Les cancers, toutes localisations confondues, représentent la première cause de mortalité en France derrière les maladies cardio-vasculaires.
Bien que les taux standardisés d’incidence et de mortalité liés au cancer tendent à se stabiliser, cette maladie reste un problème majeur de santé publique et de santé au travail.
En 2017, le nombre de nouveaux cas de cancer en France métropolitaine a été estimé à : chez les hommes et chez les femmes. La part des cancers attribuable à des expositions professionnelles est estimée entre 4 et 8,5 %, ce qui représente en France entre et nouveaux cas par an.
Causes des cancers professionnels Elles sont multiples et peuvent se cumuler à des causes extra-professionnelles : alimentation, mode de vie, tabac, exposition à d'autres cancérogènes non-professionnels et à certains perturbateurs endocriniens. Le temps de latence pour la survenue d’une tumeur après une exposition à un facteur de risque est presque toujours de plusieurs dizaines d’années, ce qui rend souvent difficile l’identification des causes.
Cette difficulté a entraîné en France l'émergence d'organismes interdisciplinaires, notamment les Groupements d'Intérêt Scientifique sur les Cancers d'Origine Professionnelle (GISCOP), regroupant des médecins et chercheurs hospitaliers, des professionnels de la médecine du travail et des spécialistes des sciences sociales. Le premier GISCOP a été créé en 2002 en Seine-Saint-Denis à partir de travaux menés en collaboration entre le Conseil Départemental d’Hygiène (CDH), l’université Paris-13 et le CHU Avicenne. Il s'est attaché à mettre en place une méthodologie reproductible de recherche-action basée sur une enquête permanente auprès des patients couplée à des enquêtes sur leurs cursus professionnels. Vers 2017, un deuxième GISCOP s'est constitué en Vaucluse autour de l'hôpital d'Avignon et regroupant de nombreux partenaires, dont l'EHESS. Il est parti d’une alerte sanitaire lancée par les médecins du service d’oncologie-hématologie qui ont noté une augmentation de l’incidence des cancers hématologiques et un rajeunissement des patients au diagnostic.
Le rôle prédominant du tabac (et moindrement de l’alcool) notamment dans les cancers broncho-pulmonaires et ceux des voies aéro-digestives supérieures a longtemps masqué le rôle des cancérogènes professionnels tenus pour négligeables par la plupart des spécialistes jusqu’à ces dernières annéesRapport Tubiana 2003. On estimait alors que les cancers professionnels ne représenteraient que quelques pourcents du total des tumeurs (2 et 8 %), et que les cancers environnementaux ne comptaient que pour moins de 1 %. En France un rapport admettait toutefois que seul un tiers des cancers avait une cause identifiable. Dans les deux tiers restant il pouvait y voir des cancers professionnels non-identifiés faute de traçabilité des expositions aux cancérogènes professionnels. C’est ce que suggère une enquête faite par des médecins conseils de l'Assurance maladie sur des patients cancéreux, qui a permis de déclarer une maladie professionnelle dans 3 % des casÉtude de l'assurance maladie sur l'origine professionnelle des cancers. Dans le même ordre d’idée la société française de pneumologie a établi un questionnaire pour rechercher une exposition professionnelle à un cancérogène chez les patients atteints de cancer bronchiqueQuestionnaire de repérage des expositions professionnelles chez les sujets atteints de cancer bronchique primitif. L’émergence du mésothéliome et des cancers bronchiques provoqués par l’amiante a obligé les experts à réévaluer les risques à la hausse. Selon le rapport d’Ellen Imbernon de l'INVS (2007)Rapport Imbernon, 4 à 8,5 % des cancers auraient une origine professionnelle mais la question fait encore débat. Ce rapport propose une méthodologie de calcul pour évaluer la fraction attribuable à des expositions professionnelles pour certaines tumeurs pour lesquelles on disposait de données relativement fiables. Le nombre de cas calculés est très nettement supérieur au nombre de cas effectivement déclarés comme maladie professionnelle. À titre d’exemple le nombre annuel de cas incidents de cancer du poumon dû à une exposition à un cancérogène établi varierait dans une fourchette comprise entre 2713 et 6051 alors que 458 cancers du poumon, seulement, ont été reconnus en maladie professionnelle en 1999. Pour le mésothéliome, dont la relation quasi exclusive avec l’amiante est pourtant bien connue, seuls 297 cas ont été indemnisés en 1999 pour plus de 550 cas estimés comme attribuables à l’amiante.
