Robert Lemieux (né le , mort le à Sept-Îles)Décès de Robert Lemieux, Radio-Canada, lundi 21 janvier 2008. était un avocat québécois actif dans la défense des libertés civiles. Indépendantiste convaincu, il commence sa carrière avec la défense de Robert Lévesque, Pierre Vallières et Charles Gagnon, militants du Front de Libération du Québec.

Lors de la Crise d'Octobre de 1970, il fut mandaté par le FLQ pour négocier avec le gouvernement du Québec. Il devient une figure médiatique incontournable et se démarque avec sa personnalité charismatique et son franc-parler. Robert Lemieux est emprisonné lors de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre et est accusé de conspiration séditieuse avec ses camarades Pierre Vallières, Charles Gagnon, Jacques Larue-Langlois et Michel Chartrand. Le "Procès des 5" se termine par l’abandon des charges contre les accusés et Lemieux retrouve la liberté. Lors de quatre procès se déroulant entre 1972 et 1974, il s'occupe de la défense de Jacques Rose. Réussissant à démonter les nombreuses preuves circonstancielles et étant un excellent orateur devant un jury, Robert Lemieux obtient l’acquittement de Jacques Rose pour l’enlèvement et le meurtre du ministre Pierre Laporte. Cette saga judiciaire est racontée dans le documentaire Les Rose.

Biographie

Enfance et formation Robert Félix LemieuxBrian Myles, Robert Lemieux (1941-2008), Le Devoir, mardi 22 janvier 2008. (Page consultée le 2 juin 2008.) nait le à Montréal d'un père québécois et d'une mère irlandaise. Enfant turbulent et innovateur, il étudie au Collège Mont-Saint-Louis1985-02-19- ROBERT LEMIEUX à l'émission Contrechamps_Radio-Canada. Adolescent, il fait de la prison pour vol de voiture ce qui l'amène à se familiariser avec la loi et les tribunaux. Il épouse une anglophone d'une famille du Nouveau-Brunswick avec qui il eut deux enfants. Robert Lemieux fit ses études de droit à l'université McGill de Montréal. Reçu au Barreau en 1966, il travaille d'abord dans le cabinet d'avocat anglophone O'Brien, Home et associés, ainsi qu'au Bureau d'assistance judiciaire du Barreau de Montréal.

