vignette|redresse=1.1|Le château de Mannheim.
L'École de Mannheim (Mannheimer Schule en allemand) est l'école de musique préclassique (« Vorklassik » ou « Frühklassik » en allemandMichael Schneider (2005), notice du CD Georg Anton Benda - Harpsichord Concertos, La Stagione Frankfurt dir. Michael Schneider, cpo 777 088-2.) qui regroupe les musiciens et compositeurs allemands, bohémiens, moraves et autrichiens actifs à Mannheim qui, à partir de 1743, ont joué un rôle déterminant dans la transition entre la musique baroque et le classicisme viennois.
Formée à Mannheim vers 1743 par Johann Stamitz avec des membres de la Chapelle princière (Hofkapelle) du prince-électeur de Palatinat Charles-Théodore, la « Mannheimer Hofkapelle » était considérée au comme l'orchestre le plus réputé et le plus talentueux de toute l'Europe Don Michael Randel, The Harvard Concise Dictionary of Music and Musicians, Harvard University Press, 1999..
Le nom d'École de Mannheim désigne à l'origine une école de violon et de direction d'orchestre, puis, progressivement, également une école de composition..
L'orchestre de la cour de Mannheim comptait de nombreux musiciens, parmi lesquels Johann Stamitz, Franz Xaver Richter, Christian Cannabich, Johann Baptist Wendling, Carl Joseph Toeschi, Ignaz Holzbauer, Anton Fils et Ignaz Fränzl, considérés comme les chefs de file du nouveau langage symphonique, qui développèrent la sonate dans sa forme classique, laquelle devint ensuite celle de la symphonie. De fait, Stamitz désigna comme « sonates pour orchestre » les symphonies de même structure qu'il composa pour son célèbre orchestre. L'école de Mannheim a largement contribué à développer et à imposer le modèle standard de la symphonie d'orchestre en quatre mouvements ce qui était nouveau pour l'époque..
Le travail de l'École de Mannheim fut déterminant dans l'évolution musicale qui allait conduire du baroque tardif au classicisme viennois et, plus tard, au romantisme. Elle abandonna la tradition antérieure d'une orchestration assujettie à la basse continue et la sensibilité du baroque tardif. Elle développa un style nouveau, plus enjoué, dont l'harmonie était déterminée par la mélodie.
Historique Les origines de l'orchestre de la cour palatine de Mannheim Les origines de l'orchestre préclassique de la cour palatine de Mannheim, qui entrera dans l'histoire de la musique sous le nom d'école de MannheimHans Oskar Koch, notice du CD Mannheimer Schule Vol.4, Kurpfälzisches Kammerorchester, CD Arte Nova 74321 37298 2, 1996., remontent à l'orchestre baroque de la cour du prince-électeur du Palatinat Jean-Guillaume de Neubourg-Wittelsbach, qui règne de 1690 à 1716 et réside à Düsseldorf. Cet orchestre comprend le compositeur, hautboïste et flûtiste Martin Friedrich Cannabich, qui travaille ensuite pour le prince-électeur Charles III Philippe (électeur de 1716 à 1742) à Heidelberg d'abord puis à Mannheim après le transfert de la cour palatine dans cette ville en 1723.
L'orchestre baroque de Charles III Philippe à Mannheim comprend les musiciens Carlo Grua, maître de chapelle à Mannheim de 1733 à sa mort en 1773, Martin Friedrich Cannabich, Alessandro Toeschi, Johann Jacob Cramer et, surtout, Johann Stamitz, engagé vers 1741-1742 et qui sera la cheville ouvrière de la transformation à venir de l'orchestre de Mannheim.
Les débuts difficiles de l'orchestre du prince-électeur Charles-Théodore Le prince-électeur du Palatinat Charles-Théodore accède au pouvoir en 1743 à l'âge de 18 ans seulementSimon Murphy, notice du CD Franz Xaver Richter, Johann Stamitz - Early Strings Symphonies Volume 2 , New Dutch Academy, dir. Simon Murphy, Pentatone 5186 029, 2003. Grand mélomaneRüdiger Thomsen-Fürst, notice du CD Anton Fils - Symphonies , L'Orfeo Barockorchester, dir. Michi Gaigg, cpo 999 778-2, 2002, il figure parmi les souverains les plus éduqués musicalement du et joue lui-même de la flûte, comme le roi de Prusse Frédéric II, ainsi que du violoncelle.
