Marinaleda est une commune espagnole de la province de Séville en Andalousie située dans la comarque de la Sierra sud de Séville. La population s'élevait à selon le recensement de 2017, avec une densité de population de .

Son économie repose essentiellement sur l'agriculture. Elle est connue pour son expérience sociale fondée sur une idéologie de gauche dirigée par Juan Manuel Sánchez Gordillo maire de la commune de 1979 à 2023 et membre du (CUT). La lutte ouvrière et paysanne organisée a permis d'atteindre quasiment le plein emploi pour tous les habitants.

La ville de Marinaleda profite d'importants transferts d'argent de l'État et de collectivité comme la communauté autonome d'Andalousie ou la députation de Séville, et met ces fonds au profit du progrès économique et social. Selon le journal en ligne Tercera Información, Marinaleda reçoit moins que la moyenne des municipalités de l'Andalousie (en 2011, elle a reçu environ 6,61 % de moins que la moyenne régionale).

Marinaleda appartient au « » (Réseau de municipalités pour la Troisième République) et le drapeau républicain espagnol est présent dans les bâtiments civils.

Géographie Situation La commune s'étend sur dans la partie sud-est de la province de Séville, dans le bassin du Genil. se trouve à de Séville à vol d'oiseau et à en empruntant la voie rapide Distancia entre ciudades. Cet itinéraire passe par Ecija Ruta por carretera de Sevilla a Marinaleda.

Ses coordonnées géographiques sont N, O. Elle est située à une altitude de , à de la capitale de sa comarca Estepa.

Communes limitrophes

Climat

Voies de communication et transports Marinaleda a un tissu urbain irrégulier, son noyau principal est aligné le long de la voie rapide A-388 qui relie El Rubio à Herrera. Marinaleda et Matarredonda sont reliées entre elles par l'avenue de la Liberté, qui traverse l'A-388.

La principale voie d'accès est la (voie rapide) SE-9211 qui relie Marinaleda à Écija et cette dernière avec l'autovía (autoroute) A-92. La A-388, qui passe par le centre du noyau urbain, relie Écija à Herrera et Écija avec l’ A-4. La carretera SE-8202 relie la ville avec la commune d'Osuna en passant par El Rubio.

Histoire Jusqu'au Les premières traces de présence humaine dans le site de Marinaleda remontent à la fin du Néolithique et au début de l'âge des métaux durant la période chalcolithique, il y a environ . Des outils lithiques ont été retrouvés, ainsi que des restes de semences et d'habitations.

La présence romaine est importante. c'est à cette époque qu'a été fondée Marinaleda. Elle est alors traversée par la voie romaine qui relie les villes de Astigi, actuelle Ecija, et Ostippo, actuel Estepa. Beaucoup de vestiges de cette période historique ont été retrouvés.

La présence arabe est attestée par des monuments tels que les tours de Gallape ou la forteresse arabe d'Alhonoz. La conquête de la terre par les royaumes chrétiens a lieu au . Marinaleda passe sous le pouvoir de l'Ordre de Santiago. Le roi Philippe donne Marinaleda au premier marquis d'Estepa. Elle restera la propriété de cette famille jusqu'au .

Marinaleda se développe avec une population de journaliers sans terre travaillant pour les grands propriétaires terriens, en particulier pour le marquis d'Estepa. En 1751, le village compte 60 maisons habitées par des journaliers sans terre qui sont payés chacun deux reals pour une journée de travail du lever au coucher du soleil. Au quatre ecclésiastiques exercent leur ministère à Marinaleda. L'activité principale est l'aridoculture. Au cours du , sur les terres de Marinaleda et ses environs vivent plusieurs groupes de brigands. Particulièrement connus sont restés et .

République espagnole et Espagne franquiste En 1931, la population de Marinaleda compte dont seuls 317 ont le droit de vote. Les élections du sont remportées par les forces royalistes. Mais les élections du de la même année sont gagnées par les républicains. Lors des dernières élections la période républicaine le triomphe le Front populaire.

