Charles Vaillant, né le à Paris et mort le à Paris , est un pionnier de la radiologie française.
Biographie Paris : naissance de Charles Jules VaillantArchives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance (consulté le 24 décembre 2012) 1896 : création du laboratoire de "La médecine moderne", 106, boulevard Saint-Germain à Paris : création du laboratoire de la clinique Baudelocque à Paris 1900 : création du laboratoire de l’hôpital Lariboisière à Paris, fondé par ses seuls moyens : présentation d'un cliché radiographique : corps entier d'une femme : cliché obtenu en une seule pose sur une plaque unique () 1905 : création du laboratoire à la Maison municipale de santé- Maison Dubois- Paris 1906 : amputation de l'index droit (radiodermite) 1912 à 1919 : conseiller municipal de Chalifert 1919 : subit six interventions chirurgicale au bras gauche (radiodermite) 1920 : désarticulation de l'épaule gauche (radiodermite) : admis à l'Institution nationale des Invalides : Paris, décès à l'Hôpital des Invalides
Travaux scientifiques Le , un professeur d'université allemand, Wilhelm Röntgen, met en évidence un nouveau type de rayon cathodique qui permet « de rendre transparents à nos yeux et à la plaque photographique des corps jusque-là considérés comme parfaitement opaque ». La radiographie vient de naître. Physiciens, expérimentateurs, médecins vont développer cette nouvelle technique de diagnostic, souvent au péril de leur vie. Charles Vaillant, inhumé au cimetière de Chalifert, fut de ceux-là. Sur sa tombe, une plaque porte cette épitaphe « VICTIME DE LA SCIENCE ».
La relation de la communication de Röntgen à la Société des sciences physiques et médicales de Wurtzbourg suscite une vive curiosité de la part du grand public. Le monde médical, plus réservé dans sa majorité, ne perçoit pas tout de suite les applications que cette découverte peut apporter aux sciences médicales. Pour les physiciens, les expérimentateurs, dont Charles Vaillant, ce n'est que par la suite naturelle des recherches de Hittford, William Crookes, Hertz et Philipp Lenard. Ceux qui possèdent un matériel semblable à celui décrit dans le mémoire de Röntgen ne manquent pas de répéter ces expériences. Charles Vaillant, tout juste âgé de 24 ans, crée à Paris un laboratoire privé de radiographie au du boulevard Saint-Germain, dans les locaux du journal la Médecine Moderne. Installé dans la salle des dépêches, l'équipement, bien que rudimentaire, permet de mettre en œuvre des travaux expérimentaux sur l'étude des rayons X et de réaliser les premières applications de cette nouvelle technique au diagnostic médical ou chirurgical. Réservé à l'origine aux clients du journal, le laboratoire ne tarde pas à être sollicité par plusieurs hôpitaux civils parisiens et par l'hôpital militaire du Val-de-Grâce.
Paul Strauss, conseiller municipal de Paris, et le docteur Émile Dubois suivent pas à pas ses tentatives inaugurales et ses travaux. Convaincus que cette découverte et ses applications médicales vont permettre des victoires éclatantes dans la prévention, le diagnostic et la thérapeutique des maladies, ils déposent auprès du conseil municipal de Paris le projet de Charles Vaillant de créer un laboratoire central à l'usage des hôpitaux. En novembre, le directeur de l'Assistance publique répond : Le Conseil de surveillance adoptant les conclusions de sa sous-commission présidée par M. le professeur Brouardel émit l'avis qu'il n'y avait pas lieu quant à présent, de créer un service central, attendu qu'en raison des progrès incessants réalisés dans cette nouvelle branche de la science, une installation organisée prématurément risquerait d'être hors d'usage à très bref délai.
