Georges Jacques Danton, dit aussi d'Anton, né le à Arcis-sur-Aube et mort guillotiné le (16 germinal an II) à Paris, est un homme politique français de la Révolution française.

Avocat modeste et inconnu à la veille de la Révolution, Danton fait ses classes révolutionnaires à la tête des assemblées de son quartier et en particulier du district des Cordeliers, dont il devient un orateur réputé.

Élu second substitut du procureur de la Commune, puis entrée à la Convention nationale, entre la fin de 1791 et l’été 1792, Georges Danton passe d’une notoriété encore locale à un rôle politique de premier plan. La chute de la monarchie marque un tournant décisif. Nommé ministre de la Justice du Conseil exécutif provisoire, il devient l’une des figures majeures de la Révolution.

Acteur central de la crise de l’été 1792 face à l’invasion des armées coalisées, il participe à la mobilisation nationale et prononce le célèbre discours du 2 septembre appelant à l’audace. Fort de ses réseaux parisiens, il est élu le 20 septembre 1792 député de Paris à la Convention nationale. Son engagement progressif dans les rangs de la Montagne le rapproche des sphères dirigeantes sans lui garantir le pouvoir suprême, avant qu’il ne devienne en 1793 une figure centrale du Comité de salut public dans un contexte de crise majeure.

À l'instar de Robespierre, une légende s'est vite constituée autour de sa personne. Une polémique idéologique et politique entre historiens robespierristes et dantonistes s'est déchaînée et a culminé sous la . Pour les premiers, Danton est un politicien sans scrupules, vénal, capable de trahir la Révolution ; pour les seconds, il est un ardent démocrate, un patriote indéfectible, un homme d’État généreux.

Biographie Origines familiales et formation gauche|vignette|redresse|Marie-Madeleine Camut, mère de Danton. Huile sur toile de Jean-Louis Laneuville, musée Saint-Loup, 1793.

Georges Jacques Danton naît le à Arcis-sur-Aube, dans la province de Champagne. Il est baptisé le jour même en l'église Saint-Étienne d'Arcis-sur-Aube, son parrain étant Georges Camut, charpentier, et sa marraine Marie Papillon, fille du chirurgien Charles Papillon.

Issu de la petite bourgeoisie provinciale mêlant robe modeste et artisanat, Georges Jacques perd son père à l'âge de trois ans. Jacques Danton (1722-1762), avait exercé comme huissier de justice, avant d'acheter une charge de procureur au bailliage d'Arcis-sur-Aube. Sa mère, Marie-Madeleine, est la fille de Georges Camut, charpentier entrepreneur des ponts royaux. Seconde épouse de Jacques, dont la première femme, Marie-Jeanne Bestelot, était morte en 1753, un mois après la naissance de leur cinquième enfant, Marie-Madeleine lui donne sept enfants après leur mariage le 25 juin 1755, dont un posthume. Georges Jacques est le cinquième.

Leur mère se remarie le 24 juillet 1770 avec Jean Recordain, filateur de coton, dont elle aura quatre enfants, les trois premiers mourant en bas âge. Seul le quatrième, Jean Recordain, né le , parvient à l'âge adulte.

Selon les récits d'Alexandre Rousselin et de Louis-Robert Béon, rapportés et amplifiés par les apologistes positivistes, l'enfant aurait été nourri par une vache faute de lait maternel. Un taureau échappé se serait précipité sur l'animal au moment de la tétée et l'aurait blessé à la lèvre supérieure d'un coup de corne. Plus tard, une lutte avec un taureau lui aurait écrasé le nez, une chute devant un troupeau de porcs l'aurait grièvement blessé, et il aurait contracté la variole. Ces récits furent repris et amplifiés par Robinet qui fit paraître en 1865 son Mémoire sur la vie privée de Danton en leur conférant une fausse apparence scientifique. Les fils du conventionnel avaient constitué dès 1846 un mémoire justificatif à l'usage des historiens, que relayèrent successivement l'universitaire Arsène Danton, homonyme éloigné du conventionnel, proche de Michelet, puis les compilateurs Villiaumé et Robinet. La légende dantonienne ne s'imposa dans le camp républicain et dans l'enseignement officiel qu'aux alentours de 1890, fruit de cette longue campagne familiale relayée par l'école positiviste.

