Cet article donne une chronologie du statut juridique des femmes ; l'article est également relié à l'histoire des femmes. Sans données sociologiques, il est difficile d'évaluer dans quelle mesure une législation est réellement mise en œuvre et de quels droits une femme pouvait réellement faire usage.
Préhistoire L'essor des sciences anthropologiques et préhistoriques dans la seconde moitié du est dominé par la représentation stéréotypée de la femme préhistorique issue des clichés véhiculés par l'évolutionnisme culturel et les savants, en majorité des hommes, au gré de leurs convictions et/ou revendications. Les artistes et l'iconographie des ouvrages scientifiques, des manuels et des textes vulgarisés de préhistoire, reprennent ainsi la tradition culturelle judéo-chrétienne et victorienne qui imposent le modèle du patriarcat et de la femme soumise. Ce cadre de pensée reste prégnant dans les années 1950, lorsque des anthropologues américains (, Sherwood Washburn) poussent à l’extrême le modèle androcentrique de « l'homme chasseur » qui rend compte selon eux de l'hominisation.. Dans le prolongement des mouvements féministes dits de la vague, l'archéologie du genre remet en cause cette vision et propose le modèle tout aussi spéculatif et controversé, de la femme collectrice, centrale, active et dominante... Les dernières analyses archéologiques exposent cependant un changement important à partir du Néolithique, et plus particulièrement de la domestication animale. En effet, à partir des premières utilisations des bovins et ovins pour la traction (10 000 av. J.-C.), la figure masculine s'impose. L’avènement des cités-États va instituer le patriarcat, appropriation du corps des femmes en vue de la reproduction, de la sexualité et du travail domestique par les hommes.
Antiquité
Moyen Âge En Gaule, du au , le droit du mariage est tributaire des lois des différents peuples, des différentes villes gallo-romaines, de convictions civiles et religieuses. Les évêques catholiques suivaient le droit romain, où c'est le consentement (souvent des parents) qui faisait le mariage, tandis que les tribus germaniques suivaient leurs droits propres, par lesquels c'est la relation sexuelle qui faisait le mariage. en 757, le capitulaire de Compiègne dispose : [citation douteuse]. En 1215, au concile de Latran, la qualité du mariage est mise en exergue comme l'un des sept sacrements et définie comme l'union de deux volontés plus que comme celle de deux corps. Le Concile impose donc le consentement des deux conjoints. Cela ne signifie pas qu'il n'y pas de mariages arrangés, mais que cela ne peut se faire sans une forme de consentement de la part de l'épouse. De fortes pressions sur les femmes ont eu lieu, spécialement dans le cas de mariages politiques et royaux. 1316, 1322 et 1328 : mise à l'écart de princesses de la succession royale et donc du trône de France, justifiée par le risque que le royaume tombe au main d'un souverain étranger par mariage. Le déclenchement de la guerre de Cent Ans, à la suite de l'alliance de deux fils de princesses éliminées (Charles de Navarre, le plus légitime, et Édouard III d'Angleterre, son cousin) qui contestent aux Valois le droit de régner, conduit à la redécouverte voire à la réinterprétation de la « loi salique ». 1405 - France : Christine de Pizan, première femme française de lettres à vivre de sa plume, dénonce dans La Cité des dames la misogynie des clercs et s’insurge tant contre les discriminations dont les femmes sont victimes, que contre les propos de Jean de Meung sur elles, si opposés à ceux de Guillaume de Lorris. 1428-1430 - France : années d'activités militaires de Jeanne d'Arc. 1749 - France : alors que jusque-là les violences conjugales sont un motif tout à fait accessoire justifiant d'une séparation de biens, une telle séparation est obtenue dans le Poitou avec ce seul motif à l'appui de la demande.
Époque moderne Au se répand une légende à propos d'un Concile de Mâcon qui aurait débattu de l'existence d'une âme chez la femme. Un tel débat n'a en fait jamais eu lieu, les femmes ayant été baptisées aussi bien que les hommes dès les origines de la chrétienté, voire ayant été martyres pour cette raison, comme Blandine de Lyon. Il s'agissait en réalité de clarifier la distinction entre les termes « homo » (être humain) et « vir » (homme mâle), ce qui fut fait. 1622 - France Marie de Gournay (« fille d'alliance » de Michel de Montaigne) réclame, dans son Égalité des hommes et des femmes, un meilleur accès à l’instruction pour toutes les femmes. Elle prend position dans le débat naissant sur la place de la femme, soutenant que celle-ci n’est pas inférieure à l'homme par nature mais du fait de son éducation.
1679 - Italie Elena Cornaro Piscopia est la première femme à obtenir un diplôme universitaire.
1687 - France : Traité de l'éducation des filles, de Fénelon.
- - France
Les femmes tiennent salon. Ces petits comités essentiellement masculins se réunissent souvent sous la protection de femmes qui leur garantissent une certaine liberté. Certaines femmes appartenant aux classes privilégiées se posent en effet en protectrices et rien, ou pas grand-chose, ne peut leur interdire une telle attitude. Ces « salons particuliers » reprennent la tradition des cercles des reines et des princesses à la cour qui émergent dès le . C'est dans le cadre de ces salons que les Lumières prennent leur essor en favorisant les libres débats.
1724 - France Création de la Bourse de Paris. La présence des femmes y est proscrite, et ce jusqu'en 1967Paul Lagneau-Ymonet, « La Masculinité d'affaires. Le cas de la Bourse de Paris. 1724-1988 », in Régis Reventin (dir.), Hommes et masculinités de 1789 à nos jours, Éditions Autrement, 2007, , ici ..