Charles Vaillant apprend parallèlement qu'à la clinique Baudelocque le docteur Pinard va présenter des travaux au Congrès d'obstétrique de Moscou. Après un entretien, Pinard charge Vaillant de lui préparer l'illustration radiographique de sa communication. Vaillant s'installe alors dans le pavillon Tarnier de la clinique Baudelocque. Trois pièces et deux grands balcons vitrés composent le laboratoire. Les docteurs Pinard et Varnier prennent en charge la mise en place des équipements. Dans la première pièce, salle d'opérations radioscopies et radiographiques, sont installés les appareils : bobine de Ruhmkorff, interrupteur, écran, tube de Crookes. Un banc de massage pour coucher les malades et une table pour les examens des membres terminent l'installation. Les deux autres pièces servent aux manipulations photographiques et aux archives. Les balcons vitrés permettent d'exécuter des prises de vue photographiques et le tirage des épreuves. L'achat des matériels s'effectue sur les ressources de la clinique. La vapeur de la chaudière prévue pour le service d'étuvage de l'établissement fournit, après transformation, et d'une manière économique l'électricité nécessaire au fonctionnement des instruments. Le le laboratoire est opérationnel.
Comme les docteurs Pinard et Varnier sont spécialisés en obstétrique, le chef de laboratoire Vaillant effectue essentiellement des travaux sur l'étude du bassin chez la femme. En trois années d'exercice à Baudelocque, il constitue une collection de près de six cents clichés. Le laboratoire reçoit aussi les malades que lui adressent plusieurs hôpitaux parisiens, en particulier Trousseau et la maternité. Professeurs, médecins, savants, français et étrangers viennent à la clinique pour voir et étudier cette nouvelle technique.
En 1899, Charles Vaillant dresse un premier bilan de son activité. Il énumère au clichés près le nombre des examens pratiqués pour la clinique et pour les services extérieurs (près de ) et insiste sur le fait qu'il ne viendrait plus à aucun homme de science l'idée de contester l'utilité des rayons X dans la plupart des cas qui se présentent journellement dans la pratique médicale. Mais il s'attache plus particulièrement, à l'attention du conseil municipal de Paris, à démontrer que la création d'un laboratoire est une entreprise économique viable. Cette même année, le conseil municipal vote une subvention à chacun des trois laboratoires principaux qui fonctionnent déjà dans les établissements de l'Assistance publique : Salpétrière, Necker, Baudelocque. En 1900, à la suite d'un différend concernant l'utilisation de la subvention, il quitte BaudelocqueUne histoire de l'hôpital Lariboisière, ou, Le Versailles de la misère - De Jean-Paul Martineaud - Publié 1998 - Éditions L'Harmattan - - Extrait -.
Quelques mois plus tard, sollicité par plusieurs chefs de services, il s'installe avec son propre matériel à l'hôpital Lariboisière. Un laboratoire de fortune dans un local de six mètres carrés. Le soir après les radiographies de la journée, il emporte son matériel chez lui pour ses examens personnels. Il présente ses travaux à l'Exposition universelle de 1900 : des plaques radiographiques de de haut représentant des sujets grandeur nature.
Charles Vaillant a été : Expert auprès du tribunal de la Seine. Membre de la commission des laboratoires des hôpitaux. Membre de la commission tripartite des soins médicaux aux blessés de la guerre. Membre de la commission d'Hygiène industrielle.
L'œuvre destructrice de la radiodermite vignette|Photographie de Charles Vaillant alité, publiée dans un journal américain.
