Le Voyage dans la Lune est un film muet de science-fiction français écrit, produit et réalisé par Georges Méliès, et sorti en 1902.
Le film est souvent considéré comme la première œuvre de science-fiction au cinéma, bien que d'autres films, comme Gugusse et l'Automate ou encore Les Rayons X le précèdent.
Le projet du film est sans doute motivé par le succès outre-Atlantique de l'attraction foraine . Par ailleurs, il s'inspire des romans De la Terre à la Lune de Jules Verne (1865) et Les Premiers Hommes dans la Lune de H. G. Wells (, 1901)..
Synopsis vignette|L’image la plus célèbre du film, qui en fait l'affiche et est devenue l’icône du génie artistique de Méliès : un marin ayant mis à feu un canon, l'obus géant traverse le ciel et atteint la Lune « en plein dans l'œilL'œil est une mer lunaire, Méliès ayant traduit le phénomène paréidolique. » droit, comme le précise le titre du neuvième tableau..
Lors d'un congrès du Club des Astronomes, le professeur Barbenfouillis, président de ce club, surprend l'auditoire en faisant part de son projet de voyage dans la Lune. Il organise ensuite pour ses confrères la visite de l'atelier où l'obus spatial est en chantier. Il sera propulsé en direction de la Lune au moyen d'un canon géant de de long, embarquant à son bord six savants astronomes, dont Barbenfouillis.
Après le lancement réussi de leur fusée-obus, les six savants découvrent l'environnement lunaire et assistent à un lever de Terre. Épuisés par leur voyage, ils se couchent à même le sol et s'endorment. Apparaissent sept étoiles représentant la Grande Ourse, puis une étoile double, Phœbé et Saturne. Survient une tempête de neige provoquée par Phœbé (déesse assise sur son croissant de lune), qui les réveille. Ils s'engouffrent dans un cratère lunaire et arrivent à l'intérieur d'une grotte où ils découvrent des champignons géants.
Lorsque surgit un Sélénite (représentant du peuple autochtone de la Lune), un savant le pulvérise d'un coup de parapluie. Les Sélénites suivants arrivent en nombre, capturent les visiteurs, les ligotent et les présentent à leur roi. L'un des prisonniers se précipite sur le souverain, le jette au sol et les savants parviennent tous à s'échapper, poursuivis par les Sélénites. Barbenfouillis s'accroche à la corde qui pend à la pointe de l'obus et le fait basculer dans le vide. L'un des poursuivants reste accroché à son fuselage alors que l'obus prend la direction de la Terre où il amerrit. Les savants sont accueillis en héros.
Leur retour donne lieu à une grande fête, avec remise de décorations, exposition triomphale de leur capture, défilé des marins et des pompiers, et inauguration d'une statue commémorative représentant Barbenfouillis, érigée sur la place de la ville avec l'inscription latine (Un travail acharné vient à bout de tout)Texte explicatif de Méliès, brochure Van Goitsenhoven, Ciclic...
