Laure de Sade (1310-1348), dite aussi Laure de NovesÈve Duperray, conservatrice du Musée Pétrarque à Fontaine de Vaucluse, avoue cependant « Dame Laure dont il est bien difficile de nos jours de savoir si elle fut de Noves, du Thor ou de Lagnes »Il s'agirait de deux femmes distinctes enterrées dans le même tombeau selon Les différentes Laure de Pétrarque Emmanuel Davin, Bulletin de l'Association Guillaume Budé : Lettres d'humanité (1956, Numéro LH-15 pp. 83-104) mais à distinguer de Laure de Noves, fut la muse de Pétrarque.

Biographie Fille d’Ermessande de Réal et du chevalier Audibert de Noves, Laure épousa Hugues II de SadeHugues était le fils de Paul, issu d’une des plus anciennes et des plus illustres familles marchandes de la ville d’Avignon. Son grand-père, Garnier de Sade avait été chenevassier (chanvrier) et s’était associé à un riche négociant dénommé Jean Teissière (Johannès Textoris), chanvrier et cordier d’Avignon, tenant boutique en face l’église Saint-Pierre. Grâce à sa fortune considérable Garnier avait siégé au Conseil de Ville comme syndic. La famille de Sade, dont le commerce se faisait sur les deux rives du Rhône, participa toujours à l’entretien du pont Saint-Bénézet, ses armoiries sont toujours visibles sur la première arche., dans la Chapelle des Pénitents Blancs de la bibliothèque de Noves, comme le précise le contrat de mariage rédigé le par le notaire Raymond Fogasse.

Laure, elle-même poète Avec Phanette de Gantelmes, sa tante, et plusieurs autres dames, elle tenait cour d'amour et rimaitLes vies des plus célèbres et anciens poètes provençaux par Jean de Nostredame Cet ouvrage, sujet à caution, est annoté par Camille Chabaneau et Joseph Anglade : le lecteur ou la lectrice, qui souhaite approfondir le sujet, lira utilement leurs commentaires.

Le coup de foudre de Pétrarque thumb|left|Plaque commémorative apposée par l'Académie de Vaucluse sur la façade du couvent Sainte-Claire Le , alors qu’elle sortait de l’église du couvent de Sainte-Claire à Avignon, elle fut aperçue et remarquée par François Pétrarque. Dès lors, Laure aux blanches mains, devint la chaste inspiratrice du poète. Lui, qui affirmait haïr la cité papale, versifia : Béni soit le jour et le mois et l’année, La saison et le temps, l’heure et l’instant Et le beau pays, le lieu où fus atteint Par deux beaux yeux qui m’ont tout enchaîné.

C'est Mario FubiniMario Fubini fut professeur de littérature italienne à l'Université de Milan et à l'Université Bocconi., qui remarque que, lorsque le poète décrit le ravissement qui l'envahit en contemplant Laure, il ose la comparer à la « Vision Béatifique »Jean XXII avait récemment révolutionné l'Église avec cette Vision Béatifique..

Remise en question de l'existence de Laure de Sade thumb|Maison de PétrarqueLaure et le poète Nicholas Mann, professeur anglais d'histoire de la tradition antique au Warburg Institute de Londres, a remis en cause l'existence de Laure lors d'une communication faite le au cours des assises de l'Institut d'études latines qui se tenaient à la SorbonneSa communication a été publiée dans en décembre 1994 : ..

Rappelant le mythe de la nymphe Daphné qui, poursuivie par Apollon amoureux, implora son père Pénée de la changer en laurierCf. Les Métamorphoses d'Ovide., il assimile Pétrarque au dieu solaire. Le poète serait tombé amoureux du laurier tout comme le dieu grec, à preuve qu'il s'en fit couronner à Rome. Cela l'aurait tellement obsédé qu'il décida qu'il lui fallait une bien-aimée portant ce nom tout comme ApollonEn grec, nymphe et laurier portent le même nom..

À titre d'argument pour étayer sa thèse, il souligne que, dans les sonnets du Canzionere, cette muse littéraire est le plus souvent désignée sous des homonymes LAURO (le laurier), l'AURA (l'air ou la brise), l'AUREO (le doré), etc. Il néglige cependant de rappeler que le poète la désignait aussi sous le gracieux diminutif de LAURETTA.

