vignette| Le « Grand Lama ou Père éternel » (le dalaï-lama), avec, à son côté, une statue à l'effigie de Güshi Khan, Khan mongol qui plaça au pouvoir le dalaï-lama, gravure de China illustrata (La Chine illustrée) d'Athanasius Kircher (Amsterdam, 1667), d'après un dessin de Johann GrueberMichael Taylor, Le Tibet - De Marco Polo À Alexandra David-Néel, Payot, Office du Livre, Fribourg (Suisse), 1985 ..

On dénombre un certain nombre d'Européens qui ont pu se rendre au Tibet avant 1950. Les premiers visiteurs y arrivèrent au Moyen Âge. Il s'agissait au départ surtout de commerçants et de missionnaires chrétiens. Les explorateurs arrivèrent plus tard.

Contextes géographique et politique Le Tibet est une région culturelle et historique d'Asie, d'une superficie de 2,5 millions de km²Note : soit 5 fois la superficie de la France. située essentiellement en république populaire de Chine. Constitué des anciennes provinces tibétaines du Kham, de l'Ü-Tsang et de l'Amdo, il comprend aujourd'hui essentiellement les subdivisions administratives autonomes tibétaines de la république populaire de Chine dont la région autonome du Tibet ainsi que des régions extérieures comme le Ladakh, le Mustang, l'Arunachal Pradesh, le Bhoutan, le Sikkim…

Au , la géographie du Tibet demeure largement méconnue, seuls quelques voyageurs ont franchi les cols himalayens et découvert le « toit du monde ».

Le tibétologue Charles Ramble précise que l'isolement du Tibet a pour origine d'une part les obstacles de son relief et d'autre part une xénophobie politique

Des difficultés d'accès géographique vignette|droite|Le Tibet constitué du Kham, de l'Amdo et de l'U-Tsang

Le Tibet géographique est principalement constitué d'un haut plateau, le plateau Tibétain, entouré de trois côtés par les plus hauts massifs du monde, l'Himalaya au sud, le Karakoram à l'ouest et le massif du Kunlun au nord, ce qui rend le Tibet difficile d'accèsPrésentation géographique..

C'est au Tibet que les grands fleuves d'Asie prennent leur source et y ont leur cours supérieur : le Brahmapoutre, la Salween, l’Indus, le Mékong, le fleuve Jaune, le Yang-tsé…

Des difficultés d'accès politique C'est l'époque du Grand Jeu qui renvoie à la rivalité coloniale entre la Russie et la Grande-Bretagne en Asie une des caractéristiques stratégiques des luttes d'influence entre l'Empire russe et l'Empire britannique, de 1813 à la convention anglo-russe de 1907Laurent Deshayes, L'enjeu tibétain au . Cet affrontement s'effectue aussi par explorateurs interposésLouis-Marie, Élise et Thomas Blanchard, Explorateurs du Toit du Monde, Carnets de route en Haute-Asie (1850-1950), Éditions de La Martinière, 2010, ..

Dans le récit de son séjour de Sept ans au Tibet (1944-1951), l'Autrichien Heinrich Harrer explique que, contrairement aux autres pays, le Tibet n'avait pas de barrières, de gardes ni d'inspecteurs des douanes à ses frontières Heinrich Harrer, My Life in Forbidden Lhasa (littéralement « Ma vie dans Lhassa interdit »), in National Geographic, juillet 1955 : . Pour dissuader les étrangers d'y pénétrer, il était formellement interdit de leur vendre quoi que ce soit, sous peine de graves sanctions. La population ne pouvait que leur être hostile Heinrich Harrer, Seven Years in Tibet, with a new epilogue by the author. Translated from the German by Richard Graves. With an introduction by Peter Fleming, First Tarcher/Putnam Hardcover Edition, 1997, : . Le même constat se retrouve sous la plume du Britannique Robert W. Ford qui fut opérateur radio à la mission britannique à Lhassa, puis travailla au Sikkim et enfin à Lhassa et à Chamdo pour le compte du gouvernement tibétain à la fin des années 1940 : il ajoute qu'il fallait un laissez-passer, le lamyik, délivré par les autorités de Lhassa, pour pouvoir se procurer ravitaillement, logement et transport sans difficultésM. G. Chikara, Buddhism, Reincarnation, and Dalai Lamas of Tibet, A P H Publishing, 1998, 236 p., Annexure III, Some personal Observations by Robert Ford, : .

