L'occupation de l'Autriche après la Seconde Guerre mondiale commença dès le , juste avant la capitulation du Troisième Reich, et se termina officiellement avec le traité d'État autrichien (1955).
Historique vignette|left|Un billet de . Deux types de monnaies étaient en circulation à la fin de la guerre, le Reichsmark et le Schilling des forces alliées jusqu'au rétablissement du Schilling autrichien en novembre 1945.
Après l'intégration de l'Autriche au Troisième Reich en 1938, la déclaration de Moscou proclamait en 1943 que l' était nul et non avenu. Elle affirmait le rétablissement d'un État autrichien indépendant après la guerre comme étant le but commun des Alliés.
Après la prise de Vienne le , à la suite de l'offensive soviétique sur la ville, les forces alliées occidentales pénétrèrent en Autriche environ deux semaines plus tard. Le le gouvernement provisoire autrichien constitué le même jour par Karl Renner proclama l'indépendance de l'Autriche vis-à-vis du Troisième Reich et instaura la Deuxième République autrichienne.
Après la capitulation et d'après les termes de la conférence de Potsdam, l'Autriche fut quand même divisée en quatre zones d'occupation alliées et Vienne, incluse dans la zone soviétique, fut divisée en quatre secteurs d'occupation, plus une « zone internationale » supplémentaire en son centre occupée à tour de rôle par chacune des forces alliéesPeter Lang, Documents diplomatiques français : 1968-Tome II ( juillet-31 décembre), ministère des Affaires étrangères, 2010.André Kaspi, Nicole Pietri et Ralph Schor, La Seconde Guerre mondiale. Chronologie commentée, Plon, 2011.Robert Belot et Klaus-Peter Sick, La Seconde Guerre mondiale pour les nuls, First Editions, 2011..
Cette situation perdura jusqu'à la signature du traité d'État autrichien en 1955.
Zones d'occupation 350px|right|thumb|Les quatre zones d'occupation alliées de Autriche entre 1945 et 1955. Les quatre zones d'occupation sont délimitées par un accord signé le à Londres et entré en vigueur le suivant : la zone Nord-Est soviétique est constituée par : le Burgenland, la Basse-Autriche et la Haute-Autriche au nord du Danube (Mühlviertel) et à l'est de l'Enns ; son quartier général étant à Baden ; la zone Nord-Ouest américaine est constituée par la province de Salzbourg et la partie de la province de Haute-Autriche située sur la rive droite du Danube ; son quartier général est dans le Salzkammergut ; la zone Sud britannique est constituée par la province de Carinthie et la province de Styrie ; son quartier général est également dans le Salzkammergut ; la zone Ouest française est constituée par : le Tyrol du nord et le Vorarlberg ; son quartier général étant à Innsbruck.
Le passage des lignes de démarcation entre les zones d'occupation nécessitait la détention d'une carte d'identité alliée qui était traduite dans quatre langues (allemand, anglais, russe, français) et portait des avis de confirmation de chacune des quatre forces d'occupation (soit en tout onze cachets). Cependant, les forces occidentales libéralisèrent très rapidement les procédures : ainsi, le fait de dépasser la ligne de démarcation à destination de la zone russe ou en provenance de celle-ci s'apparentait alors à un voyage à l'étranger. Les Soviétiques supprimèrent ces contrôles seulement en .
Occupation de Vienne 350px|thumb|right|Les quatre secteurs d'occupation à Vienne. Les zones en rouge clair, bleu clair et vert clair désignent les secteurs annexés à Vienne depuis 1954, mais placés à l'époque respectivement sous occupation soviétique, américaine, britannique et française. Comme Berlin, Vienne fut occupée dans un premier temps uniquement par les soldats soviétiques. En application de la convention de Potsdam, les autres Alliés installèrent leurs troupes dans la capitale autrichienne à partir d'. La répartition des secteurs d'occupation se fit par districts, dans les limites administratives que la ville connaissait avant 1937.