Enfin, il se lance dans une démonstration fondée sur les chiffres 6 et 7. La première rencontre du poète avec Laure se fit le , elle mourut le et Pétrarque se fit couronner le . Toutefois Pétrarque n'a pas été couronné le , mais le E. G. Léonard, Les Angevins de Naples, Paris, 1954..

Selon Mann, Pétrarque aurait créé une structure idéale de 3 × 7 dans laquelle il aurait intégré une Laure imaginaire. De 1327 à 1341, après quatorze ans d'amour et de composition poétique, il fut couronné de lauriers et décida de faire mourir sa muse sept ans plus tard, en 1348. Il le qualifie en conclusion de « jeune poète ambitieux aspirant à la gloire » :

« Ce n'est que plus tard qu'il se rend compte que la création d'une dame munie d'un nom évocateur pourrait rehausser sa gloire et, y ajoutant une dimension jusque-là absente, rehausser son art ».

Vittore Branca estimait toutefois antérieurement que :

« Ni les images très précises qui tissent la matière lyrique, ni les transfigurations et les règles imposées par la tradition littéraire - sans compter les déclarations explicites de l'auteur lui-même (Familiares, II, IX) - ne permettent de réduire Laure à un symbole ou à une allégorie »Vittore Branca, Pétrarque in Encyclopedia Universalis, Paris, 1985.. Et parmi les déclarations explicites du poète, il y a la lettre à Giacomo Colonna, parue dans ses Epistolæ metricæ, I, 6, et qui a été écrite à Vaucluse, vers l'été ou l'automne 1338 : .

Les portraits de Laure de Sade

En 1344, Simone Martini, à la demande du poète, réalisa deux médaillons à son effigie et à celle de LaureCes deux médaillons furent conservés à Florence par les banquiers Peruzzi. Le poète, dans son dialogue avec saint Augustin, s’est plu à se faire réprimander par le docteur de l’Église : «La présence de Laure ne vous suffisait pas. Vous avez fait faire par un peintre habile un portrait d’elle que vous puissiez porter partout »..

De même qu'à Naples, la reine Jeanne commandita, quelques décennies plus tard, les fresques de la chapelle de Sancta Maria dell’Incoronata qui venait d'être édifiée entre 1360 et 1373. Celles des voûtes représentent les sept sacrements et le Triomphe de l’Église. Elles ont été réalisées par l’un des élèves du Siennois Ambrogio Lorenzetti. Parmi les figures, les spécialistes ont pu identifier les portraits de Robert d’Anjou, de la reine Jeanne, ainsi que ceux de Pétrarque et de Laure, assistant au baptême de Giovanni, le fils du poète.

Au siècle suivant, Giovanni di Ser Giovanni, dit lo Scheggia (1406-1486), peignit a tempere sur bois Le triomphe de l'Amour. Laure et Pétrarque y sont représentés, le poète carressant de sa main droite la joue de sa muse. Cette œuvre se trouve exposée à FlorenceMuseo di Palazzo Davanzati, Inv. 1890, ..

Francesco Laurana (v.1430-1502), sculpteur et médailler d'origine dalmate qui vint s'établir à Avignon, sculpta dans le marbre le Masque mortuaire de Laure qui, aujourd'hui, fait partie des collections du Musée Granet d'Aix-en-ProvenceCe masque mortuaire est classé Inv. Gal. 1.46.S..

Mais le plus célèbre portrait de Laure appartient à la famille de Sade. Il fut à la base d'une vaste série iconographique à partir du , après que Richard de Sade en eut fait tenir une copie au cardinal Francesco Barberini en 1636. Il est cependant assuré que ce dernier portrait est un faux daté de la RenaissanceMais le portrait de la famille de Sade fut réalisé tardivement, sans doute lors de la Renaissance si l'on se base sur le costume rouge de Laure, typique de cette période..

Décès de Laure de Sade

La tradition veut que la dernière rencontre entre le poète et sa muse eût lieu en Avignon, le .

