La cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo est une ancienne cathédrale catholique romaine dédiée à saint Vincent de Saragosse, située à Saint-Malo en Ille-et-Vilaine. Son architecture mélange les styles roman et gothique, et elle est classée monument historique depuis 1910 et .. Gravement endommagée durant les bombardements de Saint-Malo en , elle fut restaurée entre 1944 et 1972. Elle est une des sept cathédrales étapes du Tro Breiz.
En 1145, elle devient le siège de l'évêché de Saint-Malo. Ce dernier est supprimé par la constitution civile du clergé en 1790, et son territoire réparti entre les diocèses de Rennes, de Saint-Brieuc et de Vannes.
Histoire thumb|left|Vestiges de l'ancien cloître roman. Avant que Saint-Malo ne devienne siège épiscopal, il existait à l'emplacement de la cathédrale un petit monastère dédié à Saint Malo et dépendant de l'abbaye de Marmoutiers. En 1145, Jean de la Grille, évêque d'Aleth depuis 1144, obtint du pape que le siège du diocèse soit transféré à Saint-Malo et l'église monastique devint la cathédrale. Des transformations furent effectuées pour aboutir à une église de taille moyenne, en style roman, constituée d'une nef à trois travées et sans bas-côtés, d'un transept surmonté d'une tour carrée et d'un chœur. Sur le côté Sud étaient adossés un cloître et des bâtiments claustraux abritant un chapitre de chanoines réguliers. Au , le chœur fut reconstruit en style gothique par l'évêque Geoffroy de Pontual et une salle capitulaire fut adjointe au côté Sud.
La tour commencée au fut surélevée en 1422. Le collatéral sud date également du , comme le prouvent l'enfeu où fut inhumé Olivier Troussier en 1475 et les armes sculptées de l'évêque Jean Lespervier. À cette même époque, trois nouvelles chapelles furent ajoutées au nord du chœur.
Entre 1583 et 1607, le collatéral nord fut réalisé par Thomas Poussin, tandis que le transept nord fut agrandi et la tourelle d'escalier de la tour construite. Le transept sud fut également prolongé de manière symétrique entre 1623 et 1630 par Jean Potier. En 1676, le sol du sanctuaire, du déambulatoire et le chœur ont été élevés au même niveau que la nef. En 1695, les canons de la flotte anglo-hollandaise détruisirent la rosace du chevet, laquelle fut remplacée par trois baies en plein-cintre. alt= Ancienne flèche néogothique de Jean-Gabriel et Alfred-Louis Frangeul, Père et Fils (Architectes) avant sa destruction le 6 août 1944.|vignette|left|145px|Ancienne flèche néogothique des architectes Jean-Gabriel et Alfred-Louis Frangeul avant sa destruction le . thumb|Façade latérale droite avec la chapelle du Saint-Sacrement. La chapelle du Saint-Sacrement fut édifiée au sud en 1718 puis la tour du clocher fut surélevée et coiffée d'un dôme en ardoise. La façade fut reconstruite en 1772-1773, en style néoclassique, sur les plans de Robert Verron, architecte de Saint-Servan. Elle est plaquée sur les maçonneries médiévales.
En 1851 est créée par l'architecte Reynaud une nouvelle porte de style Renaissance, à droite du grand portail. En 1858, se laissa convaincre par l'abbé Huchet de faire coiffer la tour d'une grande flèche ajourée en style breton en pierre de Caen, entourée de quatre clochetons ajourés. Elle fut construite par l'entrepreneur Leroyer, à partir des plans de Frangeul Père et Fils. Cette flèche, très semblable à celles de la cathédrale Saint‑Corentin de Quimper réalisées à la même époque, remplaça le dôme d'ardoise. La croix de couronnement, au sommet de la flèche fut posée en 1860.
Lors des combats de l'été 1944, la cathédrale fut gravement endommagée. La flèche fut pilonnée par un destroyer allemand, croyant qu'elle pourrait servir de repère aux Américains, et elle s'écroula sur la chapelle dite du Sacré-Cœur. Les dégâts nécessitèrent une restauration importante qui débuta dès 1944, sous la direction des architectes en chef des monuments historiques Raymond Cornon puis Pierre Prunet à partir de 1966.
