Théodore André Monod, né le à Rouen et mort le à Versailles., est un scientifique naturaliste biologiste, explorateur, érudit et humaniste français.
Spécialiste des déserts, particulièrement intéressé par le Sahara, il est l'auteur de plus de 1 200 publications scientifiques reconnues.
D'après Jean Dorst, ornithologue et philosophe français, Théodore Monod Jean Dorst, « Théodore Monod 1902-2000 », Universalia 2001, Encyclopædia Universalis, 2001, ..
Biographie Descendant d'une lignée paternelle de cinq pasteurs protestants, il est le fils de Dorina et Wilfred Monod, fondateur de la fraternité spirituelle des Veilleurs. Il a trois frères, Gabriel (mort-né en 1892), Maximilien Vox et Sylvain (né en 1896), et il est l'oncle de Sylvère Monod.
En 1907, sa famille s'installe rue du Cardinal-Lemoine à Paris lorsque son père est nommé pasteur de la paroisse de l’Oratoire du Louvre. Tout de suite, dès l'âge de 5 ans, ses parents qui habitent sur la colline Sainte-Geneviève l'emmènent visiter la Ménagerie et le Jardin des plantes, faisant naître sa vocation de naturaliste. Il réalise ses études secondaires à l'École alsacienne.
En 1918, à l'âge de 16 ans, il fonde une Société d'histoire naturelle qui édite un bulletin et a quatre adhérents dont André Gide. En 1920, étudiant à la Sorbonne, il prépare sa licence-ès-sciences naturellesW. Monod, « Journal d’enfance » de Th. Monod, dimanche 20 juin 1920. Il est alors nommé naturaliste pour la croisière océanographique à bord du Mistral ; c'est à cette occasion qu'il croise Bénard le Pontois qui l'initie à l'archéologie. Il est titulaire en 1921 d'une licence de sciences naturelles qui à l'époque comportait trois certificats : géologie, zoologie, botanique.
En 1922, à l'âge de 20 ans, il est assistant stagiaire au laboratoire des pêches et productions coloniales d'origine animaleDevenu en 1976 laboratoire d’ichtyologie générale et appliquée. au Muséum national d'histoire naturelle. C'est à ce titre qu'il effectue une mission d'étude océanographique et de biologie marine à Port-Étienne (aujourd'hui Nouadhibou) sur les côtes de Mauritanie (étude des phoques moines dans la presqu'île du Cap Blanc).
Sa première méharée lui donne la passion du désert, surtout du Sahara qu'il arpentera pendant plus de soixante ans, à dos de dromadaire, ou à pied, à la recherche notamment d'une météorite mythique. Ce faisant, il découvrira de nombreux sites néolithiques et révélera des espèces végétales dont certaines portent son nomThéodore Monod par Philippe Taquet, Hommage lors de la célébration des 90 ans de l’Académie des sciences d’outre-mer en 2012, sur Canal Académie, 7 octobre 2012.
En 1926, il obtient son doctorat ès sciences (thèse soutenue à la Sorbonne intitulée « Contribution à l’étude des Gnathiidae » avec notamment une monographie sur un crustacé isopode, Paragnathia formica)Jean-Marie Pelt, Théodore Monod, le dernier des explorateurs ? dans La Cannelle et le Panda, Fayard, 1999 . En 1927, alors préparateur au muséum, il voyage à Maroua et, le rencontre, à la passe de Keigama-Tekel, André GideAndré Gide, Le Retour du Tchad, Gallimard, coll. Folio , précédé par Voyage au Congo, .
En 1938, Théodore Monod devient directeur de l'Institut français d'Afrique noire, créé à Dakar en 1936, faisant de cet organisme le plus grand centre scientifique de l’Afrique-Occidentale française.
En 1948, il effectue avec Auguste Piccard, au large de Dakar, la première plongée en bathyscaphe, FNRS II. Celle-ci, expérimentale, atteindra la profondeur de 25 mètresCette expérience est racontée dans Bathyfolages, Julliard, 1954.. La plongée suivante sera plus probante mais se fera sans Théodore Monod.
De 1946 à 1973, il est professeur au Muséum national d'histoire naturelle, membre de l'Académie des sciences d'outre-mer en 1949, de l'Académie de marine en 1957, et de l'Académie des sciences en 1963.
