Sébastien Le Clerc ou Sébastien Leclerc, baptisé le à Metz (Moselle) et mort à Paris le , est un dessinateur, graveur et ingénieur militaire lorrain.
Biographie Sébastien Le Clerc reçut de son père, l’orfèvre Laurent Leclerc (1590-1695), ses premières leçons dans l’art du dessin ; il montra aussi, de bonne heure, un goût ardent pour les mathématiques, et poussa même fort loin ses études du côté de la géométrie et de la perspective. Très tôt, le jeune aquafortiste s’essaye à l’art de la gravure. Ses premiers essais furent accueillis favorablement dans sa ville natale, où il grava une vue de la ville en 1650Profil de la ville de Metz, 1650/1660, sur Limédia. (selon Jombert), alors que pour Maxime Préaud on lit 1660 ; de plus la qualité de l'estampe est supérieure à celles soi-disant réalisées par la suite. On peut donc dire avec plus de certitudes que les premières pièces sont les Quatre écrans ronds en 1654, et la Vie de saint Benoît, en trente-huit pièces, en 1658.
Malgré cet accueil encourageant, Sébastien Le Clerc ne pouvait résister à son penchant pour l’étude des sciences ; à force de démarches, il se fit attacher comme ingénieur géographe près du maréchal de la Ferté. Pendant ce temps, il exécuta plusieurs plans de forteresses du pays messin. Mais un jour il apprit qu’on avait présenté au roi un de ses dessins comme étant l’œuvre d’un autre ; il ne put se résoudre à supporter cet affront et il abandonna ses fonctions. Désirant toujours, malgré cet échec, se perfectionner dans le génie militaire, il décida de venir à Paris, pour y étudier plus à son aise et mieux cet art qu’il avait l’ambition d’illustrer. Il arriva dans la capitale vers 1665, avec des recommandations pour le peintre Charles Le Brun qui, après lui avoir fait faire quelques dessins et après avoir vu ses gravures, s’aperçut qu’il y avait en Leclerc l’aptitude d’un artiste éminent, et lui conseilla d’abandonner les sciences pour se livrer exclusivement au dessin et à la gravure. Sébastien Le Clerc écouta le conseil de ce savant peintre : dès ce jour, son parti fut irrévocablement pris.
Protégé par un artiste si haut placé, Sébastien Le Clerc n’eut pas de peine à obtenir des commandes ; les libraires s’empressaient de lui faire graver des estampes pour orner leurs livres : on le savait poussé par Charles Lebrun, chacun voulait avoir quelques-unes de ses planches. Sa réputation grandissait de jour en jour : il tenait à honneur de s’occuper de lui ; bientôt Colbert lui-même voulut s’attacher Sébastien Leclerc. Il lui donna un logement aux Gobelins, sans doute vers 1672, avec une pension de 600 écus, mais il y mit la condition expresse qu’il consacrerait exclusivement son talent au service du roi. Sébastien Leclerc accepta cette position. Colbert avait désigné, pour le remplacer dans sa charge de surintendant des bâtiments, celui de ses fils qui devint plus tard le marquis de Blainville ; Sébastien Leclerc donna des leçons de dessin et des conseils à ce jeune homme.
En 1672, le chancelier Séguier mourut. Le Brun, choisi pour faire le dessin du catafalque dressé à cette occasion, chargea Leclerc de le graver et il fut si content du travail de son protégé, qu’il présenta en même temps l’artiste et son œuvre aux suffrages de l’Académie royale de peinture et de sculpture qui l’accepta unanimement, le . En considération de ses études anciennes, il fut même de suite nommé professeur de géométrie et de perspective. L’Académie gagnait, par cette admission, un savant professeur et Sébastien Leclerc pouvait considérer que sa fortune était faite.
