Le port de Caraquet (aussi appelé quai de Caraquet ou encore quai des Young) est un quartier de la ville de Caraquet, au Nouveau-Brunswick (Canada). Utilisé depuis plus de deux siècles, le port est au centre de l'économie et de l'histoire de la région. C'est l'un des principaux ports de pêche de la province. Le port est également, de nos jours, l'une des principales attractions touristiques de la région ainsi qu'un centre culturel.

Situation thumb|left|Le port est situé à l'est du centre-ville.

La ville de Caraquet est construite sur un plateau bordant la baie de Caraquet qui communique à l'est avec la baie des Chaleurs. La majeure partie du littoral est composé de pentes ou de falaises atteignant par endroits une quinzaine de mètres de haut. Seuls quelques endroits sont accessibles par la mer, principalement où la Petite Rivière Caraquet et les ruisseaux à Brideau et à Chenard se déversent dans la baie. La mince bande de basses terres située entre ces deux derniers était donc un endroit de choix pour construire un port, d'autant plus que c'est l'un des premiers endroits accessibles après le fleuve Népisguit, à une cinquantaine de kilomètres à l'ouest, les Caps empêchant tout accès sur une bonne partie de la côte William Francis Ganong, The history of Caraquet and Pokemouche, New Brunswick Museum, Saint-Jean, 1948..

Le boulevard Saint-Pierre, la route 11, passe à côté du port. À l'ouest, l'avenue du Carrefour relie les différentes installations jusqu'à l'est, où elle rejoint la rue du Quai.

Histoire Origines

La situation particulière du lieu fait qu'il est utilisé depuis des siècles. Les Micmacs se servirent de l'endroit comme raccourci pour se rendre de la baie des Chaleurs à la baie Saint-Simon et y avaient un campement. Les Vikings seraient les premiers Européens à avoir visité la région, au , mais des pêcheurs basques, bretons et normands y venaient fréquemment à partir du Donat Robichaud, Le Grand Shippagan, 1976. p. 33-37. Des marchands de Bordeaux établirent un poste de pêche à Miscou en 1619, et à la même époque, le gouverneur Nicolas Denys faisait du commerce dans la régionCorrine Albert-Blanchard, Caraquet : quelques bribes de son histoire, Comité du centenaire de Caraquet, Caraquet, 1967. Quatre familles bretonnes et normandes, dont celle de Gabriel Giraud, s'établirent à Caraquet à partir des années 1720. Giraud vivait plus loin à l'est, mais se servaient probablement de l'endroit, car Gamaliel Smethurst, dans son périple vers le fort Beauséjour, le rencontra là un matin de novembre 1761. Un village centré sur le port se développa à partir de 1757. La population dut s'exiler en 1761 à la suite du raid de Roderick MacKenzie, mais revint graduellement quelques années plus tard. En effet, Raymond Bourdages, de Bonaventure, exploitait un poste de pêche à Caraquet à partir de 1762. En 1776, durant la Révolution américaine, des corsaires américains attaquèrent les marchands de la baie des Chaleurs, dont le poste de Bourdages à Caraquet. Le , John Allan souleva les Micmacs de la côte et 16 des leurs attaquèrent le port de CaraquetMario Mimeault, « Dictionnaire biographique du Canada en ligne », Raymond Bourdages.

Contrôle de la pêche

Jusqu'au début du , l'industrie de la pêche était peu développée, étant pratiquée avec l'agriculture pour la subsistance. La compagnie jersiaise, Robin, Jones & Whitman, construisit un port à la pointe à Brideau en 1838. Cette entreprise prit de l'expansion jusqu'en 1875 où ses installations comptaient un quai et plus de vingt édifices. Le marchand d'origine anglaise, Robert Young, construisit un autre port en 1850, celui-là à l'embouchure du ruisseau à Chenard. Ils possédaient également des magasins et autres édifices situés sur le boulevard Saint-Pierre, juste en haut du port. Ceux-ci contrôlèrent l'économie et la politique de la ville pendant quelques décenniesClarence LeBreton et Bernard Thériault, Caraquet, 1961-1981, Du plus long village du monde à la plus longue rue des Maritimes, Caraquet, 1981.. thumb|left|Le port au centre de l'affaire Louis Mailloux.

