thumb|upright=1.2|Le tripoint de Vaalserberg entre les Pays-Bas, la Belgique et l'Allemagne. thumb|upright=1.2|Borne frontière à Passo San Giacomo entre Val Formazza en Italie et Val Bedretto en Suisse. thumb|upright=1.2|right|Panneau trilingue (finnois, suédois et same) marquant une frontière Schengen intérieure près de Kilpisjärvi (Finlande). thumb|upright=1.2|Frontière entre la RFA et la RDA en 1982. thumb|upright=1.2|Double clôture frontalière entre la Namibie et le Botswana (2018) ; le phénomène d'engrillagement contribue à l'augmentation de la fragmentation écopaysagère
Une frontière est un espace d'épaisseur variable, de la ligne imaginaire à un espace particulier, séparant ou joignant deux territoires, en particulier deux États souverains. Les fonctions d'une frontière peuvent fortement varier suivant les régions et les périodes. Entre les pays de l'espace Schengen, elle n'est qu'une limite politique et juridique ne faisant pas obstacle à la circulation des personnes et des biensSauf aux frontières suisses : la convention de Schengen ne porte que sur la circulation des personnes, mais les autres pays ont signé par ailleurs des accords d'union douanière permettant la libre circulation des marchandises., alors qu'entre les deux Corées, elle est matérialisée par une large bande surveillée militairement et son franchissement est très restreintSelon Le Patrimoine..., page 151.
Le sens attribué au mot « frontière » a évolué tout au long de l'histoire de l'humanité, et il n'a pas été le même d'une époque à l'autre. Différentes notions entrent dans son champ qui concernent un spectre aussi large que l'histoire, la sociologie, l'anthropologie, le droit international public ou la science politique par exemple. Le terme de frontière est marqué par un symbolisme fort, basé sur des connotations telles que barrière ou jonction. Dans le système international actuel, qui se caractérise par la coexistence d'environ , le nombre de frontières actuelles doit être également multiplié par centaines. D'un autre côté, la notion d'un monde « sans frontières » fait son apparition.
Selon Lucien Febvre, le mot « frontière » apparaît en français au Febvre (Lucien), « Frontière : le mot et la notion », Revue de Synthèse historique, Paris, XLV, juin 1928, .. C'est alors un , pour la « zone-frontière » on utilisait le mot « fins », la ligne était la « borne » ou la « limitation ». Au , le mot « frontière » prend son sens actuel. Le concept de frontière est particulièrement mobilisé dans la conquête de l'Ouest américain, et le terme est défini en anglais en 1893 par Frederick Jackson Turnergeoconfluences.ens-lyon.fr.
Étymologie Le substantif féminin () [consulté le 2017]. [consulté le 2017].Entrée () des Dictionnaires de français [en ligne], sur le site des éditions Larousse [consulté le 2017]. frontière est dérivé, avec le suffixe -ière, de front, au sens militaire. Frontière est attesté, en ancien français, dès le : selon le Trésor de la langue française informatisé, sa première occurrence connue se trouve dans les Faits des RomainsFaits des Romains [consulté le 2017]. avec le sens de . Frontière est ensuite attesté, avec le sens de dans un acte daté d'. Mais la définition de frontière comme paraît être plutôt issue de pays de frontière () que résultant de la substantivation de [place, ville] frontière.
Frontière nationale moderne thumb|upright=1.2|left|La Grande Muraille de Chine. La frontière territoriale est aujourd'hui considérée comme une ligne définie, marquant la séparation entre deux territoires relevant de juridictions différentes. La frontière est un objet juridique. In abstracto, elle est la configuration institutionnalisée de la partie d'espace où l'État exerce son autorité souveraine territoriale, son contrôle effectif et coercitif. Elle distingue des pouvoirs étatiques aux niveaux géographiques et politiques (limite territoriale). In concreto, elle est constituée en droit par plusieurs éléments cumulatifs et complémentaires. Les frontières sont des intentions politiques, traduites en dispositions juridiques, cartographiées sous la forme linéaire continue ou discontinue, produites d'un processus technique de détermination, inscrites matériellement ou projetées virtuellement dans le milieu naturel, aux fonctions juridiques de différenciation territoriale et étatique et dont les modalités d'application peuvent prendre des formes particulières de contrôle et d'assujettissement. Toutefois, la notion de frontière précise et intangible, n'a pas toujours existé. Dans de nombreuses régions et à des époques diverses, les limites de frontières n'étaient pas définies avec précision.
thumb|upright=1.2|Poste frontière à Saint-Bernard-de-Lacolle (Québec), l'un des plus fréquentés entre les États-Unis et le Canada. La notion de frontière au sens actuel, qui succède à celle de confins, est associée au développement de l'État moderne, tel qu'il s'est développé en Europe à partir des . À cette époque, des pouvoirs étatiques centraux se réaffirment. Le Prince impose des lois et des impôts sur un territoire bien délimité. La notion prend tout son sens avec l'apparition du modèle westphalien, issu des traités de Westphalie (1648). Progressivement, les progrès de la cartographie permettent aux dirigeants de mieux prendre conscience de leur territoire et de mieux le contrôlerJean-Pierre Renard (dir.), Le Géographe et les frontières, . Avec la Révolution française l'idée prend une intensité nouvelle : les révolutionnaires veulent donner à la France un territoire unifié et précisément délimité, et supprimer toutes les enclaves et exclaves qui compliquent le dessin du territoire national. Le territoire national doit être linéaire et les frontières intérieures abolies.
