Situé sur le territoire de la commune française de Montpellier dans l'Hérault, le château de Flaugergues est une folie montpelliéraine de la fin du (1696). Classé au titre des monuments historiques, il appartient à la famille de Colbert. Il est le centre d’une exploitation viticole désormais située en milieu urbain et se visite toute l’année.
Histoire
Étienne de Flaugergues (1655-1741), conseiller à la Cour des Comptes, Aides et Finances de la ville de Montpellier, achète en 1696 le domaine auquel il va donner son nom. Durant près d’un demi-siècle, il embellit la propriété. Le domaine va se transmettre ensuite par succession, sans jamais être vendu. En 1811, il devient la propriété de Jacques-Joseph de Boussairolles (1741-1814), déjà propriétaire du château voisin de La Mogère et passe ensuite dans la famille Barthélémy de Saizieu. À partir du jusqu'au , le château est réquisitionné par la LuftwaffeA cette occasion, plusieurs blockhaus sont aménagés sur les hauteurs du parc et l'un d'entre eux sert aujourd'hui de champignonnière pour la ferme urbaine en permaculture. alors que le propriétaire le baron René de Saizieu (1898-1972), officier d'infanterie dans les Troupes coloniales, est prisonnier en AllemagneRené de Saizieu, Journal de guerre et de captivité, Orthez, 2021 . Après son décès en 1972, son neveu, le comte Henri de ColbertBranche du Cannet (issue des Colbert de Villacerf et Saint-Pouange, sous-branche de Turgis). en hériteHistorique du domaine et transmission entre les Saizieu et les Colbert in Hélène Clavreuil, « Le pari de l'adaptation contemporaine : le château de Flaugergues aux portes de Montpellier » in Etudes Héraultaises, n°26-27, 1995-1996, p.173..
Extérieurs
Le château est constitué d’un corps central et de deux corps latéraux surplombant un jardin en escalier bordé de vignes. La construction à deux étages sur rez-de-chaussée, en appareillage de pierre de taille, offre l’apparence monumentale d’une villa italienne du . De larges bandeaux soulignent les niveaux des étages. Le toit de tuiles creuses est couronné d’épis de faîtage en forme de boules sur piédouche et de tuiles vernissées fabriquées à Saint-Jean-de-Fos au qui accentuent la noblesse méditerranéenne de l’édifice. La façade principale ouvre sur les jardins et la ville de Montpellier. La façade arrière est quasiment aveugle, de fausses fenêtres assurant l’illusion. Elle donne sur une cour privée et au-delà, sur le vignoble.
Devant le château, la terrasse est encadrée par deux statues réalisées par le sculpteur Jean-Louis Guyon, La Paix et L’Abondance, datant de 1728Ordonnances diverses de l'Intendant de Languedoc (D35), publié sur le site des Archives départementales de l'Hérault (consulté le 8 août 2019).
Intérieurs et mobilier
L’élément majeur de l’architecture intérieure est son escalier à clefs pendantes, s’élevant sur trois étages sans le soutien d’aucun pilier. Il démontre une virtuosité technique certaine.
gauche|vignette|260x260px|Cage d'escalier du château de Flaugergues à Montpellier
À ses murs, une suite de tapisseries des Flandres (1670) représentent des scènes de la vie de MoïseTissées à Anvers vers 1670 dans les ateliers de Philippe Wauters d'après des cartons d'Abraham van Diepenbeeck (1596-1675)..
Les salons sont meublés de beaux ensembles Louis et Louis , de tableaux de famille et présentent une importante collection de porcelaines et de faïences anciennes comprenant un service de table aux armes de la famille de Saizieu, créé en 1872 par Émile GalléDepuis 1986, le dessin préparatoire se trouve dans les archives du Musée d'Orsay : https://www.musee-orsay.fr/fr/oeuvres/deux-blasons-dont-un-aux-armes-de-de-saizieu-160589. Le grand salon héberge un zograscope, remarquable boîte d'optique d'époque Louis Collectif, Les Vues d'optique, un regard sur le monde, catalogue d'exposition, château de Flaugergues - Montpellier, 3 août-19 septembre 1999, 43p.Collectif [Lorraine Aressy; Bertrand Caron; Henri de Colbert; Morgane Didier; Hélène Palouzié], Le monde en perspective, Vues et récréations d’optique au siècle des Lumières, Les collections montpelliéraines de vues d’optique au château de Flaugergues, Catalogue d'exposition, D.R.A.C. Languedoc-Roussillon, Montpellier, 2014, ..
