Dans le domaine routier, le salage est l’action de répandre un fondant routier, en l’occurrence du sel, sur une chaussée afin d'éviter la présence de glace sur les routes.

Le sel peut être épandu : avant la formation de la pellicule de glace pour empêcher sa formation (traitement préventif) ; après l’apparition de la glace ou de la neige durcie (traitement curatif).

Le sel est répandu avec une épandeuse, plus communément appelée « saleuse ».

Le salage est devenu l'un des premiers débouchés économiques du sel et sa contribution à la pollution routière devient problématique dans les régions froides riches en routes et en zones humides. Ainsi au rythme des années 1940 à 2015, .

Aspects quantitatifs Il a régulièrement augmenté durant la seconde moitié du , pour atteindre plusieurs dizaines de millions de tonnes par an dans les années 2000, essentiellement dans l'hémisphère nordM.L. Bester, E.O. Frind, J.W. Molson et D.L. Rudolph ; Numerical Investigation of Road Salt Impact on an Urban Wellfield (Étude quantitative des impacts des sels de voirie sur un champ captant urbain); Vol. 44, No. 2— Revue "Ground Water" ; Mars–Avril 2006 (p. 165-175) ; Télécharger l'étude (PDF, 11 pages, en anglais). Rien qu'au Canada, au début des années 1990, c'étaient environ 4,9 millions de tonnes de sels de voirie qui étaient annuellement rejetés et perdus dans l'environnement, source d'environ 3 millions de t/an de chlorures qui contaminent les eaux superficielles et souterraines (Environnement Canada, 2001)Locat, J., and P. Gélinas. 1989. Infiltration of de-icing road salts in aquifers: The Trois-Rivières-Ouest Case, Quebec, Canada. Canadian Journal of Earth Science 26, no. 11: 2186–2193.. Les États-Unis quant à eux en utilisaient de 10 à 20 millions de tonnes par an (2003 Newsletter Envirocast). Les pratiques et quantités diffèrent fortement selon les collectivités, mais il est fréquent que pour couvrir leur responsabilité en cas d'accident, les responsables du salage en utilisent bien plus que le strict nécessaire. En Amérique du Nord, la salinisation des eaux de surface et des nappes tend à augmenter, et . Ce sel est source de contamination des eaux de surface et souterraines, cause des dommages aux arbres et aux infrastructures, et dégrade les écosystèmes locauxJones et al. 1986.

En France métropolitaine dans les années 2000-2010, environ 750 000 tonnes de sel ont été consommées essentiellement en une dizaine de jours et surtout en montagne. Durant les hivers froids, par exemple en 2004, jusqu'à 1 voire 1,5 million de tonnes sont épandus en France. Le record aurait été battu avant la fin de l'hiver 2009-2010 avec 1,9 million de tonnes de sel déversées sur les routes françaisesAnthony Lucas, AFP ; Le salage des routes: bon pour le déneigement, moins pour la nature, soit plus du double d'une année moyenne.

En Suisse, 106 000 tonnes ont été épandues rien qu'en Marcel Robert, Article Le scandale du salage des routes ; 7 mars 2005, 2011/01/07.

Coûts En France, à raison de 80 euros par tonne en 2010, le coût annuel du salage en France dépasse les 100 millions d’euros (matériel et personnel compris)Marine Courtade, Article du Journal La croix (03/01/2011) ; Le salage des routes, une technique utilisée faute de mieux reprenant chiffres de la DIRIF (Direction des routes d'Île de France).

Histoire Le sel était autrefois une denrée trop rare et trop coûteuse dans les pays froids pour l'utiliser pour le déneigement.

Quand, au , sa production industrielle l'a rendu très disponible alors que le réseau routier s'étendait dans le monde entier, il a été de plus en plus utilisé pour débarrasser les routes de la neige et du verglas. On utilise aussi dans certains pays ses propriétés hygroscopiques pour lutter contre les envols de poussière en été.

