Le Paraclet, du via le latin , est un nom désignant l'Esprit saint. Il s'agit d'un concept spécifique à l'Évangile selon Jean, qui signifie « défenseur », « intercesseur », « consolateur ». Le mot latin vient de la Vulgate de Jérôme de Stridon.
On trouve aussi ce terme dans le judaïsme, ainsi que — mais avec un sens différent — dans des courants tenus pour hérétiques par l'Église catholique, comme le montanisme. Dans l'islam, on a développé une argumentation (rejetée aujourd'hui) pour identifier Mahomet au Paraclet dont la venue est annoncée par le Christ dans l'Évangile selon Jean.
Étymologie Paraclet (, Parakletos, en latin Paracletus) est un mot d'origine grecque qui signifie « celui qu'on appelle à son secours » (de παρακαλέω, « appeler auprès de soi»), ou « celui qui intercède », et que l'on a traduit par « avocat », « défenseur », « intercesseur »... La première occurrence en français (sous la forme paraclit) apparaît en 1248 et avant 1615 sous la forme paraclet.
Occurrences dans le Nouveau Testament La forme verbale est utilisée dans Matthieu 5.4, dans le sermon sur la montagne :
La forme nominale , se retrouve six fois dans des textes de l'évangile de Jean. Celui-ci assimile le Paraclet (Parakletos) à l'Esprit de vérité, l'Esprit Saint. Selon ces passages, une fois le Christ parti, il est remplacé par l'Esprit, et ce dernier qui sera auprès des fidèles. Cet Esprit est le « Paraclet », autrement dit l'avocat auprès du Père, ou encore celui qui plaide au tribunal, dans les procès des humains. Il est aussi l'Esprit de vérité, et par lui le croyant est mené à la vérité tout entière; il fait comprendre la personne du Christ, le sens de ses paroles, de ses « signes »La Bible de Jérusalem, traduite en français sous la direction de l'École biblique de Jérusalem, Paris, le Cerf, 1981, p. 1544, note (e)..
On relèvera cependant que dans la première Épître de Jean 2.1, le terme est appliqué à Jésus lui-même ; toutes les versions françaises donnent au mot paraklêtos le sens d'« avocat » :
Les cinq autres occurrences se trouvent dans les discours d'adieu de l'Évangile de Jean (chap. 14-16), et on trouve là le rapprochement exprès avec l'Esprit saint.
Jean 14, 16-17 .
Jean 14, 25-26 .
Jean 15, 26-27 .
Jean 16, 7-11 .
Jean 16, 13-14 .
Au , la traduction latine de saint Jérôme introduit, pour ces cinq occurrences, le néologisme paracletus, qui dans certaines traductions est rendu par paraclet. (v. 150 - v. 220).
Dans l'Église catholique vignette|Trésor de la cathédrale d'Amiens, croix du Paraclet (début du ). Le paraclet est, chez les chrétiens, un des noms du Saint-Esprit.
Ainsi, selon le catéchisme de l'Église catholique : ..
L’Église catholique romaine reprend la traduction latine de paracletus comme « avocat » ou « protecteur », envoyé par Dieu pour parler dans le cœur de l'homme, remplaçant avantageusement la présence physique du Christ sur Terre en donnant accès à sa parole pour tous les hommes. C'est ainsi que le péché contre la présence de Dieu qui nous protège nous prive de la miséricorde de Dieu, comme cela est explicité par Saint Matthieu 12:31 « C'est pourquoi je vous dis : Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera point pardonné. 32 Quiconque parlera contre le Fils de l'homme, il lui sera pardonné ; mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir. »http://www.vatican.va/archive/FRA0013/_P2I.HTM#4Q ..