La bibliothèque abrite une série d’instruments scientifiques anciens.
La chambre de l'Aigle présente un décor mural sur le thème de la Campagne d'Égypte peint en 1990 par l'artiste Diane de Montbron ainsi que des objets évoquant l'empereur Napoléon.
Le château de Flaugergues possède également une rare table à échantillons de marbres (177 carreaux différents) provenant de l'atelier de pierres dures des Gobelins« [...] pour un certain nombre de ces tables, dont le plus bel exemple est au château de Versailles, le support de la mosaïque est en ciment. Deux d'entre elles sont à Montpellier. L'une est la propriété des comtes de Colbert au château de Flaugergues, l'autre fait partie du patrimoine de l'université de Montpellier.» In Suzanne Raynaud et René Fabre, Versailles et les marbres d'Occitanie, éditions du Pounjadou, 2017, p.9. voir aussi la notice PL34004076 : table à marqueterie de marbre de la Faculté des Sciences de Montpellier (Institut de Botanique)..
Archives Flaugergues héberge un fonds d'archives familiales et domaniales relatives aux propriétaires successifs et aux familles alliées. L'inventaire et le classement a été réalisé en 2005 par Julien Duvaux, attaché de conservation du patrimoine missionné par les Archives départementales de l'Hérault :
« Le fonds d'archives du château de Flaugergues constitue ainsi un ensemble majeur du Patrimoine historique et archivistique régional du Languedoc dont l'un des atouts est d'être toujours conservé dans la famille qui l'a produit et d'être désormais accessible à la recherche historiqueJulien Duvaux, Répertoire numérique détaillé des archives du château de Flaugergues à Montpellier (Hérault), 1254-2003, Archives Départementales de l'Hérault, Montpellier, 2005, p.7.».
Parmi les documents se trouvent les papiers personnels du baron Richard de Saizieu, capitaine de vaisseau de l'EmpirePapiers concernant Richard de Saizieu (1773-1844), capitaine de vaisseau divisionnaire ; liasses 203 à 207. Voir Julien Duvaux, Répertoire numérique détaillé des archives du château de Flaugergues à Montpellier (Hérault), 1254-2003, Archives Départementales de l'Hérault, Montpellier, 2005, p.33..
Le Parc et les Jardins Le château de Flaugergues possède plusieurs jardins.
Le jardin à la française s’étendant au pied de la cour d'honneur a été restitué au avec l'aide du paysagiste Emmanuel de Sauvebœuf et planté de dix mille pieds de buis par les propriétaires actuels et leurs enfants. Une allée d’oliviers de deux cents mètres de long conduit à un belvédère d’où la vue jusqu'au siècle portait jusqu’aux étangs et la mer.
Le jardin à l'anglaise est situé au sud-ouest et s'étend sur trois hectares. Il a été aménagé à partir de 1847 par les Boussairolles (construction de l'orangerie) puis par les Saizieu (plantation et acclimatation de diverses variétés de palmiersJean-Marc Duplouy, avec la collaboration de Francis Hallé, Didier Morisot et Denis Nespoulous, A la découverte des palmiers dans les jardins de Montpellier, Bibliothèque du CIRAD, Montpellier, 2013, pp.20-23., parmi lesquels un exceptionnel cocotier du Chili, planté en 1874 à droite du château).
Près de l'allée des oliviers, en bordure du vignoble, un espace accueille depuis 2018 une ferme urbaine collaborative en permaculture, l’Oasis citadine..
En 1997, une équipe de l'École d'Architecture de Versailles a mené une étude sur les jardinsAlix Audurier Cros, Jeannine Christiany, Claude Baudet, Stéphane Crozat, Vincent Lurton, Denis Mirallié, Danielle Séguin, Domaine de Flaugergues, Etude d'un plan de gestion pour le réaménagement des jardins, D.R.A.C. Languedoc-Roussillon, Ecole d'architecture de Versailles, décembre 1997..
