Le lycée Louis-le-Grand est un établissement français d'enseignement secondaire et supérieur public, situé à Paris dans le , tout près de la Sorbonne et non loin du lycée Henri-IV.
Son origine remonte à un collège jésuite fondé au dans l'hôtel parisien de Guillaume du Prat, évêque de ClermontClermont-Ferrand., le , rebaptisé « collège de Louis le Grand » en 1682, sous le règne de , puis, après diverses dénominations de 1803 à 1873, « lycée Louis-le-Grand ». Ses actuels bâtiments datent d'une reconstruction effectuée de 1885 à 1888.
C'est l'un des grands lycées français, notamment en raison de ses classes préparatoires aux grandes écoles et de sa situation au centre de la capitale. Il compte parmi ses anciens élèves quatre présidents de la République et neuf Premiers ministres de la République ainsi que huit prix Nobel et six médailles Fields.
Ses élèves sont parfois appelés « magnoludoviciens » (du latin Ludovicus Magnus, « Louis le Grand », surnom de ) ; l'établissement est parfois désigné par le sigle LLG.
Localisation Le lycée Louis-le-GrandAurel Ramat, Le Ramat typographique, éditions Charles Corlet, 1994, , fournit à la page 63 les exemples suivants : « J’aime Louis le Grand (lui-même) » et « J’aime Louis-le-Grand (le lycée) ». est situé dans le Quartier latin, au numéro 123 de la rue Saint-Jacques.
Ses bâtiments sont bordés par : la rue Saint-Jacques à l'ouest, ancien cardo maximusVoie principale nord-sud, le cardo de Lutèce était le départ de la route d'Orléans (ultérieurement route nationale 20) et des routes vers le nord de la Gaule. de la ville gallo-romaine de Lutèce, chef-lieu des Parisii, qui sépare le lycée Louis-le-Grand du bâtiment historique de la Sorbonne ; la rue du Cimetière-Saint-Benoist au nord, séparantLa rue du Cimetière-Saint-Benoist, déclassée en 1908, est aujourd'hui une impasse intégrée dans l'espace du collège de France et inaccessible au grand public. le lycée du collège de France, qui donne sur la rue des Écoles ; l'impasse Chartière à l'est, séparant le lycée de la bibliothèque Sainte-Barbe, puis le bâtiment de la bibliothèque Sainte-Geneviève, qui donne sur la place du Panthéon ; la rue Cujas au sud, prolongée par la place du Panthéon, puis par la rue Clovis où se trouve le lycée Henri-IV.
Historique Période jésuite (1550-1762) Fondation du collège (1550-1563) Au début du concile de Trente (1545-1563), Guillaume Duprat (1507-1560), évêque de Clermont, rencontre Claude Le Jay (1504-1552), l'un des fondateurs de la compagnie de Jésus (1540) aux côtés d'Ignace de Loyola. Ils s'accordent sur la nécessité de réformer l'Église catholique pour mieux combattre la Réforme protestante, initiée en 1517 par Martin Luther. Pour les jésuites, l'enseignement est aussi un élément essentiel de ce combat.
En 1550, Duprat invite les jésuites à ouvrir un collège dans son hôtel particulier parisien. Il soutient financièrement cette fondation par un don de , destiné à assurer la subsistance de six .
La fondation bénéficie de , mais ne reçoit pas d'autorisation formelle des autorités de l'université de Paris, alors qu'un collège est considéré comme une partie de l'université, précisément de la faculté des Arts, préalable obligatoire avant l'accès à une des trois autres facultés : droit, médecine, théologie.
L'établissement, le Collegium Societatis Iesu (« collège de la compagnie de Jésus »), ouvre ses portes le . Il reçoit très vite le nom usuel de « collège de Clermont ».
Le conflit de 1564 avec l'université de Paris et ses suites (1564-1594) Le succès dépasse toutes les espérances, les élèves se présentent en nombre et il faut agrandir le collège, en achetant et annexant les maisons mitoyennes de la rue Saint-Jacques.