La guerre civile commence à Marinaleda par l'assassinat du maire de la ville Cejas Vicente Moreno et de son fils. Les troupes putschistes tuent avec eux pas moins de trente autres habitants. L'après-guerre civile voit la population souffrir de la famine, et pour y faire face forcée de glaner des olives ou des glands dans les champs et subissant une forte répression. Le développement industriel survenant en Espagne à partir des années 1960 favorise l'émigration de la population de Marinaleda vers la Catalogne et aussi l'Allemagne, la France et la Suisse.

Avec la mort de Francisco Franco en 1975 c'est le recul de la dictature. En 1977, à Marinaleda est fondé le Sindicato de Obreros del Campo (Syndicat des Travailleurs de la Terre). L'année suivante, commence la lutte pour la terre avec l'occupation de la ferme de Bocatinaja entre Osuna et Los Corrales durant deux jours.

Transformation en une municipalité coopérative En 1979, se déroulent les premières élections municipales démocratiques depuis la fin de la dictature franquiste. Elles sont remportées à Marinaleda par le collectif d'unité des travailleurs (), le bras politique du Syndicat ouvrier rural (SOC) d'obédience communisteA Marinaleda, l'utopie s'accroche au pouvoir, François Musseau, liberation.fr, 22 juillet 2003, qui obtient 9 des 11 sièges d'élus au conseil municipal. À l'époque la ville est des plus misérables, autant les habitations que les rues en terre battue. Les habitants sont pauvres. La mairie n'est pas fonctionnelle, la présence médicale et les infrastructures scolaires insuffisantes.

Juan Manuel Sánchez Gordillo devient maire à l'âge de 27 ans. C'est à l'époque le plus jeune maire d'Espagne. Cette année-là, il est victime d'une tentative d'assassinat de la part de l'extrême droite espagnole http://www.huffingtonpost.es/2012/08/23/sanchez-gordillo-sobre-la-portada-de-la-razon-terrorismo-informativo_n_1824406.html.

En 1980, 700 habitants de Marinaleda font une grève de la faim qui dure treize jours. Ils revendiquent plus d'argent et un contrôle plus précis de l'antique « emploi communautaire » (). Puis se développent des actions d'occupation de fermes appartenant à des grands propriétaires terriens, avec le slogan : (la terre appartient à qui la travaille). L'étang de Cordobilla est occupé durant trente jours en 1984 pour demander l'irrigation de la ferme , propriété du duc de l'Infantado, et l'expropriation de celle-ci.

En 1985, les occupations de fermes sont de plus en plus nombreuses, et montent à plus de cent. Ce qui occasionne une grande quantité de procédures judiciaires intentées contre les occupants.

La protestation populaire est toujours non violente. De son côté, le duc de l'Infantado, principal propriétaire terrien de la région résiste et ne cède rien durant des années. Un été, il fait même abattre toute une rangée de grands arbres à l'ombre desquels se trouvent les occupants de ses terres, afin qu'ils se retrouvent au soleil. Cependant qu'en face, la police est abritée par l'ombrage des oliviersMarinaleda, un village en utopie, reportage de Michel Mompontet, Antoine Morel et Mathilde Rougeron, 39 min, diffusé le 23 mars 2013 sur France 2..

En 1991, le duc de l'Infantado lâche enfin du terrain. Sont cédés à la commune de Marinaleda de la ferme qui seront exploités en coopérative par la population. Les mouvements de mobilisations de protestations pour une vie meilleure se poursuivent durant les années 1992 à 1994 avec quantité d'occupations de bâtiments officiels et institutions.

En 1997, avec un système d'irrigation de la ferme d'el Humoso, commence l'exploitation collective avec la fondation de la coopérative Marinaleda S.C.A. Trois ans plus tard est créée une conserverie qui met en boîtes ou en bocaux la production de la coopérative : piments, fèves, artichauts et olives. Un moulin est construit pour la production de l'huile d'olive.

