vignette|upright=1.5|Quelques diamants de la Couronne au musée du Louvre. Les joyaux de la Couronne de France, ou diamants de la Couronne de France, sont un ensemble de bijoux de la Monarchie française, des Premier Empire et Second Empire, et de la République française dont l'origine remonte à François .
Objet d'un vol massif en 1792 lors de la Révolution, retrouvée en grande partie en Angleterre, puis revendue en partie sur décision de la Troisième République à la fin du , la collection est aujourd'hui dispersée. La pièce la plus célèbre est le diamant blanc le « Régent », conservé depuis 1887 au musée du Louvre.
Le « diamant bleu de la Couronne », autre pierre remarquable qui faisait à l'origine partie de ces joyaux, a été volé, recélé et retaillé pour devenir le diamant Hope, conservé depuis 1949 au National Museum of Natural History (Washington, États-Unis).
Les joyaux de la Couronne de France sont à distinguer des Regalia, insignes utilisés pour le sacre des rois de France.
Le , une partie de la collection, soit huit objets de la galerie d'Apollon au Louvre, est dérobée.
Historique Aux origines : François vignette|upright|Anne de Bretagne, portant un carcan de diamants et de perles (différent du carcan à l'origine de la collection), début du XVIe siècle.
La collection des joyaux de la Couronne est constituée en 1530 par François . Le cœur en est un carcan d'Anne de Bretagne, c'est-à-dire un « collier en or garni de onze diamants sertis sur des festons à cordelières de cannetille. Entre ces onze gemmes, dix nœuds de cordelières sont enrichis de quatorze grosses perles rondes chacune ». Les diamants sont estimés entre 10 et 19 carats et demi. Ce collier est l'objet d'importantes altérations entre 1547 et en 1560. Sa principale caractéristique, du point de vue de la joaillerie, est la diversité de taille des diamants qui en fait un résumé des traditions lapidaires du Moyen-Âge, jusqu'aux nouveautés pré-Renaissance. Autres pièces maîtresses de la collection, le diamant Prant-Poincte (plus tard renommé Pointe-de-Milan), de 30 000 écus, ou la Pointe-de-Bretagne, don d'Anne de Bretagne, une pierre qui est utilisée au fil du temps dans différents joyaux, ou encore la Table-de-Gênes. Les techniques de taille de ces pierres évoluent pour privilégier la brillance .
Après l'apport d'Anne de Bretagne, François procède à l'achat de pierres comme la Grande Table et la table dite « spacieuse ». La Grande Table, estimée à 42 carats, est considérée alors comme le plus gros diamant de la chrétienté, et la table dite « spacieuse », autre diamant, est estimée à 35 carats. Ces deux diamants entrent dans le Trésor royal sous François II. La table est un mode de taille qui provoque de formidables éclats de lumière lors des mouvements, en même temps que ses facettes prennent les couleurs de l'arc-en-ciel, et qui s'impose après 1530.
Le premier inventaire de ce trésor est dressé à Bordeaux, le , trois semaines avant le mariage de François avec Éléonore d'Autriche, et des lettres patentes précisent la constitution de la collection, stipulant notamment une clause d'inaliénabilité : les joyaux portés par les reines doivent être remis au Trésor royal à la mort de leur mari.. De ce premier fonds ne subsiste que la « Côte-de-Bretagne », un spinelle retaillé sous Louis XV pour être serti au centre de la Toison d'or de la parure de couleur. En effet, les difficultés financières dues aux guerres de Religion ont contraint Henri III à les mettre en gage. La collection initiale, excepté le « Côte-de-Bretagne », a ainsi disparu.
XVIIe-XVIIIe siècles
En 1604, le Beau Sancy est acheté par Henri IV, pour Marie de Médicis, pour la somme de 75 000 livres. C'est un diamant de 34,98 carats, que Marie de Médicis fait mettre sur sa couronne de sacre en 1610. Cependant, il ne fait pas partie des joyaux de la Couronne. Les techniques de taille complexes utilisées sur ce diamant (taille en étoile et facettage « recoupé ») vont grandement influencer l'art lapidaire prostestant français du XVIIe siècle.
