René Michel Jules Joseph Chambe (né le à Lyon, arrondissement, et mort à Baudinard-sur-Verdon, Var le ) est un général français, aviateur et écrivain.

Pionnier de l'aviation de chasse durant la guerre de 1914-1918, il est célèbre pour ses écrits sur l'aviation, notamment son Histoire de l’aviation (Flammarion, 1949). Dans les années 1930, il structure le Service Historique de l'Armée de l'Air (SHAA) puis devient directeur de l'Ecole de l'Air (future École de l'air et de l'espace). La Seconde Guerre mondiale le porte aux côtés du général Giraud, puis des généraux Alphonse Juin et de Jean de Lattre de Tassigny.

Enfance et adolescence vignette|Plaque commémorative de sa naissance rue Jarente, dans le de Lyon. Fils d'avocatArchives municipales de Lyon, état-civil en ligne, registre des naissances du , année 1889, acte (portant mention marginale de décès)., il fait ses études chez les Dominicains du collège Saint-Thomas-d'Aquin d’Oullins et au Lycée Ampère (Lyon). Il passe son enfance au château de MonbalyRené Chambe, Souvenirs de chasse pour Christian (Flammarion, 1963), Le cor de Monsieur de Boismorand (Presses de la Cité, 1971), Les cerises de Monsieur Chaboud (Plon, 1983). à Vaulx-Milieu (Isère) et à Lyon. Comme beaucoup d'enfants de sa génération née après 1870, il est pétri par l'esprit de la Revanche.

Carrière militaire À , en 1908, il s’engage dans l'armée et choisit la Cavalerie. Il est incorporé au de hussards à Tarbes comme simple soldat. Sorti du rang, il est promu sous-lieutenant le , à sa sortie de l’École de Saumur. Il est alors affecté au de dragons de Limoges.

Première Guerre mondiale C'est avec le de dragons qu'il participe à la première partie de la guerre de 1914-1918 : entrée en Alsace-Lorraine en , bataille de la Marne, course à la mer, opération de l’Yser en Belgique.

En , il quitte la cavalerie sur sa demande pour entrer dans l’aviation et obtient son brevet d'observateur. En , il est affecté à une escadrille (D6) de reconnaissance d’armée ( du général Franchet d’Espèrey). Mais le , la première escadrille de chasse est créée, c'est l'escadrille MS 12 qui compte pilotes et observateurs triés sur le volet par le commandant Charles Tricornot de Rose, chef de la section aéronautique de la . L'escadrille est commandée par le lieutenant de Bernis, on y trouve Pelletier-Doisy (pilote), Navarre (pilote), Robert (), Jacottet (), Bodin, Mesguich (pilote), Gasnier (pilote), Moinier et Chambe notamment. C'est le temps des pionniers de l'aviation de chasse qui s'ouvre.

Le , le sous-lieutenant Chambe abat son premier avion allemand, comme passager de Pelletier-Doisy, pilote, sur un « parasol » (Morane-Saulnier Type L). L’avion ennemi, un Albatros C, est tombé dans les lignes françaises. C'est la cinquième victoire aérienne française, au lendemain de deux autres victoires retentissantes, celle de Roland Garros, seul à bord de son avion pour expérimenter le tir à travers l'hélice, puis celle de Navarre et Robert (MS 12). Le sous-lieutenant Chambe et l'adjudant Pelletier-Doisy sont faits chevaliers de la Légion d’honneur par le général Franchet d’Espèrey. Ils sont décorés le avec leurs camarades Navarre et Robert. Fin , il est victime d'un accident aérien alors qu'il est passager de Jean Navarre… lors d'une chasse aérienne à l'outarde canepetière !

