Nahman de Bratslav (, Rabbi Nahman mi-Breslev), né le à Medjybij et mort le à Ouman, est un rabbin et maître hassidique, fondateur du mouvement de Bratslav.
Arrière-petit-fils du Baal Shem Tov par sa mère, il développe un enseignement centré notamment sur la prière personnelle, la joie, la simplicité religieuse et la relation individuelle à Dieu.
Ses enseignements sont principalement transmis par son disciple Nathan de Bratslav, qui les rassemble et les publie après sa mort.
Nahman meurt sans désigner de successeur. Le mouvement Bratslav se maintient néanmoins autour de ses écrits, de ses disciples et du kibboutz de Rosh Hashana, rassemblement annuel de ses disciples à Ouman à l'occasion de Roch Hachana. thumb|right|Portrait traditionnel de Nahman de Bratslav.
Biographie
Origines et jeunesse
Nahman ben Simha naît le 4 avril 1772 à Medjybij, en Podolie, alors située dans la république des Deux Nations. Il appartient, par sa mère Feiga, à la famille du Baal Shem Tov, dont il est l'arrière-petit-fils. Son grand-père paternel, Nahman de Horodenka, compte également parmi les premières figures du mouvement hassidique.
Il grandit ainsi dans un milieu directement lié aux premières générations du hassidisme, au moment où celui-ci commence à s'organiser autour de lignées de maîtres héréditaires. Selon Arthur Green, son ascendance le prédestinait, dans ce contexte, à exercer lui-même une fonction de direction religieuse.
Les traditions bratslav rapportent dès son enfance des pratiques religieuses intenses et des comportements ascétiques. Les historiens modernes utilisent toutefois ces récits avec prudence, en raison de leur caractère en partie hagiographique. Mariage et premiers disciples
Encore adolescent, Nahman se marie et s'installe auprès de la famille de son épouse. Il vit d'abord dans la région d'Ossatin, puis à Medvedevka, où il commence à attirer autour de lui un premier cercle de disciples.
Dans les premières années de son activité, il se montre critique envers certaines formes prises par le hassidisme de son époque, en particulier l'institutionnalisation de la fonction de rebbe et la recherche de prestige entourant certains maîtres hassidiques.
Voyage en Terre d'Israël
En 1798, Nahman entreprend un voyage en Terre d'Israël, accompagné d'un disciple. Il quitte Medvedevka au printemps 1798 et séjourne notamment à Haïfa, Safed et Tibériade.
Le voyage se déroule dans le contexte de la campagne d'Égypte et de Syrie de Napoléon Bonaparte, alors que les combats affectent une partie de la région. Nahman quitte finalement la Terre d'Israël en 1799.
Nahman accorde par la suite une importance déterminante à ce séjour dans son évolution spirituelle. Arthur Green considère ce voyage comme un tournant majeur de sa trajectoire : s'il possède déjà quelques disciples avant son départ, c'est surtout après son retour qu'il assume plus nettement un rôle public de maître hassidique.
Les récits bratslav consacrés à ce voyage comportent plusieurs épisodes à caractère miraculeux ou symbolique. Dans une approche historique, ces traditions sont généralement distinguées des éléments biographiques qui peuvent être établis par recoupement documentaire.
Zlatopol et Bratslav
Peu avant Roch Hachana 1800, Nahman s'installe à Zlatopol, où il entre rapidement en conflit avec plusieurs autorités hassidiques locales. Ces tensions s'inscrivent dans une opposition plus large avec certains maîtres hassidiques de son époque.
En 1802, il quitte Zlatopol et s'installe à Bratslav, ville qui donne ensuite son nom au mouvement formé autour de lui.
C'est à Bratslav que son cercle de disciples se structure durablement et que son enseignement prend la forme sous laquelle il sera transmis après sa mort.
Nathan de Bratslav
En 1802, Nahman rencontre Nathan Sternhartz de Nemirov, qui devient son principal disciple, son secrétaire et le principal transmetteur de son enseignement.