Les procès de Vallières-Gagnon

Militant du Rassemblement pour l'indépendance nationale, Lemieux est membre actif du Comité Vallières-Gagnon en soutien à Pierre Vallières et Charles Gagnon, deux penseurs influents du Front de Libération du Québec. Devant l'édifice de l'ONU à New-York, le , Vallières et Gagnon manifestent pour réclamer le statut de prisonniers politiques pour leurs camarades incarcérés à Montréal et faire connaître au monde entier la lutte de libération nationale du peuple québécois. Ils sont emprisonnés dans une prison de New-York et Vallières y écrit son ouvrage emblématique Nègres blancs d'Amérique. Expulsés des États-Unis en , ils sont appréhendés au Québec pour homicide involontaire dans le cas de Thérèse Morin, tuée lors d'un attentat à la bombe à l'usine La Grenade, et de Jean Corbo, jeune felquiste qui meurt lors de l’explosion d’une bombe qu’il a lui-même posée à l’usine Dominion Textile. Le fondement des accusations envers Vallières et Gagnon vient de leurs écrits qu'on juge révolutionnaires et qui auraient influencé les attentats meurtriers. Vallières et Gagnon doivent attendre plusieurs mois avant le début des procès qui sont continuellement repoussés. Les autorités ne veulent pas interférer avec l'Expo 67 et ne veulent pas attirer l'attention des journalistes en provenance de l'étranger. Le jeune Robert Lemieux et Bernard Mergler, avocat expérimenté et cofondateur de la Ligue des droits de l'homme, offrent bénévolement leurs services. Dans sa correspondance avec son amie Claire Dupont, Pierre Vallières n'a que des bons mots pour l'avocat . Robert Lemieux commence sa carrière en représentant Robert Lévesque, militant du FLQ et proche du réseau Vallières-Gagnon. Cette expérience sera déterminante pour le reste de sa carrière. Lévesque est acquitté de l'accusation de conspiration pour vol à main armée, mais est condamné à 7 ans de prison pour vol d'arme et pour des attentats à la bombe. Le premier procès de Vallières et Gagnon doit débuter en janvier 1968. Les accusés veulent confronter la justice et refusent de plaider stratégiquement afin d'avoir des peines clémentes. Ils décident de plaider non-coupable. On repousse le procès à nouveau au . Robert Lemieux transmet des lettres de reproches des accusés aux juges de la Cour supérieure à cause du nouveau délai. Le cabinet d'avocat de Lemieux qui tentait de le convaincre de refuser ce mandat de l'aide juridique utilise ce prétexte pour le congédier abruptement. Lemieux doit maintenant agir à son compteDaniel Samson-Legault, page 169. Les coups de théâtre se succèdent dans ces procès turbulents avec notamment la manifestation d'une centaine de personnes le jour de la comparution. Le , Vallières est condamné à perpétuité pour homicide involontaire. Le verdict sera cassé l'année d'après en cours d'appel ayant été condamnée pour ses paroles et ses écrits. Dans son nouveau procès, Vallières est condamnée à 30 mois, mais sera acquitté en appel en . Charles Gagnon est également acquitté de meurtre et condamné à deux ans pour complot de hold-up avant d'être acquitté en appelLouis Fournier, page 159-160. Il s'agit des premières victoires de Robert Lemieux.

Avocat des contestataires et des manifestants En , Robert Lemieux rencontre Paul Rose et Jacques Lanctôt qui deviendront deux têtes dirigeantes du Front de Libération du Québec. Avec les Éditions Parti Pris, Rose et Lanctôt préparent Le lundi de la matraque, un recueil de plusieurs témoignages de victimes de brutalité policière lors du l'émeute de la Saint-Jean-Baptiste. On demande à Lemieux d'assermenter les témoinsLouis Fournier, page 170.

Lemieux ouvre son propre bureau d'avocat où il exerce en pratique générale (droit commercial, responsabilité, relations domestiques, etc.) ainsi que comme avocat de la défense, tant au pénal qu'au civil, une clientèle de milieux populaires, comprenant un bon nombre de contestataires et de manifestantsRobert Lemieux, lettre au bâtonnier du Québec, 8 novembre 1970, reproduite dans Haggart et Golden, op. cit., pages 269 à 278.. Parmi ses sources d'inspiration dans sa profession, il cite Oliver Wendell Holmes, Clarence Darrow et Frank Scott. Il fut avocat du syndicaliste Michel Chartrand lorsque celui-ci fut libéré de l'accusation de paroles séditieuses en 1969. Il se fit le promoteur de réformes judiciaires, comme la modification de la Loi sur les jurés pour permettre aux femmes d'occuper cette fonction.