Mazarin achète un ensemble de dix-huit diamants, comprenant les plus grands diamants rachetés à la Couronne d'Angleterre et d'autres achetés aux Pays-Bas. Ces diamants sont appelés les « Mazarins ». Seuls trois existent encore dans leur état d'origine : les Mazarins 1, 17 et 18. En 1661, Mazarin lègue à Louis XIV ses dix-huit diamants. Le plus gros, le Premier Mazarin, appelé plus tard le Sancy, est estimé à 600 000 livres. Le Septième Mazarin est aussi connu sous le nom de Grand Mazarin, diamant rose de 19 carats cédé par l'État lors de la vente de 1887. Le « Mazarin 17 » et le « Mazarin 18 » sont plus tard l'un et l'autre sertis dans la broche-pendentif de l'impératrice Eugénie.
La valeur des diamants de la Couronne augmente considérablement entre 1661 et 1666 grâce au legs fait par Mazarin et aux achats de Louis XIV, passant en valeur de 938 800 livres à 3 984 200. L'un des grands fournisseurs du cardinal puis du souverain, fut François LescotMichèle Bimbenet-Privat, Les orfèvres et l'orfèvrerie de Paris au XVIIe siècle: Les hommes, Paris, Commission des travaux historiques de la ville de Paris, 2002, — extraits en ligne..
vignette|René-Antoine Houasse, Portrait équestre de Louis XIV, vers 1674. Peu de portraits de Louis XIV le montrent portant des diamants : ici, sur un crochet de chapeau. Le Grand Diamant de la maison de Guise est acheté pour 300 000 livres en 1665. Le Grand Diamant bleu de Louis XIV (ou « Bleu de France ») est acheté en 1668 pour 400 000 livres., et est le joyau le plus prestigieux figurant parmi les diamants de la Couronne, toutes époques confondues. Il est retaillé en 1670-1673 afin d'en accentuer la couleur bleue et d'en faire le premier grand brillant de l'histoire. Un autre grand diamant, de près de 53 carats avant sa retaille, le « Tavernier blanc », est serti avec d'autres sur un grand crochet de chapeau du roi (peut-être celui figurant sur un portrait de René-Antoine Houasse). Parmi les autres acquisitions de Louis XIV, on compte encore le Grand Saphir et le diamant Hortensia. En outre certaines pierres héritées de François Ier et Henri II sont désengagées : c'est le cas des trois spinelles Côte-de-Bretagne, Œuf-de-Naples et A-Romain. Ces acquisitions de pierres prestigieuses se font à une époque où les commerçants protestants parisiens sont très au fait des théories nouvelles venues d'Europe du Nord (dioptrique, lumière, physique-chimie), bouleversant les connaissances sur les phénomènes optiques des pierres précieuses. Par la suite, après 1676, Louis XIV privilégie la quantité à la qualité, faisant surtout acheter des pierres précieuses par centaines, même s'il acquiert encore quelques pierres de qualité, tel le diamant Fleur-de-Pêcher, un diamant rose de plus de 25 carats, servant lui aussi à orner un crochet de chapeau pour le roi.
Un objet conçu pour Louis XIV portait le nom de « Grande Chaîne ». On ignore à quoi il servait exactement, mais l'on sait que cette « Grande Chaîne » était composée de quarante-cinq pierres, dont le Grand Diamant de la maison de Guise, le Mazarin 2 (un diamant de plus de 42 carats), le Mazarin 3 appelé Miroir du Portugal, le Grand Mazarin, etc. Cet objet avait une valeur de 1 996 000 livres, le plus précieux dans l'inventaire de 1691. Il existait encore en 1774, avant d'être sans doute démonté.