1788-1789 - France Convocation des États généraux pour la en 488 ans (première en 1302). Les femmes veuves ou nobles tenant fief prennent part au vote mais elles ne sont pas directement éligibles. Elles peuvent toutefois être représentées par une sorte de suppléant comme c’est le cas notamment dans les assemblées locales. Les femmes prennent également une part très active à la rédaction des cahiers de doléances.
Époque contemporaine Révolution française thumb|upright|Pastel représentant Olympe de Gouges.
1789 - France : 5 octobre 1789, Marche des femmes de Paris à Versailles. Le roi et l'Assemblée doivent rejoindre Paris.
1790 - France : Condorcet plaide pour le droit de vote aux femmes dans son Admission des femmes au droit de cité : « songez qu’il s’agit des droits de la moitié du genre humain ». le droit d'aînesse masculin est supprimé par la loi. Tous les enfants sont désormais égaux devant la succession, quel que soit leur rang de naissance et leur sexe.
1791 - France : La loi laïcise le mariage qui devient un contrat entre les époux. Olympe de Gouges réclame l’égalité politique entre hommes et femmes dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne : « article 1. La femme naît libre et égale à l’homme en droits ». Elle est guillotinée deux ans plus tard, officiellement pour des écrits en faveur de Louis XVI. Instauration du suffrage censitaire (environ 4,3 millions d’électeurs pour personnes éligibles). Les femmes sont exclues du corps électoral.
1792 - France : Le divorce est institué par la loi qui reconnaît par ailleurs l'égalité des époux, et le divorce par consentement mutuel. Les clubs politiques de femmes à Paris comme en province se radicalisent autour de la question essentielle de l’égalité politique. Le plus fameux de ces clubs féminins donnant une tribune à la cause féministe est la Société patriotique et de bienfaisance des amies de la vérité.
1792 - Grande-Bretagne : En réponse à des écrits de l'Irlandais Edmund Burke critiquant la Révolution française, Mary Wollstonecraft publie A vindication of the Rights of Women mettant l'accent sur les apports de la Révolution sur la condition féminine.
1793 - France Instauration du suffrage « universel » ; mais les femmes sont toujours exclues de la citoyenneté au même titre que les mineurs, les domestiques, les aliénés et les religieux cloîtrés. Les femmes de Paris coiffées d’un bonnet rouge prennent d’assaut le Conseil général de la Commune de Paris, avec à leur tête, Claire Lacombe. Elles sont repoussées aux accents d’un discours clairement misogyne du procureur général Chaumette. Dans la foulée de ce coup de force, un décret de la Convention montagnarde interdit tous les clubs politiques de femmesRecueil général des lois, décrets, ordonnances, etc. depuis le mois de juin 1789 jusqu'au mois d'août 1830, Barrot, Administration du Journal des notaires, 1839..
1795 - France : les femmes sont exclues de la vie politique. Tenaces, elles s’installent alors dans les travées réservées au public dans les différentes assemblées et ne manquent jamais une occasion pour émettre des avis en pleine délibération des législateurs. Ces femmes qui occupent littéralement les bancs du public sont vite taxées du nom de « tricoteuses », car nombre d’entre elles pratiquent effectivement le tricot en séance ou entre deux débats.
1804 - France : le Code civil français déclare la femme incapable juridiquement ; elle est sous l'autorité de son père puis de son mari. En revanche, la veuve jouit, en théorie, de la plénitude de ses capacités juridiques, droit de vote exclu. En effet, la veuve ayant eu des enfants reste surveillée par un Conseil de famille composé de membres de la famille de son mari. Napoléon, en homme de son temps, n’est pas très sensible à la cause féministe et déclare .
1807 - France : Claude-Henri de Saint-Simon plaide pour le droit de vote des femmes.
1808 - France : Charles Fourier réclame le droit de vote des femmes et la liberté en amour. Saint-Simon et Fourier sont considérés comme les précurseurs des socialistes.
1810 - France : Le Code pénal qualifie l'adultère de délit. L’adultère de l'époux est puni d’une amende, celui de l'épouse d’une peine de prison (de 3 à 24 mois). Le Code pénal punit de réclusion les personnes qui pratiquent, aident ou subissent un avortement. Les médecins et pharmaciens impliqués sont condamnés aux travaux forcés.
1816 - France : Restauration monarchique. Abolition du divorce.
1829 - Inde : Le Sati Prevention Regulation Act interdit la pratique de la satî, le sacrifice des veuves qui se jettent dans le bûcher crématoire de leur époux. Cette réforme qui prétend mettre un terme à une pratique vieille de plus de 2000 ans provoque inévitablement de farouches résistances parmi les traditionalistes, même de nos jours.
1832 - France : Fondation du journal La femme libre. Jusque-là délit, le viol est désormais un crime, mais c’est le père ou le mari qui est considéré comme lésé.
1835 - France : La militante socialiste Flora Tristan imagine, dans son Nécessité de faire bon accueil aux femmes étrangères, la mise en place d’une structure d’accueil et de logement pour les femmes seules. Jusqu’à sa mort (1844), Flora Tristan est la voix par excellence du féminisme-socialisme pendant cette décennie pré-marxiste. Elle assure la liaison entre le « vieux socialisme » et le marxisme.
1837 - Royaume-Uni : Amorce de l'ère victorienne (cf. : condition féminine dans la société victorienne).
1838 - France : Création de la première école normale d'institutrices.
1839 - France : de retour d’un voyage d’étude au Royaume-Uni, Flora Tristan avoue dans son Promenades dans Londres qu’.
1844 - France : quelques jours avant son décès, Flora Tristan concède dans une lettre : . 1846 - Suisse : Premières étudiantes en philosophie à l'université de Zurich.
1848 - France 5 mars. Deuxième République. Rétablissement du suffrage « universel » après un système censitaire, mais les femmes sont toujours exclues du droit de vote.