Le Chkhara ( en géorgien, en russe) est une montagne du Grand Caucase sur la frontière entre la Géorgie et la Russie. À une altitude de , il est le point culminant de la Géorgie, et le troisième sommet le plus élevé de Russie et du continent européen. Située à l'extrémité orientale de la muraille de Bezengui, la montagne fait partie de la chaîne du Grand Caucase central.

À sa base se trouve la communauté d'Ouchgouli, un groupe de villages de la région géorgienne de Svanétie établi au moins depuis le haut Moyen Âge et devenu une destination touristique importante de Géorgie, tandis que le versant nord se trouve au sein de la réserve naturelle de haute montagne de Kabardino-Balkarie. Ce n'est qu'en 1888 que la montagne apparaît dans les documents officiels sous ce nom, après la première ascension de son sommet par une équipe anglo-suisse. La montagne est ensuite escaladée à de nombreuses reprises au cours du , mais reste l'une des ascensions les plus difficiles d'Europe, parfois comparée au mont Everest.

Formé par la collision des plaques eurasiatique et arabique durant l'Oligocène, le Chkhara a une topographie complexe, comprenant quatre cimes principales et cinq secondaires qui constituent chacun un objectif d'alpinisme séparé, ainsi que plusieurs pitons. Ses roches principales sont le granite, le gneiss et l'ardoise, tandis que plusieurs sources d'eau minérale témoignent de la haute concentration de certains minéraux sur la montagne. Le Chkhara est la source principale du glacier de Chkhara, où naît le fleuve Ingouri, ainsi qu'une source secondaire de plusieurs autres glaciers locaux, dont celui de Bezengui.

Toponymie Le Chkhara, comme plusieurs autres sommets du Caucase, n'est pas mentionné dans les sources historiques géorgiennes ou internationales. Cela est dû au moins en partie à sa localisation dans le nord de la Svanétie, une région géorgienne qui est en grande partie isolée du reste de la Géorgie. Ce n'est qu'à la fin du que le nom Chkhara commence à apparaitre dans les journaux académiques et cartes topographiques de la Russie impériale.

Le nom de la montagne est une ancienne appellation créée par la population des villages d'Ouchgouli. La version la plus commune de l'étymologie du nom de la montagne est sa ressemblance avec (tchkhara), qui signifie « neuf » en langue svane et serait une référence aux nombreux pics de la montagne, ou encore au fait que le Chkhara est la neuvième montagne de la muraille de Bezengui.. Une autre version lie le nom à შხარ (chkhar), un mot svane utilisé pour décrire du bétail portant une rayure blanche sur le front..

Tandis que le Chkhara est à cheval entre la Géorgie et la Russie, le russe n'a pas de nom national pour la montagne et utilise la toponymie géorgienne . En karatchaï balkar, la langue locale de la Kabardino-Balkarie (république autonome où se trouve le côté russe de la montagne), le Chkhara se nomme Ouchkhara (ушхара), qui peut être lié au mot « non-monolithique »..

Le Chkhara est plus rarement nommé « Gora Chkhara ». Le terme Gora () signifie « colline » en géorgien..

Géographie Situation thumb|left|alt=|La muraille de Bezengui, vue de Svanétie. Le Chkhara est l'une des montagnes qui forment la frontière entre la Géorgie et la fédération de Russie, une frontière qui passe sur la crête de la montagne, plaçant celle-ci dans les deux pays. En Géorgie, le sommet est situé au sein de l'agglomération d'Ouchgouli, un groupe de villages de la municipalité de Mestia dans la région de Samegrelo-Zemo Svaneti. En Russie, la montagne se trouve au sein de la réserve naturelle de haute montagne de Kabardino-Balkarie dans le raïon de Tchérek de la république autonome de Kabardino-Balkarie.

