Le Carême du rite byzantin, plus communément appelé Grand Carême, est une période de jeûne et d'approfondissement de la foi pratiqué dans les Églises d'Orient — Églises orthodoxes et Églises catholiques de rite byzantin. Le Carême de rite byzantin est identiquement pratiqué par les Églises de rite grec-melkite et grec-catholique ou uniate (Églises de rite byzantin ayant reconnu la primauté de l'Église catholique romaine, et n'étant donc plus considérées par les autres Églises orientales comme orthodoxes).

La signification du Grand Carême ne peut être saisie qu'au regard de sa destination : la fête de Pâques<ref>Selon l'interprétation d'un des plus importants théologiens orthodoxes du , Alexandre Schmemann : « Avant tout le carême est un voyage spirituel et sa destination est Pâques ». Le Grand Carême', Alexandre Schmemann, Abbaye de Bellefontaine, 1974.</ref>. La participation au carême et la fidélité avec lequel il est respecté marquent l'importance que l'Église porte à la fête de Pâques« Toute la liturgie de l'Église est ordonnée autour de Pâques, et, ainsi, l'année liturgique, c'est-à-dire la succession des saisons et des fêtes, devient un voyage, un pèlerinage vers Pâques, vers la Fin qui est en même temps le Commencement : fin de ce qui est vieux, commencement de la vie nouvelle, un passage constant de ce monde au Royaume déjà révélé en Christ. » in Le Grand Carême, Alexandre Schmemann, Abbaye de Bellefontaine, 1974.. C'est en effet lors de la fête de Pâques que se rassemble le plus grand nombre de fidèles dans les pays de tradition byzantine (comme dans la tradition catholique) ; c'est, bien plus qu'à Noël, la fête à laquelle participent même ceux qui ne pratiquent pas régulièrement.

Cependant cette préparation à Pâques ne doit pas être comprise comme une fin en soi. L'Église met en garde contre le risque d'une rigueur excessive dans le rituel. C'est ainsi que la liturgie rappelle, lors de la période du petit carême, la parabole du Pharisien et du Publicain ; mais plus important encore, la liturgie de Pâques, dans l'homélie attribuée à saint Jean Chrysostome, énonce : Que vous ayez jeûné ou non, réjouissez-vous aujourd’hui. La table est préparée, goûtez-en tous ; ... que nul ne s’en retourne à jeun. ... Que nul ne se lamente sur ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau. Que nul ne craigne la mort, car celle du Sauveur nous en a délivrés.

La pratique du jeûne Le jeûne n'est pas seulement un ensemble de règles alimentaires : en tous cas, le carême ne saurait y être identifié. C'est avant tout un épurement du superflu et des entraves au rapport avec Dieu. Le carême a pour objet de ramener le fidèle à l'essentiel. Jésus-Christ répliqua à Satan qui essayait de l'éprouver dans son jeûne au désert : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matthieu, 4, 4). Le jeûne est souvent décrit dans les Églises d'Orient comme un effort pour se libérer des désirs qui asservissent l'esprit à des biens non essentiels.

Cependant, les Pères affirment que cet effort n'est rien sans le secours de la prière (il ne s'agit pas d'arriver seulement à une maîtrise de soi, mais bien de réorienter son désir). Une parole mémorable (un apophtegme) d'un Père du désert, souvent citée dans le rite byzantin, affirme que l'on ne peut se glorifier de jeûner sans prier et sans amour, car les démons jeûnent eux aussi (car ils n'ont pas besoin de manger). L'Église condamne par ailleurs toute volonté de performance dans le domaine des règles alimentaires comme le révèle cet autre célèbre apophtegme : Abba Isaac vint chez Abba Pœmen. Il le vit en train de se verser un peu d'eau sur les pieds ; comme il était très libre avec lui, il lui demanda : “ Pourquoi certains ont-ils fait preuve d'intransigeance en traitant durement leur corps ? ” Abba Pœmen répondit : “ Nous, nous n'avons pas appris à tuer le corps, mais à tuer les passions ”. Et il dit encore : “ Tous les excès viennent des démons ”Abba, dis moi une parole, Apophtegmes des Pères du désert, choisis et traduit par Lucien Regnault, Solesmes, 1998, ..

Le jeûne alimentaire Pendant le Grand Carême, la plupart des fidèles pratique un jeûne alimentaire qui répond à certaines règles générales. Cependant, ces règles, décrites ci-dessous, ne doivent pas être appliquées aveuglément : selon la tradition des Églises d'Orient toute décision de jeûner se fait en consultation avec son Père spirituel (généralement son confesseur) afin d'en définir les modalités, adaptées à la personnalité de chacun (c'est ainsi que certains Pères, paradoxalement, peuvent recommander du repos à ceux qui sont incapables de s'en accorder).