L’éternel amour de Pétrarque succomba, le , vingt-et-un ans jour pour jour après sa rencontre avec le poète. Sur son exemplaire de Virgile, il consigna son affliction :

« Laure, illustre par ses vertus et fort célébrée dans mes vers, m’apparut pour la première fois pendant ma jeunesse en 1327, le dans l'église Sainte-Claire à Avignon, à la première heure du jour ; et dans la même cité dans le même mois, au même sixième jour et à la même première heure en l’an 1348, cette éclatante beauté fut soustraite à la lumière alors que j’étais à Vérone, bien portant, ignorant hélas de mon malheur ! Mais la malheureuse nouvelle me fut apportée à Parme par une lettre de mon ami LouisIl s'agit de Louis Sanctus de Beeringen. dans le dix-neuvième jour du mois suivant. Ce corps si beau et si chaste de Laure fut enseveli au couvent des frères mineurs, le jour même de sa mort à vêpres. » thumb|Ancienne chapelle des Cordeliers d'Avignon Elle n’était âgée que de trente-huit ansLa cause de la disparition de Laure n'est pas établie de façon indubitable bien que la plupart des historiens penchent pour la Peste Noire. D'autres pensent qu’elle succomba à une phtisie occasionnée par l’épuisement dû à ses onze accouchements..

La mort de Laure, à l'existence si hypothétiqueCertains, tout en ne niant pas que Laure ait bel et bien existé, refusent énergiquement qu'elle soit par son mariage l'aïeule du marquis de Sade. Il faut donc qu'elle soit autre que Laure de Noves. On lui donne donc toutes les ascendances possibles de la famille des Baux à celle des Adhémar de Monteil. Il se trouve même un original qui a tranché en faveur d'une Laurette, fille de Henri Chabaud, seigneur de Cabrières. Or s'il y a deux Cabrières, l'un près d'Avignon, l'autre près de Pertuis, ni l'un ni l'autre n'ont eu de seigneur portant ce nom, n’empêcha point le poète de continuer à chanter ses amours pour la belle Provençale et à réunir pour la postérité sonnets et chansons qui allaient former le Canzoniere.

Il y fait même allusion dans ses Trionfi : Non point pâle, mais plus blanche que neige, Tombée sur la colline par un temps calme, Elle semblait reposée comme fatiguée, On eût dit qu'un doux sommeil fermait ses beaux yeux, La mort elle-même paraissait belle sur son beau visage. Le Triomphe de la Mort Elle fut inhumée dans la chapelle des Sade, aux cordeliers d’Avignon. Devant l’autel, sa pierre sépulcrale portait deux écussons armoriés gravés dans la pierre, le seul déchiffrable arborait « deux branches de laurier en sautoir entourant une croix alaisée et surmontées d'une rose héraldique ». C'est ce qu'affirmèrent avoir vu le poète Maurice Scève qui, en 1533, fit ouvrir la tombe et, quelques mois plus tard, François qui vint exprès à Avignon pour se recueillir sur la tombe de LaureMarc Maynègre, membre de l'Académie de Vaucluse, a démontré, en dépit des exagérations des "inventeurs" de son tombeau, qu'il y avait une quasi-certitude que le texte de Pétrarque affirmant que sa muse était inhumée chez les frères mineurs d'Avignon soit véridique. Cf. liens externes.

L’église des cordeliers ayant été détruite entre la fin du XVIIIe siècle et le XIXe siècle, la sépulture de Laure se trouverait actuellement sous la cour intérieure du lycée jésuite Saint-JosephArchives de l’association des Anciens de Saint-Joseph, section sur les Cordeliers, carton C, côte C2. Le lieu est inaccessible au public.

Descendants Laure laissait onze enfants : Paul, Audebert, Hugues - dit Hugues III, l'ancêtre du - Pierre, Jacques, Joannet, Philippe, Augière, Ermessande, Marguerite et GersandeGilbert Lely, La vie et l'œuvre du Marquis de Sade, Éd. Albatros, Paris, 2001, .. Hugues se remaria avec Verdaine de Tentelive, dite Dame Trente-Livres, qui lui donna six autres enfantsHugues II de Sade testa le 14 novembre 1364 et sa seconde épouse le 9 janvier 1399..