Georges-Antoine-Prosper Marilhat, né le à Vertaizon (Puy-de-Dôme) et mort le à Paris, est un peintre paysagiste français, pionnier du mouvement orientaliste. Son œuvre peint, outre deux eaux-fortes originales, a été l'objet de plusieurs gravures et lithographies d'interprétation.

Biographie

L'enfance et l'adolescence de Prosper Marilhat, fils du banquier Pierre-Luc Marilhat et de Jeanne Boudal Delapchier du Chasseint, se déroulent entre le château de Sauvagnat« Je me rappelle tout jusqu'au "Pli des Grives", jusqu'au cigare fumé tranquillement sur les "Tertres de Bontest », écrit-il dans un courrier adressé de Syrie à sa famille. Cf. transcription de Théophile Gautier dans Revue des deux Mondes du juillet 1848, reprise dans Portraits contemporains, Paris, Charpentier, 1874, , . à Vinzelles et Thiers où il suit ses études classiques. Le dessinateur italien Giovanni ValentiniCharles Saunier, La peinture au , Larousse, coll. Anthologie d'art français, tome I, . Professeur de Charles Blanc, ce dernier le cite avec reconnaissance dans sa Vie des Peintres. (1796-1878) et l'artiste régional Michel Goutay-Riquet (1804-1858) l'initient au dessin et à la peinture.

Sa famille bourgeoise lui souhaite une carrière dans la traditionnelle coutellerie thiernoise. Pendant dix-neuf mois, Marilhat sera improvisé commis-voyageur dans le midi de la France pour le compte d'un oncle industriel coutelier. Marilhat remplit plus ses carnets de dessins que les bons de commande. Ses parents cèdent aux pressions du baron de Barante. Prosper Marilhat quitte Thiers, en 1829, pour Paris où il intègre l'atelier de Pierre-Luc-Charles Cicéri (1782-1868)Luc-Charles Cicéri (1782-1868), gendre et élève d'Eugène Isabey. qu'il abandonne rapidement pour celui de Camille Roqueplan. Il débute au Salon de 1831 avec un Site d'Auvergne.

Son goût pour Poussin et les grands classiques le font surnommer « Précis ». Le baron von Hugel qui prépare une expédition scientifique au Moyen-Orient le remarque et l'invite. Il s'embarque à Toulon sur le brick D'Assas avec toute l'expédition début , in Lettre du 30 avril 1831 à sa sœur Andrieux.. Dans sa correspondance avec sa famille, Marilhat donne des descriptions de son voyage qui font l'admiration de Théophile Gautier "Marilhat eût pu acquérir, comme écrivain, le nom qu'il a conquis comme peintre". Marilhat laisse l'expédition à Alexandrie, et, pour subsister il peint des portraits et quelques décors de théâtre. Il retourne en France sur le Sphinx, qui remorque l'obélisque de Louxor, en compagnie du lieutenant de vaisseau et graveur Léon de Joannis (1803-1868) et avec lequel il collaborera pour sa publication Campagne du Luxor (1835, page de garde et planche 15). Mi-mai 1833, il débarque à Marseille fort de dix albums de croquis et dessins. G. Schurr se trompe en écrivant « on le baptisa l'Égyptien »G. Schurr, « Le Guidargus de la peinture du à nos jours 1984 », éd. de l'Amateur, 1984, en présentant une Mosquée au Caire (hst 75×105 mise en vente le 13 décembre 1983 par l'étude Laurin à Paris). Erreur reprise dans « Les petits maîtres de la peinture », éd. de l'Amateur, 1983, vol. I, .. En effet, Marilhat écrit, en rade de Toulon, le un courrier adressé à sa sœur et signe « L'Égyptien Prosper Marilhat »Cf.T. Gautier, à 258..

Après un passage en Auvergne où il peint dans la région de Royat, Marilhat s'installe à Paris qu'il ne quittera plus jusqu'à sa mort hormis les deux mois de vacances qu'il passe dans la région thiernoise chaque année, et les deux voyages qu'il effectue en Italie et en Provence.