Motivations et organisation des expéditions

L'attrait exercé par le Tibet sur les explorateurs répond à diverses motivations qui peuvent être, selon le cas, scientifiques, politiques ou spirituelles : .

Charles Ramble indique que le et le début du furent l'âge d'or de l'exploration. La montée en puissance des pouvoirs impériaux en Europe s'accompagna d'une volonté de découvrir des territoires inaccessibles ou méconnus. Cette exploration du Tibet relevait largement d'une conquête impérialiste. Ces explorateurs étaient issus des principaux pouvoirs européens, la majorité d'entre eux profitaient de leurs périples scientifiques pour pratiquer l'espionnage.

Certains d'entre eux ont été des pionniers en matière de tibétologie, ayant publié, par la suite, des études érudites sur la civilisation tibétaine : .

Explorateurs Moyen Âge Les premiers voyage en Asie centrale se situent au milieu du . En 1241, à la mort de leur khan Ögödei, les Mongols se retirent d'Europe. Le roi Saint-Louis et le pape envoient alors des émissaires au Grand Khan de Mongolie afin de connaitre ses intentions. Le moine franciscain Jean de Plan Carpin séjourne à la cour mongole du khan Kuyuk. C'est avec le récit de sa mission qu'apparaissent les premières informations sur le TibetFrançoise Pommaret, Le Tibet, une civilisation blessée, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (), Paris, 2002, , , p. 20..

Lors de son périple en Asie, entre 1274 et 1291, Marco Polo aurait traversé des régions limitrophes du Tibet. Il en parle comme étant une vaste étendue envahie de bêtes sauvages mais très peu peuplée, car ayant été dévastée peu de temps avant sa visite par les Mongols. Au Tibet oriental, rapporte-t-il, le sel d'un grand lac salé servait de monnaie d'échange sous forme de dalles de sel gravées du sceau du grand Khan : .

Selon sir Henry Yule, le moine franciscain Odoric de Pordenone semble avoir visité le Tibet et peut-être même Lhassa vers 1328 Sir Henry Yule, Cathy and the Way Thither, Vol. 1, Hakluyt Society, London, 1916, .. Il rapporte qu'à la mort d'un homme, les prêtres coupent son corps en morceaux, le fils en fait cuire la tête pour la manger et fait du crâne un gobelet : . La tibétologue Françoise Pommaret est d'avis que si Odoric de Pordenone a longtemps été considéré comme le premier occidental à pénétrer à Lhassa, il aurait en fait visité Khotan en Asie centrale et recueilli auprès des habitants ce qu'il écrit concernant le Tibet.

En 1624, le jésuite portugais Antonio de Andrade réussit à pénétrer au Tibet occidental où il fut reçu par le roi d'une région de ce pays, le Royaume de Gugé. Grâce à son appui, un petit poste de mission fut installé à Tsaparang. Plusieurs jésuites y vécurent. La mission fut fermée en 1641..

Sur les conseils du père de Andrade, une mission fut envoyée au Tibet méridional depuis l'Inde en 1627. Les missionnaires portugais João Cabral and Estêvão Cacella furent accueillis à Shigatse par le roi d'Utsang. Ils y établirent une mission en 1628. Cabral et Cacella firent découvrir aux Occidentaux le pays mythique de Shambhala (qu'ils transcrivirent sous la forme Xembala dans leurs rapports destinés à l'Inde) Edwyn Bernbaum, The Way to Shambhala, 1980, Reprint: 1989. Jeremy P. Tarcher, Inc., Los Angeles..

Les suivants furent deux autres jésuites missionnaires européens, Johann Grueber et Albert Dorville, qui, munis d'un passeport impérial, accomplirent un voyage scientifique de Pékin à Âgrâ en Inde, séjournant quelque temps à Lhassa en 1661 Gerald H. Anderson (Editor), Biographical Dictionary of Christian Missions, Eerdmans, Grand Rapids, MI, 1998, .. Ils firent des relevés géographiques et des observations sur l'organisation politique et religieuse du Tibet, un monde à l'époque inconnu des Européens. Les écrits de ces missionnaires ont été reproduits à la fin du par Athanasius Kircher dans sa China illustrata Athanasius Kircher, China illustrated with sacred and profane monuments, as well as various spectacles of nature and art, and arguments concerning other noteworthy subjects (en latin), Amsterdam, apud Jacobum à Meurs, 1667. Dont une édition numérique en ligne par l'Université de Stanford . et à la fin du par J. F. Laharpe.

vignette|droite|Carte de la Chine, de la Tartarie-chinoise et du « Thibet » en 1734 par Jean-Baptiste Bourguignon d'Anville Le , le capucin Francesco della Penna (1680-1745) arriva à Lhassa lors d'un premier voyage de reconnaissance, avant de retourner à Rome Elio Marini, Pennabilli and Tibet, 1998..

