vignette|Les manifestants devant le bâtiment de l'Assemblée nationale serbe, en flammes. Les manifestations du (en et en caractères latins : ), aussi appelées révolution des bulldozers, sont un mouvement de manifestations de masse qui a lieu en Serbie à la suite des du . Mené par la coalition Opposition démocratique de Serbie et le mouvement de jeunesse Otpor, il aboutit au renversement de Slobodan Milošević le .
La révolution serbe permet la chute du régime en place à travers des actions pacifiques en utilisant de nouveaux outils techniques comme le téléphone mobile et Internet. Postérieurement, elle influence les révolutions géorgienne (révolution des Roses de 2003), ukrainienne (révolution orange de 2004) et kirghize (révolution des Tulipes de 2005). Elle fait également partie des révolutions de couleur.
Contexte vignette|200px|droite| Symbole du mouvement serbe Otpor, fondé au début des années 1990 en Serbie. À l'été 2000, Slobodan Milošević, élu président de la république fédérale de Yougoslavie pour un mandat non renouvelable, fait changer la loi électorale afin de pouvoir briguer un second mandat .. Alors qu'il peut se maintenir en place jusqu'en , il annonce des élections présidentielles anticipées pour . Peu après, le mouvement Otpor, créé en 1998 afin de lutter contre la répression du régime dans les universités, lance une campagne avec pour objectif direct de mettre fin au régime et pour le remplacer par un autre plus démocratique. Pour renforcer leur pouvoir d'action, 18 partis se rassemblent dans une coalition appelée Opposition démocratique de Serbie (DOS) ; la DOS choisit comme candidat Vojislav Koštunica, un juriste populaire mais critiqué pour son manque de charisme.
L'influence des États-Unis sur l'élection et sa campagne est également débattue. Durant les guerres de Yougoslavie, le gouvernement américain agit militairement à plusieurs reprises contre les actions du régime de Slobodan Milošević. À l'approche des élections de 2000, les autorités américaines se rapprochent des mouvements d'opposition serbes, leur procurent des financements et des instructeurs. Selon le Washington Post, les États-Unis auraient financé à hauteur de 41 millions de dollars les mouvements d'opposition : .
Déroulement
Premières phases du mouvement L'élection a lieu le . À l'issue du scrutin, la coalition DOS annonce qu'elle a remporté plus de la moitié des suffrages. La Commission électorale fédérale sous le contrôle de Milošević, de son côté, proclame qu'aucun candidat n'a obtenu la majorité et qu'un second tour est nécessaire. Le patriarche Paul de l'Église orthodoxe serbe appelle lui-même le dirigeant à admettre sa défaite et apporte son soutien à l'opposition.
Protestant contre les irrégularités électorales du régime, la DOS en appelle à une protestation pacifique massive contre le régime. L'opposition exige la démission de Slobodan Milošević avant le . Dans un discours lors d'un rassemblement à Belgrade, Vojislav Koštunica mentionne notamment l'armée et la police, leur demandant de . Très vite, le mouvement de protestation débute, avec le déclenchement de grèves. Elles sont lancées d'abord dans les médias d'État ainsi que dans les mines de la Kolubara, qui alimentent les centrales produisant plus de la moitié de l'électricité de la Serbie. Le , une grève générale est lancée dans tout le pays. Inefficace à Belgrade, elle paralyse en revanche la majorité des autres villes de Serbie, où la plupart des entreprises et administrations sont fermées et des véhicules bloquent les routes. Des rumeurs se répandent sur une possible répression violente et l'existence hypothétique de listes de militants d'opposition à éliminer, mais elles ne suffisent pas à mettre fin au mouvement, qui s'amplifie malgré la promesse de Milošević de quitter le pouvoir au terme de son mandat présidentiel, en juin 2001.
Apogée du mouvement le 5 octobre La mobilisation atteint son apogée le . Plusieurs centaines de milliers de manifestants (dont des Delije de l'Étoile rouge de Belgrade), venus de toute la Serbie, se rassemblent à Belgrade. Des convois de véhicules convergent vers la capitale et les barricades érigées par les autorités et des partisans du gouvernement sont renversées par des manifestants au volant de bulldozers. Les manifestants se rassemblent autour du palais abritant l'Assemblée nationale (place Nikola Pašić) ainsi que devant les studios de la Radio-télévision de Serbie (RTS).
La réaction policière est très limitée : les manifestants bénéficient de beaucoup de soutien au sein des forces de sécurité et leurs commandants sont en contact permanent avec les dirigeants politiques d'opposition. De plus, de nombreux agents des forces spéciales refusent d'obéir aux ordres, font défection et se retournent contre les officiers qui refusent de se joindre aux manifestants.
Rapidement, le quartier-général de la police déclare sa reddition face à la foule. L'Assemblée nationale est prise d'assaut et partiellement incendiée, tandis que les manifestants prennent le contrôle des studios de la Radio-télévision de Serbie (RTS), qui est immédiatement baptisée Novi RTS (« la nouvelle RTS »). Le surnom de « révolution des Bulldozers » provient de ce moment, un des épisodes les plus célèbres de cette révolution, lorsqu'un conducteur de bulldozer, Ljubisav Đokić, surnommé Joe, attaque avec son véhicule le bâtiment de la Radio-télévision de Serbie, perçu comme un symbole de la propagande du régime de Milošević. L'agence Tanjug diffuse un bulletin d'information proclamant Vojislav Koštunica président de la Yougoslavie.
Démission de Milošević Le lendemain, sous la pression de la population, Slobodan Milošević rencontre Vojislav Koštunica, en présence du ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov. Ce dernier promet, sans en avoir le pouvoir, qu'il ne sera pas poursuivi pour crimes de guerre s'il accepte de quitter le pouvoir. La Cour constitutionnelle révise son jugement, déclare Vojislav Koštunica président, et Milošević annonce sa démission le jour même. Le , Vojislav Koštunica est officiellement investi à la Présidence de la République.
Suites politiques Lors des élections législatives de décembre 2000, l'Opposition démocratique de Serbie remporte les deux tiers des suffrages et obtient sur les 250 que compte le Parlement. Cette victoire très large permet à l'opposition réformatrice de former un gouvernement stable. Il est mené par Zoran Đinđić, autre figure du mouvement d'opposition, qui devient Premier ministre le .
Le , accusé de fraude et d'abus de pouvoir., Slobodan Milošević est arrêté par les autorités serbes et, le , il est remis aux autorités de La Haye, afin qu'il soit jugé par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Le , il est retrouvé mort dans sa cellule.
Postérieurement, la révolution serbe d' est considérée comme ayant influencé les révolutions géorgienne (révolution des Roses de 2003), ukrainienne (révolution orange de 2004) et kirghize (révolution des Tulipes de 2005).. Elle est souvent citée parmi les « révolutions de couleur ».
Dans la culture La crise postélectorale de l'automne 2000 est représentée dans plusieurs œuvres, notamment :
Bringing Down a Dictator de Steve York, film documentaire sorti en 2002 ; The Face of a Revolution de Vladimir Milovanovic, sorti en 2012 ; Opération Sabre, série télévisée diffusée en 2024, qui revient sur l'assassinat de Zoran Đinđić et les événements qui y ont mené durant les années précédentes.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes Manifestations le 9 mars 1991 en Serbie Manifestations de 1996 et 1997 en Serbie Manifestations serbes de 2008 Manifestations en Serbie depuis 2024
Liens externes - Chronologie des événements Photographies de la manifestation du 5 octobre 2000 Document vidéo sur YouTube
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