Métiers à risques Des maladies spécifiques sont depuis l'antiquité connues pour être induites par certains métiers (ex : saturnisme induit par la métallurgie du plomb et de l'argent, hydrargisme induit par la production et le travail du mercure...) ;
De 2001 à 2016 (en 15 ans) en France, plus de de cancer des bronches, Cancer des voies urinaires, du sein, du rein, du larynx, du sinus, du Côlon, du rectum, de la peau (hors mélanome), du système nerveux central, hémopathies lymphoïdes matures, leucémies myéloïdes ont été diagnostiqués comme cancers professionnels. En 2018 l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a confirmé que les métiers du bâtiment, de la métallurgie et de la construction spécialisée sont parmi les plus touchés par les cancers dits « professionnels. Ceci est confirmé dans le cadre du Plan Cancer (2014-2019) par le réseau national de vigilance et de prévention des pathologies professionnelles (Rnv3p), via une étude présentée au congrès de médecine et santé (, à Marseille)BatiActu (2018) Selon une étude de l'Agence nationale de sécurité sanitaire, présentée ce 6 juin 2018, les métiers du bâtiment sont les plus touchés par les cancers d'origine professionnelle ; AFP, le 07/06/2018 : En France pour ces cancers déclarés au début du l'amiante est incriminé dans 42% des cas, loin devant les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP, incriminés dans 6,5 % des cas"). La construction spécialisés est la plus concernée (16,2 %), loin devant de métallurgie (6,1 %) et le commerce et la réparation d'automobiles et de motocycles (5,2 %). Les métiers les plus vulnérables sont les ouvriers qualifiés de la métallurgie, de la construction mécanique et assimilés (22,9 %), du bâtiment et assimilés (22,1 %) et moindrement les conducteurs de machines et conducteurs d'installations fixes (7,3 %).
Le Pr Gérard Lasfarguesdirecteur général délégué au pôle Sciences de l'expertise de l'Anses (ANSES) fait remarquer que cette étude a aussi montré des expositions non-reconnues et que la .
Alors que les pathologies liées au benzène ou le saturnisme ont "régressé" chez les professionnels (mais persistent dans certains segments de la population), pour la plupart des cancers nécessitent souvent une trentaine d’années pour être diagnostiqués ; d’autres types de métiers et de cancer pourraient apparaitre et dominer dans le futur.
Agents cancérogènes professionnel en cause On en distingue trois types : agents chimiques (sous forme de gaz, d’aérosols, de fumées, de fibres, pâtes, de liquides, de solides...) ; agents physiques (sous forme de rayonnements) ; agents biologiques (certains virus). S'y ajoutent des facteurs organisationnels comme le travail de nuit (qui perturbe le cycle hormonal de la mélatonine et est incriminé dans la survenue du cancer du sein).
De nombreux métiers exposent simultanément à plusieurs cancérogènes ou à plusieurs types de cancérogènesFiche de repérage de produit cancérogène. http://www.inrs.fr/accueil/produits/mediatheque/doc/publications.html?refINRS=FAR%200.
Agents cancérogènes chimiques Généralités En France Selon les statistiques de la CNAMTS la majorité des cancers professionnels déclarés et reconnus sont dus à des agents chimiques.