Les règles générales du jeûne consistent à s'abstenir totalement de viande et de laitages (et certains jours de vin et d'huile). Cependant, le carême n'est pas pratiqué de la même manière les jours de la semaine (c'est-à-dire du lundi au vendredi), et en fin de semaine. En effet, le samedi (jour du sabbat) et le dimanche (jour du Seigneur) sont considérés par l'Église orthodoxe comme jours de fête incompatibles avec un jeûne trop strict. Tandis que l'on s'abstiendra pendant la semaine de viande, d'huile (comme de toute matière grasse) et de vin, en se limitant de préférence à un seul repas par jour (le soir), il est en revanche permis les samedis et dimanches de carême de prendre deux repas par jour, accompagnés d'huile et de vin (mais pas de viande).

+ Règles générales du jeûne alimentaire Du lundi au vendredi Samedi et DimancheDe préférence un seul repas par jourDeux repas par jourNi huile ni vinHuile et vin autorisésAucun produit d'origine animale. (Ni viande, ni poisson, ni produits laitiers, ni œufs.)Aucun produit d'origine animale. (Ni viande, ni poisson, ni produits laitiers, ni œufs.)

Ces règles de jeûnes alimentaires doivent s'accompagner de méditations, d'efforts spirituels, d'assistance aux offices, sans quoi elles perdent tout intérêt spirituel et omettent ce qui en constitue le sens.

La manière de vivre pendant le carême Le carême ne saurait se limiter à des actes extérieurs comme les règles alimentaires et la présence aux offices. Cette période implique une transformation générale de son genre de vie en accord avec ces efforts. La plupart des fidèles, par exemple, évitent le cinéma et les boîtes de nuit pendant la durée du carême, réduisent leurs sorties afin de créer un climat plus simple, plus dépouillé, sans trop de divertissements, avec son rythme propre. (De nos jours, certains fidèles éteignent leur télévision durant le carême, particulièrement les première, quatrième et septième semaines). Comme on se prive des plaisirs de la table, il s'agit de s'ouvrir à des nourritures spirituelles plus stimulantes pour l'esprit et pour l'âme, lectures saintes, contemplation des œuvres d'art...

Il est de coutume de ne célébrer ni fête, ni mariage durant le Grand Carême, afin d'en respecter le "ton". Ce ton particulier au carême porte, dans le rite byzantin, le nom de "radieuse tristesse" (du , « tristesse produisant la joie ») : durant le carême, la joie véritable résulte de l'effort à se détacher des entraves matérielles.

De même, la liturgie de saint Jean Chrysostome, considérée comme une véritable fête, n'est pas célébrée durant le carême. L'Eucharistie est donnée uniquement le dimanche lors de la Liturgie de saint Basile, plus longue et plus solennelle.

L'entrée dans le carême Si le Grand Carême est strict, il est préparé de façon progressive. Toute grande fête ou période liturgique doit, selon la tradition orientale, être préparée, afin de permettre une conversion progressive. Le carême est donc anticipé lors de cinq dimanches, évoquant chacun, par leurs lectures évangéliques, les étapes fondamentales de la conversion. Cette période est appelée petit carême ou pré-carême.

+ Préparation du Grand Carême Les dimanches initiant la semaine Évènements suivant ces dimanches Nom de la semaine suivant ces dimanches Règles de jeûne pendant la semaineDimanche du Publicain et du PharisienSemaine de la viandeLa viande est permise même le mercredi et le vendrediDimanche du Fils prodigueSamedi des défunts Semaine normale (jeûne les mercredi et vendredi)Dimanche du Jugement dernierCarnaval à partir du dimanche soirSemaine des laitagesLa viande est supprimée, mais non les laitages, ni les œufs, qu'on peut même manger les mercredi et vendrediDimanche du PardonFin du Carnaval ; Lundi PurLe Grand Carême débute lors du Lundi Pur Jeûne strict : aucune nourriture le Lundi Pur, légumes et fruits sans huile le reste de la semaine

Première semaine de pré-carême, dite semaine de la viande La viande est autorisée cette semaine, même le mercredi et le vendredi qui sont habituellement des jours de jeûne.

Le premier dimanche ouvrant la première semaine de pré-carême, est appelé le dimanche du Publicain et du Pharisien. L'évangile (Luc ) de ce dimanche évoque la valeur de l'humilité, la prière humble du publicain étant agréée et non celle, fière, du pharisien.

Le Seigneur dit cette parabole : ” Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l’un était Pharisien et l’autre publicain. Le Pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers. Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel, mais il se frappait la poitrine, en disant : Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! Je vous le dis : ce dernier descendit chez lui justifié, l’autre non. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé ”Luc, dimanche du publicain et du pharisien.

Deuxième semaine de pré-carême Le deuxième dimanche de pré-carême, premier jour de la deuxième semaine, est appelé le dimanche du Fils prodigue. L'évangile de ce dimanche (Luc ) évoque la possibilité de résoudre le sentiment d'être exilé de Dieu, de revenir à lui.