Tsering Woeser (, parfois appelée Woeser, autres graphies Öser, Wéisè ou Wei Se en chinois) est une poétesse et essayiste de nationalité chinoise et d'ethnie tibétaine, née le à LhassaCf la monographie de l'auteur sur le site Woeser Where Tibetans Write : .. Elle est l'épouse de l'écrivain chinois Wang Lixiong.

Elle a reçu une éducation exclusivement en chinois, a étudié la littérature à Chengdu au Sichuan, et n'a pas appris le tibétain. Selon Michael Buckley, cela lui a permis d'être une voix très influente : elle passe pour être la première Tibétaine à jouer le rôle d'une intellectuelle sur la scène publique en Chine grâce à sa maîtrise des médias Michael Buckley, Meltdown in Tibet: China's Reckless Destruction of Ecosystems from the Highlands of Tibet to the Deltas of Asia, Palgrave Macmillan, 2014 , p. 140..

Selon un article de la journaliste paru en 2010, Woeser est devenue une des principales sources de nouvelles sur le Tibet en Chine Susanne Ramírez de Arellano, Tsering Woeser, International Women's Media Foundation, 2010 : .

Biographie Enfance vignette|gauche|Tsering Dorjé et son épouse, Tséring Youdron. Tsering Woeser est née à Lhassa en 1966. Sa mère, Tséring Youdron, une Tibétaine, vit à Lhassa (en 2014, elle a 72 ans quand elle est interrogée par les autorités chinoises alors que sa fille est détenue à l'aéroport de Gongar) Tibet's most famous woman blogger, Woeser, detained by police Tibetan writer Woser detained at Lhasa airport, 9 août 2012. Son père, Tsering Dorjé Banned Tibetan writer publishes in Taiwan., issu du mariage d'un Han et d'une Tibétaine, était soldat dans l'Armée populaire de libérationBruno Philip (journaliste), Le couple qui tient tête à Pékin, Le Monde, 16 avril 2008.. Elle réside à Lhassa jusqu’à l’âge de quatre ans, avant que son père soit muté dans le Kham à Tawu dans l'actuelle préfecture autonome tibétaine de Garzê de la province du SichuanFrançoise Robin, Comptes rendus Woeser, Tibet’s True Heart. Selected Poems Ragged Banner Press, 2008. . Son grand-père paternel aurait poussé sa famille à se siniser. Enfant de la révolution culturelle, elle est élevée et éduquée entièrement en langue chinoise et n'a jamais appris à lire ou à écrire en tibétainTsering Woeser PEN American Center. Elle reçoit une éducation exclusivement chinoise et athée, avec une « croyance naïve dans les bienfaits du Parti »Le Nouvel Observateur du 23 décembre au 5 janvier 2010 : La voix des sans paroles de Ursula Gauthier - Tsering Woeser : l'âme du Tibet (page 83) en ligne..

Éducation En 1988, elle obtient un diplôme en littérature chinoise de l'Université des nationalités du Sud-ouest (c'est-à-dire pour les minorités ethniques) à Chengdu. En 1990, elle devient rédactrice pour la revue de langue chinoise Xizang Wenxue (Littérature du Tibet). Elle travaille comme journaliste à Kardzé et plus tard à Lhassa. Elle décide d'apprendre le tibétain et de se convertir au bouddhisme tibétain Haomin Gong, Xin Yang, Reconfiguring Class, Gender, Ethnicity and Ethics in Chinese Internet Culture: Caught on the Web, Taylor & Francis, 2017, p. 100..

Rencontre avec Wang Lixiong En 2000, à Lhassa, elle rencontre Wang Lixiong, qui a passé 2 ans au Tibet et vient de publier un ouvrage critique sur la politique que la Chine y exerce.

Activité vignette|gauche|Wang Lixiong en 2010. Woeser est employée par la Fédération chinoise des cercles littéraires et artistiques du Tibet, par l'intermédiaire de laquelle sa poésie a été publiée. Après avoir changé de sujet pour s'intéresser à l'histoire du Tibet, et avoir publié Notes sur le Tibet, un ouvrage très apprécié, elle est punie et censurée. Son appartement est confisqué, elle perd son emploi et son passeport pour les voyages internationaux lui est refuséInformations biographiques sur Woeser."Censoring Essays and Translations on Tibet" Traduit par Radio Free Asia, avril 2015. En 2003, elle est exilée à Pékin. En 2004, elle s'y marie à Wang Lixiong, rencontré quatre ans plus tôt à Lhassa. Ensemble ils présentent le problème des minorités ethniques dans les milieux pro-démocrates jusque-là peu sensibilisés à ces questions.

