Célestin Baptistin Freinet est un pédagogue français, né le à Gars (Alpes-Maritimes) et mort le à Vence (même département).

D'abord au Bar-sur-Loup, puis surtout à VenceL'école Freinet à Vence : L'école Freinet L'école Célestin Freinet (école publique à statut spécifique) Institut Frénet à Vence, il développe avec son épouse Élise Freinet, et en collaboration avec un réseau d'instituteurs, toute une série de techniques pédagogiques basée sur l'expression libre des enfants : texte libre, dessin libre, correspondance interscolaire, imprimerie et journal scolaire, enquêtes, réunion de coopérative... Militant engagé, politiquement et syndicalement, en une époque marquée par de forts conflits idéologiques, il conçoit l’éducation comme un moyen de progrès et d’émancipation politique et civique.

Son nom reste attaché à la pédagogie Freinet qui se perpétue de nos jours, notamment via le Mouvement de l'École moderne. Tandis que certaines techniques développées par Freinet ont pénétré l'institution scolaire, elles ont également inspiré la Pédagogie institutionnelle et des approches plus libertaires, autogestionnaires. L'École Freinet, de Vence, devenue publique en 1991, est inscrite aux monuments historiques..

Biographie Enfance Freinet naît en 1896 dans le petit village de Gars, dans les Alpes-Maritimes. Il est l'avant-dernier enfant d'une famille qui comptera six enfantsSes parents ont pu héberger également deux enfants de l'Assistance.. Seuls son frère et sa sœur plus âgés survivront jusqu'à l'âge adulte. Son père Joseph, Delphin Freinet, est cultivateur (décédé en 1939), sa mère Marie Victoire Torcat (décédée en 1929) s'est occupée de l'épicerie du village. Enfant, il lui arrive de garder les troupeaux.

La Grande Guerre Reçu au certificat d'études primaires, il est admis à l'école primaire supérieure (en internat) à Grasse en 1909. Il obtient son brevet et entre à l'école normale d'instituteurs de Nice, qu'il fréquente de 1912 à 1914. Le , il obtient un poste d'instituteur intérimaire à Saint-Cézaire en remplacement du titulaire appelé sous les drapeaux. Mobilisé à son tour, incorporé le et nommé aspirant le , il est versé dans l'infanterie. Il participe à l'offensive du Chemin des Dames. Le , il est grièvement blessé par balle au poumon (il en gardera des séquelles sa vie durant). Il passe sept mois à l'hôpital militaire de Soissons. Reconnu mutilé de guerre à 70 %, il est décoré de la croix de guerre et de la médaille militaire. Il demande à son administration une affectation compatible avec son état de santéBlessé à la poitrine lors de la guerre, ne pouvant parler longtemps, il ne pouvait faire la classe de façon traditionnelle.. En , il est nommé à La Croix Villard, où il ne se plaît pas. Le , il reçoit son avis d'affectation au Bar-sur-Loup. Il se lie d'amitié au romancier Henri Barbusse et noue des relations avec Henry Poulaille.

Les débuts vignette|redresse=1.6|L'engagement pacifiste et anti-capitaliste de Freinet le conduit à mettre en œuvre une pédagogie d'émancipation qui transforme l'humanité et dépasse le capitalisme exploiteur, contraignant l'individu à être formé pour devenir le facteur de production de l'industrie ou de la chair à canon (la pyramide du système capitaliste, 1911). Le , il est nommé instituteur adjoint à l’école du Bar-sur-Loup. Il passe et réussit le concours de professeur d’École primaire supérieure en 1922. Il refuse un poste à Brignoles pour poursuivre l'expérience pédagogique qu'il a déjà entamée. C'est au Bar-sur-Loup qu'il entame son travail de pédagogue : mutilé de guerre, il adapte son enseignement pour tenir compte de son état de santé.

En , il publie son premier article, dans l'École émancipée, qui est une traduction d'un article d'un auteur allemand, Adolphe Röchl.

Il se lance dans le mouvement de l'Éducation nouvelle. Certaines lectures l'aident à concevoir une pratique pédagogique qu'il appellera « moderne » : il s'inspire notamment du philosophe américain John Dewey. Divers voyages lui permettront de découvrir des méthodes alors inconnues en France.