Secteur international constitué par le (Innere Stadt soit « la ville intérieure ») connaissait un régime d'administration commun aux quatre forces d'occupation. La gestion de la zone était ainsi confiée tous les mois par roulement à chacune des forces occupantes. Les patrouilles étaient composées d'un militaire de chacune des forces d'occupation, le chef de la patrouille appartenait à la puissance qui gérait le secteur, donc changeait chaque mois. Secteur américain constitué par les : 7, 8, 9, 17, 18 et 19 districts ; Secteur britannique constitué par les : 3, 5, 11, 12 et 13 districts ; Secteur français constitué par les : 6, 14, 15 et 16 districts ; Secteur soviétique constitué par les : 2, 4, 10, 20, 21 et 22 districts.
Les districts viennois créés postérieurement à 1938 (à partir du ) se trouvaient donc en dehors des limites de la ville et dépendaient ainsi de la zone d'occupation soviétique.
Les quartiers généraux de chacune de ces forces étaient : pour les Américains : siège de la Oesterreichische Nationalbank, sur la Otto-Wagner-Platz pour les Britanniques : château de Schönbrunn pour les Français : hôtel Kummer à Mariahilf pour les Soviétiques : palais Epstein, annexe du Parlement autrichien
Administration alliée Le se constituait le Conseil allié, organe de la commission alliée pour l'Autriche qui unifiait la politique d'occupation des quatre zones, composé des quatre commandants en chef qui, plus tard, devinrent hauts-commissaires. Les premiers membres de ce conseil furent : le général de corps d'armée américain Mark Wayne Clark, le maréchal soviétique Ivan Koniev, le lieutenant-général britannique Richard McCreery, le général de corps d'armée français Antoine Béthouart. Toutes les lois votées par le Parlement autrichien et présentées par le gouvernement fédéral au conseil allié nécessitaient l'aval de celui-ci pour leurs publications. Si le consentement n'était pas donné, la loi ne pouvait entrer en vigueur. Ainsi, en 1946, il arriva par exemple qu'une loi sur le changement des limites administratives de Vienne au profit de la Basse-Autriche (en fait, un retour à la situation antérieure à 1938) ne fut pas appliquée, par le simple refus des représentants soviétiques qui usèrent de leur véto sur ce sujet jusqu'en 1954.
Ainsi, le véto apposé par un seul des quatre représentants suffisait au début pour bloquer l'application d'une loi. Plus tard, le véto devint collectif : l'ensemble des représentants alliés devaient tous se mettre d'accord pour bloquer la procédure. En conséquence, les objections alliées devinrent alors très rares.
Les effectifs des armées d'occupation étaient initialement de . En 1955, les puissances occidentales ont réduit leurs forces à environ et les forces soviétiques à . Les coûts d'occupation devaient être couverts par l'Autriche (initialement jusqu'à 35 % de son budget; au , le quota est descendu à 15 %). En 1947, les États-Unis ont déclaré qu'ils paieraient leurs propres coûts d'occupation ; les trois autres puissances ont fait de même en 1953..
Le Conseil allié fut également chargé de la dénazification. Toutefois, dès 1946 les priorités se modifièrent, celle-ci étant transférée au gouvernement autrichien en Robert Jan Verbelen and the United States Government: A Report to the Assistant Attorney General, Criminal Division, 16 juin 1988, 94 p., le Counter Intelligence Corps (CIC) américain ne conservant qu'un rôle général de supervision, qui s'acheva en . Le du CIC américain, auparavant consacré à la dénazification, mit au rang de priorité la surveillance des organisations communistes. Celui-ci devait employer, à cette fin, le SS flamand Robert Jan Verbelen.
Administration soviétique vignette|Fantassins soviétiques à Vienne.
Après la mort de Staline le , Ivan Ilyitchev, conseiller politique adjoint de la commission de contrôle de la zone d'occupation soviétique en Allemagne et maître-espion du GRU rejoint Vienne et remplace le haut commissaire Vladimir Petrovitch Sviridov.