Ceux-ci furent plus importants qu'initialement pensés, ayant pour conséquence que l'enveloppe des dommages de guerre ne suffit pas à la reconstruction complète de l'édifice. En effet la reconstruction de la nef absorba le budget prévu pour la flèche. Plus de dix ans après la fin de la reconstruction de la ville, et après plusieurs levées de fonds qui se firent jusqu'au Canada, la flèche de la cathédrale put être enfin rebâtie. Bien que de hauteur identique à l'originale (la cathédrale mesure 77 m du sol à la croix), cette nouvelle flèche, dessinée par Prunet, est d'un style plus dépouillé, s’inspirant de celle de l'église Saint-Pierre de Périers. En 1972 eurent lieu de grandes cérémonies en présence d'évêques et de l'ambassadeur du Canada pour célébrer la « renaissance de la cathédrale ». En 1987, une nouvelle croix de couronnement fut érigée au sommet de la flèche.
Description thumb|Intérieur de la cathédrale avec le maître-autel et la rosace, vitraux de Jean Le Moal. Le plan de la cathédrale est en croix latine. La nef comporte trois travées et le chœur, d'une longueur égale, en comporte quatre.
La nef et le transept Le vaisseau central de la nef et la croisée du transept datent du et sont les restes de la première cathédrale édifiée par l'évêque Jean de la Grille. Leurs voûtes sont fortement bombées, ce qui manifeste une influence angevine qui pourrait s'expliquer par les nombreux déplacements de l'évêque dans le sud-ouest aquitain. Elles sont pourvues de croisées d'ogive mais celles-ci n'ont qu'un rôle purement décoratif et sont plaquées contre la voûte en moellon. La nef et le transept présentent des chapiteaux romans. Leur ornementation est d'un travail grossier, mais les motifs en sont extrêmement variés. Ils présentent sous les angles des corbeilles, des cariatides, des têtes humaines, un moine écartant des rinceaux de ses bras, des poissons, une sirène, des dragons ailés, des animaux cabrés et à queue recourbée, de grandes feuilles étagées chargées de perles et formant volute, ou enfin des tiges courbées s'arrondissant sous les angles et s'épanouissant en hémi-fleur-de-lys ou fleurons à trois lobes.
Le collatéral sud date du et celui du nord de la fin du . Dans le sol, une mosaïque commémore l'agenouillement de Jacques Cartier avant son départ pour le Canada, le .
Le chœur thumb|170px|Dalle funéraire de Jacques Cartier.
Le chœur date du milieu du . Il est influencé par l'art gothique anglo-normand et présente un chevet plat comportant une grande rose détruite au et restituée après 1944. Au , des chapelles ont été ajoutées au nord dans lesquelles on peut voir les tombes de Jacques Cartier, inhumé en 1557, et de René Duguay-Trouin, dont les restes ont été ramenés de Paris en 1973.
Les vitraux Les bombardements de 1944 imposèrent de refaire à neuf l'ensemble des vitraux, illustrant l'évolution de l'art du vitrail religieux français de l'après-guerre. Les vitraux de la nef sont confiés à Max Ingrand selon un programme historié. Ainsi, il réalise les vitraux de la chapelle du Saint-Sacrement en 1954 sur le thème de l'Eucharistie, puis ceux de la façade occidentale en 1956, représentant des anges musiciens. Enfin, la même année, il crée deux baies pour le collatéral sud sur le sujet de Saint Malo et Saint Aaron et de Jacques Cartier. Du fait du décès de Max Ingrand en 1969, les vitraux du collatéral nord sont confiés à Michel Durand et Jean Gourmelin qui réalisent trois vitraux sur Saint Vincent, Jean de la Grille et le Tro Breizh en 1971. vignette|Rosace du chœur réalisée par Jean Le Moal Les vitraux du transept et du chœur ont quant à eux été conçus dans un style non figuratif par le peintre Jean Le Moal en collaboration avec le maître verrier Bernard Allain. Le peintre a notamment conçu un "mur de lumière", la rosace du chœur, visible dès que l'on rentre dans la cathédrale. Les différentes couleurs utilisées évoluent au fil de la journée, en fonction de la luminosité reçue par le soleil. La nuit, par exemple, les couleurs bleues ressortent d'avantage.
Œuvres et mobilier thumb|left|150px|Notre-Dame de la Grand'Porte. La nef comporte une chaire du . La statue de la Vierge à l'Enfant Notre-Dame de la Grand'Porte a été déposée dans le bas-côté nord en 2005 pour la protéger des intempéries. Elle ornait auparavant la Grand-Porte de Saint-Malo et a été remplacée par une copie. Une autre statue de Vierge à l'Enfant est visible dans le bas-côté sud.
