Viktor Fedorovytch Ianoukovytch ( ; Viktor Fiodorovitch Ianoukovitch), né le à Ienakiieve (oblast de Donetsk), est un homme d'État ukrainien, président du pays du au .
Membre du Parti des régions, une formation politique pro-russe, il devient Premier ministre de l'Ukraine en 2002. Candidat à l'élection présidentielle de 2004, il doit concéder l'organisation d'un nouveau second tour en raison de la révolution orange : il perd ce scrutin face à Viktor Iouchtchenko, meneur de la révolution. Il quitte alors la tête du gouvernement.
Les résultats de son parti aux élections législatives de 2006 le conduisent de nouveau au poste de Premier ministre. Redevenu principal dirigeant de l'opposition après le scrutin législatif de l’année suivante, il remporte l'élection présidentielle de 2010 avec 48,95 % des voix face à Ioulia Tymochenko.
Sa présidence est marquée par les accords de Kharkiv avec la Russie, par la dégradation de la situation financière de l'Ukraine et, selon ses opposants, par une dérive autoritaire, avec notamment une réforme de la Constitution renforçant les pouvoirs du chef de l’État. En 2014, un violent mouvement de contestation conduit à son exil en Russie et à sa destitution par le Parlement. Il est ensuite condamné par contumace en Ukraine.
Biographie Enfance Né dans la cité ouvrière de Joukovtsy, quartier de Ienakiieve, Viktor Fedorovytch Ianoukovytch ( ; Viktor Fiodorovitch Ianoukovitch) est le fils de (1923-1991), mécanicien dans l’usine métallurgique de Ienakiieve, et d'. (1925-1952). Il perd sa mère à l'âge de deux ans, et après le remariage de son père, il est élevé tantôt chez sa grand-mère biélorusse., tantôt à l’orphelinathttp://www.clcr.fr/wp-content/uploads/2013/09/UkraineFR.pdf. De 1957 à 1965, il est élève à l'école primaire puis au collège minier de Ienakiieve. Il passe son adolescence dans la pauvreté et comme membre d'un gang dans cette région industrielle..
Il est d'origine russe par sa mère, et biélorusse et polonaise par son père..
Vie privée En ., Viktor Ianoukovytch se marie à Lyudmila Oleksandrivna Nastenko, née en 1949.. Il a deux fils ; Oleksandr, né le . à Donetsk, dentiste puis homme d'affaires et Viktor Jr, né le à Ienakiieve., étudiant à l'université nationale de Donetsk, député d'Ukraine de 2006 à 2014 pour le Parti des régions., mort en en Sibérie.. Il est divorcé depuis 2016.
Études En 1973, il est diplômé par correspondance du collège des mines d'Ienakiieve, puis, en 1980, diplômé par correspondance de l'Institut polytechnique de Donetsk (spécialité « automobiles et industrie automobile »). Il est diplômé de l'Académie ukrainienne du commerce extérieur (droit international) en 2001. Il est docteur en économie et professeur.
Carrière professionnelle En 1969, il entre à l’usine métallurgique d'Ienakiieve comme ouvrier métallurgiste. Il est électricien de 1972 à 1973 et mécanicien de 1973 à 1976. Il devient ensuite directeur des transports de la compagnie minière Ordzhonikidzeugolhttp://repo.knmu.edu.ua/bitstream/123456789/648/1/HISTORY%20OF%20UKRAINE.Textbook.%20Robak%20Arzumanova%20Semenenko.doc.
En 1987, il accède à la fonction de directeur adjoint de la logistique et du transport de l'association industrielle de l'industrie houillère de Donetsk ; en , il en devient directeur. En , il est nommé directeur de Donbastransremont, puis, en 1991, est élu à la tête de la direction de Donbastransremont. Entre janvier et , il est directeur général de l'association industrielle du transport de l'industrie houillère Ukrvuglepromtrans. Il est ensuite nommé directeur général du transport routier de la région de Donetsk.
Carrière politique Débuts De 1964 à 1978, il est membre du Komsomol.. De 1980 à 1991, il est membre du Parti communiste..
