarro qui utilisait pour l'une des premières fois des explosifs pour élargir les chemins de montagne, franchit les Alpes par une route secondaire, contournant les troupes suisses au sud par le col de l'Argentière (Colle della Maddalena en italien, un sentier à peine praticable par des chevriers ; trois mille sapeurs y ouvrirent à la fin un chemin carrossable), où, du au , en cinq jours, passèrent environ , , canons et de petits calibresde Courcelles, Histoire généalogique et héraldique des pairs de France, , , Paris, 1875.. Les Suisses se replièrent alors sur Milan. Après quelques combats d'arrière-garde en à Villafranca Piemonte, Chivasso et sur la Doire Baltée ainsi que l'envoi d'un contingent de supplémentaires, les Suisses comptaient répartis entre Varèse, Monza et Domodossola, plus la garnison de Milan. Dans la plaine du Piémont, une partie de l'armée suisse prit peur et proposa, le à Gallarate, de passer au service de la France..

Les négociations de Gallarate Une campagne efficace de propagande française, visant à dissuader les cantons suisses de poursuivre les hostilités, entraîna le mécontentement parmi les troupes suisses et des différends parmi les chefs, permettant en même temps une poussée sur toute la partie occidentale du Milanais par les Français. Une série de pourparlers furent engagés en (pourparlers de Gallarate), lors desquels offrit encore davantage de concessions aux Suisses pour qu'ils renoncent à leurs prétentions, aboutissant même au traité de Gallarate () qui finalement ne fit que consacrer la dissension entre les Confédérés souffrant de l'absence d'un chef unique.

Les Français se mirent à négocier directement avec le pape derrière le dos des Confédérés. Le duc de Milan tardait à verser la solde et les vivres venaient à manquer. Après la signature de ce traité qui divisa encore un peu plus les Confédérés, les Bernois, Fribourgeois, Valaisans et Soleurois, peu enclins à se battre pour un commanditaire qui tardait à assumer ses obligations, rentrèrent en Suisse, ce qui représentait le départ de ..

La bataille Devant l'échec des négociations et la division des troupes suisses, fit mouvement en direction de Milan et établit son camp près de Marignan. Les Zurichois et les Lucernois, se sentant liés par le traité de Gallarate, reçurent l'ordre de leurs gouvernements respectifs d'accepter une paix honorable. Uri, Schwyz, Unterwald et Glaris refusèrent de battre en retraite. Ceux parmi les Suisses qui étaient restés à Milan se laissèrent entraîner au combat sur l'insistance du cardinal Schiner. Quelque (jusqu'à selon P. de Vallière) disposant de et devaient faire face à plus de équipés de la plus belle artillerie de siège de l'époque.... La plaine maraîchère irriguée était ensoleillée.

L'affrontement du vignette|redresse|, armé, lors de la bataille de Marignan, chargeant les Suisses armés de piques et de hallebardes.