Au cours des troubles de 2008 au Tibet, Woeser et Wang Lixiong, alors son mari, auraient été mis en résidence surveillée après avoir parlé à des journalistesJean-Jacques Mével, En Chine, quelques voix bravent le tabou tibétain, LE FIGARO.fr International, 28 mars 2008.. Afin d'empêcher la diffusion d'informations, le site internet de Tsering Woeser est attaqué et détruit par des hackers signant « L'Alliance des rouges de Chine »Michel Bonnin Au loin l'harmonie Perspectives chinoises, 2009 : .

Woeser et Wang Lixiong fournissent régulièrement des analyses pour le service tibétain de RFA Tibetan Writer Under House Arrest in Beijing Site de RFA ; citation : « Both Tsering Woeser and her husband, Wang, contribute regular commentary to RFA’s Tibetan service ».. Depuis le , le service en tibétain de RFA diffuse une émission intitulée « le forum de Woeser », consacrée à ses écrits sur la religion, la culture, l'économie et la politique au Tibet Woeser's forum..

Elle est l'une des 303 intellectuels chinois signataires de la charte 08, manifeste publié le , pour promouvoir la réforme politique et le mouvement démocratique chinoisCharte 08, Le Figaro..

En , à la suite des émeutes au Xinjiang Tsering Woeser et Wang Lixiong lancent une pétitionTexte de la pétition en faveur de la libération de l’économiste Ilham Tohti afin de demander la libération de l'universitaire Ilham Tohti. En effet, le l’économiste ouïgour Ilham Tohti, professeur à l’Université centrale des minorités et animateur d'un blog Le blog d'Ilham Tohti, a disparu de son domicile de Pékin. Les autorités chinoises lui reprochent d’avoir provoqué des troubles, en propageant des rumeurs concernant les émeutes au Xinjiang. La pétition souligne qu’Ilham Tohti revendique des relations amicales entre nationalités. Son blog a été conçu comme un espace d'échange, Ilham Tohti ne saurait être tenu pour responsable des propos tenus par des participants au forum du blogSource : Le Courrier International. Le , 250 personnes avaient signé cette pétition.

La poétesse Tsering Woeser annonce le l'emprisonnement de quatre écrivains tibétains. RSF indique à leur sujet :

Tsering Woeser demande un passeport depuis trois ans à l'État chinois et poursuit ce dernier en justice pour l'obtenir Tibetan writer, a rare outspoken voice against Beijing's policies, sues Chinese government, Associated Press, 23 juillet 2008..

En 2010 à propos de l'arrestation du Tibétain Karma Samdrup et des membres de sa famille, Woeser indique à l'AFP : « ces condamnations font peur à de nombreux intellectuels tibétains », sans autres commentaires par « peur des représailles »Terre-finance - 4 juillet 2010 : Chine: un militant écologiste tibétain condamné à cinq ans de prison.

Alors que 16 Tibétains se sont immolés au Tibet depuis mars 2011 et que la police chinoise a ouvert le feu lors de manifestations pro-tibétaine dans la préfecture autonome tibétaine de GarzêTibet:des manifestants tués par les forces de l’ordre, Courrier International, 25 janvier 2012 (selon l'agence Chine nouvelle, il s'agit d'émeutes ayant entraîné la destruction de magasins, d'un commissariat, d'une maison, de véhicules de police et d'ambulances, par des casseurs armés de pierres et de couteaux, et faisant des blessés chez les agents de police, tibétains pour 90 % d'entre eux)Les tentatives des forces sécessionnistes à l'étranger de discréditer le gouvernement chinois sont vouées à l'échec, agence de presse Xinhua, 2012/01/25. Xu Aqing (Global Times), Monks run amok, Ecns.cn, 2012-02-03, ., Woeser relaye sur Twitter, à l'intention des communautés chinoises, les informations concernant le Tibet. Le , après avoir découvert l'immolation d'un moine tibétain à Aba, Woeser écrit : « Ce soir, nous sommes en pleurs… C'est moi qui la première ai dit à un lama qu'un de ses compagnons s'était immolé. Mes larmes ne cessaient de couler. Il ne pouvait parler… Il est si tard à présent, on aimerait parler mais les mots ne peuvent sortir. Alors, finalement, on pleure. Est-ce en raison de la tristesse que les gens ne parlent pas de cela ? »Le Tibet est en feu, mais où sont les intellectuels chinois ?, Rue89 : Oiwan Lam Traduit par Noele Belluard-Blondel, février 2012.