Autres traditions
Gnose et montanisme Deux courants dans lesquels l'Église catholique a vus des hérésies mentionnent le paraclet. D'une part, dans la gnose, Paraclet est le nom de l'un des éons de Valentin Tertullien, Contre les Valentiniens (« Adversus Valentinianos »), VIII. .. D'autre part, Montanus (vers 173) (le fondateur du montanisme) affirma être l'organe en extase du paraclet. Selon lui, le Paraclet serait différent du Saint-Esprit qui serait descendu sur les apôtresEncyclopédie Encarta, rubrique Montan.
Judaïsme Par ailleurs, on rencontre « le consolateur » aussi dans le judaïsme, ..
L'idée d'intercession et de défense apparaît dans le mot hébreu , utilisé dans le livre de Job., en 16:19-20Traduction Bible de Jérusalem, Paris, Cerf, 1981. : et 33:23Voir aussi ces trois versets dans John Kohlenberger III, The Interlinear NIV Hebrew-English Old Testament, Grand Rapids (MI), Zondervan Publishing House, 1987. : . Ce terme a ensuite été repris en dans la traduction de la bible en araméen, la Targoum comme translittération du grec ou . On en trouve des occurrences dans d'autres livres, par exemple dans le traité Pirkei Avot : De même, le philosophe juif Philon d'Alexandrie (mort en 45 de notre ère) parle du « Logos » (Verbe de Dieu) comme étant le « paraclet » qui doit procurer au grand prêtre le pardon des péchés (De vita Mosis « Vie de Moïse », III, § 14) ou encore dans au paragraphe 6 du De Opificio Mundi (« De la fabrication du monde ») : « Dieu n'a pas besoin d'un "intercesseur", c'est-à-dire d'un aide ».
Réception islamique du Paraclet et objections philologiques
« Paraclet » est un titre donné par certains musulmans à MahometSeyyed Hossein Nasr, « Comments on a Few Theological Issues in the Islamic-Christian Dialogue », Yvonne Yazbeck Haddad (Ed.), Wadi Z. Haddad (Ed.), Christian-Muslim Encounters, University of Florida, 1995, 520 p. p. 457-467. .. Le Coran qualifie explicitement Mahomet de « sceau des prophètes » (sourate 61, 6), et la Sîra — la biographie de Mahomet — lui attribue le titre de ParacletMarie-Thérèse Urvoy, « Prophètes, prophétologie » in Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.) Dictionnaire du Coran, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », 2007, p. 704..
Cette affirmation s'inscrit dans le cadre de la doctrine coranique d'une annonce de la venue de Mahomet. L'idée qui la sous-tend est que Mahomet a été annoncé dans les textes chrétiens (en particulier Jean 16, 7-16Le Coran, Essai de traduction par Jacques Berque, Paris, Albin Michel, 1995 (éd. revue et corrigée), p. 181, note au v. VII, 157.), ainsi que le rapporte le Coran, d'une part dans la sourate VII, verset 157 : « Ceux qui suivent le Messager, le Prophète illettré, qu'ils trouvent mentionné chez eux dans la Torah et l'Évangile»Lire également : (Cor. LXI, Le rang : 5), (Cor. III : La Famille d'Imran : 75), (Cor. II, La Vache : 75)Traduction en ligne du Coran en français .; d'autre part dans le verset 6 de la sourate as-Saff, « Waraqa b. Nawfal » in Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.) Dictionnaire du Coran, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », 2007, p. 929-932. où 'Isâ (Jésus) déclare : Cette association au paraclet évangélique apparaît déjà avant le milieu du de l'hégire (soit avant 770). vignette|Bahadur Shah II, dernier empereur moghol, avec ses deux fils en 1838. Sur la paroi sont calligraphié certains de ses titres honorifiques, en particulier « Augmentateur de la splendeur de la Communauté du Paraclet ». MET, New York.Selon Marie-Thérèse Urvoy, le terme « paraclet » a fait l'objet de deux Marie-Thérèse Urvoy, « Annonce de Mahomet » in Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.) Dictionnaire du Coran, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », 2007, p. 55-56.. Premièrement, en syriaque, le grec « paraklétos » est rendu par le mot mnaḥmana. Or dans une adaptation , un converti du christianisme à l'islam a, entre autres erreurs linguistiques, lu ce mot mnaḥmana comme étant munaḥmmanâ. Et dès le , dans la Sîra, Ibn Ishaq associe ce terme à celui de Mahomet (Muḥammad), et ce alors même que sa racine nhm n'a que deux lettres en commun avec celle de Mahomet — hmd — et de plus, dans un ordre différent. Si cette interprétation s'est peu répandue au Moyen-Orient où nombre de personnes parlaient syriaque si bien qu'elles étaient capables de , il n'en a pas été de même au Maghreb : cette interprétation y a rencontré un large écho.