Malgré la nomination en 1743 de Johann Stamitz comme Konzertmeister faisant fonction, les trois premières années du règne de Charles-Théodore, de 1743 à 1746, montrent peu d'activité musicale, un fait qui peut s'expliquer en partie par la participation de Charles-Théodore à la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748). et en partie par sa décision de transférer sa cour à Düsseldorf en 1746 avant de changer brusquement d'avis et de revenir à Mannheim en 1747.
En 1744-1745, l'orchestre de Mannheim, encore baroque, ne compte que 25 musiciens, un nombre qui chute même à 16 en 1746.
L'âge d'or de Mannheim (1747-1778) En 1747, Charles-Théodore confie à Johann Stamitz la mission d'augmenter la taille et la qualité de son orchestre, devenu famélique.
Stamitz commence avec une idée très simple qui permet d'augmenter en un coup la taille de l'orchestre : il transfère en bloc les trompettistes et les joueurs de timbales des écuries de la cour (Obrist-Stallmeisterstab) vers l'orchestre.
Ensuite, pour améliorer la qualité de l'orchestre, Johann Stamitz recrute certains des meilleurs musiciens et compositeurs d'Europe, comme le compositeur et chanteur de basse Franz Xaver Richter, le flûtiste Johann Baptist Wendling et le hautboïste Alexander Lebrun en 1747, le compositeur et Kapellmeister Ignaz Holzbauer en 1753, les violoncellistes Innocenz Danzi et Anton Fils en 1754. Par ailleurs, Charles-Théodore paye des voyages de formation en Italie à plusieurs chanteurs de premier rang et à Christian Cannabich.
Ces changements permettent à l'orchestre d'atteindre son apogée de 1748 à 1778Simon Murphy, notice du CD Franz Xaver Richter, Johann Stamitz - Early Strings Symphonies , New Dutch Academy, dir. Simon Murphy, Pentatone 5186 028, 2003.
La création de la légendaire école de Mannheim est parachevée en 1758, un an après la mort de Johann Stamitz, avec le recrutement du violoniste virtuose Georg Czarth et des clarinettistes Michael Quallenberg et Johannes Hampel, qui sont les premiers clarinettistes engagés à Mannheim..
L'orchestre compte plus de 70 musiciens en 1762 et plus de 80 en 1770 pour atteindre un pic de 89 musiciens salariés en 1773-1774 et se stabiliser ensuite à environ 75 musiciens.
Le financement de cet imposant orchestre de cour est rendu possible par une dotation faite par Anne-Marie-Louise de Médicis (1667-1743), épouse du prince-électeur Jean-Guillaume de Neubourg-Wittelsbach, qui était au pouvoir avant le prédécesseur de Charles-Théodore (Charles III Philippe du Palatinat) : la Fondation Médicis dotée de 52 000 florins (gulden) par an. Le poète, critique et compositeur allemand Schubart, à qui l'on doit l'appellation d'école de Mannheim, cite même le montant de 80 000 florins et souligne : .
En 1772, le musicologue britannique Charles Burney dit de l'orchestre de Mannheim : .. L'orchestre se distinguait donc par le fait que chacun de ses membres était à la fois un instrumentiste virtuose mais également un compositeur de talent.
Dans son ouvrage A General History of Music from the earliest Ages to the Present Period, Burney précise encore en 1789 : . Burney louait la symphonie de concert de Mannheim avant tout pour .
Le poète et compositeur Christian Friedrich Daniel Schubart partage cet enthousiame : Olaf Krone, notice du CD Mannheim: The Golden Age, Concerto Köln, CD Teldec 3984-28366-2, 1999.. .
De son côté, Leopold Mozart dit de Mannheim en 1777 : .
Le philosophe Friedrich Heinrich Jacobi qualifie quant à lui l'orchestre de Mannheim de et le poète Friedrich Gottlieb Klopstock s'exclame .
Le transfert à Munich et la fin de l'âge d'or de Mannheim Le prince-électeur Maximilien III Joseph de Bavière meurt sans héritier le et c'est son cousin Charles-Théodore qui hérite de l'électorat de Bavière en 1778Stephan Petrich, notice du CD Musik der Münchener Hofkapelle - Music of the Munich Court Orchestra , Hofkapelle München, dir. Christoph Hammer, Capriccio AE 10 861, 2000.