L'été 1922 son premier voyage à l'étranger l'emmène en Allemagne où, invité par Siems, il visite les écoles primaires de Hambourg, et notamment les écoles libertaires de Hambourg. Il rend compte de ce voyage dans un article (en octobre et sur deux numéros, dans L'École émancipée). Il ne trouve pas probante cette pédagogie, car trop individualiste et trop peu organisée selon lui.

Il écrit dans L'École émancipée et dans Clarté (où il publie neuf articles de à ).

En 1923, il participe au congrès de la Ligue internationale pour l'éducation nouvelle à Territet-Montreux, où il fait la connaissance d'Adolphe Ferrière, à qui il vouera une amitié fidèleAdolphe Ferrière (1879-1960), par Daniel Hameline (Freinet se distingue de Ferrière, chrétien, par son anticléricalisme ; L'École active de Ferrière, publié en 1924, sera un des livres de chevet de Célestin Freinet). Celui-ci rencontre encore le Dr Decroly (l'école atelier), Roger CousinetEn 1924 Freinet adhère à La Nouvelle éducation, une association fondée par Cousinet et Madeleine Guéritte ; en 1937, toutefois, La Nouvelle Éducation prend ses distances avec Freinet, à cause de ses prises de position politiques. D'après Pierre Boutan, « Les débuts de l’Éducation nouvelle en Algérie d’après le Bulletin de la Fédération algérienne du Syndicat National des Instituteurs », Recherches & éducations, 4 | mars 2011, [En ligne], mis en ligne le . URL : Les débuts de l’Éducation nouvelle en Algérie d’après le Bulletin de la Fédération algérienne du Syndicat National des Instituteurs. Consulté le 23 août 2026., le professeur genevois Charles Baudouin, Émile Coué et aussi le professeur Cizek, de Vienne. Freinet peut y entendre Paul Geheeb.

À la rentrée scolaire d'octobre 1924, ayant fait l'acquisition d'une presse CINUP, il modifie sa pédagogie en la centrant autour de l'écriture et la lecture de textes imprimés. C'est aussi en 1924 qu'il introduit la pratique de la correspondance scolaire. La connaissance de l'espéranto est pour lui à cet égard un avantage affirmé.

En , il visite l'URSS avec Maurice Wullens en tant que membre d'une délégation syndicale (invitée par le Syndicat panrusse des travailleurs de l'enseignement) et fait ainsi la connaissance de l'épouse de Lénine, Nadejda Kroupskaïa, occupant alors un poste équivalent à celui de ministre de l'Éducation en Occident. Ce voyage lui inspirera (Mes impressions de pédagogue en Russie soviétique, in : L'École émancipée du ).

Il se marie avec Élise Lagier-Bruno, institutrice et artiste, en à Saint-Martin-de-Queyrières (de leur union naîtra une fille, Madeleine Freinet qui épousera Jacques Bens). Le , un article du Temps salue « L’École de Gutenberg ».

À la rentrée scolaire de 1926 commence la première expérience de correspondance interscolaire régulière, entre la classe de Freinet du Bar-sur-Loup et celle de René DanielRené Daniel ne craint pas de faire classe aussi en breton, ce qui est interdit à l'époque de Saint-Philibert-en-Trégunc. Ils échangeront également des films tournés en Pathé-Baby. Relatée en 1927-1928 dans L'École émancipée, cette expérience incitera d’autres instituteurs/trices à se joindre à eux, formant ainsi un réseau de correspondants dans toute la France et même à l'étranger.

En 1926, il lance une Coopérative d'entraide pédagogique, dont le bulletin mensuel a pour titre L'imprimerie à l'école.

En est créée La Gerbe, coorevue d'enfants, qui regroupe une sélection de textes produits dans le cadre de la correspondance scolaire.