Curiosité pour le monde Au cours de son enfance, Monod se passionne pour tout ce que la nature offre, lisant insatiablement et alimentant ses rêves de découvertes. Après des études de sciences naturelles et une mission océanographique, il entre en 1922 au Muséum d’histoire naturelle comme assistant. Travaillant en Mauritanie, il ressent l’appel du désert, qui démarre peu après la côte de ce pays. Sa vie change : il deviendra le « fou » du désert.
Durant les années 1920, il travaille beaucoup en Afrique. En 1927, il est choisi pour participer à une expédition scientifique à travers le Sahara, d’Alger à Dakar via Tombouctou. Au cours de cette première expédition, il recueille une foule d’échantillons de plantes et de minéraux, qui vont l’occuper pendant des années au Muséum et découvre en 1927 à Essouk au Mali le squelette de l'homme d'Asselar — datant du tout début de l'Holocène entre - et - ans BPFaut-il réhabiliter l’homme fossile d’Asselar ? dans l'émission Le Salon noir sur France Culture le octobre 2013 — dont le crâne atteste de façon certaine des caractères négroïdes. Au Sénégal, il a comme collaborateur Armand-Pierre Angrand, chercheur et ex maire des villes de Gorée et Dakar pour lequel il écrit l'avant-propos de son livre Manuel français-wolof. En 1928-1929, il est appelé à faire son service militaire, ce qu’il craint un peu, étant déjà antimilitariste et pacifiste. Affecté dans une unité saharienne (chamelier de deuxième classe dans la Compagnie saharienne, à Ouargla puis In Salah, Adrar Ahnet), il en profite pour poursuivre ses recherches.
En 1930, il épouse Olga Pickova (née le et décédée le ), une jeune juive d’origine tchèque, avec qui il aura trois enfants : Cyrille, Béatrice, Ambroise.
En 1934, il part pour Chinguetti à la recherche d’une mystérieuse météorite (qui sera également une des quêtes de la fin de sa vie). Il part aussi pour explorer le Tanezrouft, une zone encore inconnue du Sahara. En 1938, il s’installe avec sa famille à Dakar, où il est mobilisé en 1939 au Tchad. De retour à Dakar, il milite contre la collaboration de Vichy et le racisme national-socialiste au travers de chroniques radiophoniques, d' à . Ces chroniques à Radio-Dakar ont été rassemblées en 1942 dans un recueil intitulé L'Hippopotame et le Philosophe. Il y défend des positions fermement antiracistes, pacifistes et écologistes, qui seront censurées par le gouvernement de Vichy. Il anime un groupe lié à la France libre et accueille De Gaulle en 1944. Mais son père, resté en France, meurt à la même époque et toute la famille de sa femme est déportée : il n'y aura aucun survivant.
vignette|Théodore Monod discutant avec des archéologues dans le désert du Sahara (Mauritanie, 1967).
Théodore Monod a mené plusieurs grandes missions d'exploration dans des régions du Sahara encore peu connues au . Après sa première expérience saharienne, une méharée entre Port-Étienne (Nouadhibou) et Saint-Louis en 1923, il est attaché comme naturaliste à la mission Augiéras-Draper entre Tamanrasset et Tombouctou en 1927-28. Il part ensuite faire son service militaire dans l'Adrar Ahnet en 1929 comme saharien de dans la compagnie du Tidikelt-Hoggar. Ce séjour dans l'Adrar Ahnet, au cours duquel Monod multiplie les observations géologiques et préhistoriques, donnera lieu à deux publications scientifiques au retourL'Adrar Ahnet : contribution à l'étude physique d'un district saharien (1931) ; L'Adrar Ahnet : contribution à l'étude archéologique d'un district saharien (1932).. De à , il organise une expédition dans tout l'ouest saharien au cours de laquelle il visite pour la première fois le Guelb er Richat dans le massif de l'Adrar de Mauritanie ()Le fac simile de la page manuscrite du carnet de voyage de Théodore Monod en date du 7 juillet 1934, relatant sa première traversée du Guelb er Richat, a été publié dans : Bruno Lecoquierre, Parcourir la Terre, L'Harmattan, 2008 (). Le fac simile de la page du carnet en date du 21 septembre 1934 (Tichit) a été publié dans : Bruno Lecoquierre, , in La documentation photographique , juillet-août 2015.. Il est le premier à explorer cette extraordinaire formation topographique où il reviendra sans cesse tout au long de sa carrière saharienneBruno Lecoquierre, , in Visions cartographiques (les blogs du Diplo), 28 octobre 2010. (il publiera une monographie sur cette formation avec Charles Pomerol en 1973).