Devenu Charles-Théodore de Bavière, ce dernier transfère en 1778 sa cour de Mannheim à Munich, ainsi que son orchestre qui fusionne avec l'orchestre de la cour de Munich (la « Münchener Hofkapelle ») dont les origines remontent au (avec Ludwig Senfl et Roland de Lassus)..
Lors du transfert, environ 60 % des musiciens choisissent de suivre leur prince à Munich, alors que les autres (au nombre desquels le maître de chapelle Ignaz Holzbauer et le violoniste virtuose Georg Czarth) restent à Mannheim comme membres du Théâtre National et d'un « Concert d'Amateurs » doté par le prince-électeur. On notera ici le cas particulier du très jeune Franz Danzi, engagé comme violoncelliste à l'âge de 15 ans quelques semaines seulement avant le transfert et qui préfère rester au Théâtre national à Mannheim avant de prendre, cinq ans plus tard, la succession de son père Innocenz Danzi en 1783 à Munich.
Le déménagement final à Munich en août et met fin à l'âge d'or de la vie musicale à Mannheim.
Mais la tradition de Mannheim se perpétue à la cour de Munich car la vie musicale y est assurée essentiellement par des musiciens qui ont suivi le prince-électeur, et ce sous l'égide de Christian Cannabich (directeur de l'orchestre à Munich de 1778 à sa mort en 1798) et de Carl Joseph Toeschi (directeur de la musique de chambre à Munich de 1778 à sa mort en 1788), parmi lesquels Franz Anton Dimmler, Peter von Winter, Franz Tausch et Franz Danzi., auxquels on peut ajouter des musiciens qui n'ont connu que Munich comme Carl Cannabich (1771-1806), le fils de Christian Cannabich, formé à Munich dans la tradition de Mannheim, Karl Theodor Toeschi (1768-1843), le fils de Giovanni Battista Toeschi et neveu de Carl Joseph Toeschi., ainsi que Franz Anton Dimmler junior, le fils de Franz Anton Dimmler, né à Munich en 1783 et entré au service de la cour de Charles-Théodore en qualité de clarinettiste en 1796, à l'âge de treize ans.
Mozart à Mannheim Mozart en quête d'un poste à Mannheim À l'automne 1777, le jeune Wolfgang Amadeus Mozart, âgé de 21 ans, se rend à Mannheim dans l'espoir de décrocher un poste dans cette ville où le prince-électeur palatin Charles-Théodore avait récemment créé un Théâtre National..
Wolfgang et sa mère Anna Maria séjournent à Mannheim du au ..
Dans l'espoir d'être engagé par Charles-Théodore au sein de la « Hofkapelle », Mozart dédie 6 sonates à l'électrice Élisabeth-Auguste et donne des leçons de clavier aux quatre enfants de Charles-Théodore, qui vient s'asseoir en personne près du clavecin et assiste aux leçons, écoutant avec ravissement les fugues improvisées par le jeune maître..
Mais Mozart joue de malchance. En effet, durant son séjour à Mannheim, le prince-électeur de Bavière Maximilien III Joseph meurt sans héritier le et son cousin l'électeur palatin Charles-Théodore hérite de l'électorat de Bavière. Cet événement a plusieurs conséquences néfastes pour Mozart : d'un côté, Charles-Théodore doit quitter Mannheim immédiatement et se rendre à Munich afin d'assurer ses droits à la succession bavaroise, ce qui suspend toutes les activités musicales à Mannheim et, de l'autre, Charles-Théodore décide de transférer non seulement sa cour de Mannheim à Munich mais aussi son orchestre, qui fusionne avec l'orchestre de la cour de Munich, avec comme conséquence l'absence de toute ouverture de poste musical tant à Mannheim qu'à Munich.
Mozart reçoit juste une montre en or de l'électeur palatin. C'est alors la cinquième montre qu'il reçoit, et il décide à partir de ce moment de toujours porter deux de ces montres bien en évidence afin, écrit-il, ..
Les amis de Mozart à Mannheim Mozart est fasciné par l'environnement artistique et intellectuel qu'il trouve à Mannheim. Avec Prague, Mannheim est une des rares villes où Mozart se soit plu..