Sébastien Le Clerc a épousé le une des filles d’un teinturier du roi, nommé Josse Van den Kerchove, Charlotte et il eut de ce mariage dix-huit enfants dont neuf morts avant leur pèreAntoine Louis Bertrand, Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent-Josse Le Clerc, Léon Techener libraire/Jules Vic libraire, Paris, 1878, (lire en ligne), six fils et quatre filles. Un seul de ses fils a acquis un certain nom dans la peinture ; il portait le même prénom que son père et mourut en 1757. La vente de son cabinet eut lien en 1764, et mit en circulation un grand nombre de dessins et d’estampes provenant de la succession de son père.vignette|Grande galerie de Versailles (Sébastien Leclerc, eau-forte, v.1684). Aux Gobelins, Sébastien Le Clerc était contraint, à cause de la pension qu’il recevait, de travailler uniquement pour le roi ; voyant sa famille augmenter et aussi sa réputation grandir, il abandonna la pension de livres qu’il touchait annuellement et retrouva ainsi sa liberté. À partir de cette époque, on le voit travailler à un nombre considérable de planches ; il ne parait pas un livre important qui ne soit orné d’une gravure de Sébastien Leclerc ; les vignettes, les têtes de page de toutes les oraisons funèbres, sont du dessin et de la gravure de Leclerc ; les livres de piété, les romans de l’époque, fourmillent de gravures de Le Clerc ; c’était la mode d’employer son burin.
En 1684, Sébastien Le Clerc grava une planche curieuse au point de vue de l’histoire de l’art. Pendant que Le Brun dirigeait la manufacture des Gobelins, on avait coutume d’élever chaque année, en son honneur, un Mai. Sébastien Le Clerc a gravé une représentation de cette cérémonie, dans laquelle il montre l’instant où l’on dresse l’arbre immense, garni d’emblèmes flatteurs pour Le Brun ; au-dessous, il fait voir les fêtes qui accompagnent cette ascension. Cette solennité, dont peu d’historiens font mention, a trouvé dans Le Clerc un fidèle miroir et un curieux chroniqueur.
C'est à partir de 1691 qu'il apparait dans les Comptes des bâtiments du roi. Cet élément témoigne de son implication dans la haute sphère des commandes royales puisqu'il est mentionné "pour le soin et la conduit [...] de l'Académie des Gobelins". Puis, en 1693 il obtient la charge de graveur ordinaire du roi à la suite de la mort de Claude Mellan« Sébastien Le Clerc, graveur », dans Archives de l'Art français, 1853-1855, tome 3, (lire en ligne).
Le cardinal Gualterio, nonce apostolique, l'a fait chevalier romainTraité d'architecture...par Sébastien Le Clerc, Chevalier romain en 1706 suivant le pouvoir que lui a donné le pape Clément XIAbecedario de P. J. Mariette, , .. vignette|Le Cabinet géométrique de Sébastien Leclerc (eau-forte coloriée, v.1713). En 1710, Sébastien Le Clerc eut à craindre un moment de perdre la vue ; il fut obligé de suspendre momentanément ses travaux ; il les reprit bientôt, mais pour quelques années seulement. La mort l’enleva alors qu’il venait de mettre la dernière main à son Traité d’architecture qui couronnait sa carrière en finissant un traité auquel avaient tendu toutes ses études.
Par son esprit et son talent de composition, Sébastien Le Clerc est compté parmi les premiers artistes du ; sa fécondité est incomparable. Son catalogue, rédigé par Charles-Antoine Jombert, comprend pièces, et presque toutes sont de sa composition. Une intelligence remarquable, une délicatesse à graver les plus petits dessins, une certaine grandeur à traiter les sujets les plus grandioses et les plus fastueux, telles ont été les principales qualités qui lui ont été assignées ; on a pu lui reprocher quelque monotonie et parfois des inégalités dans les planches destinées à orner un même livre ; mais comment ne pas se répéter un peu lorsque l’on grave plus de trois mille pièces ? Sébastien Le Clerc doit donc être compté parmi les plus habiles graveurs à côté de Callot, d’Abraham Bosse et de Brebiette.
