La cathédrale Saint-Siffrein de Carpentras est une église catholique romaine qui fut l'ancienne cathédrale de la ville de Carpentras, dans le département de Vaucluse, en France. L'édifice est classé monument historique depuis 1840. Depuis 2009, il est le siège de l'évêque titulaire de Carpentras.
De style gothique, elle fut élevée sur ordre du pape d'Avignon Benoît XIII, sur le site de l'ancienne cathédrale romane qui menaçait de tomber en ruines. De cet ancien édifice subsiste encore une coupole romane. Elle fut le siège de l'ancien diocèse de Carpentras. Elle est dédiée à saint Siffrein de Carpentras (ou saint Siffredus), qui fut évêque de la ville. Le diocèse fut supprimé lors du Concordat de 1801 et incorporé dans le diocèse d'Avignon.
Histoire La cathédrale romane La tradition veut que la première cathédrale, une nef unique à cinq travées, ait été construite par l'évêque Siffrein, moine de Lérins, au et placée sous l'invocation de saint Antoine l'Ermite. Au , le groupe épiscopal était placé sous le triple vocable de la Vierge, de Pierre et de Siffrein. L'édifice roman est attribué à l'évêque Geoffroy de Garosse, dont l'épitaphe, à demi effacée, donne la date de 1215. Son style, par comparaison avec les autres cathédrales de la basse vallée du Rhône, a permis d'affiner sa date de construction qui se situe autour de 1180. Fort vétuste au , sa voûte s'écroula en 1399.
La cathédrale gothique La cathédrale romane finit par s'écrouler, probablement entre et . Alors que la chrétienté était en plein dans le Grand schisme d'Occident, Benoît XIII ordonna, le , la construction d'un nouvel édifice gothique. La première pierre fut posée le . Le chantier avait été confié à Thomas Colin, de Dinan en Bretagne, désigné dans les archives pontificales comme magister operis. Son choix d'un plan carré pour la travée de cette nouvelle cathédrale imposa une nef trapue et lourde.
Un nouvel architecte remplaça Colin en . Ce fut Jean Laurent, dit le Bourguignon, qui laissa ensuite le chantier à son gendre, le lapicide Antoine Omède, qui œuvra du jusqu'en . Les livres de compte de la Révérende Chambre Apostolique – le ministère des Finances pontificales – indiquent qu'il recruta des tailleurs de pierres dans les diocèses de Riez, Lyon, Genève, Angers, Bourges, Toul et Cologne.
Le dernier grand chantier fut confié à Blaise Lécuyer, qui entre et , construisit la « porte Notre-Dame » dite « porte juive », flanquée de pinacles à clochetons. La baie en arc brisé est surmontée d'un gable en accolade terminé par un fleuron et orné de choux frisés, lui-même surmonté d'un blason aux armes du chapitre et des Rostagni et de la « boule aux rats ». Elle est ornée de neuf niches pour abriter les statues et son trumeau prismatique porte Notre-Dame des Neiges en fonte (sculpture de 1855), titre de Sainte-Marie Majeure à Rome.
La cathédrale fut consacrée en 1531.
À la fin du et au début du , l'évêque Laurent Bufy confie au sculpteur Jacques Bernus la décoration du chœur, du maître-autel, du tabernacle avec des anges et une Gloire en bois doré et le sanctuaire de la cathédrale Saint-Siffrein, ainsi que la propre tombe de l'évêque Buty en marbre.
Le cloître, seul vestige important de la première cathédrale fut rasé en 1829, tandis que le clocher roman, qui avait été conservé, fut démoli en 1875. Le clocher actuel est de style néo-gothique.
Les maîtres de musique de la cathédrale Trois sont particulièrement connus. Tout d'abord, Elzéar Genet (1470-1548), dit il Carpentrasso ou Carpentras, un des grands compositeurs de la Renaissance, puis le noëlliste Nicolas Saboly, natif de Monteux, qui fut maître de chapelle de la cathédrale entre 1639 et 1643. Quant à Louis Archimbaud, il en fut l'organiste de 1727 à 1789.