En effet, les jésuites proposent une éducation moderne adaptée aux normes de l'éducation humaniste de l'époque ainsi que, ce qui est plus original, la possibilité à des élèves externes de recevoir (gratuitement) l'enseignement dispensé.
Très vite, les jésuites sont accusés de vouloir dépeupler les autres collèges parisiens. À cela s'ajoute l'hostilité d'inspiration gallicane envers un ordre qui est, selon la volonté de son fondateur, un instrument au service du pape.
À la rentrée 1564, le recteur de l'Université, Jean Prévot, interdit aux jésuites de rouvrir le collège. Un procès est engagé, auquel s'intéresse toute l'élite du royaume. , les jésuites une autorisation provisoire d'enseigner, régime précaire qui va durer trente ans, période marquée par la crise politique des guerres de Religion (1562-1598).
1594-1603 : interdiction des jésuites en France Le , alors que la France est encore dans la huitième guerre de religion (1585-1598), le roi , roi de Navarre et ancien chef du parti protestant devenu roi de France en 1589, récemment converti au catholicisme, est frappé d'un coup de couteau par un catholique partisan de la Ligue, Jean Châtel. L'enquête permet de découvrir que Châtel a été élève du collège de Clermont.
Malgré les dénégations de l'accusé, qui affirme être le seul coupable, le Parlement de Paris, cour de justice compétente, estime que les jésuites sont responsables de son crimeCopie de l’édit signé le 7 janvier 1595 par Henri IV à Poitiers, in Charles Sauvestre, Instructions secrètes des Jésuites, , éd. Dentu, 1878.. Jean Châtel est condamné à mort et exécuté le . La Compagnie de Jésus est interdite dans le royaume de France, ses membres sont bannis, le collège mis sous séquestre, les biens et les meubles vendus.
décide alors d'installer la Librairie royale dans l'hôtel de Clermont, où elle va rester jusqu'en 1603.
1603-1618 : retour des jésuites, mais sans autorisation d'enseigner En 1603, le roi autorise les jésuites à revenir en France. Ils reprennent possession des bâtiments du collège en 1606, mais sans pouvoir y enseigner. Un peu plus tard, ils reçoivent l'autorisation de donner un cours de théologie par semaine.
Ce n'est qu'après la mort d', assassiné par un fanatique catholique le , que des lettres patentes du donnent l'autorisation aux jésuites de rétablir le collège de Clermont dans toutes les branches de l'enseignement. Ces lettres patentes émanent, au nom du nouveau roi, , âgé de , de son entourage, notamment de la régente Marie de Médicis.
Toujours hostile à la compagnie de Jésus, l'Université engage une action au Parlement de Paris qui, dans un arrêt du , interdit aux jésuites d'enseigner à Paris.
Ce n'est que le , que, conformément aux lettres patentes de 1610, la réouverture du collège est autorisée.
1618-1762 : du collège de Clermont au collège Louis-le-Grand
vignette|Le collège de Clermont en 1652, selon le plan de Gomboust.
Dès lors, bénéficiant de la protection du pouvoir royal, le collège de Clermont s'achemine, de 1618 à 1682, vers son apogée : en 1682, lui accorde officiellement son patronage, l'établissement recevant le nom de Collegium Ludovici Magni (« Collège de Louis le Grand »), sans pour autant être formellement agréé par l'université de Paris.
Le collège donne un enseignement apprécié à plus de . Une organisation de l'enseignement secondaire est mise au point à cette époque, suivant le Ratio Studiorum des Jésuites, publié en 1599 par les jésuites du collège de Rome, fondé en 1551, avec une répartition des élèves en six classes de niveau, un découpage disciplinaire formalisé, .
La musique tient une grande place dans l'éducation des élèves du collège de Paris. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) compose pour les jésuites un grand nombre de ses œuvres. Le théâtre a aussi sa place : deux tragédies latines sont créées dans , dans des mises en scène luxueuses, Celse martyr le et David et Jonathas en .
