Depuis 1945, le monde agricole en France a vu la diminution considérable de la petite paysannerie de subsistance et l'avènement des fermes modernes gérées par les paysans-agriculteurs, cultivateurs, éleveurs que l'administration française nomme les exploitants agricoles.

En à peine plus d'un demi-siècle, la population française a connu de profondes mutations (économiques, démographiques, sociologiques...). Cela est particulièrement vrai dans le monde agricole : En 2019, l'INSEE recensait 400 000 agriculteurs et 250 000 ouvriers agricoles en France, représentant un peu plus de 2 % de la population active, alors que leur nombre était évalué à respectivement 1,6 million et 310 000 en 1982. Cette diminution de la part des actifs agricoles dans la population active française est encore plus forte lorsqu'observée depuis 1945, où leur nombre était évalué à 10 millionsCf "Nous paysans" de Gilles Luneau . Aucun autre secteur économique n’a connu une régression d’emplois aussi massive. Celle-ci est directement liée à la mécanisation, à l'emploi d'engrais de synthèse dans l'agriculture, qui a conduit à une hausse importante de la productivité et à une concentration des terres au sein de quelques grandes fermes d'exploitations agricoles.

La modernisation agricole a changé la composition du bourg, du village, provoquant un exode rural important voire une désertification des campagnes, en particulier dans la « diagonale du vide ». Aujourd'hui, les trois quarts de la population habitent dans les villes. Les petites fermes familiales laissent la place à des fermes beaucoup plus grandes tandis que l'agriculture de subsistance est remplacée par une agriculture modernisée liée à l'industrie agroalimentaire. Certains explorent toutefois d'autres voies dans une agriculture biologique liée ou pas au tourisme rural.

En éclate un mouvement social de protestation dans le secteur, qui perdure fin .

La France, un pays longtemps rural thumb|Scène de dépiquage dans une cour de château en 1932 (Pomayrols, Aveyron, France)

La France fut, pendant longtemps, un pays profondément rural, comparée aux autres pays européens et notamment l’Angleterre où l’industrialisation rapide avait fait pratiquement disparaître le monde des petits paysans dès la fin du . Jusque dans les années 1930, la majorité de la population française est rurale et formée en majorité de petits agriculteurs. L'exode rural y est plus tardif que dans les autres pays d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord, ne décollant véritablement que lors des Trente Glorieuses.

La ferme traditionnelle est peu mécanisée et peu productive, la plupart des travaux se font à la main. La surface de travail est liée à la capacité de travail avec les animaux. L’animal est à la fois un outil, un compagnon, un produit et il apporte aussi la fumure.

Modernisation et conquête de l'autosuffisance alimentaire thumb|Après la Première Guerre mondiale, le moteur à explosion remplace la machine à vapeur qui elle-même remplaçait la force animale et humaine, encourageant ou permettant une diminution régulière de l'emploi agricole, et imposant une modification du paysage et des pratiques agricoles À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pays se reconstruit, réorganise et modernise son agriculture. Celle-ci va rapidement devenir un des moteurs du redémarrage économique. En 1948, l’aide financière et matérielle des États-Unis à la reconstruction européenne (plan Marshall) est consentie pour l’intensification de la production via l’investissement et le progrès technique. Dans la foulée, le traité de Rome lance le marché commun européen.

On assiste alors à une « accélération de l’Histoire » comme l’écrit Pierre Jakez Hélias dans Le Cheval d'orgueil (1975) pour évoquer les mutations radicales que connaît le pays Bigouden (Bretagne) depuis 1945. Avec l'Histoire de la France rurale de Georges Duby et Armand Wallon (1975), ces livres sont de véritables succès de librairie, témoignages d'une nostalgie rurale.

La ferme laisse peu à peu la place à l’entreprise agricole gérée « scientifiquement » avec une augmentation sans précédent des rendements et de la productivité, assistée par la création de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) en 1946. Les tracteurs et autres machines agricoles transforment radicalement les méthodes de travail. Le paysage est lui aussi bouleversé, la mécanisation nécessitant une réorganisation des terroirs, c’est le remembrement: les haies sont abattues et les parcelles regroupées et agrandies.

La PAC et l'autosuffisance

La France veut atteindre l’autosuffisance alimentaire, ce qui est fait dès les années 1970. Pour réaliser cet objectif on adopte une stratégie volontariste de modernisation des campagnes (lois d'orientation agricole de 1960 et 1962) et diverses aides publiques sont mises en place (subventions importantes). Les stocks de surproduction se comptent en millions de tonnes, les débouchés intérieurs sont saturés. Les pays du Nord se tournent alors vers le marché mondial. La France, qui bénéficie de la politique agricole commune (PAC), devient progressivement le premier pays producteur de l'Union européenne et le deuxième exportateur au monde de produits agroalimentaires .

L’agriculture tient désormais une place prépondérante dans la balance commerciale du pays: en 2002, son excédent commercial avoisinait les 9 milliards d'euros, presque autant que son secteur automobile et aéronautique - respectivement 11 et 12 milliards d’euros la même année . Actuellement, l'Union européenne consacre 40 % de son budget au titre de la PAC - soit 0,4 % de son PIB. Depuis 1999, l'Union a décidé de compléter la dimension de la PAC portant sur le soutien des marchés et des prix agricoles (le « pilier » de la PAC) par un « 2e pilier » consacré au développement rural.

