Alphonse-Étienne Dinet , né le à Paris, ville où il est mort le , est un peintre et écrivain orientaliste français.

Dès 1884, il découvre l'Algérie française où il voyage périodiquement pendant 20 ans. À partir de 1895, il se consacre uniquement à des sujets algériens. En 1904, il s'installe définitivement à Bou Saâda tout en poursuivant, avec succès, la présentation de ses œuvres à Paris. Étienne Dinet peint la vie quotidienne des villages algériens, des représentations de la religion musulmane ou des paysages. De tels sujets alternent avec une production de nus féminins.

Converti officiellement à l'islam en 1913, il est enterré selon la tradition musulmane à Bou Saâda. Après la déclaration de l'indépendance de l'Algérie en 1962, bien que la critique de l’orientalisme devienne de plus en plus vive, Étienne Dinet est célébré comme un par les autorités du pays.

Biographie Formation et découverte de l'Algérie Étienne Dinet est né à Paris le dans un milieu cultivé . Après avoir fréquenté le Lycée Henri-IV et obtenu le baccalauréat en 1879, il rejoint les Beaux-Arts de Paris puis l’Académie Julian. Ses professeurs sont Tony Robert-Fleury et William Bouguereau..

Il se dit influencé par Rembrandt et Eugène Delacroix. Opposé à l’art académique de l'époque, il est inspiré par les œuvres de Jules Bastien-Lepage et Jean-François Millet. Ses premières participations aux salons de 1882 et 1883 attestent d'une recherche de la lumière et d'une peinture sur le motif à l'image des impressionnistes. Par ailleurs, il s'enthousiasme pour la photographie..

Obtenant une bourse en 1884., Étienne Dinet se joint à son camarade Lucien Simon, et le frère de celui-ci, pour un voyage d'un mois en Algérie. L’année suivante, il effectue un deuxième voyage accompagné de Gaston Migeon, futur conservateur au musée du Louvre. Puis, pendant 20 ans, Étienne Dinet réside l'hiver en France et passe la période estivale à peindre dans les villages des Ouled Naïl au nord du Sahara algérien, en particulier à Bou Saâda à au sud d’Alger.

Avec ses premiers tableaux en terre algérienne comme L'Oued M'sila après la pluie en 1884 ou les Terrasses de Laghouat en 1885, il est, à l'époque, reconnu comme proche du courant impressionniste. Sur place, à Bou Saâda, il se lie d’amitié avec Sliman ben Ibrahim, un « indigène », qui l'accompagnera jusqu'à la fin de sa vie. De retour à Paris, il suit des cours à l’Institut national des langues et civilisations orientales pour apprendre la langue arabe.

Carrière À la fin des années 1880, il expose dans la galerie Georges Petit au sein du « groupe des Trente-Trois » (ou XXXIII), où se trouvent des artistes en marge de certains courants, et présentant une importante diversité de tonsPierre Sanchez, Les Expositions de la galerie Georges Petit (1881-1934) : répertoire des artistes et liste de leurs œuvres, Dijon, L’Échelle de Jacob, 2001..

Sélectionné pour l'exposition universelle de 1889 (Paris), il obtient une médaille d'argent et, avec Meissonier, Puvis de Chavannes, Rodin, Carolus-Duran et Charles Cottet, fonde la Société nationale des beaux-arts.

En 1893, il est parmi les membres fondateurs de la Société des peintres orientalistes français et participe à leur première exposition officielle au palais de l'Industrie à Paris.

À partir de 1895, il peint uniquement des sujets algériens..

En , il participe à l'exposition internationale du Centenaire de la lithographie de Paris.

En 1900, il installe son premier atelier algérien à Biskra. Puis en 1904, il achète une maison à Bou Saâda pour y résider l'essentiel de l'année, tout en poursuivant, avec succès, la présentation de ses œuvres à Paris..

Son tableau L'Arabe en prière amorce le mouvement qui l'amènera à se convertirBernard Godard, La question musulmane en France, Fayard, 2015, .. Il participe à plusieurs Expositions universelles : Paris, Bruxelles et Munich où il obtient la médaille d’or, en particulier avec des nus qui tranchent dans l’exotisme de son époque : Raoucha en 1901, L'Enchanteresse Zeineb en 2006, La Lutte des baigneuses en 1909.