Nommé lieutenant à la suite de sa première victoire, il apprend à piloter dès l' avec l'adjudant Mesguich de l'escadrille 12, obtenant son brevet civil à l' et son brevet militaire en , ce qui lui permettra de piloter seul son avion de chasse devenu monoplace. C'est avec le Nieuport dit « Bébé Nieuport » qu'il participe aux combats aériens au-dessus de Verdun en , à la suite de la fameuse injonction du général Pétain au commandant de Rose : « Rose, je suis aveugle, balayez-moi le ciel ! ». La 12 alterne ainsi ses missions autour de Reims et à Verdun. Il observe surtout que le temps des « duels chevaleresques » est terminé. La physionomie des combats s'est muée en de redoutables mêlées entre escadrilles entières.

Chambe est désigné au début de l' pour partir pour la Roumanie afin d’y mettre au point l’aviation de chasse roumaine encore inexistante. Il arrive à Bucarest le après trois semaines de voyage, juste avant la déclaration de guerre par la Roumanie. Sa mission, avec tant d'autres Français, est un prélude à l'arrivée de la mission militaire française en Roumanie dirigée par le général Berthelot. À l'automne, avec l'arrivée officielle de la mission, il prend le commandement de la première escadrille de chasse franco-roumaine, l'escadrille N1 (trois pilotes français, trois pilotes roumains, un pilote anglais, deux pilotes russes), équipée d'avions français Nieuport. Il prend part à toutes les opérations de guerre de la Roumanie. Il connaît ainsi les premiers succès en Bulgarie, et Transylvanie, puis la perte de Bucarest, les revers d’Olténie, la retraite dans les boues de Valachie, l’arrivée de la neige, l'hiver rude de 1916-1917. Chambe est nommé capitaine (à titre temporaire) le , afin de lui donner plus de poids vis-à-vis des officiers roumains. L’escadrille N1 n’a pas cessé de combattre. Elle abat de nombreux avions allemands ou autrichiensSon expérience lui inspirera le thème de son roman Sous le casque de cuir (Baudinière, 1928).. L’été revenu, la Roumanie tente de reprendre l’offensive.

Le , Chambe est blessé en combat aérien lors de la bataille de Mărășești. Atterrissant dans les lignes russes, il est pris en charge dans un hôpital de campagne avant d'être rapidement transféré au château de Ghidigeni, propriété de la famille Chrissoveloni qui abrite la famille royale roumaine. Les infirmières, dont la reine Marie en personne, sont issues des grandes familles roumaines. Fin , il est finalement évacué vers la France pour parfaire les soins. Il repart ainsi, seul avec deux cannes, à travers la Russie, en proie déjà à la révolution russe. Soigné en France, Chambe reparaît sur le front français en . Il est adjoint au commandant de l’aéronautique du d’armée. Il prend part ainsi aux opérations décisives qui se déroulent au printemps devant Verdun et en Champagne, puis en Artois. L'aéronautique du est ensuite face aux Vosges en . Il prend le commandement de cette unité aérienne qui compte quatre escadrilles dont trois divisionnaires. Il entre ainsi en AlsaceRené Chambe, Ce qui ne s’oublie pas. En Alsace retrouvée. (Revue des Deux Mondes, 15 novembre 1933) et Le journal de guerre du Capitaine Chambe, in Jacques Granier, Novembre 1918 en Alsace. Album du cinquantenaire (Éditions des Dernières nouvelles de Strasbourg, 1969) et à Strasbourg, avec ses équipages, aussitôt après l’armistice de 1918 (René Chambe, Entrée des troupes à Strasbourg, novembre 1922. Document dactylographié non publié. Archives familiales René Chambe.), avec l’armée du général Henri Gouraud, à laquelle appartient son unité.

Entre-deux-guerres

Le capitaine Chambe, officier de cavalerie, opte définitivement après la victoire pour l’aviation, où il sert depuis quatre ans et où il finira sa carrière.