La concentration des terres

La taille des exploitations augmente. 60 % des exploitations françaises de moins de 20 hectares ont disparu entre 1967 et 1997, tandis que le nombre de celles de plus de 50 hectares a quasiment doublé. La concentration économique accompagne ce processus. En 1997, 10 % des exploitations européennes réalisaient plus de 65 % des revenus agricoles, les 50 % plus petites n’en réalisant que 5 %Chiffres cités dans le dossier "Agriculture de destruction massive".

Cet effort de concentration des terres après la Seconde Guerre mondiale, appelé « remembrement », est très encadré par la législation et soutenu par une volonté politique d'aménagement du territoire. Ce remembrement est cependant très inégal géographiquement : bien adapté au bassin parisien et aux grandes plaines céréalières, il est quasiment absent des régions d'arboriculture fruitière comme dans le Sud de la France, ou de régions comme la Bretagne.

Le fermage et le métayage voient leur part relative diminuer progressivement, au profit de faire-valoir directs. exploitants agricoles relevaient du fermage, surtout dans le centre du bassin de Paris, en Haute-Normandie ou encore dans l'Ouest, ou du métayage, dans le Beaujolais ou dans des régions du Massif central, en 1955. Depuis 1988, le fermage connait un regain relatif constituant 63 % des superficies agricolesJ-L. Chaléard, J-P. Charvet, Géographie agricole et rurale, Berlin, coll. atouts, 2004, p. 159.

À partir des années 1990, la politique du remembrement marque le pas, la surproduction de l'agriculture européenne faisant place à d'autres préoccupations que la productivité : écologiques, environnementales, paysagères. Cependant la concentration des exploitations agricoles continue, elle passe de 1 016 755 au recensement agricole de 1988 à au recensement agricole de 2000. La superficie agricole augmente toujours rapidement et approche en moyenne 45 hectares. Si ce mouvement de concentration se poursuit alors le nombre d'exploitation passera à en 2015 et à en 2025. L'augmentation de la taille des exploitations se faisant majoritairement par location de terre (ou fermage). Le métayage ne représentant plus que 1 % de la SAU.

L'agriculture intensive

L’agriculture intensive demande aux paysans une remise en cause complète de leur mode de vie, afin de produire en quantité et à bas prix. La nouvelle norme de production se caractérise par la mécanisation systématique, l’apport massif d’intrants (engrais et produits phytosanitaires - la France est aussi le second consommateur mondial de pesticides derrière les États-Unis et le premier utilisateur européen - pour accroître considérablement les rendements), l’introduction massive de capitaux (endettementle rapport à l’argent change avec l’apparition du crédit (voir étude de Michèle Salmona )), l’incorporation de technologies biologiques, et la spécialisation de la production. Elle est particulièrement importante dans trois régions: la Bretagne pour l'élevage, le bassin de Paris et le bassin aquitain pour la céréaliculture, et le Languedoc et la vallée du Rhône pour les vignobles, l'arboriculture et les cultures maraichèresArmand Frémont, « La terre », in Les Lieux de mémoire, tome III (dir. Pierre Nora), Quarto Gallimard, 1997, p. 3047-3080..

Le rapport aux saisons change ; on cherche des moyens pour échapper au climat : serres ultra modernes, hydroponie (méthode de maraîchage se passant de terre avec apport des sucs nutritifs directement sur les racines des plantes), etc.

Évolution sectorielle De 1988 à 2000, la part des cultures en jachère a nettement augmenté passant de hectares à hectares, notamment à la suite de la réforme de la PAC de 1992. La surface agricole utilisée augmente de à hectares, ainsi que la surface des terres labourables de à hectares. À contrario, la superficie des pâturages diminue passant à à hectares. Cette évolution s'explique par la baisse prononcée du cheptel de bovins, et d'ovins, alors que les élevages industriels de porcs et de volailles se concentrent et produisent de plus en plus.

La « fin des paysans » et l'exploitation agricole moderne

thumb|Utilisation d'herbicide thumb|Culture hydroponique de tomates

Le rôle de l’agriculteur change, on ne lui demande plus seulement de nourrir le pays, il doit aussi rapporter des devises. Comme le dit Valéry Giscard d’Estaing : « l’agriculture est le pétrole vert de la France ». Une partie des agriculteurs se modernisent, tandis que d'autres, de moins en moins nombreux et de plus en plus vieux, conservent le modèle d'une agriculture de subsistance. Cette modernisation du monde agricole conduit aussi à l'entrée de plain-pied de celui-ci dans la société de consommation.

Mais si la modernisation agricole conduit à l'enrichissement des uns, elle ruine chaque année des milliers de fermes: en 1946, dix travailleurs agricoles nourrissaient 55 personnes, contre 260 en 1975Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses, nouvelle édition, Hachette Littératures, coll. Pluriel, 2004 (1979), p. 49. La part de l'alimentation dans le budget des ménages diminue, la course aux bas prix entraînant une baisse des revenus, tandis que le prix de la terre agricole baisse d'environ 40 % partout en France des années 1980 aux années 1995, alors que la surface agricole utile diminue, les boisements et les friches s'étendant. La part revenant aux agriculteurs dans le prix payé par le consommateur n’a cessé de baisser. Pour toute la consommation alimentaire, elle est passée de 40 % en 1952 à 21 % en 1997 .