Le les pères jésuites Manoel Freyre et Ippolito Desideri arrivèrent à Lhassa, où Desideri demeura treize ansAlexandra David-Néel, Voyage d'une Parisienne à Lhassa, édition Omnibus de 1994, .. Desideri quitta le Tibet en 1721, et à son retour rédigea un rapport qui ne sera publié qu’en 1904Voir notamment An Account of Tibet, the travels of Ippolito Desideri of Pistoia, 1712-1727, edited by Filippo de Filippi, with an introduction by C. Wessels, London, G. Routledge and sons, 1937.. Il y décrit le mode de gouvernement et l’intense activité commerciale régnant à Lhassa.

La même année 1716, arrivèrent également à Lhassa le frère Francesco della Penna et la mission des capucins. Première marque de relations inter-religieuses qui réapparaitront au , le pape Benoît XIV avait écrit une lettre pour le dalaï-lama, Kelzang Gyatso, qu'il avait remise au père Orazio Della Penna. Les capucins bâtirent un hospice, une chapelle, et convertirent plusieurs personnes . Selon Elio Marini, malgré les dissensions entre les deux ordres, Desideri et Della Penna se mirent à étudier ensemble le tibétain, au monastère de Sera, près de Lhassa, sous la direction d'un lama. Della Penna vécut pendant seize années au Tibet et commença un premier dictionnaire du tibétain en italien, qui en 1732 comprenait déjà . Il traduisit plusieurs ouvrages tibétains en italien, et inversement quelques ouvrages de doctrine chrétienne en tibétain. Il était connu et respecté pour ses travaux et sa science dans tout le Tibet sous le surnom du Lama au cheveux blancs. Cependant, à partir de 1720, les Mandchous incitèrent les moines tibétains à se méfier des Occidentaux et les missions fermèrent les unes après les autres. Un incident accéléra les choses : dalaï-lama avait accordé aux missionnaires la liberté de culte et de prosélytisme; mais lorsque trente Tibétains et Tibétaines se furent convertis, ils refusèrent d'accepter la bénédiction du dalaï-lama et de prendre part aux prières obligatoires. Après un long procès, le , cinq Tibétains chrétiens furent flagellés. Della Penna fut reçu en audience par le dalai-lama, mais le sort de la mission était dès lors joué : il dut partir pour le Népal, où il mourut en 1745. En 1996, l'actuel dalaï-lama a été reçu officiellement par le maire de Pennabilli, village natal de Francesco della Penna.

Entre 1725 et 1735, Samuel van der Putte (1690-1745), explorateur néerlandais, se rend plusieurs fois au Tibet, où il séjourna à Lhassa quelques années, il passe également par Khokonor (Qinghai), Pékin, Indes (Kérala, Cachemire, Pondichéry, New-Delhi, Malacca), Népal, Perse, Assyrie et TurquieB. Le Calloc’h, Samuel Van de Putte, premier géographe du Tibet et du Népal, in Revue de la société de géographie, , trim. 1996, ..

En 1774, George Bogle (1747-1781), aventurier écossais et diplomate, rencontra en tant qu'émissaire de la Compagnie des Indes britanniques, à Shigatse, le panchen-lama, Palden Yeshe. Selon Alexandra David-Néel, c'était en tant qu'envoyé de Warren Hastings, gouverneur de l'Inde.

En 1783, un certain Turner fut à son tour envoyé, selon Alexandra David-Néel, par Warren Hastings auprès du panchen-lama.

vignette|droite|Plan de Lhassa au par Nikita Bichurin

Entre 1811 et 1812, l'explorateur anglais Thomas Manning visita le Tibet. Il atteint Lhassa en 1812 parmi la suite d'un général chinois, a décrit sa rencontre avec le dalaï-lama, âgé alors de sept ans.