L'abbaye d'Ulmet était une abbaye cistercienne aujourd'hui disparue, fondée en 1173 en Camargue à environ d'Arles à proximité de l'étang de Fournelet, toujours existant, et d'un bras du Rhône, le Rhône d'Ulmet, aujourd'hui atterri.
Histoire vignette|gauche|redresse|Camargue - L'abbaye d'Ulmet était à côté de létang de Fournelet, ou plus précisément de létang d'Ulmet, situé au-dessus et à droite de létang de la Dame. À l'époque le rivage, en retrait par rapport à l'actuel, se trouvait très proche de l'abbaye.
Une création tardive Le choix du site en Camargue, sur un tertre surélevé en bordure de l'étang d'Ulmet et du bras du Rhône de même nom, est arrêté par Amédée d'Auterives. Sous la direction de ce dernier, les premiers moines construisent en 1173 leur abbaye sur l'emplacement d'une ancienne chapelle donnée en fief, contre redevance annuelle, par l'abbesse Jourdane de l'abbaye Saint-Césaire d'Arles.
Cette création souligne l'implantation tardive des cisterciens en Provence occidentale, particulièrement dans la basse vallée du Rhône, où hors communautés féminines, ils ne fondent leurs quatre abbayes qu'entre 1137 et la fin du : « Aiguebelle (1137), Silvacane (1147), Sénanque (1148) et Ulmet-Syvéréal (c.1177-c.1200) ».. Ils arrivent en Camargue bien après les communautés de clercs (archevêché et chapitre d'Arles, moniales de Saint-Jean, bénédictins de Montmajour et ordres militaires, ordre de Saint-Jean de Jérusalem et Templiers), les grandes familles (notamment les Baux et les Porcelet) et les communautés villageoises (Arles, Notre-Dame-de-la-Mer Ancien nom du village des Saintes-Maries-de-la-mer.). Les moines d'Ulmet s'installent donc dans un contexte d'une concurrence économique déjà aiguë pour le contrôle des ressources et de la fiscalité du delta.
Un contexte difficile Des ressources limitées en dépit d'un soutien actif des Baux L’implantation de l’abbaye se fait toutefois avec le soutien actif de la famille des Baux qui possède d'immenses biens en Camargue. Bertran de Baux exempte ainsi dès 1177 l’abbaye de tous les droits de mutation dus pour les fiefs donnés aux moines par les vassaux des Baux. Un acte de ses fils, daté de 1184, nous apprend d’autres donations du même personnage. Les fils de Bertran , eux-mêmes, prolongent la dévotion paternelle par de nouvelles donations, notamment en 1184 et 1191Florian Mazel - La noblesse et l'Église en Provence, fin - début - CTHS, 2002 – , page 345.
À côté de ces dons et libéralités, les cisterciens d'Ulmet bénéficient également de legs lors de départs pour les croisades : « En juillet 1202 par exemple, Albe de Vallat désireux de partir ultra mare ad Dei servicium, réserve ses legs aux Cisterciens d'Ulmet ». et semblent même, d'après Clément III, ne pas hésiter pour accroître leurs ressources à usurper les dîmes épiscopales : « La question [des dîmes] resta sensible comme en témoigne par exemple Clément III, qui en 1188, ordonna aux évêques d'Avignon et de Cavaillon de veiller à ce que les ordres militaires et les moines d'Ulmet ne s'emparent des dîmes dues à l'archevêque d'Arles ».. Mais dans l'ensemble leurs ressources paraissent avoir été limitées.
Un environnement défavorable L'abbaye est plus un lieu de présence chrétienne dans l'est de la Camargue qu'un monastère au sens classique avec d'importants bâtiments conventuels. Une charte de novembre 1198P.-A. Amargier (texte établi par) - Cartulaire de Trinquetaille - pièce , page 63 y fait référence sous la dénomination de ecclésia S. Marie de Ulmeto : … … En réalité, l'environnement y est très défavorable notamment à cause du manque d'eau douce à la suite de l'atterrissement progressif du Rhône d'Ulmet. La communauté est donc forcée, malgré les nombreux dons, de déplacer l'abbaye. À la suite d'une donation du roi Alphonse d'Aragon, comte de Provence, les moines avaient reçu en 1194 la forêt d'Albaron et plus particulièrement, d'après eux, celle de Clamadour -des terres du côté de Sylvéréal, sur la rive gauche du Petit-Rhône de l'époque- dans la Silva pinencha, où après une sentence arbitrale d'Imbert d'Eyguières, l'archevêque d'Arles, dans un procès qui les opposait en 1201 aux Templiers qui en revendiquaient également la propriété en raison d'une charte plus ancienne délivrée en 1167 : « Les Cisterciens [ndlr, les moines d'Ulmet] produisent une charte de donation d'Alphonse II d'Aragon de 1194. Les Templiers disposent d'une charte plus ancienne, délivrée en 1167. Mais ils doivent argumenter pour prouver son authenticité aux moines blancs qui s'étonnent de voir figurer le sceau de Raimon Berenger IV »., ils disposent d'un terrain pour bâtir une nouvelle abbaye.