Le port joua un rôle central durant les émeutes de janvier 1875, au point fort de ce qui allait devenir l'affaire Louis Mailloux. Les pêcheurs de Caraquet étaient alors très appauvris par la méthode de paiement des compagnies qui les payaient avec des jetons pouvant seulement être échangés à leurs magasins. Les compagnies donnaient uniquement de quoi survivre au pêcheur et pas assez pour s'émanciper. Cette situation, mêlée à différentes manigances et au mécontentement causé par la loi 87 votée en 1871 et qui visait à réformer l'éducation, causa un soulèvement d'une partie de la population. Le , une foule en colère se rendit au magasin et à la résidence de Robert Young dans l'est du port, en haut des falaises. Ce dernier étant alors à Fredericton, ils terrifièrent sa femme qui envoya un télégramme à son mari, l'avertissant qu'ils veulent le tuer et brûler les comptes et hypothèques. À la suite de cet événement, Robert Young fit venir la police et l'armée à Caraquet pour mater l'émeute. Les 14 personnes arrêtées après la fusillade du furent emprisonnées dans le même magasinClarence LeBreton, La Révolte acadienne - 15 janvier 1875, Moncton, Éditions de la Francophonie, 2002 .

Nouveaux marchés et technologies thumb|Les installations de la compagnie Young peu après leur rachat, en 1905. À partir des années 1870, le port de Caraquet fut aussi utilisé pour exporter le bois vers l'Angleterre. D'autres marchandises furent expédiées, principalement du poisson. Les marchandises importées étaient surtout le selNicolas Landry, Éléments d'histoire des pêches, La Péninsule acadienne du Nouveau-Brunswick, 1890-1950, Sillery, Éditions Septentrion, pp. 178-180 . La présence d'un consulat de Norvège à Caraquet au témoignait de l'importance du commerce. Des paquebots accostaient de temps à autre au port.

À partir de la fin du , la réfrigération révolutionna la pêche et le commerce du poisson. Le gouvernement fédéral créa un programme d'aide pour l'implantation de glacières à boëtteUne boëtte désigne un appât utilisé pour la pêche en mer. La Fishermen's Bait Association de Caraquet, le premier groupe du genre dans la province, fut incorporée en 1903 et le premier entrepôt frigorifique du port est construit en 1906.

Une usine fut construite en 1939 par la compagnie américaine Gorton Pew du côté sud du boulevard, en face du quai Young. Cette compagnie allait représenter un autre débouché pour les produits de la pêche. Elle apprêtait surtout des filets congelés de morue ou de sole, et plus tard surtout de la crevette et du hareng.

Le gouvernement fédéral acheta le port de la compagnie Young en 1902. Les installations furent améliorées en 1905. À la même époque, une extension de la ligne Caraquet fut construite par le Canadien National, passant par le vallon du ruisseau à Chenard jusqu'au boulevard. Cette extension avait été proposée dès 1908 par le député Onésiphore Turgeon, mais n'avait pas porté fruitClarence Lebreton, Le Caraquet Flyer, Éditions du Fleuve, 1990 .