Danton est scolarisé à partir d'octobre 1772 au petit séminaire de Troyes, dont les élèves suivent les cours au collège des Oratoriens. Sa nature indépendante s'accommodant mal de la discipline de l'internat, il entre au début de l'année 1774-1775 dans la pension laïque de Troyes dirigée par M. Richard, dont les élèves suivent également les cours à l'Oratoire. Il y poursuit ses études jusqu'en classe de rhétorique, sans que l'on sache avec certitude à quelle date il quitte Troyes. De 1775 à 1779, il échappe à ses biographes.

Carrière sous l'Ancien Régime (1780-1789) et mariage (1787)

En 1780, Danton quitte sa Champagne natale pour Paris, où il entre comme clerc chez Maître Vinot, procureur au Parlement installé sur l’île Saint-Louis. L’étude traite principalement de litiges civils opposant des familles de la noblesse. Soucieux d’obtenir les titres nécessaires à l’exercice de la profession d’avocat, il se rend à Reims en 1784 et suit, d’avril à septembre, les cours de la faculté de droit. Il y obtient ses grades avant d’être reçu avocat. Il regagne ensuite la capitale. et ouvre une étude dans la rue des Mauvaises Paroles.

vignette|Portrait d'Antoinette Gabrielle Charpentier, épouse Danton, huile sur toile, musée Saint-Loup, 1793.

C’est au café du Parnasse, tenu par un limonadier à l’angle de la place de l’École et du quai du Louvre, qu’il rencontre Antoinette Gabrielle Charpentier, fille du propriétaire. Son père, François-Jérôme Charpentier, est non seulement limonadier mais aussi contrôleur des fermes. Il jouit d'une aisance confortable. Il avait lui-même amassé une fortune d'un peu plus de livres au moment du mariage de sa fille.

En 1787, année de sa première consécration professionnelle, Danton fréquente occasionnellement la loge maçonnique des Neuf Sœurs, sans toutefois figurer parmi ses membres les plus éminents. Il acquiert surtout une charge d'avocat aux Conseils du roi, auprès de Maître Huet de Paisy, qui en fait l'un des 70 collègues privilégiés de Paris, pour la somme de livres, ramenées à livres net grâce à deux créances garanties par le vendeur. Pour couvrir les livres exigées à la signature, il contracte plusieurs emprunts : livres auprès de Françoise-Julie Duhauttoir, demeurant à Troyes, et livres auprès de son futur beau-père François Jérôme Charpentier, propriétaire du café du Parnasse, avec le cautionnement de ses tantes maternelles Marie-Geneviève et Anne Camus, le reste provenant de prêteurs non identifiés. Le traité est signé le 29 mars 1787, tandis que le solde n'est réglé que le . Le 12 juin 1787, il est officiellement nommé à cette charge après un oral réputé exigeant, lors duquel il disserte en latin sur La situation morale et politique du pays dans son rapport avec la justice.

Danton et Gabrielle se marient le en l'église Saint-Germain-l'Auxerrois

Le couple s'installe au de la cour du Commerce, passage bordé de boutiques reliant la rue Saint-André-des-Arts à la rue de l'École-de-Médecine, dans un appartement de six pièces au premier étage. D’après l’État actuel de Paris de 1788, le cabinet de « M. d’Anton, avocat ès conseils » se trouve alors au de la cour du Commerce, dans un immeuble détruit en 1875 lors du percement du boulevard Saint-Germain. Il y emploie comme clerc et secrétaire deux amis, Jules Paré, son condisciple de Troyes, et François Louis Deforgues, qui tous deux devaient embrasser des carrières politiques sous la Révolution.

