Travailler fatigue est un recueil de poésies de l'écrivain italien Cesare Pavese publié en 1936.

Trame de l'œuvre

Première section : Ancêtres

Dans la première section intitulée Ancêtres on perçoit les thèmes et les idées qui seront ceux de ses romans ultérieurs et qui sont déjà fixés dans le poème qui ouvre le recueil, Mers du Sud, dans lequel les motifs centraux sont le retour à Langhe d’un cousin après avoir fait fortune et le retour aux jours heureux de l’enfance du poète lui-même. On y distingue déjà la dualité pavesienne entre la campagne et la ville, synonymes respectifs de l’enfance et de la maturité, la première ressentie comme un moment de magie et la seconde comme un symbole de la culpabilité et de l'échec.

Le thème du silence et de la solitude qui confine à l'incommunicabilité se remarque déjà dans la promenade que font le poète et son cousin dans les collines à l'heure du crépuscule où la figure du cousin, sûr de lui, aimant l'aventure tout en étant un grand travailleur, est, comme l'écrit Michele Tondo la « première approche de la figure de l’antagoniste, emblématique de cette « maturité » qui est essentielle et que Pavese semble toujours poursuivre. »

Des autres poésies de la section se dégage le thème de la colline, lieu des plus significatifs pour Pavese, où le jeune garçon a reçu ses premières leçons sur le monde. Les éléments préférés sont ceux qui peuvent être définis comme « mythiques », tels que les rites des paysans, la violence primaire des passions, le sexe, le sang et la mort. Le langage des poésies de cette première section est celui d'un réalisme exacerbé, comme s'il voulait se placer aux antipodes du lyrisme, qui sera rompu dans la poésie finale du groupement, intitulée La nuit, qui possède « une pureté élégiaque extraordinaire »op. cit., page 61.

Deuxième section : Après

Cette section comporte quinze nouveaux textes par rapport à la première édition originale (édition chez Solaria) et trois textes sont introduits que Pavese avait écartés du premier groupement car étrangers au style de la poésie-récit. Dans cette section Pavese reprend en fait un style lyrique, plus adapté au thème de ces poésies centré, comme l’écrit Italo CalvinoItalo Calvino, Le poesie di Pavese, in "Miscellanea per nozze Castelnuovo-Frigessi", Torino 1962, sur le « motif amoureux et sexuel sur un ton contemplatif et mélancolique » ; mélancolie due à la conscience que la relation avec une femme, seul espoir d’éviter la solitude, est impossible pour le poète.

Troisième section : Ville à la campagne

Dans ce groupement, qui est le plus connu du recueil (il comprend tout de même dix-neuf textes), le poète cherche un point de contact avec les autres en reprenant une forme narrative basée sur la poésie-récit de ses premières œuvres poétiques. Dans celles-ci se distinguent l'idéologie et l'engagement politiques de l'auteur qui décrit la fatigue déshumanisée des ouvriers, ou bien les paysans qui travaillent.

Dans le poème Crépuscule de dragueurs, les vers, principalement de seize syllabes, impriment un rythme lent à la phrase, comme pour mettre en évidence la sensation de fatigue et les pensées qui traversent l’esprit des dragueurs pour la rendre acceptable. .

Quatrième section : Maternité

Dans cette section, le thème de la femme est à nouveau abordé, cette fois en tant que mère, symbole de la fécondité associée à la terre-mère. Le sens de la vie qui se renouvelle à travers les générations ressort dans la poésie d'ouverture, où la femme qui regarde la fille qui

Le thème sexuel est encore présent, vu comme un besoin de communication, mais qui devient un motif de frustration à partir du moment où le poète acquiert la certitude que le sexe ne suffit pas pour briser la barrière de l'incommunicabilité.