1700 : installation à Louis-le-Grand de l'école des interprètes En 1669, et Colbert créent une École des jeunes de langues pour former des interprètes en turc, arabe et persan, afin de ne pas dépendre des interprètes locaux, les « truchements ». L'école est installée à Constantinople, près de l'ambassade de FranceGustave Dupont-Ferrier, Du collège de Clermont au lycée Louis-le-Grand (1563-1920), 1925, Tome III, ..
En 1700 est créée une classe devant recevoir des jeunes gens originaires de l'Empire ottoman, dits « Arméniens », locuteurs natifs de ces langues, que les jésuites du collège Louis-le-Grand sont chargés de former à la langue française. Mais ce système ne fonctionne pas correctement : en 1721, cette formation devient une classe de préparation ouverte à des élèves français, dont la formation doit s'achever à Constantinople. Les élèves sont souvent des enfants de diplomates ou de négociants opérant dans l'Empire ottoman.
Cette classe fonctionne à Louis-le-Grand jusqu'en 1873Gustave Dupont-Ferrier, Du collège de Clermont au lycée Louis-le-Grand (1563-1920), 1925, Tome III, ., date à laquelle elle est absorbée par l'École spéciale des langues orientales, fondée en 1795 (aujourd'hui Institut national des langues et civilisations orientalesHistorique sur le site de l’INALCO.).
Le collège sans les jésuites (1762-1790) thumb|Armes du collège royal Louis-le-Grand sur un ouvrage de bibliothèque.
L'expulsion des jésuites (1762-1764)
L'année 1762 est marquée par un retournement de situation qui va amener à l'expulsion des jésuites du royaume de France. À la suite de la banqueroute du père Antoine Lavalette, la Compagnie de Jésus, que l'on a rendue responsable des dettes du père, porte l'affaire devant le Parlement de Paris, qui rend un arrêt en sa défaveur.
Le , les jésuites sont expulsés du collège et leurs ennemis s'installent à leur place.
Profitant de cette réorganisation, Louis-le-Grand est consacré « chef lieu de l'université de Paris » par le Parlement de Paris le . Les parlementaires cherchent à réunir les vingt-huit petits collèges parisiens qui n'avaient plus assez de moyens financiers pour subsister : il s'agit des collège d'Arras, collège d'Autun, collège de Bayeux, collège de Beauvais (ou Dormans), collège de Boissy, collège des Bons-Enfants, collège de Bourgogne, collège de Cambrai, collège des Cholets, collège de Cornouaille, collège de Dainville, collège des Dix-Huit (ou de Notre-Dame), collège Fortet, collège de Hubant (ou de l’Ave Maria), collège de Justice, collège de Laon, collège du Mans, collège de maître Gervais, collège Mignon (ou Grandmont), collège de Narbonne, collège de Presles, collège de Reims, collège Sainte-Barbe, collège Saint-Michel (fondé par les familles Chanac et la famille du marquis de Pompadour), collège de Séez, collège de Tours, collège de Tréguier, collège du Trésorier. Cette réunion concerne donc les revenus des collèges, mais aussi leurs biens (dont archives et bibliothèque).
En 1764, la compagnie de Jésus est intégralement bannie du royaume de France. vignette|Collège Louis-le-Grand, Réglement pour les bourses a établir dans le college de Louis-le-Grand, homologué par arrêt du 4 septembre 1770, Bibliothèque de la Sorbonne, NuBIS, cote VCM 4= 11319. Pièce 25. est considéré comme le second fondateur du collège : l'établissement obtient de mettre sur son sceau les armes royales, d’azur aux trois fleurs de lys d’or. Sur la grande porte sont désormais sculptées les effigies de et de .
Reprise du conflit avec l'université de Paris les vastes locaux de la rue Saint-Jacques, le nouveau principal décide d’entreprendre une révolution pédagogique qui va relancer la guerre avec l’université de Paris. En 1766, il institue le concours de l'agrégation, qui est testé d’octobre à décembre à Louis-le-Grand. Allant plus loin encore, il organise dans les locaux du collège royal une « École normale » préparant à l’agrégationC’est ainsi qu'avant de s'installer rue d’Ulm, l’École normale supérieure fonctionna pendant plus de quatre-vingts ans à Louis-le-Grand..