Son arrivée est interprétée à l’Ouest comme un pas vers la pleine indépendance de l'Autriche, d’autant que le contrôle des personnes aux frontières du secteur soviétique est abrogé le selon Hans-Peter Schwarz : Akten zur auswärtigen Politik der Bundesrepublik Deutschland, Institut für Zeitgeschichte München, Oldenbourg Wissenschaftsverlag, 1953, ()..
Ilyitchev mène ensuite, pendant l’été 1953, les négociations avec les représentants de l'Autriche (le chancelier Julius Raab, le ministre des Affaires étrangères Leopold Figl et le secrétaire Bruno Kreisky). Un des points de désaccord : le versement annuel de 151 millions de shillings autrichiens à l’URSS (coût de l’entretien des troupes d’occupation soviétiques) et le statut de neutralité de l’Autriche. Comme le souligne Julius Raab : ou bien l’Autriche est neutre, et elle ne peut pas payer – ou bien l’Autriche peut commercer librement avec l’Occident, et alors elle peut payerselon l'article de Der Spiegel du 2/9/1953 Cäsar mit Knöpflschuhen ("Un César en bottines à boutons"), qui fait admirer comment le chancelier autrichien et son équipe savent « valser avec l'ours » (http://www.spiegel.de/spiegel/print/d-25657463.html)..
Le , l'Union soviétique renonce à percevoir en Autriche le prix de son occupation. Cette mesure est assimilée par beaucoup à une autorisation donnée à l’Autriche de s’allier à nouveau à l’Allemagne, de reformer l'Anschluss, et les protestations s’élèvent en URSS, et même en France. Le , lors d'une réunion à l'ambassade soviétique de Vienne, l'ambassadeur Ilyitchev obtient du chancelier Raab et du ministre des Affaires étrangères autrichien Figl des garanties formelles quant à leur absence d’arrière-pensées, et un télégramme du secrétaire d'État John Foster Dulles appuie les négociationsselon l'article du Der Spiegel du 2/6/1954 Das Anschlußgespenst ("Le spectre du retour de l'Anschluss") http://www.spiegel.de/spiegel/print/d-28956507.html. Selon le Spiegel, Georges-Gaston Delors, envoyé spécial du journal français socialiste Le Populaire (alors le en France après L'Humanité) avait annoncé dans son article que la réunification germano-autrichienne allait suivre la fin de l'occupation soviétique..
Le , l'ambassadeur plénipotentiaire d'URSS en Autriche Ilyitchev en poste jusqu'en appose sa signature, sous celle de Molotov, au bas du Traité d'État autrichien avalisant l'indépendance de l'Autriche.
Les dernières troupes soviétiques quittent Vienne le ..
Administration américaine vignette|Badge des U.S. Forces in Austria.
vignette|gauche|Chars américains à Linz en mai 1945. Le , le d'armées qui a effectué l'offensive de printemps 1945 en Italie est réorganisé et désigné comme United States Occupational Forces Austria (forces d'occupation des États-Unis en Autriche), puis comme United States Forces in Austria (USFA); la compagnie de quartier-général du corps d'armée, la blindée - dissoute le 31 aout 1945 -, la d'infanterie et la d'infanterie sont affectées à cette formation à sa création..
Il y avait militaires américains stationnés en Autriche à l'automne 1945, mais dès , la force d'occupation a été réduite à . puis à mi-1946 à personnes, principalement du personnel de soutien et administratif. La seule grande unité de combat étant la d'infanterie..
En 1948, le 16th Infantry Regiment restant la principale unité de combat américaine en Autriche est relevé par le 350th Infantry Regiment qui forme l'ossature d'un commandement tactique - Tactical Command, U.S. Forces Austria - de taille divisionnaire créé le à partir de la d'infanterie..
Administration britannique
vignette|Convoi militaire britannique à la frontière entre l'Autriche et l'Italie en mai 1945.