Deuxième détournement linguistique: la transcription de parakletos (« Paraclet ») en periklutos, mot qui signifie, en grec ancien, « loué, glorieux ». Ce faisant, on pouvait établir un rapprochement de sens avec « Muḥammad » et « 'Aḥmad », le premier signifiant « loué » et le second, « le plus glorieux, le plus loué »)Joseph Schacht, « Aḥmad » in Encyclopédie de l’Islam.. Mais 'Aḥmad n'est devenu un des noms propres de Mahomet qu'après l'identification de ce dernier au Paraclet. En outre, on ne trouve nulle part « periklutos » dans les manuscrits de la Bible en langue grecque, et associer les mots parakletos et periklutos « reviendrait à traiter une langue indo-européenne (le grec) comme une langue sémitique » dans laquelle les consonnes primeraient et où les voyelles seraient variables, ce qui est inexact.. Et Joseph Schacht de conclure : On peut encore relever que la question de l'assimilation de Mahomet au Paraclet a été réfutée dans le Dialogue entre Timothée Ier et le calife al-Mahdi, en 782.
Dans la tradition baha'ie Selon l'exégèse autorisée des écrits saints baha'is due à Shoghi Effendi Rabbání (1897-1957) — le « Gardien de la Cause de Dieu » (Valí 'Amr'ulláh) —les allusions bibliques au « Mont Paran »Deutéronome, 33, 2. et au « Paraclet »Évangile selon saint Jean, 14/16,26; 15/26 et 16/7-8,13-14. font référence à la révélation du prophète de l'islam.. Dans ses ouvrages intitulés Javáhíru'l-Asrár (« Joyaux des Mystères Divins »). et Kitáb-i-Íqán (« Livre de la certitude »)., Bahá'u'lláh (1817-1892), qui est le prophète-fondateur de la foi bahá’íe, donne une explication des prophéties bibliques et coraniques visant à mettre en évidence l'unité fondamentale de tous les prophètes, comme autant de réapparitions de la même lumière divine se reflétant successivement dans différents miroirs. Et dans son ouvrage intitulée Lawḥ-i-Aqdas (« épître la plus sainte », surnommée « épître aux chrétiens »)., il déclare ouvertement être le retour annoncé par Jésus de « l'Esprit de Vérité ».
Divers L'abbaye du Paraclet Le Paraclet est le nom donné par Pierre Abélard au couvent l'abbaye du Paraclet, qu'il a établi près de Nogent-sur-Seine, dans le département de l'Aube.
L'abbaye du Paraclet des Champs L'ancienne abbaye du Paraclet des Champs, située sur le territoire de la commune de Cottenchy, dans le département de la Somme, au sud d'Amiens, était une abbaye de moniales cisterciennes fondée au et désertée au à cause des invasions espagnoles..
Dans la littérature Le Vent Paraclet est un essai de Michel Tournier sur lui-même et la création littéraire.
Notes et références Notes
Références Sources primaires
Sources secondaires
Voir aussi Articles connexes Le Vent Paraclet (1979), essai autobiographique de Michel Tournier
Bibliographie
Liens externes
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