Un déguerpissement progressif Le transfert à Sylvéréal, puis à Valmagne C'est sous l'administration de Pierre III, abbé autour de l'an 1200, que le monastère de Sylvéréal est construit. Les moines se partagent ensuite entre Ulmet et Sylvéréal. Un acte daté du , à propos d'un conflit entre l'abbé d'Ulmet Pierre V et le prieur des Saintes-Maries-de-la-Mer, Bertran de NovesL'église des Saintes-Maries-de-la-Mer est le siège d'un prieuré de l'abbaye de Montmajour depuis la fin du ., évoque toutefois encore l'abbaye d'Ulmet :
Martin Aurell - Actes de la famille Porcelet d'Arles (972-1320), acte , page 226.…
En 1243, le douzième abbé d'Ulmet, Jean, obtient de l'archevêque d'Arles Jean Baussan l'autorisation de quitter Ulmet pour Sylvéréal, mais le transfert ne se fait pas. Ce transfert est finalement réalisé dans la seconde moitié du , probablement entre 1251 et 1270Thierry Pécout (dir.) – L’enquête générale de Leonardo da Foligno dans la viguerie de Tarascon (janvier-février 1322) – Éditions du CTHS, Paris 2010 – – p.XIII, note 19. Quelques moines restent toutefois à Ulmet.
Pendant tout ce , l'objet majeur des disputes entre les cisterciens d'Ulmet-Sylvéréal, les Templiers et les habitants des Saintes-Maries-de-la-Mer concerne les droits et usages de la forêt dite Silva pinencha, notamment au sujet des pâturages et des réserves de pêche qui cite l'ouvrage de Paul Amargier, La Silva Pinencha. De nombreux accords précisent ainsi, en particulier vis-à-vis du Temple dont les activités d'élevage équin se heurtent à celles d'exploitation forestière des moines, les droits et les limites de chacun :
« En 1217, lors d'un accord à propos des pâturages de Clamadour, les Cisterciens d'Ulmet… font promettre aux Templiers de ne pas pratiquer l'écobuage pour accroître les friches » :
« En 1225, un accord avec le monastère d'Ulmet stipule que les familiers du Temple pourront construire des cabanes pour garder le bétail »..
En 1299, l'abbaye de Sylvéréal où se trouvent désormais les moines d'Ulmet, est rattachée à Psalmodie et à Valmagne. Après avoir quitté Ulmet à cause du manque d'eau douce, les moines de Sylvéréal demandent à être transférés au monastère de Valmagne car incapables de subvenir à leur entretien. Malgré de nombreuses protestations, en particulier celles de l'archevêque d'Arles Gaillard de Saumate, un accord est trouvé le , stipulant que :
« [...] l'abbé de Psalmody entretiendrait toujours quatre religieux-prêtres à Sylvéréal et deux à Ulmet pour satisfaire aux fondations et célébrer dignement les officesEmile Fassin. »
À la même époque (1323) un poste de guet est mentionné à Ulmet dont les édifices servent de tour visible depuis le clocher des Saintes-Maries-de-la-Mer et qui joue un rôle dans la surveillance du delta.
L'abandon définitif du site d'Ulmet C'est en 1437 que l'abbaye semble définitivement abandonnée. Les pierres de l'église d'Ulmet servent au à construire le mas d'Amphise et à renforcer la digue de l'étang du Fournelet pour protéger le salin de Badon contre les assauts marins.
Architecture et description
En 1875, Émile Fassin écrivait à propos des ruines de l'abbaye :
Aujourd’hui, le site de l’abbaye se trouve dans la Réserve naturelle nationale de Camargue, gérée par la SNPN. Environ une fois par an, la SNPN organise une visite guidée sur réservation afin de faire découvrir ce site d’Ulmet, interdit aux visites au quotidien.
Filiation et dépendances Ulmet était l'une des huit filles de l'abbaye de Bonnevaux en Dauphiné, elle-même septième fille de CiteauxNicole Bouter - Unanimité et diversité cisterciennes – pages 103-106 ici.
Les abbés 1173 c. : Pierre 1175 c. : Joceran 1184 c. : Pons 1191 c. : Pierre II 1193 c. : Faucon 1194 c. : Étienne 1196 av. - 1209 : Pierre III 1209 - 1210 : Raymond 1210 - 1214 ap. : Pierre IV 1216 av. - 1224 : Martin 1224 - 1233 : Pierre V 1240 av. - 1251 ap. : Jean (éventuellement un abbé inconnu entre Pierre V et Jean)
Notes et références
Bibliographie Jean-Paul Clébert, Guide de la Provence mystérieuse, Éd. Tchou, Paris, 1972. Pascal Tekeyan - La Camargue, des origines…. aux abbayes - Arles, 2002.
Voir aussi Articles connexes Abbaye de Sylveréal Liste d'abbayes cisterciennes de France
Liens externes Image du site « culture.gouv.fr »
Catégorie:Abbaye cistercienne en France Catégorie:Abbaye dans les Bouches-du-Rhône Catégorie:Monument en Camargue Catégorie:Monument à Arles Catégorie:Histoire de la Camargue Catégorie:Abbaye fondée au XIIe siècle Catégorie:Fondation en 1173