Anthony Phelps est un écrivain haïtien né à Port-au-Prince le et mort à Montréal le à l'âge de .

Biographie Phelps est né à Port-au-Prince le . Il a effectué ses études primaires et secondaires à l’institution Saint-Louis-de-Gonzague. Il séjourne au New Jersey (États-Unis) deux ans pour étudier la chimie à l'université Seton Hall puis un an au Canada où il étudie la photographie et la céramique à l’École des beaux-arts de Montréal. Durant la même période, il découvre l’écriture radiophonique avec le romancier Yves Thériault.

De retour à Port-au-Prince, son « lieu fondamental », Phelps est mis en contact avec René Philoctète en . Lors d'une soirée de lecture de poèmes, il est intégré au groupe de poètes Samba, lequel regroupait, outre Philoctète et lui-même, , Serge Legagneur, Roland Morisseau et Auguste Ténor.

Parallèlement aux lectures de poèmes avec Samba, il fonde, toujours en 1961, avec l'aide de deux de ses beaux-frères, la station Radio Cacique, un espace éducatif et culturel qui a aussi permis aux poètes de se rassembler et de créer. Quelques mois après avoir intégré Samba, le groupe prend le nom d'Haïti Littéraire, en référence aux revues Haïti littéraire et sociale (1905-1907) et Haïti littéraire et scientifique (1912-1913). Phelps participe à la création de deux revues : Prisme, une revue sonore, et Semence, une revue littéraire.

Le travail de création d'Haïti Littéraire se fait en marge des politiques dictatoriales du régime politique de François Duvalier. Anthony Phelps dit à ce sujet :

Arrivée à Montréal Après ce séjour en prison, Phelps s'exile quelque temps à Philadelphie, en Pennsylvanie, avant qu'Yves Thériault ne vienne le chercher pour l'encourager à vivre au Québec. Il arrive ainsi à Montréal en ; il est le premier d'Haïti Littéraire à s'exiler.

À l’automne de 1965, Phelps participe aux lundis du Perchoir d’Haïti, des rencontres hebdomadaires entre poètes haïtiens exilés auxquelles certains poètes québécois participeront, dont Nicole Brossard, Paul Chamberland et Gaston Miron.

En 1967, après avoir travaillé dans le milieu théâtral, Anthony Phelps devient journaliste pour Radio Canada. C'est à partir de la même période qu'il commence à enregistrer ses textes.

Phelps prend sa retraite de Radio Canada en 1985 afin de se consacrer presque exclusivement à l’écriture. Après le départ de Jean-Claude Duvalier en 1986, Phelps retourne séjourner quelques fois en Haïti, où il renoue avec les communautés locales.

Anthony Phelps est mort le , d'après un communiqué des Éditions Bruno Doucey relayé par Radio-Canada.

Œuvres Poésie Été... Couverture et illustrations de Grace Phelps en collaboration avec l'auteur. Port-au-Prince, Impr. N. A. Théodore, , 1960, 31 p. Présence. Illustrations de Luckner Lazard. Port-au-Prince, Haïti Littéraire, coll. « Haïti Littéraire » 1961, 11 p. Éclats de silence. Port-au-Prince, Art Graphique Presse, , 1962, 50 p. Points cardinaux. Montréal, Holt, Rinehart et Winston, 1966, 60 p. Motifs pour le temps saisonnier. Paris, P. J. Oswald, 1976, 88 p. La Bélière caraïbe. Montréal, Nouvelle Optique, 1980, 132 p. Même le soleil est nu. Montréal, Nouvelle Optique, 1983, 53 p. Orchidée nègre. Montréal, Triptyque, 1987, 103 p. Les Doubles Quatrains mauves. Port-au-Prince, Éditions Mémoire, 1995. Immobile voyageuse de picas et autres silences. Montréal, CIDIHCA, 2000, 110 p. Femme Amérique. Trois-Rivières, Écrits des Forges / Marseilles, Autre Temps, 2004, 56 p. Une phrase lente de violoncelle. Montréal, Éditions du Noroît, 2005, 75 p. Mon pays que voici. Montréal, Mémoire d'encrier, 2007 ( éd., Mon pays que voici, suivi de Les Dits du fou-aux-cailloux, P. J. Oswald, 1968), 165 p. Une plage intemporelle. Montréal : Éditions du Noroît, 2011. Nomade je fus de très vieille mémoire. Paris, éditions Bruno Doucey, 2011, 228 p. L'araignée chiromancienne. Trois-Rivières, Éditions d'art Le Sabord, 2012, 50 p. Je veille, incorrigible féticheur, Paris, éditions Bruno Doucey, 2016, 129 p. Au souffle du vent-poupée, Paris, éditions Bruno Doucey, 2017 avec des peintures d'Iris Geneviève Lahens, 110 p.