L'idée de créer des limites précises, permettant de clarifier les situations juridiques s'impose progressivement dans les régions sous contrôle européen. Toutefois, dans les faits, la définition exacte de toutes les frontières nationales ne se fait qu'à long terme : de nombreux États n'avaient toujours pas déterminé avec précision les limites de leurs territoires à la fin du .
Facteurs ayant déterminé le tracé actuel des frontières Rapports de force Les frontières internationales sont un concept du droit international qui défend leur intangibilité ; elles ne peuvent être modifiées que par un accord entre les États ou une décision de la justice internationaleEn particulier les cours internationales de justice et d'arbitrage de La Haye, site de la cour internationale de justice et Site de cour d'arbitrage.. Elles n'en sont pas moins, dans leur genèse et à titres divers, le produit de rapports de force. Elles sont en grande partie le produit de l'avancée des armées et des calculs stratégiques de la part des puissances politiques.
Au , pour Friedrich Ratzel, considéré comme le précurseur de la géopolitique, les États les plus dynamiques s'étendent aux dépens des plus faibles. Des lois naturelles analogues à celle de la biologie décident du développement des États : .
En 1938, le géographe français Jacques Ancel, spécialiste des Balkans, s'oppose à ces théories de la Ancel (Jacques) , Géographie des frontières, Paris, Gallimard, ., qui fixent des frontières de civilisations. Il définit les frontières comme une production humaine, reflets des groupements étatiques. Pour les étudier, il s'intéresse donc à ce qu'elles enserrent. Après avoir défini des typologies de frontières et nié au passage la capacité des « sociétés primitives » à en produireAncel (Jacques) , ()., il en vient à proposer de les considérer comme Ancel (Jacques) , ..
Le rôle des rapports de force est crucial dans la formation des frontières, mais il peut se manifester de diverses manières. Il peut s'agir directement de la confrontation de deux puissances voisines, par exemple lorsque Napoléon annexe l'Italie du Nord. Il peut s'agir aussi du produit de calculs stratégiques plus complexes. Cela est particulièrement vrai dans les régions dominées par des puissances distantes. L'Afrique fut ainsi pour l'essentiel « partagée » entre États européens à la fin du en fonction des rapports de force qui existaient en Europe. La situation est un peu différente dans les cas où deux États faisaient partie d'un même ensemble colonial, comme l'Empire colonial espagnol où les frontières ont été révisées après les indépendancesMichel Foucher, Ibid., et 134-162.
Volonté des peuples thumb|upright=1.2|Poste frontière franco-italien à Menton.
La majorité des frontières mondiales a été tracée sans demander l'avis des populations localesMichel Foucher, Ibid., . Leur seul choix est de « voter avec ses pieds », c'est-à-dire d'émigrer, lorsqu'ils rejettent la nouvelle souveraineté. Cependant, à partir de la Révolution française essentiellement naît l'idée de l'État-nation, selon laquelle les limites étatiques doivent correspondre au territoire d'un peuple. Dans les faits, c'est surtout depuis la Première Guerre mondiale, que le droit à l'autodétermination est devenu un principe structurant du système politique mondial, du moins au point de vue théorique. Sous la pression américaine, la carte de l'Europe fut redessinée en 1918-1919 pour mieux prendre en compte le principe des nationalités. Dans certaines zones au statut indécis, un référendum auprès de la population locale est prévu par le traité de VersaillesEn Sarre (art. 34), en Silésie (art. 88)..
La dissolution de l'Empire austro-hongrois destinée à remplacer un empire multinational par des États-nations a donné naissance à des États multinationaux plus petits : la Yougoslavie était peuplée de Serbes, de Bosniaques, de Croates, de Slovènes et de Macédoniens sans compter des minorités albanaises, hongroises, roumaines et italiennes ; la Tchécoslovaquie (dont le nom lui-même indique la multinationalité) était peuplée de Tchèques, de Slovaques, de Ruthènes, de Hongrois, d'Allemands et de Polonais.
En effet, le principe de l'État-nation s'est parfois révélé difficile à mettre en œuvre sur le plan pratique. Dans certaines régions, il n'a pas été possible de créer des États-nations homogènes. Les signataires des traités de l'après-Première Guerre mondiale se sont trouvés confrontés aux raisons pour lesquelles ces populations n'avaient justement pas d'État-nation : les populations y étaient très diverses et imbriquées sur des territoires non viables économiquement par eux-mêmes.
Une autre stratégie a été adoptée pour atténuer les dissensions au sujet des frontières : non plus faire correspondre les frontières aux nationalités mais à la géographie et à la complémentarité économique, avec l'espoir de créer un sentiment national dans des entités étatiques aux contours a priori arbitraires. C'est un peu la stratégie adoptée par l'Organisation de l'unité africaine en déclarant intangibles les frontières héritées de la période coloniale (résolution de l'OUA adoptée en 1964 au Caire). Si un sentiment national semble s'être progressivement créé dans des pays africains, des tensions indépendantistes subsistent par le monde chez des populations qui ne se reconnaissent pas dans l'État auquel elles sont rattachées.
Géographie physique
Les géographes ont aujourd'hui abandonné l'idée, très forte en France au selon laquelle, les États avaient vocation à être délimités par des données physiques. À grande échelle cependantC'est-à-dire en regardant de près., on constate que beaucoup de frontières actuelles suivent les données de la géographie physique. Cela s'explique par plusieurs raisons :
Les reliefs ou les cours d'eau offrent des possibilités défensives importantes et ont souvent été utilisés pour construire des fortifications.