Les collectionneurs d’estampes ont été, de tout temps, fort désireux de réunir toutes les gravures de Sébastien Leclerc ; il a été formé un assez grand nombre d’œuvres de cet artiste. Quelques pièces introuvables, toutefois, ont fait le désespoir des amateurs : il en était ainsi du temps même de ce maître. Potier, un amateur célèbre mort vers 1757, avait commencé assez tard à réunir une collection d’estampes, et ses confrères en curiosités traitaient fort légèrement son goût pour cette partie de l’art ; chaque fois que Potier offrait de montrer ses portefeuilles d’estampes, ils se mettaient à rire, et, sous prétexte de ne pas déranger Potier, en refusaient complaisamment un tel honneur. Comprenant bien ce dont il s’agissait, et un peu mortifié de ce dédain, Potier résolut d’attirer chez lui un certain nombre de collectionneurs et de les mortifier à son tour : il va trouver Sébastien Leclerc, avec lequel il était lié, et le prie de lui graver une petite estampe à son choix. Leclerc accepte, et quelques jours après apporte à notre amateur une petite Vénus sortant de l’onde ; Potier paie la planche, retire du commerce les épreuves que Leclerc avait fait tirer pour lui, et invite ensuite les amateurs à venir voir ses nouvelles acquisitions : nouveaux rires des invités, sérieux imperturbable du possesseur. Quand on a épuisé le nouveau portefeuille, Potier présente aux curieux assemblés une petite planche qu’il vient, dit-il, d’acquérir par hasard. Chacun de se récrier : « Mais c’est de Sébastien Le Clerc ! Elle manque dans ma collection, elle m’est absolument inconnue. » On quitte l’amateur, on court chez Le Clerc : pas une seule épreuve, impossible d’en trouver dans le commerce ; Potier possède la planche et les seules épreuves tirées. Alors on revient chez Potier, on examine avec soin ses portefeuilles, on trouve ses estampes parfaites, on loue la beauté de ses épreuves, et on ne sait plus quels termes d’admiration employer.
Famille Le grand-père de Sébastien Le Clerc, Nicolas Le Clerc, est un marchand établi à Metz, comme le montre un contrat d'apprentissage chez un orfèvre de Metz du nom de Jean Darragouze établi en 1619 pour Laurent Le Clerc père de Sébastien Le Clerc. Laurent Le Clerc est mort le , à 96 ans. Il serait donc né en 1599. Il s'est marié le avec Catherine de Ronne, veuve. En 1637, il réside avec sa femme et sa fille rue Porte-Enseigne, mais Sébastien Le Clerc n'est pas né dans cette maison le Remarque : les informations données par l'abbé de Vallemont sur le grand-père et le père de Sébastien Le Clerc sont souvent de pure imagination comme l'ont montré les documents authentiques trouvés dans les archives à Metz..
De son mariage le avec une des filles de Josse Van den Kerckoven - originaire d'Audenarde - teinturier du roi aux Gobelins, Charlotte-Jeanne, décédée le , il eut dix-huit enfants - tous nés à Paris et baptisés en l'église Saint-Hippolyte - dont neuf sont morts avant leur père, six fils et trois fillesJules-Joseph Guiffrey, « Partage des biens de Sébastien Le Clerc et de ceux de sa femme entre leurs enfants. Juillet 1736 », dans Nouvelles archives de l'art français : recueil de documents inédits, 1872, (lire en ligne)« Postérité de Sébastien Le Clerc », dans Édouard Meaume, Sébastien Le Clerc et son œuvre, Baur libraire, Paris, 1877, (lire en ligne) : Catherine-Charlotte Le Clerc, baptisée le , l'aînée de la famille, se fait religieuse chez les Dames de la Congrégation de Corbeil en 1690; fille majeure en 1730, elle demeure à Paris en 1736; Sébastien Le Clerc, né le et baptisé le , premier des fils, mort aux Gobelins le , a connu une certaine réputation comme peintre. Il a été professeur de perspective de l'Académie royale de peinture et de sculpture; marié le avec Charlotte Gillot (1703-1779), il a cinq enfants parmi lesquels : Jacques-Sébastien Le Clerc, connu sous le nom de Leclerc des Gobelins, né le Jal, , ., mort le à Paris, élève de son père, il a été professeur de perspective à la manufacture des Gobelins, puis professeur à l'Académie bien qu'il n'en fut pas membre de 1778 jusqu'à sa mortArchives de l'Art français, 1851, tome 1, (lire en ligne)Édouard Meaume, , .. Il est connu comme peintre de scènes mythologiques, de scènes de genre et dessinateur. Il a réalisé les dessins de 5 volumes de la Galerie des modes et costumes françaisCrispian Riley-Smith : Jacques-Sébastien Leclerc, callec Leclerc des Gobelins