Romans Moins l'infini, roman haïtien. Montréal, CIDIHCA, 2001 ( éd., Éditeurs Français Réunis, 1973), 217 p. Mémoire en colin-maillard. Paris, Temps des cerises, 2015 ( éd., Éditions Nouvelles Optique, 1976), 111 p. Haïti ! Haïti ! (avec Gary Klang). Montréal, Libre Expression, 1985. La Contrainte de l'inachevé. Montréal, Leméac, 2006, 204 p. Des fleurs pour les héros. Paris, Temps des cerises, 2013, 216 p.

Nouvelles

Le mannequin enchanté : nouvelles. Montréal, Leméac, 2009, 114 p.

Théâtre Le Conditionnel. Montréal, Holt, Reinhart et Winston, 1968, 80 p.

Contes pour enfants Et moi, je suis une île. (Moly, le petit poisson rouge ; La Poupée à la chevelure de soleil ; Et moi, je suis une île ; La Roue vagabonde) Montréal, Bibliothèque québécoise, 2013 ( éd., Leméac, , 1973), 75 p.

Autres publications Image et Verbe. (Trente collages d'Irène Chiasson, accompagnés de poèmes de François Piazza, Anthony Phelps, Yves Leclerc, Raymond Charland. Préface de Robert Klein.). Longueuil, Image et verbe éditions, 1966. Paul Laraque : vingt ans sous les drapeaux entre Marx et Breton. (Entretiens) Montréal, Productions Caliban, 2004, 127 p. D'une lettre à l'autre. Abécédaire. Poèmes et illustrations de 28 poètes et 28 peintres. Trois-Rivières, Presse Papier et Écrits des Forges, 2005. Joutes internationales Pixel. Coffret de poèmes et dessins réalisés par 10 poètes et 10 peintres lors du Festival international de poésie de Trois-Rivières 2003. Trois-Rivières, Presse Papier, 2005.

Discographie

Mon Pays que voici, poème d'Anthony Phelps dit par l'auteur. Montréal, 1966; disque CD 2000, 2005. Les Araignées du soir, poème d'Anthony Phelps dit par l'auteur. Montréal, 1967. Terre-Québec. Poèmes de Paul Chamberland. Montréal, 1968. Pierrot le Noir. Poèmes de Jean-Richard Laforest, Émile Ollivier, Anthony Phelps. Avec des chansons de transition de Toto Bissainthe. Montréal, 1968; disque CD 2005. Motifs pour le temps saisonnier. Textes d'Anthony Phelps. Montréal, 1975. Raymond Chassagne dit par Anthony Phelps. Musique de transition : Claude Dauphin. Montréal, 1975. Anthony Phelps. Poésie/Poesia. Palabra de esta América. La Havane : Casa de las Américas, 1979. Poètes d'Haïti. Raymond Chassagne & René Philoctète. Montréal, 1982. Quatre Poètes d'Haïti : Davertige, Legagneur, Morisseau, Phelps. Montréal, 1982. Orchidée nègre. Textes d'Anthony Phelps. (Cassette) Montréal, 1992. Paroles vives. Textes de Georges Castera. (Cassette) Montréal, 1993. Les Beaux Poèmes d'amour d'Haïti-littéraire dits par Anthony Phelps (Davertige, Legagneur, Morisseau, Philoctète, Phelps). CD. Pétion-Ville, Haïti, 1997. Incantatoire, poèmes de Raymond Chassagne dits par Anthony Phelps et Boris Chassagne. Musique d'Oswald Durand. Montréal, 2003.

Films et vidéos

Aube noire. Film, 20 minutes. Montréal, InformAction, 1980. Planète créole. Vidéo, 30 minutes. (série 1366 ) Montréal, Radio Québec, 1980. Planète créole. Vidéo, 30 minutes. (série 1366. ) Montréal, Radio Québec, 1980. Et négriers d'eux-mêmes. Film, 57 minutes. Montréal, Productions Pierre Nadeau, 1981. Mercenaires en quête d'auteurs. Film. 87 minutes. Montréal, Productions InformAction, 1981. Zone de turbulence. Film, 80 minutes. Montréal, Productions InformAction, 1985. Spécial Anthony Phelps. Vidéo, 60 minutes. Télé nationale d'Haïti, . Les Îles ont une âme. Film, 29 minutes Montréal : Productions InformAction, 1988. L'Homme qui plantait des arbres. Film d'animation de Frédéric Bach. 29 minutes. Productions ONF/Radio Canada. Version créole : Montréal : InformAction, 1990. Entretien avec Josaphat-Robert Large. Vidéo en 3 parties. 15 minutes sur YouTube :youtube.com Production Edition La Jérémienne, New York, 2009

Réception critique

Phelps a publié dix-huit recueils de poèmes, quatre romans, un recueil de nouvelles, deux pièces de théâtre et un recueil de conte. Ses œuvres ont notamment été traduites en anglais, espagnol, italien, japonais, russe et ukrainien.