Transformation vignette|L'usine Carapro. La concurrence nuisit à la Compagnie Robin, Jones & Whitman et ses installations furent abandonnées en 1958. Le port subit de profondes transformations à partir de cette date, en particulier au lieu-dit du Marais situé entre les deux quais. Fondée en 1959, l'École des pêches emménagea quatre ans plus tard dans ses nouveaux bâtiments du port. L'hôpital L'Enfant-Jésus ouvrit ses portes la même année, sur le site de la résidence du gérant de la compagnie Robin. Cette dernière est déplacée et sert de résidence pour les Religieuses hospitalières de Saint-Joseph jusqu'à sa démolition dans les années 1980.. Le Musée acadien de Caraquet emménagea dans son nouvel édifice le . L'usine de textiles Cirtex fut construite en 1974. Elle ferma après une longue grève mais marqua une nouvelle fois une baisse dans l'importance économique de la pêche. En 1978, un entrepôt frigorifique fut construit à Bas-Caraquet. Il brûla mystérieusement peu après son ouverture et fut reconstruit au port de CaraquetJ. Antonin Friolet, Caraquet, village au soleil, Fredericton, 1978. En 1990, des travaux de remblaiement permirent d'assécher le Marais et de gagner des terres sur la mer, pour la construction d'un port de plaisance, du complexe récréotouristique du Carrefour de la Mer et d'une promenade sur des jetées. Les réservoirs de produits pétroliers de la compagnie Irving Oil se dressant sur une falaise en haut du port furent détruits durant la même décennie. À la suite de la crise du crabe des années 1980 et du moratoire sur la pêche à la morue en 1992, le gouvernement fédéral créa la Stratégie du poisson de fond de l'Atlantique, un programme d'aide de 1,5 milliard $ sur cinq ans pour aider à en contrer les conséquences économiques. Un centre Extravacances fut construit en 1997 pour un coût de $, provenant de ce programmeAPECA - 24 juin 1996 - Nouveau Centre EXTRAVACANCES dans la Péninsule acadienne. Un projet de chalets dans les environs de l'école des Pêches est proposé en 1998. En 2003, l'usine Carapro, l'ancienne Gorton Pew, ferma ses portes. Voulant profiter du décor maritime de la ville, la société américaine Super 8 a construit un hôtel de 50 chambres en 2003. Ces travaux se sont révélés difficiles à cause des vestiges des installations de la Compagnie Robin enterrés durant la construction du Carrefour de la MerL'Acadie Nouvelle - 18 décembre 2002 - Des vestiges du passé gênent la construction d’un hôtel à CaraquetL'Acadie Nouvelle - 5 novembre 2002 - Hôtel de luxe: début des travaux préparatoires à Caraquet. Le ruisseau à Chenard a débordé en 2007, ce qui a inondé l'usine Carapro, détruisant le matériel de la poissonnerie. Un édifice comprenant une usine de transformation de poisson, une poissonnerie et un restaurant a été inauguré en 2010. L'ancien magasin de la Compagnie Robin est démoli en 2012 pour laisser place à une épicerie.

Gestion et services vignette|gauche|Vue aérienne du port.

De 1937 à 1961, la Chambre de Commerce de Caraquet reçut le contrôle du port. Après 1961, la municipalité gérait conjointement le port avec la Chambre de Commerce. En 1967, le port perdit son statut commercial. Après l'envoi en 1986 d'une délégation à Ottawa pour y rencontrer le ministre Tom Siddon, le Comité du Port de Caraquet Inc. fut créé le . C'était le second du genre au Canada. Ses fondateurs sont Germain Blanchard, Gérard Saint-Cyr, Roméo Michon, Claude Lebouthillier, Martin J. Légère et Valmond Chiasson. Il est composé de membres du conseil municipal, de la chambre de commerce, de pêcheurs et de propriétaires d'entreprises reliées au port. Le Comité a servi de modèle à plusieurs autres villes portuairesPort de Caraquet - Le comité. Il est lauréat du prix national d'excellence 2008 du Programme des ports pour petits bateaux.

Le Comité du port de Caraquet ainsi que les entreprises locales offrent la plupart des services nécessaires, que ce soit pour l'achat ou la réparation du matériel, l'approvisionnement ou le nettoyage. Un chantier naval est situé dans le village limitrophe de Bas-Caraquet. La navigation et le sauvetage sont assurés par la station maritime de la garde côtière à Shippagan, appuyée par la brigade des pompiers volontaires de Caraquet—Bas-CaraquetVille de Caraquet - Brigade des pompiers.

Éléments du port Bassins et quais vignette|centré|upright=3|Panorama des quais et des usines. vignette|centré|upright=5|Panorama de la partie récréo-touristique du port.