À d'altitude, le Chkhara est le plus haut sommet de Géorgie et le troisième de Russie, ainsi que le troisième sommet du continent européen. Derrière l'Elbrouz et le Dykh-Taou, le Chkhara est aussi le troisième plus grand sommet du Caucase. La montagne fait partie de la muraille de Bezengui, un massif de douze kilomètres de longueur dont le Chkhara est la limite orientale et le pic dominant. La muraille de Bezengui est incluse dans la chaîne du Grand Caucase et a été surnommée « Alpes de Svanétie » par les alpinistes du .

Le Chkhara est situé à au nord-est de Koutaïssi, la troisième plus grande ville de Géorgie, à à l'est de Mestia, le centre administratif de la municipalité géorgienne locale, et à au sud-ouest de Naltchik, la capitale de Kabardino-Balkarie. Autour de la montagne se trouvent le glacier de Chkhara où naît le fleuve Ingouri au sud, le Dykh-Taou au nord, le Djangha à l'ouest et l'Aïlama (à la frontière administrative de la région géorgienne de Ratcha-Letchkhoumi et Basse Svanétie).

Topographie thumb|Le Chkhara et ses nombreuses pointes. Le Chkhara est une montagne imposante aux pentes raides située dans une région glaciaire, présentant un défi sérieux aux alpinistes. Il comprend neuf cimes., (la face nord, du côté russe, a une hauteur de ), dont les quatre cimes principales : le sommet central, le sommet occidental ( d'altitude), le sommet oriental (), le sommet méridional () et le sommet du sud-est. Outre ceux-ci, il y a le Mirangoula Mtserval (nommé ainsi en 1968 par un groupe d'alpinistes géorgiens), le Namqouami (situé sur l'embouchure de l'Ingouri), le pic d'Ouchgouli (entre le Mirangoula Mtserval et le Namqouami) et le pic de Staline.

Plusieurs pitons existent sur le Chkhara, contribuant à la difficulté d'accéder à son sommet. Le plus saillant est le Latkhouarial, au nord-ouest du glacier de Chkhara et aux côtés du Ladjym-Kodj, connu pour être dur à atteindre. Le Namqouam (à ne pas confondre avec le pic Namqouami) est notable pour sa forme de tour, le Phitsroul est souvent décrit comme étant « plat comme une ardoise » (d'où son nom - ფიცრულ, phitsroul signifiant « ardoise » en svane) et le Tsyrniach fait face au glacier de Khaldé.

Hydrographie Le sommet du Chkhara est couvert de neige à travers l'année., mais un niveau relativement bas de précipitation solide laisse la neige dans les zones subalpines en été. La montagne est le point le plus occidental du plus long étage nival du Caucase, s'étendant sur une longueur de jusqu'au Mont Guitsola.. La surface pentue du Chkhara inclut plusieurs cascades gelées, particulièrement sur l'étage nival. En descendant de la montagne, l'étage alpin présente certains petits lacs, tel que le Namqouama Touïb en-haut du glacier de Chkhara. Ce lac ne doit pas être confondu avec un ruisseau local portant le même nom. La zone alpine et subalpine du Chkhara comprend plusieurs sources d'eau minérale connues pour leur acidité : la Latkhouaria Sguim est une source d'eau minérale sur le versant sud de la montagne connue localement comme étant utilisée par les chèvres, et le Namqouama Sguim se situe à la base du piton Namqouama. Les sources d'eau minérale sont présentes à travers la Svanétie., particulièrement utilisées par les communautés locales à Mestia pour leurs bénéfices médicaux supposés, mais aucune étude scientifique n'a encore été conduite sur le sujet..

thumb|alt=|Le glacier de Chkhara.

Plusieurs glaciers se situent au pied du Chkhara, le plus important étant le glacier de Chkhara au sud-ouest. Ce dernier couvre une surface de (grande diminution de sa superficie de en 1946) et une longueur de , et est nourri par la neige fondue et les avalanches de la montagne qui forment trois sources distinctes avant de se rejoindre à une altitude de . En descendant, le glacier se fissure et voit une large portion de moraines (faisant de Chkhara le glacier le plus couvert de débris du Caucase). Cette concentration de débris est une des causes de la lenteur de la fonte de neige. Le Chkhara constitue la principale source de l'Ingouri durant les mois chauds quand la neige et le glacier fondent, faisant de la montagne le plus haut sommet du bassin versant de la Mer Noire. Une étude conduite en 2013 par le professeur Tamaz Pavladze a démontré que l'eau de la montagne est largement présente dans la rivière à travers son cours de : 25,8 % de sa composition vient du glacier de Chkhara au niveau du village de Dizi, 21 % aux environs de Djvari et 16,8 % à Dartcheli. L'Ingouri reçoit aussi de l'eau du glacier de Namqvami, un autre glacier de la Muraille de Bezengui qui est nourri par le Chkhara...