Fiche technique Titre : Le Voyage dans la Lune Réalisation : Georges Méliès Scénario : Georges Méliès, d'après Jules Verne et H. G. Wells Direction artistique : Claudel Photographie : Théophile Michault et Lucien Tainguy Décors : Georges Méliès Costumes : Jeanne d'Alcy Production : Georges Méliès Société de production : Sociétés de distribution : Georges Méliès (France) ; , et Siegmund Lubin (États-Unis) Budget : ou . Pays de production : Format : noir et blanc (colorisé à la main) - - 1,33:1 - muet Genre : féerie, science-fiction Durée : (). . Dates de sortie : France : au théâtre Robert-Houdin à Paris États-Unis :
Distribution Georges Méliès : le professeur Barbenfouillis / la Lune (non crédité) Édouard BrunnetBrunnet était prestidigitateur au théâtre Robert-Houdin, dont il avait été le directeur. Affiche du théâtre, . : un astronome et spationaute DepierreDepierre est le seul acteur du film sur lequel on ne possède aucune autre information. : un astronome et spationaute Gabriel Farjaux : un astronome et spationaute Fernand Kelm : un astronome et spationaute Victor AndréM. Victor André Le Rideau artistique et littéraire, 1909, , . : un astronome et spationaute Henri Delannoy : le pilote de la fusée lunaire François LallementFrançois Lallement était l'un des opérateurs de la . Comme d'autres collaborateurs de Méliès, il faisait à l'occasion de la figuration dans les films du réalisateur. : l'officier de Marine, commandant de la base de lancement Jules-Eugène LegrisJules-Eugène Legris (1862-1926) faisait partie, comme Brunnet, de la troupe du théâtre Robert-Houdin. « Trucographie de Georges Méliès », Bulletin de la société Le Vieux Papier, , Paris, 1963, , . : le chef du défilé Bleuette Bernon : Phoebé, la déesse de la Lune Jehanne d'AlcyJeanne d'Alcy deviendra en 1925 l'épouse de Georges Méliès. Les danseuses du corps de ballet du Châtelet : les Les acrobates des Folies Bergère : les Sélénites
Analyse vignette L'historien du cinéma Georges Sadoul note que . Le succès triomphal, aussi bien en France qu'aux États-Unis, consacra en effet dès 1902 la préférence du public de cinéma pour la fiction, en contradiction avec les vues photographiques animées de Louis Lumière, qui faisaient la part belle à ce qui plus tard sera appelé le documentaire. Les amis britanniques de Méliès, ceux que Sadoul regroupe sous le nom d'École de Brighton, George Albert Smith et James Williamson, avaient déjà amorcé le courant avec leurs , leurs films de poursuite loufoques.
Cette féerie baroque donne dans le registre burlesque. Au cours du premier tableau (ainsi que Méliès nomme ses prises de vues), les scientifiques sont affublés de chapeaux pointus et de robes étoilées qui évoquent les personnages de Nostradamus ou de Merlin l'Enchanteur. La caution scientifique est simplement balayée, faisant place à une fantaisie débridée. Sur la rampe de lancement, des jeunes filles légèrement vêtues dansent et, en fanfare, allument la mèche du canon qui va propulser la fusée dans l'œil de la Lune. Quant à l'arrivée sur la Lune, c'est une débauche de découvertes, toutes plus extravagantes les unes que les autres jusqu'à l'entrée en lice des Sélénites, habitants de la Lune, que les scientifiques combattent plutôt efficacement à coups de… parapluies.
Dans le film, les Sélénites, habitants imaginaires de la Lune, étaient interprétés par des acrobates des Folies Bergère.
Copies pirates À une époque où le statut d'auteur et la propriété intellectuelle n'existent pas dans l'art cinématographique, le film peut être légalement piraté ou plagié. Dans le monde entier, des copies contrefaites du Voyage dans la Lune sont distribuées dès la sortie du film et rapportent à leurs auteurs d'importants revenus qui auraient dû revenir à la . Les grandes sociétés de cinéma sont même à l'avant-garde de ce pillage organisé. Ainsi, des américaines ont acheté en bonne et due forme à Méliès plusieurs dizaines de copies du Voyage dans la Lune, elles en tirent aussitôt de nombreuses copies illicites qu'elles exploitent à leur profit. D'autres producteurs de cinéma américains tels que Siegmund Lubin contretypent (technique du , la contrefaçon pouvant consister à faire une copie-pirate avec la marque » grattée sur l'obus) les films produits par leurs concurrents américains ou étrangers.