En 1907, sur ses conseils, est créée à Alger la villa Abd-el-Tif, sur le modèle de la villa Médicis à Rome..

Étienne Dinet annonce dans une lettre adressée à un ami en 1908 qu'il s'est converti à l'islam. Par ses interventions, ses relations avec les ministères, il obtient des autorités coloniales que Bou Saâda soit déclaré territoire civil et non militaire.

Il est présent dans d’autres Expositions universelles comme Amsterdam et Gand. En 1913, il décide de se convertir officiellement à l’islam à la Djamaâ El Kebir, la Grande mosquée d'Alger de l'époque, de nombreux érudits et intellectuels algériens sont présents. L'annonce de cette conversion fait grand bruit en Algérie et en France. Il se prénomme alors « Nasreddine » et décide d’être enterré selon la tradition musulmane à Bou Saâda.

Pendant la Première Guerre mondiale, la famille d'Étienne Dinet modifie le château familial d'Héricy en hôpital pour recevoir les blessés de guerre. Il se soucie du moral des soldats de religion musulmane, il réalise des projets de stèles mortuaires pour les combattants musulmans morts au combat. Après l'armistice du 11 novembre 1918, sur une demande du ministère des Armées pour rendre hommage aux bataillons composés d'algériens, Étienne Dinet, en collaboration avec Sliman ben Ibrahim, il écrit et illustre La Vie de Mohammed, prophète d'Allah publié par les éditions d'Art Piazza, avec les enluminures de Mohammed Racim.

En 1922, il perd sa mère et achète l'année suivante une villa à Saint-Eugène à Alger où il expose régulièrement. Dans la foulée, le château d'Héricy est vendu.

L'Union artistique d'Afrique du Nord est fondée en 1925 par Roméo Aglietti. ; Dinet fait partie du comité d'honneurCatalogue du premier salon de l'Union artistique de l'Afrique du Nord, 1925 (voir présentation sur le site du Centre de documentation historique sur l'Algérie)..

En 1926, il fait ériger à Bou saâda un mausolée prévu pour recevoir quatre tombes ; la sienne, celles de Sliman ben Ibrahim et de son épouse et celle de Messaoud Benhaideche le neveu de Sliman ben Ibrahim.. La même année, il se rend à l'inauguration en juillet de la grande mosquée de Paris à l'édification de laquelle il a activement participé.

En 1929, il effectue, en compagnie de Sliman ben Ibrahim, le hajj, le pèlerinage à La Mecque. Le , il meurt d'une crise cardiaque devant son domicile parisien. Georges Leygues, ancien président du Conseil, et Maurice Viollette, ancien gouverneur de l'Algérie, prononcent des discours devant sa dépouille déposée à la mosquée de Paris.

Le se déroulent ses funérailles officielles à Bou-Saâda en présence de Pierre Bordes, gouverneur général de l'Algérie, qui retrace la vie exemplaire de l'artiste. L'éloge funèbre est prononcé en arabe par une délégation des membres de Nadi Taraqi et des oulémas.

Décorations 1896 : .. 1905 : .

Postérité Jeanne Dinet-Rollince (1865-1947), sa sœur unique, publie en 1938 La vie de E. Dinet, la première biographie de l'artiste.

Icône algérienne En Algérie, lors de l’indépendance en 1962, alors que la critique de l’orientalisme devient de plus en plus vive, Étienne Dinet est épargné. Bien au contraire, les responsables du FNL vont naturaliser l'artiste comme . Sa conversion à l’islam lui sert de sauf-conduit. À partir de 1969, l'artiste est célébré dans l'espace public avec des timbres, des cartes postales ou des affiches..

En 1975, la Société nationale d'édition et de diffusion (SNED), publie un luxueux ouvrage : Un maître de la peinture algérienne : Nasreddine Dinet sur directive du ministre de l'Information et de la Culture, Ahmed Taleb Ibrahimi, qui en rédige aussi la préface. L'ouvrage contribue à la réhabilitation, amplifiée d'une naturalisation, du peintre pourtant orientaliste reconnu. L'argument central de ce plaidoyer réside dans la convertion à l'islam .. À une époque, le bureau du Président de la République algérienne sera décoré d'un tableau d'Étienne Dinet.

