La Société des Frères musulmans(en ; jamiat al-Ikhwan al-muslimin), raccourcie en Frères musulmans ( ; ), est une organisation transnationale islamiste sunnite fondée en 1928 par Hassan el-Banna à Ismaïlia, dans le nord-est de l'Égypte. Cette organisation panislamiste conservatrice est considérée comme terroriste par plusieurs pays (Égypte, Arabie saoudite, Russie, Émirats arabes unis, Syrie (jusqu'en 2024), Bahreïn, Jordanie).

Composée d'un appareil militaire et d'une organisation ouverte., son objectif officiel est la renaissance islamique et la lutte non violente.. contre « l'emprise laïque occidentale » et « l'imitation aveugle du modèle européen » en terre d'Islam.. Elle a rapidement diffusé ses idées dans les pays à majorité musulmane du Moyen-Orient, comme ceux de l'Afrique du Nord, ou au Soudan. Elle a également établi des instances nationales dans des pays non musulmans. Certains groupes de partisans se sont constitués en mouvements autonomes, comme le Jama’a al-islamiya ou le Hamas.

Son opposition fondamentale et parfois violente aux États nationalistes arabes a amené son interdiction ou la limitation de ses activités dans certains pays, comme la Syrie d'Hafez el-Assad, puis sous Bachar el-Assad et l’Égypte sous Gamal Abdel Nasser, pour des raisons politiques. Elle est également interdite en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, au Bahreïn et en JordanieEn Jordanie, l’interdiction des Frères musulmans, accusés de menées subversives par Laure Stephan sur lemonde.fr du 25 avril 2025.

La lutte contre l’État d’Israël est au cœur du mouvement, et le théoricien du jihad armé, Sayyid Qutb, qui entrera par la suite en rupture avec le mouvement, est pendant un temps l’un de ses membres égyptiens les plus en vue. Dans d'autres pays, les frères musulmans utilisent une stratégie pacifique pour mettre en place leur plan.

Néanmoins, ses différentes branches ont depuis condamné le recours à la violence en dehors de la Palestine. Le mouvement entretient avec les institutions promouvant le wahhabisme saoudien des relations alternant entre coopération et rivalité.

La nébuleuse des Frères musulmans, selon Xavier Ternisien, ne constitue pas une structure pyramidale centralisée mais une mouvance hétérogène, labile et multiforme, traversée de courants hétéroclites.

Après la révolution égyptienne de 2011, les Frères musulmans arrivent au pouvoir lors des premières élections législatives démocratiques et libres dans l'histoire du pays. En , le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, devient le premier président civil élu démocratiquement en Égypte. Le , un coup d'État militaire renverse puis réprime les Frères musulmans. L’Arabie saoudite, emboîtant le pas à l'Égypte, qualifie alors les Frères musulmans d’« organisation terroriste »..

En français, l'idéologie véhiculée par les Frères musulmans est appelée frérisme, et elle est relayée à travers la France par l'association Musulmans de France (MF).

Classification , on distingue quatre approches pour analyser les Frères musulmans.

La première établit un lien clair entre les Frères musulmans et des organisations terroristes telles qu’Al-Qaïda. Selon cette perspective, les Frères musulmans renonceraient à la violence pour des raisons tactiques et chercheraient avant tout à prendre le pouvoir. L’organisation est alors décrite comme un loup déguisé en agneau, collaborant avec des groupes terroristes et partageant prétendument certaines affinités idéologiques avec eux.

La deuxième approche recoupe en partie la première. Elle considère les Frères musulmans comme un groupe immuable, pour lequel une interprétation stricte du Coran et de la Sunna est fondamentale. Cette lecture attribue aux Frères musulmans un caractère supposément antidémocratique : l’organisation viserait à instaurer une théocratie islamique dans certains pays et, à terme, dans le monde entier.

La troisième approche voit dans les Frères musulmans une conspiration internationale dirigée contre l’Occident, poursuivant un agenda secret qu’ils dissimuleraient habilement. Les personnes associées aux Frères musulmans sont décrites comme une « araignée au centre de la toile » ou un « cheval de Troie », voire comparées à des tentacules. Ces images suggèrent que les Frères musulmans constitueraient un pouvoir centralisé et contrôlant. Les organisations qui leur sont rattachées adopteraient différents noms afin de brouiller les pistes.

La quatrième approche est la plus répandue parmi les chercheurs ayant étudié les Frères musulmans. Elle les considère comme une organisation pragmatique, dynamique et flexible, capable de s’adapter et d’accepter les règles du jeu politique. Les Frères musulmans exerceraient une pression sur les régimes afin qu’ils mettent en œuvre des réformes démocratiques et constitutionnelles, et se montreraient réceptifs aux revendications de la population. Les partisans de cette approche ne prétendent pas que les Frères musulmans soient une organisation libérale‑démocratique. Toutefois, ils observent des évolutions réelles, organisationnelles, largement débattues et idéologiquement structurées au sein du mouvement..

Idéologie Hassan el-Banna, fondateur de la société secrète des Frères musulmans, a défini son interprétation de l'islam en ces termes : ..

