Le Temple du Peuple () est une secte fondée par Jim Jones en 1955, à Indianapolis, aux États-Unis. La secte adhère en 1960 à la fédération d'Églises protestantes des Disciples du Christ, bien que Jones critique de plus en plus ouvertement le christianisme, rendant l'orientation de l'église plus politique que religieuse. Elle s'installe ensuite en Californie, d'abord à Ukiah puis à San Francisco. Dans chaque ville, Jones recrute des populations différentes : d'abord des familles majoritairement blanches, puis des étudiants blancs utopistes et ayant reçu une instruction poussée, enfin un grand nombre d'habitants noirs de milieux défavorisés, dont beaucoup anciennement dépendants à l'héroïne et ayant été traités dans le centre de désintoxication dirigé par le Temple du Peuple. La secte revendique également une inspiration communiste et antiraciste.
En 1974, le Temple du Peuple achète des terres au Guyana : elles servent de lieu d’établissement d'une communauté agricole appelée Jonestown. Le , Jim Jones y déménage avec la majorité de sa congrégation pour fuir une couverture médiatique de plus en plus négative, qui se concentre sur les abus physiques et moraux subis par ses fidèles. Jones alimente une théorie du complot visant à faire croire aux fidèles que la CIA persécute la secte et arrêtera toute personne qui voudrait la quitter, et que les articles de presse sont commandités par les chrétiens américains racistes.
Le , un membre du Congrès américain, Leo Ryan, vient à Jonestown pour enquêter sur la secte après avoir reçu plusieurs plaintes de la part de déserteurs et de proches de fidèles. Il est assassiné lors d'une fusillade à l'aéroport de Port Kaituma, alors qu'il quitte le camp ; trois journalistes et une défectrice meurent aussi dans l'embuscade. Le soir même, Jim Jones force le suicide collectif d'environ sur place, majoritairement par empoisonnement au cyanure de potassium, avant d'être abattu par balle, probablement à sa demande. On compte une vingtaine de survivants à Jonestown. Les morts sont moins nombreux en dehors de Jonestown : une femme tue ses enfants puis se suicide à Georgetown, capitale du Guyana, et on ne compte aucun mort à l'antenne de San Francisco grâce à l'intervention téléphonique de Stephan Jones, un fils du gourou..
L'événement constitue la plus grande perte de civils américains en une seule fois jusqu'aux attentats du 11 septembre 2001. Le massacre de Jonestown donne lieu à de nombreuses références dans la culture populaire et fait naître une expression : , qui fait référence au poison mélangé à de la limonade, et signifie : Il est aussi sujet à de nombreuses théories du complot, nourries par le peu d'informations disponibles sur l'histoire du Temple.
Genèse du Temple du Peuple Débuts religieux de Jim Jones
vignette|Jim Jones en 1977.|alt=Photo en noir et blanc de Jim Jones, portant un vêtement de pasteur et des lunettes noires, devant une foule et un panneau qui indique . Jim Jones, de son vrai nom James Warren Jones, fils de James Thurman Jones et Lynetta Putnam, naît le à Lynn, dans l'Indiana. Il grandit dans un milieu très pauvre et rural.. À l'âge de dix ans, il rejoint le , une église pentecôtiste du mouvement charismatique..
Préadolescent, Jones prêche auprès des autres enfants de son âge. Ses « sermons », qui durent une à deux heures, mêlent questions religieuses, leçons de vie et lecture de ses manuels d'école. À , il se met à l'évangélisation de rue, mais rencontre peu de succès, notamment à cause de la mauvaise réputation de ses parents dans son village natal.
Jim Jones prend alors l'habitude de voyager vers Richmond en auto-stop. Il travaille à temps partiel dans le service administratif d'un hôpital et fait de l'évangélisation de rue le reste du temps, le tout en plus de ses cours. Afin de tenir ce rythme, il dort très peu, une habitude qui le caractérise tout au long de sa vie. La population de Richmond est composée d'environ d'Afro-Américains, alors qu'à Lynn, on ne compte presque aucun Noir : Jones commence alors à mélanger des notions de justice sociale à ses sermons de rue..
Quand Jim Jones arrive à l'âge adulte, il continue à travailler à l'administration de l'hôpital. À , il épouse l'infirmière Marceline Baldwin. Les premières années du couple sont très difficiles, car Jones s'intéresse au communisme et abandonne toutes ses convictions religieuses, ce qui révolte sa femme. Il va jusqu'à tenter d'interdire à sa femme de prier, déclarant à ce propos :
alt=Une église aux murs blancs sur le bord d'une petite route.|vignette|La première église dans laquelle Jim Jones officie.|gauche En 1950, Jones découvre l'Église méthodiste, plus engagée socialement que les autres courants protestants de la région : il recouvre la foi et son couple retrouve une vie agréable. L'année suivante, il est brièvement affilié au .. En , il décide brusquement de devenir pasteur. En juin, il commence un stage religieux à la , qui se situe dans un quartier blanc défavorisé d'Indianapolis.
En 1953, Jim Jones se convertit à nouveau, passant cette fois du méthodisme au pentecôtisme. Le côté spectaculaire du pentecôtisme l'attire davantage, par exemple les actes de guérisons miraculeuses. De plus, ce courant est historiquement plus populaire et plus ouvert à l'intégration raciale. Jones s'en inspire pour modifier ses sermons ; il commence à effectuer des guérisons de ce type. Plusieurs décennies plus tard, Edith Parks, une de ses premières fidèles, témoigne : « J'avais un cancer qui avait métastasé et le médecin m'a dit qu'il ne me restait que quelques mois à vivre. Mais je devenais de plus en plus forte ».