Le système social et politique qui a été mis en œuvre fait que Marinaleda suscite à présent la curiosité des médias espagnols et internationaux. Le maire de la ville relève cependant que

En 2010, il déclarait :

L'expérience d'exploitation collective tentée à Marinaleda a suscité la sympathie de plusieurs célébrités, dont les chanteurs Manu Chao et Joan Manuel Serrat, ou encore l'écrivain portugais José Saramago.

Politique et administration droite|vignette|164px|Juan Manuel Sánchez Gordillo, maire de Marinaleda de 1979 à 2023.

Marinaleda a une longue tradition de lutte ouvrière des travailleurs sans terre (), qui a permis de manière décisive de larges avancées politiques et sociales. Depuis la fin de l'ère franquiste, Marinaleda fonctionne en démocratie directe. Tous les aspects de la vie sociale, politique et économique de la commune y sont discutés et mis en œuvre collectivement par les citoyens. Juan Manuel Sánchez Gordillo, maire de Marinaleda, est un militant de la gauche anticapitaliste régulièrement réélu pendant plus de quarante ans.

Marinaleda est dirigée à partir de 1979 par le (CUT), parti indépendantiste andalou de gauche qui a remporté à chaque élection la majorité absolue. En 1986 le CUT a été une des organisations fondatrices de l' - IU. Depuis cette date le CUT se présente aux élections sur les listes de cette coalition l' – IULV-CA.

Aux élections municipales de 2011, l'IULV-CA totalise 73,08 % des votes et obtient neuf conseillers alors que le PSOE d'Andalousie recueille 23,39 % et deux conseillers cependant que le PP, avec 4,06 %, n'a aucun élu. Le rapport demeure identique à l'issue des élections de 2015.

Le maire et les autres élus de la ville ne reçoivent aucune rémunération au titre de leur charge. Toutes les décisions de la municipalité sur l’impôt, le logement, l'emploi, les équipements sont soumises à la discussion et au verdict du peuple qui vote à main levée, et parfois par scrutin secret, au cours d'une centaine d'assemblées générales ou assemblées de quartier qui ont lieu chaque année.

Lors des élections municipales du , la liste menée par le maire sortant remporte 48,53 % des voix et six sièges et devance de 44 voix la liste de gauche Avanza Marinaleda avec 46,13 % et 5 sièges Résultats des élections municipales, El Mundo.

En 2023, après quarante-quatre ans de mandat, Juan Manuel Sánchez Gordillo ne se représente pas.

Sur le plan judiciaire, elle dépend de la juridiction d'Estepa.

Absence de police locale Il n'y a pas de police à Marinaleda, car il n'y a pas de délinquance « La economía según Sánchez Gordillo », Luis Giménez San Miguel, publico.es, Lugar de la edición:Madrid. Fecha: 11/08/2012.

Concernant cet aspect de la vie de la ville, un certificat officiel consultable sur le site Internet de la mairie précise à son point Site Internet officiel de Marinaleda Inicio, La verdad sobre los sueldos (Accueil, La vérité sur les salaires) :

Qu'il n'y a pas de corps de police locale, qu'il n'existe aucun fonctionnaire de ce corps, et, par conséquent, il n'existe pas de poste de chef de la police locale.

Oppositions Au conseil municipal, l'opposition minoritaire est représentée par le PSOE.

Économie et société Principes L'économie locale est principalement portée par le secteur agricole. L'organisation d'une coopérative agricole populaire dotée d'une usine en représente l'atout majeur.

La coopérative Humar-Marinaleda comprend une conserverie, un moulin à huile, des serres, des équipements d'élevage ainsi qu'un magasin. Les travailleurs produisent notamment des fèves, des artichauts, des poivrons et de l'huile d'olive« Une utopie anti-crise en Andalousie » Courrier international, 21 août 2012. Les bénéfices produits par la communauté ne sont pas distribués, mais réinvestis pour financer la création de nouveaux emplois ainsi que divers services et équipements municipaux (piscine, terrain de sport) que sont tous gratuits, excepté la piscine pour laquelle l'abonnement annuel bon marché coûte .