D' à , il est vice-gouverneur (vice-président), puis, de à ., premier vice-gouverneur (premier vice-président), et enfin, du au ., gouverneur (président de l'administration d'État) de la province (oblast) de Donetsk, une région minière de l'Est du pays, proche culturellement et géographiquement de la Russie. Pour ce faire, il bénéficie du soutien de Rinat Akhmetov, milliardaire soutenant le Parti des régions.
En , il est élu député du conseil provincial de Donetsk et, de à , il est président du conseil provincial de Donetsk..
Du au , puis du au , il est Premier ministre, nommé par le président Leonid Koutchma. Le , il est élu président du Parti des régions..
Élection présidentielle de 2004
Le , considéré comme étant le dauphin du président Leonid Koutchma, il est désigné candidat du Parti des régions à l'élection présidentielle d’octobre et novembre, face notamment à Viktor Iouchtchenko. Au second tour du scrutin, les résultats officiels le donnent élu chef de l’État, mais d’importantes contestations contre des fraudes électorales présumées ont lieu dans les régions de l'Ouest du pays et dans la capitale, Kiev. Pour sortir de l'impasse politique, le président Koutchma fait organiser un nouveau second tour de l’élection présidentielle. Ce nouveau scrutin, qui se tient le , voit la victoire de Viktor Iouchtchenko. Le , Viktor Ianoukovytch démissionne de la tête du gouvernement ; sa démission est acceptée par Leonid Koutchma le .
Premier ministre Lors des élections législatives du 26 mars 2006, le Parti des régions de Ianoukovytch obtient 33 % des suffrages et obtient ainsi le premier groupe parlementaire à la Verkhovna Rada.
Ianoukovytch souhaite des liens plus forts avec la Russie et que l'Ukraine intègre l'Union européenne (en accord sur ce point avec le président Viktor Iouchtchenko). Néanmoins, Ianoukovytch s'oppose à la candidature de l'Ukraine à l'OTAN. Ianoukovytch défend les intérêts des consortiums d'extraction minière des oblast de Louhansk et de Donetsk.
Le , après quatre mois et demi de tentatives infructueuses pour former une coalition avec le parti pro-occidental de Ioulia Tymochenko, le président Iouchtchenko se résigne à nommer Ianoukovytch au poste de Premier ministre d'un gouvernement de coalition. L'accord signé avec le président Iouchtchenko stipule que l'Ukraine poursuivra ses négociations d'adhésion à l'OTAN et son rapprochement avec l'Union européenne. Cet accord permet d'éviter la dissolution du Parlement et la tenue de nouvelles élections législatives.
Élections législatives de 2007 Le , le président Viktor Iouchtchenko dissout à nouveau le Parlement et la coalition vole en éclats. Les élections législatives anticipées ont lieu le et conduisent à la démission de Viktor Ianoukovytch le , Ioulia Tymochenko étant confirmée au poste de Premier ministre par le Parlement.
Élection présidentielle de 2010
left|thumb|Résultats obtenus au second tour par Viktor Ianoukovytch dans chaque oblast.
Ianoukovytch redevient alors le chef de l'opposition ; à partir de 2007 il profite des conflits entre le président et le Premier ministre. Le , lors du premier tour de l'élection présidentielle, il arrive en tête avec 35,32 % des voix, devançant Ioulia Tymochenko (25,05 %) et Viktor Iouchtchenko (5,45 %). Il refuse de participer au débat télévisé contre sa rivale, qui le qualifie de « candidat de la mafia et de la criminalité« En Ukraine, la chasse aux électeurs de Serguei Tigipko est ouverte », Euronews, 21 janvier 2010. ».
Le second tour de l'élection a lieu le . Marqué par un taux de participation important (69,15 %), il est remporté par Viktor Ianoukovytch qui réunit 48,95 % des voix, contre 45,47 % pour Ioulia Tymochenko, dont les proches dénoncent « des fraudes massives ». Le résultat est pourtant jugé « transparent et honnête » par les observateurs de l'OSCE« Ukraine : l'OSCE reconnaît la bonne tenue de l'élection », lemonde.fr, 8 février 2010. Consulté le 24.01.2012..