Au nord du Chkhara se trouve le glacier de Bezengui, qui forme une vaste vallée dans la partie russe de la montagne. Couvrant une superficie totale de et une longueur de (dont une langue de ), ce glacier est le plus grand du Caucase et sépare la Muraille de Bezengui de la chaîne de Mjirgui. Le glacier se forme à une altitude de dans les monts Chkhara et Djangha et est la source du Bezengui Tcherek, une rivière qui se verse dans le Tcherek. Le Chkhara est aussi l'une des sources du glacier de Khaldé, connu pour ses névés, qui se dirige vers le sud de la montagne pour former à une altitude de la Khaldetchala, un cours d'eau qui rejoint l'Ingouri après un cours de . Le glacier de Bachkhaaouz, aussi connu comme Bachkha-aouz-Bachi, est un petit glacier sur la pente nord du Chkhara qui prend forme à une altitude de .

thumb|center|upright=2.5|alt=|Le glacier de Bezengui.

Altitude du Chkhara L'altitude du Chkhara varie de façon importante suivant les sources, les cartes et les années. La Grande Encyclopédie soviétique cite une altitude de , qui est en fait l'altitude du Chkhara occidental, l'un des pics dominants de la montagne. La carte militaire soviétique à l'échelle 1:50 000 indique une altitude de pour le sommet (pic oriental). Le géographe géorgien Levan Marouachvili estime en 1964 une altitude maximale de , ce qui est repris en 2002 dans l'Encyclopedia of World Geography. D'autres sources citent des altitudes de et . En juillet 2010, une équipe des alpinistes Peter Schoen et Boris Avdeev utilisant l'équipement Trimble GeoExplorer XT Differential-GPS (fonctionnant en GPS différentiel) mesurent 575 lieux au sommet de la montagne. En novembre, ils publient leurs résultats, prouvant une altitude exacte du sommet de aux coordonnées . Schoen admet de même que l'altitude exacte peut changer en fonction des saisons. En , les alpinistes géorgiens Artchil Bedriachvili et Guiorgui Tepnadzé, qui sont les premiers à franchir la face sud du Chkhara en hiver, calculent une altitude de au sommet..

Outre le sommet, les autres pics n'ont pas d'altitude confirmée.

Le versant nord du Chkhara atteint de hauteur. Le versant sud de la montagne, situé dans la partie géorgienne, atteint , l'une des plus grandes hauteurs en Europe.

Orogénèse et géologie La surrection des montagnes du Caucase, y compris le Chkhara, commence durant l'Oligocène, suivant la collision des plaques eurasiatique et arabique. Des datations radiochronologiques sur des prélèvements de roches indiquent un âge de d'années, ce qui en fait l'une des plus anciennes formations du Grand Caucase central. La composition géologique de la Muraille de Bezengui comprend des roches magmatiques et métamorphiques remontant au Protérozoïque et au Paléozoïque, tandis que la majorité du Chkhara, dont son sommet, est constituée de roches métamorphiques et sédimentaires datant du début du Jurassique, à l'exception notable de quelques sédiments de granitoïdes sur le versant nord remontant au Permien et au Mésoprotérozoïque. Comme pour le reste du Grand Caucase central, les déformations liées à la collision tectonique sont concentrées sur la principale faille de chevauchement qui longe le piémont sud de la chaîne, et ce contrairement au reste de la région où ces déformations sont réparties de part et d'autre de la chaîne du Grand Caucase et jusqu'au Petit Caucase.