Le contrat de mariage du 9 juin 1787 montre que Danton ne possède alors qu’un patrimoine modeste, évalué à livres en terres et maisons à Arcis-sur-Aube. La dot de Gabrielle ( livres) sert immédiatement à rembourser les livres avancées par son beau-père, si bien que la dette nette reste d'environ livres.

Pour la rembourser, Danton doit impérativement développer sa clientèle. Sa signature tantôt « d'Anton », tantôt « Danton » reflète probablement cette préoccupation pratique. Dans un contexte où le prestige nobiliaire reste un atout commercial, la particule pouvait attirer des clients, sans qu'on puisse pour autant y voir une véritable prétention à la noblesse.

Enfin, les critiques formulées à partir de la sur les conditions d’acquisition de sa charge, parfois décrite comme peu active ou source d’un enrichissement suspect, apparaissent fragiles. Entre 1787 et 1791, au moins vingt-deux requêtes déposées devant le Conseil du roi et le Conseil privé témoignent au contraire d’une activité professionnelle réelle. La question de l’accroissement rapide de son patrimoine demeure néanmoins discutée. Danton ne déclarait que livres de biens dans son contrat de mariage de 1787, alors qu'il estimait lui-même ses propriétés à plus de livres à l'automne 1791, soit une progression d'au moins livres en six ans. Une part de cette accumulation est documentée par actes authentiques. En mars-avril 1791, avant même le remboursement de sa charge, il achète comptant pour livres de biens nationaux, ce que le seul produit de l'étude n'explique pas. Une lettre privée de Mirabeau au comte de La Marck, datée du 10 mars 1791, apporte un éclairage supplémentaire. Rédigée quinze jours avant l'achat de la ferme de Nuisement, elle signale que Danton vient de recevoir livres de la liste civile, document que Louis Blanc avait déjà jugé irréfutable.

La Révolution

Un agitateur de quartier (1789-10 août 1792) vignette|gauche|Danton croqué par David, .

En 1789, Danton habite le district des Cordeliers (devenu en la section des Théâtres-Français), dans le quartier du Luxembourg, où se côtoient libraires, journalistes et imprimeurs, et où se concentre une large part de la presse radicale parisienne. Marat et Camille Desmoulins y résident également, ce dernier dans le même immeuble que lui. C'est là que Loustallot publie ses Révolutions de Paris, Fréron son Orateur du Peuple, Brune son Journal de la Cour et de la Ville, et que l'imprimeur Momoro fabrique les pamphlets qui lancent DesmoulinsDominique Leborgne, Saint-Germain-des-Prés et son faubourg, Parigramme, 2005, p. 99.. Issu de la moyenne bourgeoisie parisienne et titulaire d'un office d'avocat aux conseils du roi, il participe aux assemblées préparatoires aux états généraux de 1789, sans être retenu comme électeur par son district, et rejoint la garde bourgeoise des Cordeliers.

Il ne laisse cependant aucune trace d'une présence active dans le mouvement prérévolutionnaire : il ne participe ni à la campagne politique liée à la convocation des États généraux, ni à la rédaction du cahier du Tiers état de son quartier, ni même aux premières insurrections. Son premier fait d'armes, dans la nuit du 15 au 16 juillet 1789, illustre d'emblée son tempérament impulsif et sa volonté de protagonisme : se proclamant capitaine d'une patrouille de la garde bourgeoise, il fait enlever sans mandat le gouverneur provisoire de la Bastille et le conduit à l'Hôtel de Ville. L'initiative, aussitôt désavouée par l'assemblée des électeurs, tourne court dès le lendemain, La Fayette obtenant la libération de Soulès. Cet épisode révèle surtout que la rue n'est pas le terrain où il exprimera son talent révolutionnaire : c'est dans les assemblées que celui-ci va s'affirmer. thumb|Illustration du "Livre des orateurs" de Louis Marie de Lahaye de Cormenin.