Président de l’Ukraine thumb|Viktor Ianoukovytch et le président russe Dmitri Medvedev, le , lors de la signature des accords de Kharkov.
Viktor Ianoukovytch prête serment le , devant les membres du Parlement ukrainien, le Conseil suprême« Ianoukovytch investi à la présidence de l'Ukraine », RIA Novosti, 25 février 2010.. Il dénonce « des dettes colossales, la pauvreté, une économie qui s'effondre, la corruption ». et souhaite des relations fortes avec l'Union européenne et la Russie. Il effectue sa première visite officielle à l'étranger à Bruxelles le , où il s'entretient avec le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.. Viktor Ianoukovytch se rend en Russie le .
Il annonce le soir de son investiture son intention de remplacer Ioulia Tymochenko au poste de Premier ministre. Celle-ci refuse, et défie les partisans du nouveau président en soumettant un vote de confiance au Parlement. Le , son gouvernement tombe après le vote d'une motion de censure. Huit jours plus tard, Mykola Azarov, un proche de Ianoukovytch, est investi par le Parlement.
Signe de rapprochement avec la Russie, le , le président ukrainien signe avec son homologue russe, Dmitri Medvedev, un traité (accords de Kharkiv) portant, d'une part, sur le prolongement pour 25 ans (jusqu'en 2042) du bail (à échéance de 2017) de la flotte russe de la mer Noire à Sébastopol en Crimée, et, d'autre part, sur la diminution de 30 %, Le Nouvel Observateur, 27 avril 2010. du prix du gaz russe livré à l'Ukraine. L'opposition proteste violemment contre cet accord lors du vote au Parlement le « Scènes de chaos au Parlement ukrainien », Le Figaro, 27 avril 2010.. Le même mois, Viktor Ianoukovytch, contrairement à son prédécesseur Viktor Iouchtchenko, déclare ne pas considérer l'Holodomor, la famine provoquée dans les années 1930 et qui a fait des millions de victimes Ukrainiennes, comme un génocideAP, « La famine des années 1930 en Ukraine n'est pas un génocide, selon Viktor Yanoukovytch », Le Nouvel Observateur, 27 avril 2010..
thumb|Manifestation contre Viktor Ianoukovytch en 2011 (Paris, sur le Parvis des droits de l'homme).
Le , la Cour constitutionnelle valide la réforme qui revient sur les changements constitutionnels introduits en 2004 : les pouvoirs du président de la République sont ainsi renforcés (possibilité de limogeage sans justification d'un membre du gouvernement ou d'un dirigeant de chaîne de télévision, de faire fi des décisions du gouvernement, etc.) et les prérogatives du Parlement amoindries.. Pour l'analyste Victor Tchoumak, « Ianoukovytch ne s'est pas contenté de rétablir le modèle qui existait à l'époque de Koutchma. Il l'a nettement renforcé. Désormais, le président façonne lui-même la verticale de l'exécutif dans son ensemble, et ce système est devenu beaucoup plus facile à contrôler après la « réforme administrative » […] qui a quasiment divisé par deux le nombre de ministères et d'administrations.. »
Réputé autoritaire et intolérant avec les médias, Viktor Ianoukovytch doit faire face aux critiques de journalistes Ukrainiens qui dénoncent régulièrement la censure qu'il exercerait sur eux« Ukraine: les médias crient à la censure », Le Figaro, 4 juin 2010.. Après une année d'exercice du pouvoir, l'ONG américaine Freedom House a rayé l'Ukraine de la liste des pays libres, tandis qu'en Occident, des voix dénoncent un recul des processus démocratiques et des atteintes à la liberté d'expressionUkraine rayée de la liste des pays libres : "tragédie" selon Timochenko RIA Novosti, 13 janvier 2011.. L'Ukraine est désormais décrite comme un pays partiellement libreLes libertés ont encore décliné dans le monde en 2010 AFP, 14 janvier 2011.Dix petites leçons de démocratie Courrier international, 29 décembre 2010..