Robert Lemieux et Bernard Mergler défendent un groupe d'étudiants noirs, dont le militant Rosie Douglas, qui a occupé pendant 12 jours les locaux de l'Université Sir-George-Williams afin de dénoncer le racisme d'un professeur qui était défendu par l'institutionLouis Fournier, page 196. La confrontation mène à un affrontement violent avec les policiers et à l'incendie du Centre d'informatique de l'Université le . Les dégâts sont évalués à plus de 2,5 millions, ce qui en fait la manifestation la plus dramatique et la plus coûteuse de toute l'histoire du Canada. Rosie Douglas reçoit une condamnation à 2 ans de prison. Une fois reconnu le bien-fondé de son action antiraciste, une amnistie lui est proposée, mais il la refuse. À l'été 1969, Paul Rose mis toutes ses énergies et ses économies à l’implantation à Percé de La maison du pêcheur, ce qui allait devenir la première auberge de jeunesse populaire du Québec. La municipalité tente de déloger les occupants avec des boyaux d’arrosage et arrête quelques personnes, dont Paul Rose. Ce dernier téléphone à Robert Lemieux qui descend aussitôt à Percé pour les faire libérer. L'année d'après, la militante Lise Balcer fonde «La Maison du pêcheur libre» en Gaspésie. L'idée est de poursuivre le projet d'auberge de jeunesse amorcé par Paul Rose. La municipalité tente à nouveau de les expulser et les accuse de désordre dans un endroit public. Robert Lemieux descend en moto Harley-Davison à Percé pour les défendre pendant leur comparution. Soixante-dix jeunes envahissent la salle et s’emparent du palais de justice ce que le journal Photo-Police qualifie de « plus grand show judiciaire de l’année. On décide d’annuler les accusations.

Le , Robert Lemieux participe à la fondation du Mouvement pour la défense des prisonniers politiques du Québec (MDPPQ) dirigé par le docteur Serge Mongeau, le poète Gaston Miron et le syndicaliste Guy Marsolais. L'objectif est de procurer des moyens de défense juridiques aux felquistes ainsi qu'aux militants emprisonnés pour des motifs politiques lors de manifestationsLouis Fournier, page 271.

Négociateur du FLQ lors de la Crise d'Octobre Le , vers 8h20, la cellule Libération (groupe de Jacques Lanctôt) enlève le diplomate britannique James Richard Cross à son domicile d'Outremont, à MontréalLouis Fournier, p. 196.. C'est le début de la Crise d'Octobre. À 16 heures, Jérôme Choquette, ministre provincial de la Justice, informe le public des revendications felquistes: la diffusion de leur manifeste, la libération de 23 prisonniers politiques, un avion pour leur transport à Cuba ou en Algérie, la réembauche des employés de Lapalme (450 employés de cette compagnie, sous-traitante de la Société des postes, venaient d'être renvoyésAnn Charney, p. 83.), l'imposition d'une «taxe volontaire» de à mettre à bord de l'avion et le nom du délateur qui aurait dénoncé les felquistes arrêtés à Prévost quelques mois plus tôtLouis Fournier, p. 198.. Robert Lemieux apprend l’enlèvement lors du procès de Claude Morency, André Roy et François Lanctôt (frère de Jacques Lanctôt). Le trio arrêté dans un chalet de Prévost en juin est accusé d'un vol de banque à l'Université de Montréal pour le FLQ. Le procès est annulé et remis à l'année prochaine à cause du contexte. Robert Lemieux se prononce en faveur de négociations entre le gouvernement et le FLQ.

Le , alors qu'Ottawa maintient la ligne dure malgré les multiples ultimatums de la cellule Libération, la cellule Chénier (groupe de Paul Rose) enlève Pierre Laporte devant chez lui, vers 18h18Louis Fournier, p. 210. Le matin du , Robert Lemieux fut arrêté et emprisonné sous motif de déclarations non précisées qui auraient entravé le travail des policiers et tous ses dossiers d'avocat furent saisis par la police. Le , la cellule Libération désigne l'avocat Robert Lemieux comme représentant pour de potentielles discussions avec les autorités. C'est donc en prison qu'il rencontre Robert Demers, avocat et représentant du gouvernement. N'ayant aucun moyen de communiquer avec le FLQ, Lemieux dut le faire par l'intermédiaire des médias, le FLQ répondant par voie de communiqués. Lemieux utilise l'Hôtel Nelson comme quartier général et refuse l'escorte des policiers de la SQ. C'est le chroniqueur judiciaire Claude Poirier qui lui sert de chauffeur. Dans ses apparitions médiatiques, Lemieux accuse le gouvernement d'être de mauvaise foi dans les négociations.