L'église actuelle
L'extérieur thumb| Boule aux rats Le portail principal de la cathédrale ouvre sur la place du palais de justice, ancien palais épiscopal. Il date de 1615. Les portes en noyer sont décorées des armoiries d'Horace Capponi. Les deux niches au-dessus des portes abritaient, avant la Révolution, les statues de Saint-Pierre et Saint-Paul. Elles sont toujours ornées de guirlandes de fruits. Les colonnes en marbre encadrant le portail principal proviendraient du baptistère de Venasque et dateraient du . Une croix en marbre ornait le parvis, détruite sous la révolution française.
En remplacement du clocher de style roman d'origine, détruit en 1875, le clocher fut construit de 1899 à 1902 et mesure de haut. Le concepteur de ce clocher s'est inspiré de celui de l'église Saint-Martial d'Avignon.
Côte sud, une porte latérale, dite la « porte des Juifs » date de 1840. Elle tient son nom du fait que les juifs nouvellement convertis au catholicisme pénétraient dans la nef par cet accès. Elle est surmontée par la « boule aux rats », qui représente le monde rongé par le péché et les hérésies.
L'intérieur L'abside L'abside, mesurant de haut, en forme de demi-cercle, est composée de 12 travées à ogives en rayon.
Le chœur Le chœur a une longueur de pour une largeur de et une hauteur de . Les clefs des deux voûtes en ogives représentent les armoiries des papes Benoît XIII et Pie IX. Il est séparé de la nef par une grille en fer forgé, offerte par Joseph-Dominique d'Inguimbert, ornée de son blason. Les murs latéraux sont décorés de deux tribunes. Celle de droite est le lieu des grandes orgues, classées au titre des monuments historiques orgue de tribune ancienne cathédrale Saint-Siffrein orgue de tribune ancienne cathédrale Saint-Siffrein : buffet d’orgue. Elle date de 1455. Sous celle de gauche, on peut voir un triptyque représentant "Le couronnement de la Vierge" entouré par "saint Siffrein" et "saint Michel", dont l'attribution à Enguerrand Quarton a été démontrée par Luc Ta-Van-Thinh en 2002. Le tombeau de l'évêque Ayrard se trouve dans le chœur. Cet ancien prévôt d'Arles, puis nommé à Carpentras, fonda le chapitre de la cathédrale en 982. Le maître-autel est en marbre blanc. Il date de 1845. Il est orné par deux anges de l'adoration, œuvre de Jacques Bernus.
La nef La nef a une largeur de pour une longueur de . La hauteur sous voûte est de . Elle est composée de six travées d'ogives, dont les clefs de voûte, décorées, ont toutes été refaites au . La clef la plus proche du portail principal représente les armoiries de Joseph-Dominique d'Inguimbert, Dom Malachie, évêque de Carpentras, entre 1738 et 1757.
Les chapelles thumb| Orgue de la chapelle de l'Annonciation Côté sud, elles sont au nombre de cinq : Chapelle des fonts baptismaux Initialement situés dans le narthex, les fonts baptismaux font objet d'une chapelle à part entière. Ils sont composés d'une vasque et d'un support en marbre, et surmonté d'un fronton aux armes de Carpentras. Une coupole, en marbre, couvre l'ensemble depuis 1835. La balustrade en pierre datant du fermait auparavant le chœur. Chapelle Sainte-Anne Cette chapelle était autrefois vouée à saint Jean-Baptiste. Elle est ornée de plusieurs tableaux, dont un représentant sainte Hélène portant la Croix, une fuite en Égypte (1840) et d'un retable en bois peint (autrefois polychrome) du . Elle comporte également un autel du . Chapelle Saint-Joseph Cette chapelle changera plusieurs fois de vocable : dans un premier temps dédié à saint Zacharie et saint Jacques, elle est ensuite vouée à Corpus Domini, avant de prendre son nom actuel. On peut y observer un autel et un retable en marbre polychrome, du . Le vitrail de cette chapelle, ainsi qu'un tableau, représentent la mort de saint Joseph. Chapelle des Âmes du Purgatoire Cette chapelle avec un autel génois de marbre jaune est encore décorée des statues du en bois doré, des saints pour laquelle elle était vouée : saint Sébastien et saint Roch. L'un de ses murs est le support d'une stèle à la mémoire des « morts pour la France », de la Première Guerre mondiale. Chapelle de l'Annonciation Également dénommé chapelle Sacré-Cœur, elle était vouée à saint Marc. Elle comporte un vitrail (don de l'évêque Michel Anglici au ) représentant saint Siffrein entre saint Michel et sainte Catherine, un orgue de Pascal Quoirin (1974), à seize jeux.