Un autre thème dominant est encore le besoin désespéré d’une compagne,

et celui de la femme vue comme un être insaisissable

Cinquième section : Bois vert

Les sept textes qui composent cette section sont centrés sur des thèmes sociaux et politiques. Écrits entre 1934 et 1935, excepté Fumeurs de papier qui remonte à 1932, ils exposent les idées politiques de Pavese. Dans le poème Une génération le poète se sent appartenir à un groupe qui a subi toutes les violences de la période fasciste. Pavese se rappelle le massacre du perpétré par les escadrons fascistes quand il avait quatorze ans, et compose un poème lyrique d'une grande intensité :

où au souvenir rendu à l'imparfait se substitue l'indicatif présent pour le souvenir du poète désormais adulte :

Le poème s'achève sur une conclusion tragique, qui est aussi une protestation, formée de cinq vers au présent actuel :

qui révèle clairement la position politique de l’auteur.

Sixième section : Paternité

Dans cette section Pavese a réuni les poèmes écrits à Brancaleone Calabro, avec l'addition de deux poèmes écrits respectivement en 1934 et en 1940, où se retrouvent les thèmes désormais fondamentaux, non seulement imaginaires mais aussi vécus par lui-même tandis qu'il se trouvait en relégation : la solitude et l'incommunicabilité. Le groupement, comme l'écrit Michele Tondo « veut s’opposer au groupement Maternité, comme à la terre, à laquelle est assimilée la femme/mère, est opposée la mer, qui est le fond habituel de l'homme seul, et le symbole de la stérilité. La stérilité devient ainsi pour le poète synonyme de solitude

tandis que la mer «inutile» des premiers vers représente l'inutilité de la vie pour celui qui demeure seul et renvoie aux vers de la poésie éponyme Travailler fatigue.

Les premières éditions importantes

Le recueil est publié pour la première fois début 1936 à Florence par l’éditeur Solaria, sous la direction d'Alberto Carocci, et réunit tous les poèmes écrits par Pavese à partir de 1931 (même si la première poésie avec laquelle commence le recueil, Les mers du Sud, remonte à 1930) pour un total de quarante-cinq poèmes.

En 1943, Pavese révise le recueil, l'enrichit d'autres poèmes, retire six des précédents, et paraît ainsi chez Enaudi une nouvelle édition composée de soixante-dix poésies, ordonnées différemment et avec un appendice de l'auteur composé de deux études : Le métier de poète et À propos de certaines poésies non encore écrites.

Cette nouvelle édition est subdivisée en six sections qui prennent le titre de leur poème initial : Ancêtres, Après, Ville à la campagne, Maternité, Bois vert, Paternité.

Le recueil en entier est ensuite inclus dans Poesie sous la direction de Massimo Mila, publié par Einaudi en 1961, ainsi que dans Poesie edite e inedite, en 1962, toujours chez Einaudi, sous la direction d'Italo Calvino. En 1968 ensuite, il est inclus dans le volume I des Opere di Cesare Pavese et dans le volume Le poesie établi par Mariarosa Masoero avec une introduction du critique littéraire Marziano Guglielminetti.

L’édition française chez Poésie/Gallimard se base sur l'édition établie par Italo Calvino, à laquelle elle adjoint huit poèmes tirés de 8 poesie inedite e quattro lettere a un'amica, All'insegna del pesce d’oro, éditions Scheiwiller, Milan, 1964, qu’elle place dans la section Poésies de jeunesseop. cit., page 19.

Analyses de l’œuvre

Italo Calvino, dans son introduction à l’œuvreItalo Calvino dans Introduzione, Poesie edite e inedite, Einaudi, Torino, 1962 dit que pour comprendre le titre du recueil il faut avoir lu I SansôssíI Sansôssí, Einaudi, Torino 1963 d’Augusto Monti :

Les poèmes du recueil, uniques et atypiques dans le répertoire poétique contemporaine, débouchent sur un nouveau mode narratif, celui de la poésie-récit, constituant le début d’une nouvelle expérimentation, tant du point de vue technique que du point de vue métrique. L’idée d'utiliser un vers très cadencé de treize ou seize syllabes lui vient en partie du vers familier des crépuscules et du vers libre whitmanien, dans une résolution toutefois très personnelle et innovante.

Note

Une génération in op. cit., page 142 Michele Tondo, Invito alla lettura di Pavese, Mursia, Milano, 1984

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Sources

Catégorie:Œuvre de Cesare Pavese Catégorie:Recueil de poèmes en italien Catégorie:Livre paru en 1936