Die Frau ohne Schatten, en français La Femme sans ombre, est un opéra en trois actes de Richard Strauss, sur un livret de Hugo von Hofmannsthal, créé en 1919 à Vienne.
Historique Il a été créé le à l'Opéra de Vienne, avec Lotte Lehmann dans le rôle de la femme de Barak et Maria Jeritza dans celui de l'Impératrice, sous la direction de Franck Schalk, dans une mise en scène et des décors d'Alfred Roller, dont Strauss et Hofmannsthal ne furent pas satisfaits, « la nature “magique” et les extraordinaires difficultés de l'opéra » semblant avoir dépassé le metteur en scènePiotr Kamiński, Mille et un opéras, Fayard, coll. « Les indispensables de la musique », 2003, p. 1478..
Ces difficultés expliquent que l'opéra n'a pas été très souvent monté à ses débuts, en raison de l'obscurité supposée de son livret et de son « réel gigantisme : orchestre immense, et cinq voix hors classeAndré Tubeuf, livret de présentation du coffret Strauss : les grands opéras, La Discothèque idéale de Diapason, 2016, p. 21. ». Après l'avoir déjà repris à Vienne en 1943, à la fin de l'année 1955, le chef d'orchestre Karl Böhm l'inscrit au programme des galas de réouverture de l'Opéra de Vienne, dix ans après son bombardement, et le succès est tel que dans la foulée, il en réalise le premier enregistrement discographique pour Decca, avec Leonie Rysanek (l'Impératrice), Hans Hopf (l'Empereur), Christel Goltz (la Femme), Paul Schöffler (Barak)En remplacement de Ludwig Weber, qui incarnait Barak lors de la première représentation. Karl Böhm dirigera aussi les premières de l'opéra au Metropolitan Opera de New York en 1966 et à l'Opéra de Paris en 1972, avec à peu près la même distribution : Leonie Rysanek (l'Impératrice), James King (l'Empereur), Christa Ludwig (la Femme), Walter Berry (Barak), Irene Dalis (à New York) et Ruth Hesse (à Paris) (la Nourrice) ; tandis que dans l'intervalle, Georg Solti créera l'œuvre à Londres en 1967., Elisabeth Höngen (la Nourrice). Herbert von Karajan s'attaque également à l’œuvre en la dirigeant, enregistrement à la clé en 1964, au Wiener Staatsoper, avec Jess Thomas, Leonie Rysanek, Grace Hoffman, Walter Kreppel, Walter Berry, Christa Ludwig, Lucia Popp, Fritz Wunderlich.
Die Frau Ohne Schatten a connu un réel succès dans de nombreuses mises en scène et avec divers interprètes. Ainsi en est-il des représentations à l'Opéra de Paris Bastille en 2002 dans la mise en scène de Robert Wilson ou celles du théâtre de la Monnaie en 2005, dans la mise en scène de Matthew Jocelyn et les costumes de Christian Lacroix, données après 37 ans d'absence, avec deux Barak célèbres en alternance avec les barytons José van Dam et Jean-Philippe Lafont. L'opéra national du Capitole à Toulouse a également donné une série de représentations en 2006, dans la mise en scène de Nicolas Joël, reprise en janvier et .
Ces dernières années, la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, créée à l'Opéra de Bavière en 2013 sous la direction de Kiril Petrenko est reprise régulièrement à Munich. Il en est de même pour celle de Claus Guth qui a donné plusieurs séries de représentations, notamment Londres au Royal Opera House en 2014 sous la direction de Semyon Bychkov, puis à Berlin au Staatsoper en 2017 sous la direction de Zubin Mehta. Celle de Vincent Huguet à l'Opéra de Vienne, sous la direction de Christian Thieleman, a permis également la révélation d'une très grande "teinturière", la soprano Nina Stemme, déjà consacrée par de nombreux critiques comme la meilleure Elektra de sa génération. Les versions concert se sont également multipliées comme à la Philharmonie de Berlin en 2019 sous la direction de Vladimir Jurowski, au festival de Verbier la même année sous la direction de Valery Gergiev et au Théâtre des Champs Elysées en 2020 sous la direction de Yannick Nezet Seguin.
Outre la reprise de la mise en scène de Nicolas Joël à Toulouse début 2024, l'Opéra de Lyon a également donné une série de représentations en , dans la mise en scène de Mariusz Trelinski, sous la direction musicale de son directeur, Daniele Rustioni. Le Festival d'Aix-en-Provence met à son tour l’œuvre à son répertoire en juillet 2026, dans une mise en scène de Barrie Kosky, avec l'Orchestre de Paris sous la direction de Klaus Makela, avec Vida Miknevičiūtė, Ambur Braid, Nina Stemme, Brian Mulligan et Michael Spyres.