Elles font face à six autres chapelles, au nord : Chapelle du Saint Clou Portant également les vocables de saint Claude ou de l'Ange-Gardien, elle comporte un autel en marbre gris de style Louis XV. Il est l'œuvre des frères Mazzetti, d'Avignon. Cette chapelle est le lieu de la sépulture de Jacques Sacrati, évêque de Carpentras en 1572. C'est d'ailleurs cette chapelle qui servit de dernière demeure aux évêques de la cathédrale, avant l'établissement de leur tombeau dans le chœur. Du côté oriental, une porte, fermée par une grille, permet l'accès à l'oratoire dédié à saint Mors. Chapelle Saint-Siffrein Autrefois nommée sous le vocable de Saint-Louis et Saint-Crépin, elle est vouée maintenant au saint patron de la cathédrale. Moine de l'abbaye de Lérins, il devient évêque de Carpentras en 555. L'autel et le retable sont en bois peint doré du , restaurés au Chapelle de la Croix ou du Corpus-Domini Autrefois dédiée à Notre-Dame des Sept Douleurs, c'est par cette chapelle que l'on pouvait accéder à l'ancien cloître. Le corridor d'origine est partiellement détruit et bouché. Le tombeau des évêques de la famille Sadolet se trouve dans cette chapelle. Chapelle de la Sainte-Vierge Cette chapelle, anciennement dédié à saint Blaise et saint Éloi, est la plus décorée. L'autel et le retable en marbre polychrome viennent du carmel de Carpentras. Ils sont ornés des statues du prophète Élie et de sainte Thérèse d'Avila. Chapelle Saint-Antoine L'autel de cette chapelle date du , le retable, du . Elle est ornée des statues en bois de saint Crépin (), saint Blaise et saint Jean Baptiste () Chapelle de Sainte-Thérèse-de-Lisieux et des martyrs de septembre 1792 thumb| Loge de Mgr Inguimbert Il s'agit de l'ancienne chapelle de la Croix. Une plaque de marbre rappelle le décès de trois prêtres carpentrasiens, lors du massacre des Carmes de Paris, le . On peut découvrir, au-dessus de la voûte d'entrée de la chapelle, une petite loge vitrée. Elle fut ménagée par monseigneur d'Inguimbert, pour assister aux offices religieux, sans sortir du palais épiscopal (aujourd'hui palais de justice).
La différence dans le nombre de chapelles côté de la nef est lié à la présence, du côté sud, d'un portail annexe.
L'oratoire du Saint-Mors
Cet emblème de la ville de Carpentras est, selon la tradition, une relique des clous de la Passion. Selon cette légendeRufin d'Aquilée, Histoire Ecclésiastique, I, 7-8., c'est sainte Hélène, mère de l'empereur romain Constantin, qui retrouva la croix du Calvaire après de longues recherches, et les clous de la Passion. Avec l'un d'entre eux, elle fit fabriquer un mors de cheval pour son fils. On en retrouve la trace à Constantinople jusqu'au . Ce n'est qu'après le sac de la ville par les croisés en 1204, que le Saint-Mors est visible à Carpentras. Il devient vite le symbole des évêques de la place, puis, en 1260, celui de la ville. Le reliquaire d'origine, en vermeil, datant de 1330, ayant été détruit durant la Révolution française, une nouvelle châsse fut fabriquée en 1872, par Armand-Calliat, artisan lyonnais.
Le mobilier La décoration de la cathédrale comporte plusieurs éléments : Deux orgues, dont l'un classé au titre des monuments historiques, se trouvent à la hauteur de l'autel principal ;
Les cloches La cathédrale de Carpentras possède cinq cloches de volée situées au sommet de la tour-clocher : La "Siffrède", bourdon pesant fondu en 1909 par la fonderie Paccard, note : Do3 Cloche pesant , fondue en 1909 par la fonderie Paccard, note Ré3 Cloche pesant , fondue en 1896 par Eugène Baudouin, note : Mi3 Cloche pesant , fondue en 1847 par Pierre Pierron, note : Fa3 Cloche pesant , fondue en 1909 par la fonderie Paccard, note : La3
Photographies
Notes et références
Annexes
Sources et bibliographie Par date croissante de parution :