Il est successivement officier d’état-major, chargé des questions d’aéronautique au (Lyon), commandant de groupe dans une escadre (Lyon-Bron). Nommé commandant, il est désigné pour devenir le chef d’état-major du groupement d'aviation de bombardement (c’est-à-dire de l’ensemble des forces de bombardement de jour et de nuit de l’aviation française) aux ordres du général de Goÿs, à Paris. Le général de division Victor Denain, ministre de l’Air, l’appelle auprès de lui à son cabinet militaire où il exerce les fonctions de sous-chef de cabinet, chargé des questions d’information et d’expansion aériennes en 1934 alors que l'Armée de l'Air vient d'être créée comme une armée à part entière.

En 1936, le lieutenant-colonel Chambe qui, entre-temps, a créé sur les indications du général Denain le service historique de l'armée de l’air (SHAA), est nommé directeur des études à l'École de l'air qui vient d’être créée. Au , il prend à Lyon le commandement de la de bombardement. Cette escadre est mobilisée et reçoit ses missions de guerre au moment de la tension de Munich en .

Les Accords signés, le colonel Chambe effectue avec toute son escadre, à titre d’entraînement de guerre, une des premières traversées aériennes en unité constituée de la Méditerranée, de la base d'Istres à Tunis sans escale"Les manœuvres de tir des et escadres" in Les Ailes du 17 novembre 1938 (source gallica.bnf.fr) et "Vingt-et-un "Amiot 143" de la base de Bron ont pris leur vol hier pour l'Afrique du Nord. Raid aérien." in Le Petit Dauphinois du mardi 8 novembre 1938.. Cette traversée a lieu sans incident. Les liaisons radio spécialement étudiées y sont expérimentées avec succès.

Le colonel Chambe reçoit l’ordre secret, en , l’affectant, en cas de guerre, au commandement des Forces aériennes (aviation et artillerie de D.C.A.) de la . C’est un commandement d’officier général, aux ordres du général Henri Giraud.

Seconde Guerre mondiale

Le , le colonel Chambe réunit son état-major aux environs de Reims, où se concentre la , en position centrale. En , cette armée est portée face à la Belgique, le long de la frontière belge, en situation d’attente.

Les forces d’aviation de la France apparaissent singulièrement faibles et peu nombreuses au regard des forces aériennes allemandes. Chambe pousse Giraud à réclamer l’accroissement des forces d’aviation de son armée auprès de l’état-major général, mais en vain. Le , sur l’ordre de Giraud, Chambe organise à son P.C. de Saint-Omer un important Kriegsspiel, où est étudiée l’action probable de l’aviation allemande le jour où l’ennemi se décidera à passer à l’offensive, et auquel assistent tous les généraux de la et un certain nombre d’officiers généraux ou supérieurs des armées voisines (parmi lesquels le colonel Charles de Gaulle). Beaucoup se demandent si le colonel Chambe n’a pas surestimé les forces aériennes de l’ennemi, en particulier le nombre de ses groupes de bombardement et ses possibilités d’action. Mais le prouve que ces estimations étaient encore au-dessous de la vérité. Le bombardement simultané de tous les d’armée, de corps d’armée, voire de divisions, des terrains d’aviation et des nœuds de communications français dessille un peu tard les yeux du commandement. Chambe, anticipant les bombardements, fait stationner ses appareils de manière dispersée et en petits groupes dans tout le secteur de la . Il évite ainsi la destruction de ses avions.

Au cours de la période , les forces aériennes de la préservées se battent avec acharnement contre l’adversaire. Le soldat au sol n’avait pas vu les aviateurs dans la bataille ; pourtant la citation collective donnée aux forces aériennes du colonel Chambe par le général Frère commandant la tente de prouver le contraire. En réalité, Chambe a déploré la politique d'armement de la France en matière d'aviation, délaissant la production d'avions de chasse au profit d'un appui sur un « avion à tout faire » illusoire, sorte de bombardier rapide, trop vulnérable contre la chasse ennemie, pas assez important pour égaler les bombardiers adverses.

L'armistice du 22 juin 1940 signé, le colonel Chambe est atteint par le brutal abaissement des limites d’âge imposé par l’ennemi aux officiers de l’aviation française, réduite à presque rien.