Anthony Phelps enregistre son premier poème, Mon pays que voici, sous l'étiquette des Disques Coumbite. Le même poème est publié en 1968, suivi de Les Dits du fou-aux-cailloux, publié à compte d'auteur chez Pierre-Jean Oswald. La réception du recueil vaudra à Phelps de connaître une certaine notoriété, et d'être comparé à Aimé Césaire et Pablo Neruda.

Son premier roman, Moins l'infini, paru aux Éditeurs français réunis en 1973, porte sur la violence vécue sous le régime Duvalier. Michel Beaulieu, dans un commentaire écrit en 1977 dans la Nouvelle barre du jour, qualifie le texte de chaleureux bien qu'il s'agisse d'une fiction « d'autant plus subversive qu'elle repose sur des données de base vérifiables. Quiconque a entendu parler de ce qui se passe en Haïti sera sans doute horrifié par ce livre qui s'inscrit dans l'un des courants les plus puissants de la littérature qui se fait en dessous des États-Unis. »

Son second roman, Mémoire en colin-maillard, publié en 1976, est accueilli tout aussi favorablement. Dans sa critique, François Ricard considère que .

En 1980, il réalise son premier film, Aube noire, un court-métrage de vingt minutes. Il expérimentera avec le médium cinématographique jusqu'au début des années 1990.

Lors du forum « Encore noir, littérature et communauté noire » le , le ministère des Relations avec les citoyens et de l'immigration du Québec remet à Phelps une plaque hommage pour son œuvre.

Le , lors de la Journée mondiale de la poésie, la ville de Montréal rend hommage à Phelps pour la qualité de son œuvre.

Prix et honneurs

1980 : Prix Casa de las Américas, pour La Bélière caraïbe. 1985 : Prix Casa de las Américas, pour Orchidée nègre. 2012 : Prix Poésie, Salon international du livre insulaire de Ouessant, pour Nomade je fus de très vieille mémoire. 2014 : Prix de Poésie Gatien-Lapointe - Jaime-Sabines, pour Femme Amérique. 2016 : Prix Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde pour l'ensemble de son œuvre. 2017 : Grand Prix de Poésie de l'Académie Française, pour l'ensemble de son œuvre poétique. 2018 : Grand Prix de la Société des gens de lettres de France, pour Au souffle du vent-poupée. 2019 : Nommé membre d'honneur de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois, Canada.

Notes et références

Bibliographie Costantini, Alessandro, « Fantasmes de la violence et traumatismes de l'identité dans "Mémoire en colin-maillard" d'Anthony Phelps », dans Fratta, Carla, Figures et fantasmes de la violence dans les littératures francophones de l'Afrique subsaharienne et des Antilles, Bologne, CLUEB, vol. II, 1992, . Costantini, Alessandro, « Être/Paraître : le problème de la narration aliénée dans les romans d'Anthony Phelps », dans Caribana, vol. 4, 1995, . Costantini, Alessandro, « Anthony Phelps: un poeta, un uomo senza prefissi », dans Baraldi, Matteo et Gnocchi, Maria Chiara, Scrivere = Incontrare (Migrazione, multiculturalità, scrittura), Macerata, Quodlibet, 2002, . Costantini, Alessandro, « Anthony Phelps, Ne révèle pas nos mots de passe / Non rivelare le nostre parole d'ordine, » Venise, Supernova, vol. « Nexus », 2005, . Costantini, Alessandro, « Un 'Phelps in progress': une réécriture durée trente ans. » dans Il Tolomeo. Articoli, recensioni e inediti della nuove leterrature, Venise, Edizioni Studio LT2, vol. XV, 2021, . Dominique, Max, L'arme de la critique littéraire : littérature et idéologie en Haïti, Montréal, Éditions du CIDIHCA, 1988. Emina, Antonella, « Anthony Phelps ou les rivages de la spiritualité », dans Mosseto, Anna Paola (dir.) I colori dello spirito (Antille 3). Anna Paola, Bologne, CLUEB, 2001, . Jonassaint, Jean, Le Pouvoir des mots, les maux du pouvoir. Des romanciers haïtiens de l'exil, Paris / Montréal, Arcantère / PUM, 1986, 271 p.