Personnages L'Empereur, ténor L'Impératrice, soprano La Nourrice, mezzo-soprano Le teinturier Barak, baryton-basse - seul personnage à posséder un nomPersonnage axial, par le sentiment de compassion qu’il suscite auprès de l’Impératrice, être d'abord égoïste, puis compassionnel. Sa Femme (la teinturière), soprano Le Messager des Esprits, baryton Le Gardien du seuil du Temple, soprano La voix d'un jeune homme, ténor La voix du Faucon, soprano Une voix d'en haut, alto Les frères du teinturier : Le Borgne, basse Le Manchot, basse Le Bossu, ténor Les Veilleurs, trois basses Les voix d'enfants / Les voix des enfants à naître : trois sopranos, trois altos Les Servantes, deux sopranos, alto Petits mendiants, Esprits serviteurs, Voix des Esprits
Résumé L'Empereur des îles du sud-est a chassé une gazelle blanche qui s'est transformée en une belle femme sous ses yeux, à savoir la fille du roi des Esprits Keikobad (d'après le souverain Key Qobad dans la mythologie persane). Il la désire et la prend pour épouse, mais parce que l'Impératrice ne projette pas d'ombre, elle n'appartient pas pleinement au peuple, car l'ombre, la fertilité et l'empathie humaine sont une seule et même chose. À ses côtés, la Nourrice, qui déteste tout ce qui est humain, aime l'impératrice par-dessus tout. La Nourrice rapporte à propos de l'Empereur : « C'est un chasseur et un amant, sinon il n'est rien ! (...) Ses nuits sont ses jours, ses jours sont ses nuits. »
Acte 1 Un messager apparaît à la Nourrice, et lui annonce que l'Impératrice, qui ne projette toujours pas d'ombre, n'a plus que trois jours devant elle ; si alors elle ne projette toujours pas d'ombre, l'Empereur sera changé en pierre. L'Impératrice demande à la Nourrice de l'aider, et toutes deux se rendent chez les humains pour essayer de se procurer une ombre.
Elles arrivent chez le teinturier Barak. Sa femme, la teinturière, n'est pas satisfaite de sa vie et souffre de ne pas avoir d'enfant. La Nourrice flatte la teinturière, en lui faisant miroiter une existence pleine de richesses si elle accepte de vendre son ombre et de renoncer à la maternité. La Nourrice et l'Impératrice promettent de se faire servantes dans sa maison pendant trois jours.
Acte 2 Dans la cabane de Barak, la Nourrice essaie de tenter la teinturière en faisant apparaître un beau jeune homme. Mais la teinturière n'ose finalement pas tromper son mari. L'Impératrice éprouve de l'empathie envers Barak, elle est déchirée entre son souhait de ne pas lui nuire et sa peur que son mari soit pétrifié. La teinturière avoue à son époux qu'elle a vendu son ombre. Les trois frères de Barak allument alors un feu, et on peut constater que la teinturière n'a plus d'ombre. Mais l'Impératrice refuse de s'attribuer cette ombre disponible. La terre s'ouvre et engloutit la maison du teinturier et de la teinturière, la Nourrice s'enfuit avec l'Impératrice.
Acte 3 Barak et sa femme se retrouvent dans des cachots souterrains, chacun étant inconscient de la présence de l'autre. La Nourrice et l'Impératrice arrivent près d'un temple mystérieux. L'Impératrice y pénètre. Elle y trouve son mari pétrifié sur son trône. On entend les voix de Barak et de sa femme. Une voix ordonne à l'Impératrice de boire l'Eau de Vie pour avoir une ombre et devenir humaine, mais elle refuse pour ne pas nuire au couple de teinturiers. Ce choix la rend humaine, elle a désormais une ombre et l'empereur est libéré de sa prison de pierre. La teinturière a aussi retrouvé son ombre. Les deux couples s'enlacent, et on entend les voix joyeuses des enfants à naître.
Discographie sélective (Sont indiqués dans l'ordre le chef, l'orchestre, l'Impératrice, l'Empereur, la Teinturière, Barak, la Nourrice) Karl Böhm, Orchestre philharmonique de Vienne, Leonie Rysanek, Hans Hopf, Christel Goltz, Paul Schöffler, Elisabeth Höngen, studio, 1955 (Decca) - premier enregistrement intégral. Joseph Keilberth, Orchestre d'État de Bavière, Ingrid Bjoner, Jess Thomas, Inge Borkh, Dietrich Fischer-Dieskau, Martha Mödl, Deutsche Grammophon, live, Munich, 1963 (Deutsche Grammophon, réédition Brilliant Classics). Herbert von Karajan, Orchestre de l'Opéra d'État de Vienne, Leonie Rysanek, Jess Thomas, Christa Ludwig, Walter Berry, Grace Hoffman, live, Vienne, Staatsoper, (Deutsche Grammophon). Karl Böhm, Orchestre philharmonique de Vienne, Leonie Rysanek, James King, Birgit Nilsson, Walter Berry, Ruth Hesse, live, 1977 (Deutsche Grammophon). Wolfgang Sawallisch, Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise, Cheryl Studer, René Kollo, Ute Vinzing, Alfred Muff, Hanna Schwarz, studio, 1987 (EMI). Georg Solti, Orchestre philharmonique de Vienne, Julia Varady, Plácido Domingo, Hildegard Behrens, José van Dam, Reinhild Runkel, studio, 1991 (Decca). Georg Solti, Orchestre philharmonique de Vienne, Cheryl Studer, Thomas Moser, Éva Marton, Robert Hale, Marjana Lipovšek, mise en scène de Götz Friedrich, Festival de Salzbourg, enregistrement vidéo, 1992 (DVD Decca).
Die Frau ohne Schatten, conte d'Hofmannsthal (Die Frau ohne Schatten) est aussi un conte de l'écrivain Hugo von Hofmannsthal, paru en 1919 chez S. Fischer à Berlin. Il a été traduit de l'allemand par Jean-Yves Masson et est paru aux éditions Verdier en 1992..
Notes et références
Liens externes
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