La pièce maîtresse des diamants de la Couronne est le Régent, acquis en 1717 pour la Couronne à la demande du régent (d'où son nom) Philippe d'Orléans, Louis XV étant alors mineur, et le royaume connaissant la prospérité. Il est considéré alors comme le plus beau diamant du monde. Louis XV le porte pour la première fois lorsqu'il accueille l'ambassadeur de la Turquie en 1721. Puis il orne la couronne de sacre de Louis XV, qui le porte ensuite sur son chapeau. Louis XVI fait de même, avec sa couronne de sacre et son chapeau. On le trouve encore sur l'épée du Premier Consul, le glaive de l'empereur Napoléon (en 1812), les couronnes de Louis XVIII, Charles X et Napoléon III, enfin sur un diadème de l'impératrice Eugénie. Cependant, en 1773, Catherine II de Russie acquiert un diamant de presque 190 carats, encore plus gros que le Régent, l'Orloff. Elle le fait monter sur le sceptre imprérial russe.
Trois inventaires ont été dressés au XVIIe siècle : en 1644, en 1666 et en 1691. Avec l'inventaire de 1666, on note l’apparition des premiers diamants taillés en brillants (alors appelés diamants « à la mode »).
Un autre inventaire date de 1774 : 7482 diamants, 506 perles ; le nombre de pierres est pour le reste identique dans les inventaires de 1774 et de 1791, c'est-à-dire , , , et 3 améthystes orientales, 8 grenats syriens, et d'autres pierres de couleur.
Les Mazarins 2, 3 et 7 sont retaillés sous Louis XV, avec une perte importante pour le Mazarin 2, qui passe de 33 à 24 carats, de même que le diamant de Guise. Sous Louis XVI, le Tavernier blanc est l'objet lui aussi d'une importante retaille. Dans l'inventaire de 1791, seuls quelques diamants subsistent dans l'état qui était le leur sous Louis XIV.
Révolution (1789 – 1792) Lors de la Révolution, les biens de l'État ne sont plus à la libre disposition du roi. Les joyaux de la Couronne, qui se trouvaient à Versailles, sont ramenés au Garde-meuble de la Couronne, place Louis XV (actuelle place de la Concorde), administré par Thierry de Ville-d'Avray.. Le roi reçoit alors une dotation : la liste civile.
Par les décrets des 26, et , l'Assemblée constituante décide de faire dresser l'inventaire des diamants et pierreries de la Couronne. L'inventaire compte diamants, , , , , et 3 améthystes orientales, 8 grenats syriens, et d'autres pierres de couleur. Le prix des joyaux est estimé à livres, dont 16 730 403 de diamants, 996 700 de perles, 360 604 de pierres de couleur et 5 834 490 de pannes, chaines, montures, etc. Le « Régent » est à lui seul estimé à , le « bleu de France » à , et le « Sancy » à .
Dans la semaine du 11 au (voir ci-dessous), une bande vraisemblablement dirigée par un certain Paul Miette dérobe une partie des diamants, qui se trouvent alors à Paris, à l'hôtel du Garde-Meuble de la Couronne, où le trésor est conservé mais mal gardé. À la suite d'une enquête menée entre 1792 et 1794, les deux tiers des joyaux seront retrouvés, parmi lesquels le « Régent », le « Sancy », et la plupart des « Mazarins ». La collection, déposée à la Trésorerie nationale, est alors estimée à de livres.
Sous la Convention, la collection s'enrichit des pierres issues de la confiscation des biens d'émigrés et des joyaux du roi de Sardaigne. Vers 1795, la collection vaut, selon les estimations, de livres.
Sous le Directoire, le besoin de ressources se faisant éprouver, on prend la décision de vendre les pierres à l'étranger.
En 1796, Daubenton, professeur de minéralogie, choisit des pierres pour les déposer au Muséum national d'histoire naturelle ; parmi ces pierres figure le « Grand Saphir ».
Entre 1797 et 1800, la nécessité de trouver des fonds pour approvisionner l'armée conduit à la mise en gage des diamants.
Vol des joyaux de la Couronne (août et septembre 1792) Marc-Antoine Thierry de Ville-d'Avray est tué à la prison de l'Abbaye, à Paris, le , lors des massacres de Septembre.