Dès le début, les accidents radiographiquesLe site sur les radiodermites à destination des patients suivant une radiothérapie apparaissent. Les patients soumis à des longues expositions aux rayons X sont parfois victimes de brûlures superficielles (en 1897, un cliché de bassin nécessitait trente à quarante minutes d'exposition !). Mais les examens terminés, quelques semaines après, l'épiderme se reconstitue. Les opérateurs occupés chaque jour aux réglages des tubes radiogènes ne se préoccupent pas immédiatement des conséquences graves auxquelles ils s'exposent. Ainsi, beaucoup de praticiens, victimes de radiodermiteEncyclopédie Vulgaris Médical : Radiodermite voient leur épiderme se fendiller, leurs ongles tomber, des ulcérations se former. Charles Vaillant est amputé de l'index droit en 1906. En 1910, il perd l'index gauche. À Lariboisière, la situation du laboratoire s'améliore. Bien qu'insuffisante, la subvention que reçoit Charles Vaillant lui permet de faire fonctionner deux installations. En effet, il est devenu chef de service de radiographie de Lariboisière et de la Maison municipale de Santé. Il a également été nommé expert près du Tribunal civil de la Seine.
La radiodermite continue son œuvre destructrice. En 1915, c'est la main gauche tout entière que l'on ampute à Charles Vaillant. On le presse d'abandonner son laboratoire. Mais c'est la guerre et tout son personnel est mobilisé. Alors il faut tenir. Secondé par sa fille Simone-Charlotte, il va accomplir pendant cette sombre période une tâche bien difficile. En 1919, son état de santé s'aggrave. Il subit six interventions au bras gauche. L'année suivante, c'est l'épaule tout entière qui doit être désarticulée. Le , après vingt-cinq ans de services, il est admis à faire valoir ses droits à la retraite. Il a quarante-huit ans. Il quitte avec un profond regret son laboratoire :
Il revient cependant à Lariboisière en pour recevoir une décoration dans une des salles du service de chirurgie, en présence du seul personnel médical, internes et infirmières du service. En quelques mots, le docteur Cuéno rappelle la carrière brillante de ce pionnier de la radiographie. Il évoque aussi le courage de cet homme brisé dans sa chair, puis il fixe à sa boutonnière la rosette d'officier de la Légion d'honneur (il fut promu le . Il avait été nommé au grade de chevalier le ).
Le , Charles Vaillant est à nouveau à Lariboisière, mais cette fois pour une raison plus grave : nouvelle et treizième opération. Les terribles brûlures provoquées par la radiodermite nécessitent l'amputation de l'avant-bras droit.
Quelques semaines plus tard une réception solennelle attend Charles Vaillant à l'hôtel de ville de Paris. En présence de personnalités nationales, parisiennes, de l'ambassadeur des États-Unis et des représentants de l'ensemble du corps médical, il reçoit plusieurs décorations le : la médaille d'or de la Ville de Paris qui associe les familles d'autres radiologues morts victimes de la Science, Leray et Infront, la médaille d'or de la fondation Carnégie (branche française du américain qui récompense les actes d'héroïsme) ainsi que la cravate de commandeur de la Légion d'honneur.
Sur la médaille de la ville de Paris sont gravés ces mots :
À l'aide d'un avant bras articulé - don d'un mutilé - Charles Vaillant peut apposer sa signature sur le livre d'or de la Ville de Paris.
S'il est contraint de quitter la radiographie, Charles Vaillant n'abandonne pas cependant la profession. Si sa situation matérielle n'est plus précaire, il pense à celle des radiographes, médecins, opérateurs, physiciens, constructeurs, tous ces mutilés de la science qui travaillent humblement dans la souffrance physique ou meurent dans l'indifférence et l'oubli. Il les recherche à travers la France et propose des dossiers au gouvernement afin qu'ils soient récompensés et surtout sortis de leur misère.
Récompenses et hommages Le , il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneurBase Léonore du Ministère de la Culture. Le de l'année suivante le gouverneur des Invalides, le général Mariaux, lui remet la décoration lors d'une prise d'armes, dans la cour des Invalides. En mai, son épouse meurt. Les seuls soins d'une infirmière ne suffisent pas. Il lui faut un asile. Il obtient une minuscule chambre aux Invalides, par décret du du Ministère des pensions - institution nationale des Invalides. Ainsi, il va vivre ses dernières années en partageant son temps entre les Invalides et une maison familiale à Chalifert.