Le principal objectif des Frères musulmans est l'instauration de républiques islamiques à la place des régimes en place dans les pays à majorité musulmane tels que l'Égypte, la Libye, la Syrie, ou encore la Tunisie. Les Frères musulmans s'opposent ainsi aux courants laïques des nations à majorité musulmanes et préconisent un retour aux préceptes du Coran, impliquant un rejet des influences occidentalesPauline Delassus, « Tariq Radaman cherche une porte de sortie », Paris Match, semaine du 9 au 15 novembre 2017, pages 58-61..

La devise des Frères musulmans est : « Allah est notre objectif, le Prophète notre chef, le Coran notre Loi, le Djihad notre voie, la mort sur la voie d'Allah notre plus cher espoir ».

Pour le géopolitologue Frédéric Encel, « les wahabites considèrent les Frères musulmans comme des concurrents théologiques redoutables. Sur le fond, ils sont proches, favorables à l'application stricte de la charia, à l'exclusion des femmes, hostiles aux Juifs et à l'Occident. En revanche, ils se distinguent sur la forme. Depuis les années 1930, les Frères musulmans s'inscrivent dans la modernité, en fondant des partis, des syndicats, des associations, en participant aux élections, toutes choses que les wahabites rejettent résolument »..

Historique Fondation par Hassan el-Banna vignette|Hassan el-Banna et les Ikhwan (Égypte). L’association est fondée en 1928 par Hassan el-Banna à Ismaïlia, au nord-est du Caire. (en Égypte) après l’effondrement de l’Empire ottoman, l'instituteur égyptien racontant dans ses mémoires que six ouvriers de la compagnie de Suez l’auraient poussé à créer son mouvement en réaction au pouvoir des étrangersHassan el-Banna, Après les Frères musulmans, Le Caire, Maison de la pensée islamique, 1996, ..

Déterminé à lutter contre Hasan Al-Bannâ, (Mémoires du message et du messager), Beyrouth, éd. 1970., son mouvement débute comme une simple association locale de bienfaisance mais rapidement se donne un but politique, celui d’instaurer un grand État islamique fondé sur l’application de la chariaMarie Vannetzel, « Les Frères musulmans », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 17 décembre 2012. et affirme : Macron et Darmanin s'attaquent aux Frères musulmansL’Autriche interdit les symboles des Frères musulmans.

Lors de son premier congrès en 1933, l’organisation comptait , un an plus tard ils sont , et en 1943 la confrérie compte plus de .

L'association des Mères musulmanes, également fondée en 1928, devient en 1933 l'association des Sœurs musulmanes, puis en 1937 l'association des Femmes musulmanes. La plus connue de leurs militantes est Zainab al GhazaliVoir ainsi que Sonia Dayan-Herzbrun, Femmes et politique au Moyen-Orient, L'Harmattan, 2005, 157 p. ..

Son idéologie ne prêche alors pas le rejet de la théologie musulmane classique et des madhhab..

Création de la branche armée et participation à la guerre de 1948 contre Israël En 1935, l’organisation entre en contact avec Amin al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem, et participe à l’insurrection arabe de Palestine de 1936. En 1945, Saïd Ramadan crée une branche armée arabe de Palestine du mouvement, qui a pour objectif de combattre le mouvement sioniste. Les Frères musulmans connaissent du succès et de nombreux militants participent à la guerre israélo-arabe de 1948.

Tractations en vue d'un gouvernement d'union nationale à l'époque de Nasser En 1954, Gamal Abdel Nasser devient chef d'État en Égypte et envisage alors de constituer un gouvernement d'union nationale avec la confrérie : « Nous voulions vraiment honnêtement collaborer avec les Frères musulmans pour qu'ils avancent dans le droit chemin ». Mais, selon lui, il s'est avéré au cours des tractations politiques sur un hypothétique programme commun que le leader de Frères musulmans n'avait pas la moindre proposition en dehors d'exiger de lui que « chaque femme porte le voile en sortant dans la rue ». Raillant son amateurisme, Nasser raconte : « Je lui ai répondu que c'était revenir à l'époque où la religion gouvernait et où on ne laissait les femmes sortir qu'à la tombée de la nuit » (sous-entendu : à cause des agressions sexuelles). Et de l'interpeller sur ses propres contradictions : « Monsieur, vous avez une fille à la faculté de médecine et elle ne porte pas le voile. Pourquoi ne l'obligez-vous pas à le porter ? […] Si vous n'arrivez pas à faire porter le voile à une seule fille, qui plus est la vôtre, comment voulez-vous que je le fasse porter à de femmes égyptiennes ? »..

Interdictions et dissolutions en Égypte En 1948, le , l'« appareil secret » des Frères musulmans (branche paramilitaire de l'organisation appelée aussi l'« organisation spéciale ») assassine le Premier ministre égyptien de l’époque, Mahmoud an-Nukrashi Pacha. En représailles, l'organisation est interdite et son fondateur Hassan el-Banna est assassiné par les agents du gouvernement le . Le , le Premier ministre égyptien Moustapha el-Nahhas Pacha dénonce le traité anglo-égyptien. Le Royaume-Uni refuse de quitter ses bases du Canal et des émeutes violentes, actes de guérillas, sabotage de la part des Frères musulmans, des communistes et de la police égyptienne envers les Britanniques et la répression de ces derniers font des centaines de morts dont britanniques jusqu'en ...