Nathan consigne les enseignements formels de Nahman et joue un rôle déterminant dans leur mise par écrit, leur publication et leur diffusion. Après la mort de Nahman, il devient la principale figure organisatrice du mouvement sans toutefois prendre le titre de rebbe ni être considéré comme son successeur dynastique.
La transmission assurée par Nathan est essentielle à la constitution ultérieure du corpus bratslav, notamment du Likouté Moharan, des conversations de Nahman et des récits biographiques relatifs à sa vie.
Controverses
La carrière de Nahman est marquée par plusieurs controverses avec d'autres dirigeants hassidiques. La plus connue l'oppose à Aryeh Leib de Shpola, le « Shpoler Zeide ».
Ces conflits portent à la fois sur sa conception du rôle du tsadik, sur son style de direction spirituelle et sur certaines de ses déclarations concernant sa propre mission religieuse. Arthur Green souligne que Nahman développe une conception particulièrement exigeante et singulière de l'autorité spirituelle, qui le distingue d'une partie du monde hassidique contemporain.
Les récits bratslav interprètent souvent ces oppositions comme faisant partie intégrante de la vocation spirituelle de Nahman. Les historiens modernes les replacent plutôt dans le contexte des rivalités entre cours hassidiques et de la structuration du mouvement hassidique au tournant du .
Dernières années et installation à Ouman
Au cours des dernières années de sa vie, Nahman est atteint de tuberculose.
En 1810, après l'incendie de sa maison à Bratslav, il s'installe à Ouman. Il choisit cette ville notamment en raison de la présence des tombes de nombreux Juifs tués lors des massacres de 1768 liés à la révolte des Haidamaks.
thumb|left|La tombe de Nahman de Bratslav à Ouman au début du XX siècle.
Nahman meurt à Ouman le 16 octobre 1810, à l'âge de 38 ans, et y est inhumé.
Avant sa mort, il avait demandé à ses disciples de continuer à se réunir à Roch Hachana. Ce rassemblement devient après sa disparition le Kibboutz de Rosh Hashana, centré progressivement autour de sa tombe à Ouman.
Enseignement
L'enseignement de Nahman de Bratslav se caractérise par une forte insistance sur l'expérience religieuse individuelle, la prière personnelle, la foi, la joie et le rôle du tsadik. Il développe également une pensée mystique originale, qui accorde une place importante à l'imagination, au doute, aux états de crise spirituelle et au langage symbolique. Hitbodedout
Nahman accorde une place centrale à l'hitbodedout, pratique de prière personnelle et spontanée accomplie en dehors de la liturgie communautaire. Il recommande à ses disciples de consacrer régulièrement un temps à une parole directe adressée à Dieu, dans la langue qu'ils utilisent quotidiennement.
Cette pratique s'inscrit dans une tradition plus ancienne de retrait et de contemplation dans le judaïsme mystique, mais Nahman lui donne une place particulièrement importante dans la vie religieuse quotidienne.
Dans le mouvement Bratslav, l'hitbodedout devient l'une des pratiques les plus caractéristiques de l'enseignement de Nahman.
Joie et lutte contre le désespoir
La joie occupe une place importante dans l'enseignement de Nahman. Il présente la tristesse et le désespoir comme des obstacles majeurs à la vie religieuse et insiste sur la nécessité de rechercher des éléments positifs en soi-même et chez autrui.
Cet enseignement est notamment associé au passage connu sous le nom d'Azamra, dans lequel Nahman invite à rechercher le « point positif » chez chaque individu, même lorsque celui-ci semble spirituellement éloigné.
La formule « Il n'existe absolument aucun désespoir dans le monde », fréquemment citée dans la tradition bratslav, résume l'un des thèmes les plus connus de son enseignement et de sa réception ultérieure.
Foi, imagination et raison
Nahman entretient un rapport complexe à la raison philosophique. Il critique certaines formes de spéculation intellectuelle lorsqu'elles conduisent, selon lui, à éloigner l'individu de la foi religieuse, tout en utilisant lui-même des constructions intellectuelles et symboliques élaborées.
