vignette|Unités anthropiques pour les terres agricoles. Le jugerum ou jugère est une ancienne unité de surface agraire romaine, promue pour la mesure uniformisée de la superficie des terres agricoles (champs, prairies, vergers, jardins...) dans le monde gréco-romain tardif à partir de la fin du . Il y témoigne de l'art commun et ancien de l'arpentage antique et de la continuité des pratiques de contrôle foncier, largement développées par les autorités fiscales au début du second Empire romain.

Cette superficie normalisée à environ 25 ares est à l'origine du jour ou du journal de l'ancien monde paysan, voire de la jugère ou de la juchère, du juchert ou du jugum (joug mesuré).

Origine et évolution Le terme latin classique neutre, au singulier jūgěrum, i, au pluriel jūgěra, um, désigne selon Félix Gaffiot une surface rectangle de de long sur de large, soit environ : il s'agit d'une ancienne mesure agraire de même valeur que l'arpent, terme d'origine gauloise… .. Il n'a aucun rapport direct avec le joug des bovins, même si la mesure correspondait de façon légendaire à l'aire qui pouvait être labourée par un attelage d'une paire de bœufs (nécessairement attelés) en une seule journée ou matinée de travail. Le mot latin de genre féminin jūgěrātǐo, iōnis désigne la mesure d'un jugérum (sic) ou jour et surtout l'art de l'arpentage ou action de diviser par jugère, les biens fonciers.

L'évolution du terme latin a engendré respectivement jour en français et Joch en allemand. Le latin médiéval a laissé au français les mots "jugérum" ou "jugère". Ce dernier mot, ou ses dérivés, en ancien et moyen français peut être de genre masculin ou fémininFrançois-Olivier Touati, Vocabulaire historique du Moyen Âge (Occident, Bysance, Islam), La Boutique de l'Histoire, Paris, simple entrée "jugère".

L'évolution du mot adjectival dérivé en latin classique jūgěrālis, e, "(d'une superficie) d'un jour" a probablement laissé le mot journal. Cette unité était variable selon les diverses provinces et contrées locales de l'ancienne Francia. En France, la moyenne de la superficie invoquée atteste une hausse sensible par rapport à la référence romaine antique, soit .

Dans l'Est de la France, le jour de la montagne lorraine a été normalisé à , lors de l'adoption du système métrique au cours du . Autrefois, les variantes et adaptations de la jugère étaient d'une extrême variété dans le temps et l'espace, sans mentionner les autres mesures de surface agrairesSur la difficulté de connaître les mesures d'une jugère ou d'un journal suivant les lieux ou contrées, et surtout à différentes périodes historiques, lire la réflexion complémentaire d'Annie Antoine concernant la signification politique des mesures de superficie. Sur les autres mesures de surface agraire, revenons à l'article principal de Pierre Morlon sur le site de l'inra.

Définition du jugère antique à l'époque romaine

Le jugère romain apparaît à l'époque de la république romaine. Il correspond selon Columelle à deux "actus quadratus", soit deux fois la superficie d'un carré de , ou encore deux arpents soit deux fois 144 perches carrées, carrés, un demi acre dans le cadre de l'heredium. Il représente donc environ 25,20 ares, c'est-à-dire approximativement un quart d'hectareDezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, T. 1, Ch. Delagrave, 1878, ..

Le jugère romain est créé lors de la crise agraire, dite « des Gracques », dans la République romaine du En 133 avant Jésus-Christ, Tibérius Sempronius Gracchus voulait en effet limiter la surface des grandes propriétés à 500 jugères maximum () pour assurer une plus grande répartition de lager publicus à tous les citoyens, et pouvoir ainsi recruter plus largement dans l'armée romaine puisqu'il fallait posséder des terres pour être enrôlé.

Il correspond grosso modo au « jour », au « journal » ou à la « journée », vieille mesure d'arpentage et de labeur paysan, tout en étant synonyme du « journal de bœufs ».

Bas-Empire romain et temps mérovingiens

Le mot juga peut être le pluriel de jugum, terme neutre désignant l'unité d'arpentage et de superficie.

Mais la juga représente aussi l'ensemble des terres arables cadastrées, sur lequel se fonde l'impôt foncier au second Empire romain, à l'initiative de Dioclétien. Ainsi en latin médiéval la jugatio ou le jugum représente l'assiette fiscale durant l'Antiquité tardive mesurée en 'juga' sur les biens fonciers ou les terres mises en valeur, déclarées et/ou contrôlées. Par extension, ces mots de percepteurs d'impôts désignent la redevance sur les jours cultivés.

Ce système associé à la gestion administrative et fiscale perdure dans les cités mérovingiennes, avant d'être adapté par l'administration religieuse et temporelle chrétienne de la paysannerie.

Variété du legs du latin médiéval Le latin médiéval, ancienne langue de l'écrit administratif, possède, un grand nombre de mots provenant de l'évolution du mot latin jugerum, ou de ses interprétationsSon vaste lexique possède évidemment le terme classique "jugerum, jugera au pluriel", bien défini par une définition lapidaire telle que "mensuria agraria", soit une mesure agraire. Les formes présentées sont dans le glossaire de Du Cange..

Voici quelques formes attestées par cette vaste littérature administrative : jugum. Pour justifier cette appellation synonyme, les auteurs affirment que le "jugum terrae" ou joug de terre est un quantum de terre arable que des bœufs attelés peuvent labourer ou cultiver en un jour (durée de labeur). jugia jugium (jugii au pluriel) jucata, souvent synonyme de jornata (jour ou journée au sens d'unité de superficie). juctus ou juctos, selon divers "polyptyques" médiévauxPour changer le mot classique et (re)justifier peut-être sa mesure, les clercs exposent une modalité agraire. Un polyptyque (écriture historique commune du au ) ou polyptyque (écriture puriste, conforme à la racine latine) est ici un pouillé, un livre recueil de cens ou un livre inventaire décrivant les biens d'un domaine, d'un organisme de gestion comme une église ou une abbaye.Définition du TLF. junctus selon la charte noire de l'abbaye Saint-Martin-de-ToursCette interprétation fait référence à une association, à une jonction, à la façon d'un couplage explicite sous le joug. junctum ou junctos juhert, par exemple dans les Acta Murensis monasteriiTer in anno, id est, junio ut automno, et in vere, arabunt quinque juhert.... Proposons la traduction suivante : trois fois l'an, en juin jusqu'en automne et au printemps, ils laboureront (ou cultiveront) cinq jucherts (différents, soit quinze jugères pour toute l'année en trois étapes). Le verbe latin médiéval "arare" est au pluriel de l'indicatif futur. L'obligation contractuelle de mise en valeur est ici bien exprimée, mais la signification d'une mise en train ou manière d'agir régulière seraient peut-être aujourd'hui mieux traduite par le présent de l'indicatif français.. Il a engendré le ou la juchert, la juchère, le jouchart, et probablement le "jour (de terre, de prairie, de champ, de pré...)" et son dérivé "la journée". juchus ou juchos. jochus, par exemple dans l'Alemannicas Goldasti, qui a pu laisser le mot allemand Joch et peut-être quelques mots de patois roman de l'Est de la France, assimilé à "jour".

Notes et références

Bibliographie David (Jean-Michel), La république romaine, Point Seuil, 2000. Du Cange, Glossaire de latin médiéval

Articles connexes Agriculture de la Rome antique arpent Arpenteurs romains Centuriation romaine jour paysan, journée, journal, fauchée, soiture Pertica Question agraire à Rome Unités de mesure romaines

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