Thomas Edison, par le moyen de l’, tient déjà Méliès dans son collimateur, car le cinéaste français, pour alimenter sa caméra en pellicule de de large, a tout simplement adopté le jeu de rectangulaires Edison de part et d'autre de chaque photogramme (breveté internationalement) sans entente préalable avec l'inventeur américain, commettant ainsi en premier une contrefaçon industrielle. Edison entend se payer « sur la bête » l'utilisation frauduleuse de ses brevets. et déposée. Les frères Lumière, ainsi que Léon Gaumont, au courant de ces brevets, ont adopté pour leurs tournages des pellicules différentes : rondes de part et d'autre de chaque photogramme pour les frères lyonnaisMichelle Aubert et Jean-Claude Seguin (dir.), La Production cinématographique des frères Lumière, , Bifi-éditions, Paris, 1996 ., pas de perforations du tout pour le de Gaumont-Georges Demenÿ., deux formats inaboutis qui disparaîtront par la suite. Un accord met fin à ce détournement de droits, quand Méliès entre dans le trust créé par Edison pour contrôler la distribution des films (où il rejoint son compatriote Charles Pathé et la plupart des sociétés de cinéma des États-Unis).
Contrairement à ce qu'on affirme souvent, Méliès n'a pas été ruiné en 1902 à cause du piratage de son film par Edison, mais en 1923, après l'interdiction des comédies lors de la Première Guerre mondiale, qui donna un coup d'arrêt aux productions de la , et après des déboires auxquels son frère Gaston, à qui il confia des responsabilités dépassant ses capacités d'organisation et flattant en revanche son goût pour les gros revenus, n'est pas étranger. Méliès peut engager contre ces producteurs des procès, mais il risque ainsi de se faire condamner à son tour pour un plagiat d'une autre nature.. C'est cependant l'ampleur de ce piratage qui l'incite à envoyer son frère Gaston aux États-Unis pour essayer de protéger les droits de la ..
Les distributeurs français Pathé ou Zelig établissent également des doubles-négatifs du Voyage dans la Lune et vendent par dizaines des contretypes d'un film dont la mise en scène ne leur a rien coûté. En 1908, dans , le réalisateur Segundo de Chomón, reproduit plan par plan le film de Méliès pour Pathé. Ce remake ne peut être considéré comme un plagiat..
Il faut aussi remarquer que les nombreuses copies pirates du Voyage dans la Lune et d'autres ouvrages de Georges Méliès, disséminées dans le monde entier, ont participé au sauvetage de l'œuvre du maître, dont lui-même avait vendu les négatifs au prix de la récupération des sels d'argent et du nitrate de cellulose.
Restauration de la version coloriée En 2010, , la fondation Groupama Gan pour le cinéma et la fondation Technicolor pour le patrimoine du cinéma engagent ensemble une restauration coûtant environ .
Georges Méliès avait fait coloriser une version à la main, aux encres à l'aniline. Longtemps donnée pour perdue, la bobine très endommagée a été retrouvée à Barcelone en 1993. Près d'un an de travail a été nécessaire pour ré-assembler les fragments des du film de 1902 et les restaurer une à une, comme le permettent les avancées du numérique. Une copie noir et blanc nitrate originale appartenant à la famille Méliès et un contretype nitrate appartenant au CNC ont été utilisés pour cette restauration. La numérisation de ces deux éléments a été réalisée aux Archives françaises du film.
Cette version colorisée restaurée est présentée pour la première fois en ouverture de la du festival de Cannes, le . À l'époque de la sortie du film, les projections étaient toujours accompagnées d'un musicien sur scène qui jouait des « airs à la mode ». En 2011, c'est une bande son originale, composée par le groupe Air, qui accompagne ce film muet retrouvé sur le site de la fondation Groupama Gan.. Il y a eu une version pour casque de réalité virtuelle et la société Technicolor a réalisé des copies de ce film tant piraté et si mal préservé grâce à une technique nouvelle, la sauvegarde sur de l'ADN« Le voyage dans la lune, premier film à être sauvegardé sur de l' »..
En 2016, sort une nouvelle édition du Voyage dans la Lune, avec trois bandes originales composées par Jeff Mills, et Dorian Pimpernel, ainsi qu'une version bonimentée du film.
Distinction exceptionnelle et réception Ce film fait partie de la liste du BFI des 50 films à voir avant d'avoir 14 ans établie en 2005 par le . Le film restauré a été acclamé par la critique et les spectateurs.
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