De Community Unity au Temple du Peuple à Indianapolis Jim Jones veut une Église unique qui rassemble les Blancs et les Noirs sans distinction. Dans l'Indiana des années 1950, le concept est difficile à appréhender, et il rencontre une forte opposition de la part des paroissiens et des autorités ecclésiales. En 1954, il est renvoyé de l'église pour ses propos intégrationnistes et décide donc de créer son propre mouvement religieux..
Jones loue un petit bâtiment dans un quartier non ségrégé et appelle son église . Il finance cette activité en vendant des singes domestiques en porte-à-porte.. Grâce à la localisation du bâtiment, l'église parvient à attirer quelques fidèles noirs. Des membres de l'administration locale lui proposent donc d'ouvrir une deuxième branche de son église dans un quartier noir de la ville, mais il refuse catégoriquement l'idée, de peur que les deux branches donnent lieu à une nouvelle ségrégation. Le , il fonde le successeur de et le nomme , puis quasi immédiatement .
À ses débuts, le Temple du Peuple n'attire presque que des Blancs qui habitent le quartier. En 1956, l'église gagne en notoriété auprès des Afro-Américains d'Indianapolis quand Jones coorganise une convention religieuse avec William Marrion Branham, un prédicateur célèbre. Branham et Jones effectuent tous deux des guérisons miraculeuses. Jones attire alors l'attention d'Archie Ijames, qui deviendra plus tard son plus grand allié noir.
Jones commence à prôner le « communalisme religieux ». Il s'engage à subvenir aux besoins de tous ceux qui céderont leurs possessions matérielles au Temple du Peuple. Archie Ijames est son premier fidèle à abandonner son travail pour se consacrer au Temple à plein temps. Pour mettre en application ses idées communalistes, Jim Jones ouvre une maison de retraite en 1955. Sa femme et lui créent la , un ensemble de maisons de retraite et de convalescence : ces lieux sont plus peuplés que la normale, mais le confort y est une priorité. Barton Hunter, représentant de l'Église chrétienne des Disciples du Christ, affirme qu'elles « ont longtemps été les meilleures de la ville ». Les employés sont des membres du Temple du Peuple ; au lieu de toucher un salaire, ils sont logés et nourris. L'entreprise ne versant pas de salaires, elle enregistre des profits, tandis que les fidèles sont coupés du monde extérieur sans même s'en rendre compte.
Jones organise des soupes populaires ainsi que différents programmes de soutien aux défavorisés comme un centre communautaire pour enfants, des classes d'alphabétisation et des dispensaires.. Les activités pour enfants sont un argument très convaincant pour les mères célibataires des quartiers défavorisés.
En , Jim et Marceline Jones adoptent deux orphelins de la guerre de Corée, Stephanie et Chioke, rebaptisé Lew. Le , Stephanie Jones meurt dans un accident de voiture. Le naît le seul enfant biologique des Jones, Stephan Gandhi Jones. Presque en même temps, le couple adopte la petite sœur de Stephanie, Oboki, qui est rebaptisée Suzanne. Quelques mois plus tard, les Jones ajoutent un dernier enfant à la « famille arc-en-ciel » : Jim Warren Jones Junior, qui devient ainsi le premier enfant noir adopté par une famille blanche en Indiana.
Pendant l'été 1959, Jones fait la rencontre de Father Divine, gourou de la , qui lui propose de venir prêcher auprès de ses fidèles. Jones ne parvient à convertir que quelques vieilles femmes, mais il découvre à cette occasion l'organisation de la secte dont il s'inspirera plus tard. En particulier, la est propriétaire de nombreux logements et ses fidèles travaillent souvent sans salaire, donnant leur profit directement à leur église : Jones s'en inspirera par la suite.
En 1959, Jim Jones rencontre le pasteur Ross Case, qui veut l'intégration raciale de son église et demande les conseils du Temple du Peuple. L'église de Case est affiliée à l'Église chrétienne des Disciples du Christ, que le Temple du Peuple rejoint rapidement sur ses conseils. La congrégation apprécie l'action sociale du Temple du Peuple et est connue pour donner une large autonomie à ses églises membres, ce qui répond aux besoins de Jones. Il bénéficie dès lors d'une exemption d'impôts et d'une crédibilité accrue, les Disciples du Christ comptant plus de deux millions d'adhérents. Il appartient à chaque Église de décider de son rattachement à la congrégation : Jim Jones prévient donc les Disciples du Christ de sa nouvelle affiliation et rencontre rapidement des cadres de l'organisation, qui apprécient ses dons importants à l'association des églises locales.
Pour recruter de nouveaux membres, Jones met à contribution leurs amis convertis et embauche des détectives privés en complément. De cette façon, il fait passer pour des intuitions divines les informations qu'il possède sur eux. Par exemple, une femme rejoint le Temple du Peuple quand Jones révèle en public qu'elle est d'origine juive, alors que même sa propre fille l'ignore. La participation active des membres de l'Église à des œuvres caritatives est également un puissant outil de recrutement. Le Temple du Peuple ouvre un restaurant entièrement gratuit dans le sous-sol de son bâtiment le : le lieu se différencie des autres restaurants gratuits tenus par des églises en permettant à ses visiteurs de manger sans avoir à réciter le bénédicité. Il est rapidement très fréquenté, y compris par des personnes financièrement aisées qui choisissent d'échanger leur repas contre du bénévolat ou un don d'argent. Avec l'ensemble de ces initiatives, la congrégation parvient à environ un cinquième de personnes noires.