La chapelle du Saint-Sacrement abrite trois statues en marbre blanc du sculpteur génois Francesco Maria Schiaffino provenant de la chapelle du couvent voisin des bénédictins. Elles représentent Saint Benoît et Saint Maur entourant une allégorie de la Foi.
Un nouveau mobilier pour le chœur liturgique fut commandé en 1991 à Arcabas, père et fils. L'élément le plus important en est le maître-autel, construit en bronze et en marbre noir d'Afrique et représentant les Quatre Vivants. Il est accompagné d'une cathèdre et de fonts baptismaux.
Depuis , un tableau d'Augustin Frison-Roche, inspiré de l’Apocalypse, a été déposé dans la chapelle du transept sud, prévu pour célébrer la paixInauguration d’un tableau monumental à la cathédrale de St-Malo, diocèse de Rennes..
Les orgues thumb|240px|La chaire et les grandes orgues. La cathédrale Saint-Vincent compte trois orgues, toutes issues de la Manufacture Koenig de Sarre-Union. Ces instruments remplacent les anciennes Grandes-Orgues Debierre détruites au cours des bombardements de 1944 ainsi que l'orgue de chœur Cavaillé-Coll, instrument remonté après-guerre sur une tribune au bas de l'aile Saint-Côme et qui sera vendu à la Paroisse de Tinténiac en 1981.
Les Grandes-Orgues
Les Grandes-Orgues ont été réalisées par les facteurs Koenig, père et fils. Construites en 1977, elles ont été inaugurées en par le chanoine Louis Aubeux, organiste de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Composées de quatre claviers et d'un pédalier, elles comptent 35 jeux. Cet instrument remplace celui de style romantique construit en 1893 par Louis Debierre et qui fut détruit lors de la dernière guerre.. thumb|240px|Les grandes orgues. Sa composition est la suivante :
I. Positif dorsalC–g56 notes II. Grand-OrgueC–g56 notes III. Écho pectoralC–g56 notes IV. BombardeC–g56 notes PédaleC-f30 notesMontre 8 Bourdon 8 Prestant 4 Nazard 2 2/3 Quarte 2 Tierce 1 3/5 Larigot 1 1/3 Plein-Jeu V Trompette 8 Cromorne 8Montre 16 Montre 8 Bourdon 8 Prestant 4 Grosse Tierce 3 1/5 Doublette 2 Fourniture III Cymbale VSalicional 8 Unda-maris 8 (Ut2) Cor de nuit 8 Flûte 4 Octavin 2 Piccolo 1 Hautbois 8Cornet V Trompette 8 Trompette 8 Clairon 4'Contrebasse 16 Soubasse 16 Flûte 8 Prestant 4 Fourniture V Bombarde 16
Accessoires : Tirasses Positif, GO, Écho, Bombarde Accouplements Positif/GO, Écho/GO, Bombarde/GO
La transmission est mécanique et les claviers en fenêtre.
L'orgue de chœur vignette|180px|L'orgue de chœur. La construction de l'orgue de chœur a été premise par le legs d'une généreuse paroissienne décédée en 1999. L'instrument, construit par le maître facteur d'orgues Yves Koenig en 2014 a été béni en la solennité des saints apôtres Pierre et Paul par Nicolas Souchu alors évêque auxiliaire de Rennes, Dol et Saint-Malo.
Cet instrument présente la particularité de disposer de deux consoles. Le chœur de la cathédrale étant situé en contrebas de la croisée du transept, la console fixe s'y trouve placée pour l'accompagnement de la liturgique, notamment pour les offices dialogués avec les Grandes-Orgues, tandis que l'autre, mobile, permet à l'organiste de jouer au sein d'un orchestre, en particulier au cours des concerts programmés lors du Festival de Musique Sacrée de Saint-MaloAntoine Hervé et Yves Koenig, Cathédrale de Saint-Malo - Le nouvel orgue de chœur, Saint-Malo, 2014, Paroisse de la Cathédrale de Saint-Malo, plaquette de 15 pages réalisée à l'occasion de l'inauguration de l'instrument le ..
La composition de l'instrument est la suivante :
I. Grand-OrgueC–g56 notes II. Récit expressifC–g56 notes