Il fréquente assidument le « Cercle des Arts » qui fait l'acquisition au Salon de 1841 de son tableau Souvenir des environs de Beyrouth. Comme le souligne Henri Gomot, son premier biographe, "pour lui faire manquer ce rendez-vous quotidien, il eût fallu un événement d’importance. La compagnie qu’il y rencontrait explique parfaitement son assiduité. Le salon de conversation du Cercle des Arts réunissait les hommes les plus distingués ; Marilhat, qui avait des connaissances variées et le goût délicat des choses de l’esprit, y trouvait d’intimes satisfactions. Il s’était lié avec Sthendal, Bazin, l’historien de Louis XIII, Hippolyte Baroche, Royer Collard, Delangle, les frères Johannot, Provost de la Comédie-Française, et il se plaisait à leurs entretiens dans lesquels l’art et la littérature tenaient plus de place que la politique (...) Dans ses derniers jours, qui furent si tristes, Marilhat évoquait sans cesse ses belles soirées du Cercle des Arts, celles surtout que Mérimée, son ami, son modèle, son idole, venait illuminer de sa verve intarissable, de son charmant esprit."

Marilhat grave ses deux seules eaux-fortes originales représentant les deux chef-d'œuvre : La Place de l'Esbekieh et Souvenir de la campagne de Rosette. "On ne peut que regretter un chiffre aussi faible ; Marilhat se place parmi les pionniers de l'orientalisme... En revanche, ses tableaux ont été largement diffusés par la lithographie et la gravureJanine Bailly-Herzberg, Dictionnaire de l'estampe en France 1830-1950, Arts et métiers graphiques, 1985, & ill.".

Été 1835, sur les conseils de Théodore Caruelle d'Aligny, il effectue le traditionnel voyage en Italie (Rome, Livourne, Venise, Bologne, Milan). Charles-Philippe Auguste Carey (1824-1897) gravera en 1850 La Conversation dans un parc qui représente la villa Doria Pamphilj. Il rapporte un tableau Crépuscule qui est refusé par le jury du Salon.

Été 1836, il voyage en Provence (Viviers, Villeneuve-lès-Avignon) en compagnie de Corot et d'un ami de ce dernier Achille-Adolphe Francey (1810-1892), ainsi que de Gaspard-Jean Lacroix.

Malade, Marilhat ne peut retourner en Orient, et exécute à Paris trois commandes royales en 1844 et 1845.

1846, ses amis Prosper Mérimée et Corot interviennent pour qu'une bourse de francs lui soit attribuée.

Il meurt le à Paris"Nous sommes entré dans la petite chambre... un autre tombeau avait le corps du pauvre grand artiste, mais là était enterrée son âme... pas moins de deux ou trois cents toiles" cf. T. Gautier . après avoir perdu la raison, victime de la syphilis. Son atelier (61 tableaux, 22 dessins, ...) est vendu les 13 et . Prosper Marilhat est enterré au cimetière du Père-Lachaise ( division).

Son œuvre peint a attiré l'attention d'une quarantaine de graveurs dont Julien Léopold Boilly (1796-1874), Charles Bour (1814-1881), Louis Français (1814-1897), Georges de Lafage-Laujol (1830-1858), Louis Marvy (1815-1850), William Marks (1815-1869), Marie-Alexandre Alophe (1812-1883), Adolphe Mouilleron (1820-1881), Célestin Nanteuil (1813-1873), et plus particulièrement Jean-Joseph Bellel (1816-1898)Un Paysage italien entré au Louvre en 1878 comme étant un Marilhat lui a été réattribué. Cf. L. Harambourg, ., Jules Laurens (1825-1901), ainsi qu'Eugène Leroux (1811-1863).

Il subit, comme Français, l'influence de Camille Corot avec lequel il voyage en Provence en 1835 et de Cabat et d'Aligny, peintres de l'école de BarbizonBénézit..

En 1930, pour le centenaire de l'Algérie, L'Amirauté à Alger (hst, 22×34) figure à l'exposition Alger 1930Jacques Lugand, Jean Nougaret, « Collections privées d'Auvergne », Musée Mandet, Riom, Catalogue de l'exposition juin - septembre 1970, et 104..

L'Œuvre

Un pionnier de l'Orientalisme vignette|Marilhat, La Place de l'Esbekieh au Caire, Salon de 1834 Engagé comme dessinateur pour l’expédition scientifique du baron Karl von Hügel, Marilhat effectue en 1831 et 1832 un voyage en Orient qui le conduira en Grèce, en Syrie, au Liban, en Palestine et en Haute-Égypte. Ce voyage aura une influence décisive sur son œuvre.