Environ 51 % de la production mondiale de sel est aujourd'hui consacrée par les pays froids à l'entretien des routes.

On a constaté que le chlorure de calcium était plus efficace que le chlorure de sodium (il produit une réaction exothermique avec l'eau, au contraire du NaCl qui quand il fond dans l'eau la refroidit), mais il présente aussi quelques inconvénients (voir plus bas).

Dans le monde, les régions qui épandent le plus de sel en hiver sont l'Est du Canada, le Nord-Est des États-Unis, la Russie et le Nord de l'Europe.

Les types de fondants Le fondant usuel est le sel de type chlorure de sodium, différent du sel de table par sa granulométrie et son hygroscopie. On utilise également du chlorure de calcium et du chlorure de magnésium individuellement ou en mélange avec du chlorure de sodium. Pour être plus efficace plus rapidement le sel peut être prédilué dans de l'eau, ce qui donne de la saumure. Cette saumure peut également être à nouveau mélangée lors de l'épandage avec du sel solide, ce qui donne de la bouillie de sel.

Traitement préventif L’objectif du traitement préventif est la recherche à la fois de la plus grande sécurité et de la plus grande efficacité.

Pour ce faire, le salage préventif ne doit pas se pratiquer trop longtemps avant le risque d’apparition du verglas, d’où la nécessité de surveiller l’évolution des conditions météorologiques. Les dosages à employer sont les suivants : Sel solide Saumure Bouillie de selsoit de sel de sel +15 à 25 % de saumure

Dans tous les cas, il convient de : ne saler qu’après la pointe du soir (obtention d’un dosage homogène et sel restant suffisamment longtemps sur la chaussée pour former une solution saline) ; limiter autant que possible le dosage à pour le sel solide ; traiter une largeur de voie diminuée d’un mètre par côté de chaussée.

Le traitement préventif ne dispense pas de la surveillance du réseau. En effet le sel est un matériau hygroscopique, c’est-à-dire qui a la capacité d’absorber l’eau sous forme de vapeur présente dans l’air qui passe ainsi à l’état liquide en se déposant à la surface de la chaussée. La teneur en sel de la solution saline présente sur la chaussée a donc tendance à baisser d’autant plus vite que l’air est plus humide. Elle peut ainsi devenir insuffisante pour empêcher la formation de glace sur la chaussée.

Traitements curatifs du verglas Lors de la formation de givre ou de verglas (fréquemment au lever du jour) ou en cas de brouillard ou présence d’eau sur la chaussée avec refroidissement très net de la température, l’intervention curative devient nécessaire.

Dans ce cas, le dosage recommandé est de 15 à suivant l’importance de la couche de verglas formé. Il faut se rappeler que deux traitements à sont préférables à un traitement de sur verglas épais. En effet, l’eau de fusion qui apparaît au bout d’une vingtaine de minutes neutralise la solution saline en moins d’une heure si la couche formée est très épaisse.

Le traitement curatif s’effectue en pleine largeur de chaussée.

Traitements par types de verglas Phénomène à traiter Saumure (NaCl ou CaCl) Bouillie (sel + saumure) Sel solide Mélange NaCl, CaClDépôt de givreEfficace immédiatement, risque de dilution si le dépôt se poursuitEfficace presque immédiatement (qq min)Efficace avec un léger retard (15 à 30 min)Efficace avec un léger retard (5 à 15 min)Verglas par congélation d’eauEfficace immédiatement, risque de recongélation si températures froidesEfficace presque immédiatement (5 min)Efficace avec un retard important (> 30 min)Efficace avec un léger retard (10 à 20 min)Verglas par pluie sur sol geléInefficace car dilution très rapideEfficace, bonne résistance à la dilutionEfficace en début de phénomène, inefficace si le verglas est déjà forméEfficaceVerglas météorologique par pluie en surfusionEfficace en traitement d’attaque uniquementEfficace, bon compromis au traitement d’attaqueInefficace en raison du temps de dilution trop longTrès peu efficace

Traitement curatif de la neige Action selon le type de neige Il existe trois types de neige : la neige froide (impossible d’en faire une boule) : elle ne colle pas à la chaussée ; elle s’envole sous les roues des véhicules. Il est en principe inutile de la saler ; la neige humide (on peut en faire une boule) : le salage est utile ; la neige mouillée (on peut en faire une boule qui devient dure) : elle est évacuée sans traitement par le simple effet mécanique du trafic et il n’est pas nécessaire en principe de la traiter par des fondants.