Évolution du nombre reconnu de cancers professionnels en FranceRapport de gestion de l’Assurance Maladie Risques Professionnels : bilan financier http://www.risquesprofessionnels.ameli.fr/a-la-une/notre-actu/dossier/lassurance-maladie-risques-professionnels-1.html 2007 2008 2009 2010 2011 Amiante Hors amiante 195 216 227 266 277 Total
Évolution en pourcentage des cancers professionnels reconnus en France 2007 2008 2009 2010 2011 Amiante 88 % 87 % 87 % 85 % 85 % Hors amiante 12 % 13 % 13 % 15 % 15 %
Les deux tableaux ci-dessus présentent l'évolution, en nombre et en pourcentage, des cancers professionnels reconnus qui ont entraîné une première indemnisation en espèce par l’Assurance Maladie - Risques Professionnels, à la suite d'un premier arrêt de travail, de l’attribution d’un taux d’incapacité permanente ou du décès de la victime. En moyenne annuelle sur la période 2007-2011, reconnus d’origine professionnelle (hors système complémentaire) ont donné lieu à une en espèce.
En dehors des tableaux de MP amiante, les trois tableaux les plus représentés dans les cas de cancers d’origine professionnelle sont pour la période 2007-2011 : le tableau de MP 47 lié aux poussières de bois :Il s’agit essentiellement de cancers primitifs de l'ethmoïde et des sinus de la face, avec en moyenne annuelle sur la période 2007-2011, 70 cancers en ; le tableau de MP 16 bis lié aux goudrons de houille, huiles de houille… :Ce sont des tumeurs primitives de l’épithélium urinaire (vessie, voies excrétrices supérieures) dans 67 % des cas et des cancers broncho-pulmonaires primitifs dans 24 % des cas, les 9 % restants étant des épithéliomas primitifs de la peau et avec en moyenne annuelle sur la période 2007-2011, 46 cancers en ; le tableau de MP 4 lié au benzène :Ce sont des leucémies dans 62 % des cas et avec en moyenne annuelle sur la période 2007-2011, 41 cancers en première indemnisation.
Dans le cadre du système complémentaire, ont été reconnues comme cancers d’origine professionnelle avec une en espèce par l’AT/MP : 34 cas en 2007, 27 en 2008, 38 en 2009, 40 en 2010 et 41 en 2011.
Parmi les affections cancéreuses reconnues, les tumeurs malignes de la vessie et du larynx représentent chacune 15 cas. Viennent ensuite les tumeurs malignes du poumon, de la peau, les lymphomes non hodgkiniens et les myélomes. Chacune de ces affections représentent 3 cas. Il est à noter que les 15 tumeurs malignes du larynx reconnues avaient toutes pour agent causal les fibres d’amiante.
Repérage Substances et mélanges Les agents chimiques cancérogènes peuvent être manipulés directement, auquel cas leur repérage peut être relativement aisé. En effet la règlementation européenne actuelle impose que soit clairement identifié tout agent cancérogène, utilisé sous forme de produit pur ou en mélange avec d’autres composés (exception faite de certaines catégories de produits, comme entre autres les déchets, les denrées alimentaires, les produits cosmétiques). La réglementation actuelle en vigueur concernant la Classification, l’Étiquetage et l’Emballage des substances et des mélanges de substances (dite réglementation CLP pour Classification, Labelling and Packaging)Produits chimiques cancérogènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction Classification réglementaire classe les cancérogènes dans plusieurs catégories de risques : catégorie 1A : Cancérogènes avérés, dont le pouvoir cancérogène est prouvé sur la base de données humaines ; catégorie 1B : Cancérogènes soupçonnés, sur la base de données animales, que l’on estime transposables à l’homme ; catégorie 2 : Substances suspectées d’être cancérogènes, mais pour lesquelles les preuves sont présentement insuffisantes. Cette réglementation permet, d’identifier des agents chimiques cancérogènes présents dans un produit par le simple examen de l’étiquette de celui-ci. Pour les cancérogènes de classe 1A ou 1B les étiquettes portent le pictogramme de danger SGH08, la mention d’avertissement « Danger » et la mention de danger H 350 « Peut provoquer le Cancer »