Au Salon de 1834, Marilhat expose les premières œuvres inspirées de ce voyage en Orient. Ses tableaux font sensation et l'imposent d'emblée comme une figure majeure de l'Orientalisme. Évoquant la Place de l'Esbekieh, l'écrivain critique d’art Théophile Gautier témoigne : "Aucun tableau ne fit sur moi une impression plus profonde et plus longtemps vibrante. J’aurais peur d’être taxé d’exagération en disant que la vue de cette peinture me rendit malade et m’inspira la nostalgie de l’Orient, où je n’avais jamais mis le pied. Je crus que je venais de reconnaître ma véritable patrie, et, lorsque je détournais les yeux de l’ardente peinture, je me sentais exilé." alt=Marilhat, Souvenirs des environs de Beyrouth, Salon de 1841|vignette|Marilhat, Souvenir des environs de Beyrouth, Salon de 1841 Le Salon de 1841 sonne pour Marilhat comme une consécration. Saluant son tableau Souvenir des Environs de Beyrouth, le journal Le constitutionnel écrit : "Sa vue des environs de Beyrouth annonce dans son talent ce progrès décisif, ce dernier pas si difficile à faire, qui sort un peintre de la ligne commune, pour le placer dans la voie des grands artistes. " Enthousiaste, Théophile Gautier consacre Marilhat comme révélateur de l'Orient : "C’est bien là le peintre de la mosquée d’Abou-Mandour, de la place de l’Esbekieh et de tant d’autres révélations de l’Orient. Voilà bien le dessin ferme, la couleur éclatante, le soleil à pleine toile, les terrains de sable brûlant et de pierre ponce ; les grands arbres exotiques filant hardiment dans la limpidité de l’air...." L'œuvre est acquise par le Cercle des Arts, un cercle qui réunit l'élite intellectuelle et artistique et où Marilhat côtoie notamment Stendhal, Mérimée et Chopin. alt=Marilhat, Arabes syriens en voyage, Salon de 1844|vignette|Marilhat, Arabes syriens en voyage, Salon de 1844, Musée Condé Absent du Salon en 1842 et 1843, Marilhat expose pour la dernière fois au Salon de 1844. Il présente six tableaux orientalistes, de plus petits formats : Arabes syriens en voyage, Un village près de Rosette, Souvenir des bords du Nil. Une ville d'Égypte au crépuscule, Café sur une route en Syrie et Vue prise à Tripoli. Dans la Revue du Salon, Arsène Houssaye écrit : "Jamais je n'avais si bien voyagé en Orient, même avec les poètes. Vingt volumes de descriptions ne m'en diraient pas autant." Qualifiant ses tableaux de "diamants", Théophile Gautier affirme que le Salon de 1844 constitue "le chant du cygne de Marilhat".

Mort à trente-six ans, Marilhat n'aura en tout exposé que vingt-deux tableaux orientalistes aux Salons entre 1834 et 1844. En dépit de ce nombre peu élevé, son œuvre marque fortement ses contemporains qui reconnaissent en lui un pionnier du mouvement orientaliste, au même titre qu'Alexandre Gabriel Decamps. À l'occasion de l’Exposition universelle de 1855, première exposition internationale d'art, Maxime Du Camp écrit ainsi : “On peut dire de [Decamps] et de Marilhat qu’ils ont, en peinture, été les Christophe Colomb de l’Orient.”

L'œuvre de Prosper Marilhat influencera toute une génération de peintres orientalistes, notamment les peintres Eugène Fromentin et Léon Belly. Comme le rappelle Arsène Houssaye : " l'exposition des œuvres de Marilhat fut pour Eugène Fromentin la vision sur le chemin de Damas. " L'écrivain et critique d'art Joris-Karl Huysmans quant à lui, décèle l'influence de Marilhat dans le chef d'œuvre de Léon Belly, Pèlerins allant à La Mecque, aujourd'hui conservé au Musée d'Orsay à Paris.

L'œuvre de Marilhat aura également une forte résonance sur les écrivains, non seulement Théophile Gautier mais aussi Gérard de Nerval. Spécialiste de l'orientalisme littéraire et du récit de voyage en Orient, Sarga Moussa souligne que " l’Orient s’est présenté à Nerval bien avant que celui-ci ne s’y rende. L’un des médiateurs en fut sans doute Prosper Marilhat ". Théophile Gautier raconte comment Marilhat peignit sur les boiseries de l'appartement que Gérard de Neval occupait avec Arsène Houssaye " trois palmiers s’épanouissant au-dessus du dôme d’une mosquée."

Le premier témoin fidèle des paysages orientaux