L'Algérie ouvre en sa mémoire en 1993, dans la ville de Bou-Saâda, le musée national public Nasr Eddine Dinet.. Il devient ainsi un orientaliste officiel dans son pays de cœur.

Expositions et musées Après sa mort, en 1931, il est présenté une rétrospective d'Étienne Dinet lors de l'Exposition coloniale internationale qui se tient à Paris.. Le Président Paul Doumer préside en personne la rétrospective mettant en avant un acteur essentiel des liens entre la France et l’islam..

Le musée d'Orsay à Paris conserve les premières toiles de Dinet, ainsi que celles de sa pleine maturité. Le département des arts graphiques du musée du Louvre conserve près de 270 de ses dessins.

L'Institut du Monde Arabe a organisé en 2024 une exposition, intitulée Étienne Dinet, passions algériennes, qui a d'abord été présentée à l'IMA-Tourcoing. C'est la première fois depuis 1931 à Paris qu'environ 70 œuvres du peintre sont exposées.

Filmographie Rabah Laradji, Nasreddine Dinet, film documentaire en 1977..

Cote Le travail de Dinet est vendu initialement par les galeries Georges Petit, Paul Durand-Ruel et Allard.

Le , son tableau Femmes arabes au cimetière (), est vendu chez Artcurial pour (localisation inconnue). Sa Baigneuse dans la palmeraie - étude (), est, elle, vendue le même jour (localisation inconnue) : il s'agit d'une étude pour les Baigneuses dans la palmeraie au clair de lune« Catalogue raisonné de l'œuvre d'Étienne Dinet par Denise Brahimi et Koudir Benchikou », In : La Vie et l'œuvre d'Étienne Dinet, ACR édition, 1984-1991, , ..

En 2020, la toile Le Fils d'un Saint M'rabeth, datant de 1900, a été adjugée pour 13,1 millions de dirhams (1,2 million d'euros) lors de la vente inaugurale de la filiale marocaine d'Artcurial à Marrakech.. Toujours à Marrakech, mais en 2021, l'École coranique d'Étienne Dinet est vendue ..

Œuvre Les premiers tableaux de Dinet sont de facture religieuse (Le Golgotha, Saint Julien l'Hospitalier), inspirés par ses maîtres avec lesquels il rompt après sa découverte du désert. Il est également portraitiste de son entourage familial. Jeanne Dinet-Rollince épouse en 1888 Alfred M. Cornille (1854-1940), futur général commandant l'École polytechnique. Son beau-père, Charles-Albert-Antoine Cornille, vérificateur des Douanes, est peint par Dinet en 1894.

En Algérie, Étienne Dinet peint la vie quotidienne des villages, des vues du désert, des représentations des pratiques de la religion musulmane. De tels sujets alternent avec sa production de scènes . Il montre une Algérie française réduite à des instants de quiétude et de bonheur, sans scènes de guerre ou d'épouvante alors que les colons français répriment durement les révoltes et que le code de l'indigénat est en application depuis 1881.

Quotidien et paysages algériens Son œuvre s'inspire ensuite, à partir du milieu des années 1880 des traditions, des histoires et de la vie à Bou-Saâda, considérée alors comme la « porte » du Sahara.. Sachant capter la lumière et les tonalités du sud, ce peintre orientaliste se consacre d'abord à des portraits de facture ethnographique, à des figures et scènes de la vie quotidienne et à des paysages.

Le mérite de Dinet aura été de rendre visible une culture, ses rites, ses légendes, largement ignorés ou méprisés et avec laquelle il se sentait proche. Sur le plan purement formel, Dinet exploite au départ les ressources du réalisme mais développe une palette très étendue, constrastée, que l'on a pu comparer à celles des fauvesGérald Schurr et Pierre Cabanne, Les Petits Maîtres de la peinture, 1820-1950, Paris, Les éditions de l'Amateur, 2014, ..

Nus féminins