Depuis 2004, le parc et les jardins de Flaugergues sont labellisés « Jardin remarquable ».
Le vignoble
La culture de la vigne est attestée localement depuis l'époque gallo-romaine. En 1725, la surface totale du domaine est de 32 hectares dont 8 plantés de vignes, le reste se partageant entre céréales, oliviers et arbres fruitiers variésCollectif, Flaugergues à travers les siècles, Histoire d'un domaine, livret d'exposition, Montpellier, 2016, 24p.. En 1876, le domaine compte 20 hectares de vignes mais le phylloxera va les décimer et la vente de vin va cesser pendant une dizaine d'années. En 1897, une nouvelle cave est édifiée par la famille de Saizieu. En 1926, la surface plantée en vignes est de 50 hectares. Le début du siècle est marqué par une surproduction et une chute des prix. En 1952, le domaine produit ses premiers 300 hectolitres de vin sous l'appellation "vin de qualité supérieure" et en 1962, 14 hectares sur les 24 hectares obtiennent l'AOC "Coteaux du Languedoc".
Lorsqu'il hérite de Flaugergues en 1973, Henri de Colbert se lance dans un ambition projet de restructuration du vignoble. Et si le vin est toujours vendu en vrac, le caveau créé en 1977 va permettre de mettre en place la vente en bouteille. A cette époque, la vigne est devenue la culture agricole unique du domaine. En 1985, sur le terroir de La Méjanelle, toutes les vignes du domaine accèdent à l'AOC "Coteaux du Languedoc". En 2015, la surface de production est de 25 hectares qui se partagent en deux zones viticoles, une sur la commune de Montpellier classée en AOP Languedoc (ex-AOC "Coteaux du Languedoc"), qui représente 16 hectares de production, et l'autre située sur la commune de Mauguio avec 3 hectares en AOP et 6 hectares en IGP Pays d'Oc (ex vin de pays d'oc). Les vignes de Flaugergues font aussi partie des Grés-de-montpellierIdem.. Le domaine porte une démarche d'agronomie durable marquée par la construction en 2016 d'une nouvelle cave éco-responsable édifiée près du château et qui se visite toute l'année.
Classement Les éléments de sculpture et d'architecture du parc sont inscrits au titre des monuments historiques depuis le . Le château, avec ses terrasses, ses statues, les grilles en fer forgé, le jardin et ses bassins, les allées plantées, le parc et l’orangerie, les éléments de sculpture et d’architecture du parc, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Le , le domaine (à l'exception des parties classées) est inscrit au titre des monuments historiquesListe des immeubles protégés au titre des monuments historiques en 2013 (JORF du , page 7804) sur Légifrance (consulté le 18 juin 2014)..
Le château à l'écran Le château a servi de décor à plusieurs films, téléfilms, mini-séries et documentaires : Ad Vitam Ad Mortem, série Thriller par spotstudioproduction (2016) Les As du Jardin, émission de France Télévisions (2025-2026)"Le premier concours amateur consacré aux passionnés de jardin" voir https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/74162581
Notes et références
Annexes Bibliographie Jean du Boisberranger, Jardins et jardiniers en Languedoc, Alcide, Nîmes, 2011. Philippe Castan, Montpellier-autour : châteaux, jardins et folies, Axone, Montpellier, 1986 . Collectif, Châteaux et belles demeures des environs de Montpellier, bulletin du syndicat d'initiative , ville de Montpellier 1975.
Romain Daudé, L'Aigle & les pyramides ; le décor peint de Diane de Montbron pour la chambre de l'Aigle, Montpellier, château de Flaugergues, 2025 Julien Duvaux, Répertoire numérique détaillé des archives du château de Flaugergues à Montpellier (Hérault), 1254-2003, Archives Départementales de l'Hérault, Montpellier, 2005, Véronique Ferhmin, Collection de portraits du château de Flaugergues, Mémoire de Maîtrise d'Histoire de l'Art, sous la direction de Mme Françoise Pellicer, Université Paul-Valéry Montpellier, 2001-2002.
Claude Leray, Parcs et jardins de Montpellier, promenade et découverte des arbres remarquables, Montpellier, Les Presses du Midi, 2014.