Après cette très longue expédition, il revient au Sahara pour une nouvelle exploration : la traversée, par deux fois, du Tanezrouft avec le lieutenant Brandstetter (1936). Dans Méharées (1937), il écrit à propos du Tanezrouft qu'il fallait « aller voir ce qu'il y a dedans, et s'il n'y a rien, aller voir qu'il n'y a rien, de façon à en être sûr ». Au début de la guerre, il passe dix mois dans le Tibesti pour une mission de renseignement (1939-1940). Entre 1953 et 1964, il organise six expéditions au long cours dans la Majabat al Koubra, immense espace couvert de sable entre la Mauritanie et le Mali, grand comme la moitié de la France et où, écrit-il, « personne n'est venu depuis le Néolithique ». Ce sont à chaque fois des expéditions légères (deux chameliers, cinq chameaux) pour des traversées terriblement éprouvantes de plusieurs centaines de kilomètres sans points d'eau. La fin des années 1960 et les années 1970 et 1980 seront consacrées à de multiples voyages, parfois hors du Sahara (Iran et Yémen par exemple). À partir de 1980, ce sera le temps du désert Libyque (onze missions) où il s'intéresse à la question du verre libyqueÀ propos du désert Libyque : Théodore Monod et Edmond Diemer, Zerzura, l'oasis légendaire du désert libyque, Éditions vents de sable, 2000..
À l’âge de 91 ans, il eut l’idée de repartir une dernière fois dans la Majabat al Koubra pour une méharée qui se déroula en et : « Vu de l’extérieur, il ne paraissait pas extrêmement raisonnable, dirons-nous, qu’un voyage de ce type soit entrepris par un vieillard de quatre-vingt-onze ans et qui voit mal. Le dernier point est secondaire puisque les pieds sont encore valides mais ces pieds marchent de façon un peu ralentieThéodore Monod, Majâbat al-Koubrâ, Actes sud-Terres d'aventure, 1996.. » Cette expédition se termina le à Ouadane et ce jour-là, Théodore Monod descendit pour la dernière fois de chameau. Le dernier de ses cent vingt-quatre voyages aura lieu en , pendant quinze jours, dans son de l'Adrar de Mauritanie (Guelb er Richat et El Beyyed)La liste complète des voyages a été publiée dans : Bruno Lecoquierre, , in La Géographie, mars 2002, . Il s'agit des voyages de plus d'une semaine (non compris les missions océaniques de début de carrière et les déplacements en France pendant la période IFAN, de 1938 à 1965).. Il était alors âgé de 96 ans (voir la photographie en haut de page, prise lors de ce voyage dans l'oued Akerdil, en bordure du Guelb er Richat. Source : Bruno Lecoquierre).
Toute cette époque est aussi marquée par l’amitié qui le lie à Louis Massignon, grand orientaliste et humaniste, disciple de Gandhi pour la non-violence, qui nouera un dialogue riche et fructueux avec Monod. Une autre grande amitié de Monod fut celle avec l'écrivain malien Amadou Hampâté Bâ, disciple de Tierno Bokar dans la confrérie de la Tidjaniya à Bandiagara, qu'il fera entrer à l'IFAN en 1942. Théodore Monod entretiendra aussi une relation épistolaire suivie, après la guerre, avec le paléontologue jésuite Pierre Teilhard de Chardin, tout particulièrement sur la question de la relation entre la foi et la science.
Dans les années 1960, toujours fidèle à ses engagements, il manifeste contre la guerre d’Algérie. Ensuite, tout en se consacrant toujours à ses travaux et ses voyages, il jeûne chaque année devant la base militaire de Taverny, entre le 6 et le (les dates anniversaires des bombardements nucléaires de Hiroshima et Nagasaki) en protestation contre l’arme nucléaire.