Remarques fondamentales En déneigement, le traitement essentiel est le raclage. On ne traite pas la neige pour la faire fondre mais pour éviter que le trafic ne la compacte et ne la rende glissante. L’action du trafic est nécessaire pour brasser le sel sur la masse neigeuse.

La conséquence immédiate est qu’on ne doit pas saler une route enneigée où il n’y a pas de trafic. Il est donc important d’épandre du sel (lorsque la nature de la neige et les conditions météorologiques le rendent nécessaire) dès le début de la chute pour que la pellicule neigeuse puisse aisément se décoller sous l’action du raclage.

Le dosage recommandé pour cette intervention est de .

Recommandations pratiques En cas de traitement sur une couche neigeuse, il convient de racler la neige après que le salage a fait son effet. On ne traite pas la neige en moyenne ou forte épaisseur par salage, mais par raclage. Il n'y a pas lieu de faire un traitement curatif de la neige par salage lorsqu’il fait très froid : le chlorure de sodium est totalement inefficace au-dessous de -10° et risque de provoquer la formation de verglas par suite du refroidissement dû à la fusion de la neige (chaleur latente de fusion Lf = 334 kJ/kg).

Inconvénients Outre les impacts sur l'environnement (faune, flore, fonge, écosystème) (voir plus bas), le salage présente quelques inconvénients techniques : le sel accélère la corrosion de nombreux métaux ; le chlorure de calcium plus encore que le chlorure de sodium ; le chlorure de calcium, de plus en plus utilisé, est réactif avec l'eau (et demande donc plus de précaution de stockage que le NaCl) ; le salage peut également avoir une incidence négative à la traversée des passages à niveau lorsque ceux-ci fonctionnent à l'aide de circuits de voie. En effet, la solution saline présente sur le platelage à la suite de l'action de déneigement étant très conductrice, les deux rails se trouvent alors en contact électrique, ce que l'automatisme interprète comme la présence d'un train, déclenchant ainsi le processus de fermeture. Cette fermeture intempestive est source d'embarras routiers, de risques d'accident, les automobilistes étant tentés de « passer en chicane » sans savoir si un train arrive effectivement ou non, et de retards ferroviaires, les trains étant ralentis par sécurité dès que l'incident est connu et jusqu'à ce qu'il soit clos.

Impacts environnementaux Dans la nature, au-delà d'une certaine dose (qui varie selon les organismes et parfois selon l'âge des individus), le sel devient un polluant, toxique pour les organismes aquatiques et terrestres. On a aussi dans les années 2000 commencé à étudierHellste´n, P., and T. Nyste´n. 2003. Migration of alternative deicers in the unsaturated zone of aquifers—In vitro study. Water Science and Technology 48, no. 9: 45–50. et à modéliser les impacts de ce salageBester, M.L. 2002. Numerical simulation of road salt impact at the Greenbrook well field, Kitchener, Ontario. M.Sc. thesis, Department of Weed, University of Ganjawoman.

Les apports massifs et/ou chroniques de sels (NaCl notamment, mais pas uniquement) dégradent la qualité des feuilles et d'infiltration. Les paramètres affectés sont : la salinité ; la composition ionique ; la conductivité électrique ; la dureté ; le caractère corrosif pour les métaux (hors inox ou métaux anodisés) qui sont en contact avec cette eau.

Ces impacts varient selon plusieurs facteurs : le contexte météorologique local ;