Zvi Mark souligne la place particulière de l'imagination dans la pensée de Nahman : loin d'être seulement considérée comme une source d'erreur, elle peut également jouer un rôle dans l'expérience religieuse, la foi et la perception du monde spirituel.
Joseph Weiss a également insisté sur le caractère singulier de la pensée de Nahman dans le contexte du hassidisme d'Europe orientale et sur la difficulté de la réduire à une doctrine systématique.
Le tsadik
La figure du tsadik occupe une place centrale dans la pensée de Nahman. Il attribue au maître spirituel une fonction de médiation, d'enseignement et de restauration spirituelle de ses disciples.
Sa conception du tsadik est toutefois plus radicale que celle de nombreux maîtres hassidiques contemporains. Nahman attribue à la figure du « véritable tsadik » une capacité exceptionnelle à guider les âmes, à interpréter leurs états spirituels et à agir sur leur rapport à Dieu.
Cette conception contribue à la place unique que Nahman conserve après sa mort au sein du mouvement Bratslav : contrairement à la plupart des autres dynasties hassidiques, ses disciples ne désignent pas de nouveau rebbe, Nahman demeurant la référence centrale du mouvement.
Tikkoun Haklali
Nahman développe également la notion de Tikkoun Haklali (, « réparation générale »), qu'il associe à la récitation de dix psaumes précis : 16, 32, 41, 42, 59, 77, 90, 105, 137 et 150.
Dans la tradition de Bratslav, cette récitation est présentée comme une forme particulière de réparation spirituelle. Nahman lui attribue notamment une fonction dans le traitement de certaines fautes liées à la sexualité et à ce qu'il appelle le tikkoun habrit (« réparation de l'alliance »).
Zvi Mark a montré que la formulation du Tikkoun Haklali s'est développée progressivement dans les dernières années de la vie de Nahman et qu'elle doit être distinguée des interprétations messianiques qui lui ont parfois été attribuées ultérieurement.
Musique et chant
La musique et le chant occupent une place importante dans la pensée religieuse de Nahman. Il attribue au nigoun, la mélodie hassidique, une capacité particulière à agir sur l'état intérieur de l'individu et à favoriser son élévation spirituelle.
Dans plusieurs enseignements, Nahman associe la musique à la prophétie, à la prière et à la capacité du tsadik à discerner et à transformer les différentes forces spirituelles présentes dans le monde.
Zvi Mark considère la musique et l'imagination comme deux éléments importants de l'expérience mystique décrite par Nahman, notamment dans ses réflexions sur la prophétie et la transformation spirituelle.
Les contes
À partir de 1806, Nahman commence à raconter à ses disciples une série de récits fantastiques, utilisant des motifs issus du folklore d'Europe orientale auxquels il associe des thèmes mystiques et kabbalistiques.
Ces récits sont rassemblés après sa mort par Nathan de Bratslav et publiés en 1815 sous le titre Sipouré Maassiyot (, « Contes »), dans une édition bilingue en yiddish et en hébreu.
Parmi les récits les plus connus figurent La Princesse perdue, Le Roi humble et Les Sept Mendiants. Le recours au conte constitue chez Nahman un mode d'enseignement distinct de ses homélies du Likouté Moharan : les récits présentent souvent une structure symbolique ouverte et ne sont pas accompagnés d'une explication systématique de leur signification.
Les historiens de la littérature juive considèrent ces récits comme des œuvres importantes de la littérature hébraïque et yiddish moderne. Ils continuent parallèlement d'occuper une place centrale dans la tradition de Bratslav, où ils ont fait l'objet de nombreux commentaires.
Diffusion et réception littéraire des contes
Au début du , les récits de Nahman connaissent une diffusion nouvelle dans le monde germanophone grâce à Martin Buber, qui en publie en 1906 une adaptation allemande.