Dans la foulée du congrès de la Fédération de l'enseignement unitaire qui se tient à Tours en , il prend une part active au Congrès international de l'imprimerie à l'école et participe à la création de la « Coopérative d'entraide de l'imprimerie à l'école » . À l'occasion de ce même congrès, Freinet et Rémy Boyau projettent deux petits films tournés en Pathé-Baby : il y est décidé de créer une coopérative pour développer cette activité, ce qui est fait le avec la création d'une « société anonyme à capital et personnel variables » [forme légale des coopératives] dénommée « Cinémathèque Coopérative de l'Enseignement Laïc » ayant son siège à Bordeaux. Cet organisme doit assurer prêts et vente de films, projecteurs, caméras et envisage la production de films pédagogiques. Grâce aux liens existant entre Charles Pathé, ayant une résidence à Tourettes-sur-Loup et les Freinet, cet organisme bénéficie de conditions tarifaires intéressantes. Au second congrès à La Bellevilloise, en 1928, la Société de la Cinémathèque, fusionnant avec la Coopérative d'entr'aide pédagogique (créée en 1926), devient la « Coopérative de l'enseignement laïc » dont le siège est maintenu à BordeauxDidier Nourrisson, Paul Jeunet, Cinéma-école, aller-retour : actes du colloque de Saint-Étienne, novembre 2000, Université de Saint-Étienne, 2001 ; le bulletin prend alors pour nom L'Imprimerie à l'École, le Cinéma, la Radio et les Techniques nouvelles d’Éducation populaire, revue pédotechnologique mensuelle, organe de la Coopérative de l'Enseignement laïc.

En 1928, Freinet est nommé à l'école primaire de Saint-Paul-de-VenceSon épouse Élise qui n'a pu obtenir de poste à Saint-Paul, refuse l'affectation qui lui est proposée et reste en congé sans traitement jusqu'en 1930.. Il a déjà mis en œuvre l'essentiel de ses méthodes : l'imprimerie, la correspondance interscolaire, la coopérative scolaire, et il a mis sur pied, au niveau national, la Coopérative de l'enseignement laïc (CEL). Grâce à sa participation à des congrès nationaux et internationaux, il s'est déjà fait un nom dans le monde pédagogique.

En 1929, avec Roger Lallemand, ils ont l’idée du Fichier scolaire coopératif.

En naît Madeleine, leur fille et unique enfant.

En , Freinet, par la Bibliothèque de travail (BT), s'est engagé dans une entreprise d’auto édition indépendante. En paraît le premier numéro de L'Éducateur prolétarien, le nouveau nom donné à la revue L'imprimerie à l’École. La CEL produit le court-métrage Prix et Profits réalisé par Yves Allégret, en collaboration avec le Groupe Octobre. Ce film, dans lequel apparaissent les frères Prévert, est attaqué dans L'Écho de Paris et L'Action française.

Hors de l'école publique Laffaire de Saint-Paul-de-Vence de 1933Laurence De Cock, Une journée fasciste. Célestin et Élise Freinet, pédagogues et militants, Agone, , 2022 . va donner à Freinet, déjà connu internationalement en tant que pédagogue, une notoriété nationale en un moment qui précède la crise de février 1934. S'étant plaint de ses conditions d'enseignement et de l'absence d'engagement municipal envers l'école primaire publique de Saint-Paul-de-Vence, Freinet se trouve en conflit ouvert avec le maire de la commune, Joseph Demargne, qui se plaint de ses méthodes. Certains parents puis l'administration s'en prennent à cet instituteur membre du Parti communiste, « mauvais éducateur de la jeunesse » qui fait l'objet d'enquêtes policières. La presse locale d'abord, puis nationale se fait l'écho de ce conflit. Maurras dans L'Action française relance les attaques contre Freinet et ses méthodes tandis que L'Humanité le défend. Le 28 février 1933, le conseil départemental de l'Éducation nationale lui inflige la peine de censure à laquelle l'instituteur fait appel. L'hostilité croissante de certains villageois conduit le Préfet à aviser Freinet de sa mutation d'office « dans l'intérêt de l'école laïque », le 21 juin 1933. Refusant une réaffectation au Bar-sur-Loup, l'instituteur obtient une mise en congé maladie puis prend sa retraite anticipée de l'Éducation nationale en 1935, ce qui lui permet d'ouvrir avec sa femme Élise, son école privée à Vence.

Au congrès de la Ligue internationale pour l'éducation nouvelle de 1935, il fait part du projet de créer un Front de l’enfance ; Romain Rolland accepte d'en prendre la présidence.