En , Tsering Woeser est assignée à résidence à Pékin pour une durée d'un mois, l'empêchant ainsi de recevoir le prix Prince ClausReporters sans Frontières, , mars 2012 Centre daily, , mars 2012. Le , avec le poète Gade Tsering et Arjia Lobsang Tupten, elle lance un appel et une pétition afin que cessent les auto-immolations des Tibétains : « sous cette oppression redoublée, chacune de nos vies est importante, chacune doit être conservée. »Tsering Woeser, Demande aux Tibétains de cesser les auto-immolations : Nous devons préserver la vie malgré la terrible oppression, 8 mars 2012 Tania Branigan, Tibetan 'shot dead' at Chinese police station, The Guardian, 9 mars 2012..

En 2013, Tsering Woeser, inquiète de la restructuration des abords du barkhor à LhassaLa rénovation du centre de Lhassa suscite des inquiétudes Le Monde, 26 juin 2013, lance une pétition demandant la protection du siteNotre Lhassa sera bientôt complètement détruite! Sauvons Lhassa! Tsering Woeser, mai 2013.

Carrière thumb|262x262px|Vidéo pour honorer Woeser par le Prix du Prince Claus en 2011 Selon le Tibet Information Network (TIN), son livre Notes sur le Tibet est interdit par le gouvernement de la région autonome du Tibet en septembre 2003 TAR Authorities Ban Book by Tibetan Author (TIN)., même s'il « semblait être toujours disponible à l'achat, du moins épisodiquement, sur l'Internet » Extracts from ‘Notes on Tibet’, à cause d’allusions favorables au dalaï-lamaDes sites Web sont fermés en plein milieu d'une vague de répression de l'Internet, Archives du "Communiqué de l'IFEX", vol. 15, No. 31, 8 août 2006.. De fait, l'édition initiale de 2003 serait disponible en Chine sur un site web JQCQ, site book.jqcq.com..

Selon l'IFEX et Human Rights in China, en 2004, peu après l'interdiction, Woeser perd son travail et son statut Tibet: China persecuting Tibetan Writer for Pro-Dalai Lama Opinion, Site de l'UNPO et ses droits de citoyenne chinoise au motif qu'elle pourrait « mettre en péril la Nation » selon les autorités chinoisesLe blog de Tsering Woeser, activiste des Droits de l’Homme, est inaccessible..

Selon Radio Free Asia (RFA), le , ses deux blogues sont fermés par ordre du gouvernement, apparemment en réponse aux articles dans lesquels elle présentait ses vœux au dalaï-lama à l'occasion de son anniversaire, le Banned, Blocked Tibetan Writer Vows to Speak Out in China.. La poétesse y avait également publié un poème faisant l'éloge du chef spirituel TW, China shuts blog that wished Dalai Lama happy birtday, sur le site Tibet Writes, 26 décembre 2007: ..

Selon Reporters sans frontières (RSF), les deux blogues de Woeser auraient été fermés à la demande des autorités chinoises alors qu’une vague de censure dénoncée par RSF frappait l’Internet chinoisDisparition des deux blogs d’une poétesse tibétaine, Site de RSF.. Woeser y publiait des essais sur la culture tibétaine et sur des sujets rarement abordés au Tibet comme le SIDA, la prostitution, les dégâts environnementaux et la voie ferrée reliant Pékin à Lhassa, à la construction de laquelle elle était opposée.

Cependant, si les premiers blogues ont disparu des serveurs chinois, un nouveau blogue en chinois est accessible chez l'hébergeur américain middle-way.net woeser.middle-way.net Woeser's blog.. Selon le , ce nouveau blogue a été la cible d'une cyberattaque en PEN Protests Cyber-Attacks Against Woeser..