Nicolas Mikhaïlovitch de Russie (en russe : Николай Михайлович Романов), né le à Tsarskoïe Selo et mort le à Pétrograd, est un grand-duc de Russie de la maison Romanov qui fut spécialiste d'histoire et homme politique.
Il était docteur honoris causa d'histoire et de philosophie à l'université de Berlin, docteur honoris causa d'histoire à l'université de Moscou, président de la Société historique impériale (1909)Cockfield, 73., président de la Société de pomologie et président de la Société impériale de géographie (1892) et associé étranger de l'Académie des sciences morales et politiques de France.
Famille
C'est le fils du grand-duc Michel Nikolaïevitch et d'Olga Fiodorovna, née princesse Cécile de Bade.
Biographie
Nicolas Mikhaïlovitch de Russie était appelé par son entourage « Bimbo ». C'était un éminent historien et un homme érudit, profondément libéral et réformiste.
Enfance et adolescence
En 1862, son père fut nommé vice-roi du Caucase, et Nicolas Mikhaïlovitch s'installa avec ses parents, ses frères et sœurs à Tiflis. Le grand-duc passa son enfance et sa jeunesse en Géorgie, où il reçut une éducation spartiate.
Sa mère, qui était la figure dominante de la famille, faisait observer au sein de la famille une stricte discipline. Nicolas Mikhaïlovitch était son fils préféré, mais elle était stricte et autoritaire. Le jeune grand-duc avait toujours le désir de lui être agréable.
Comme ils avaient grandi dans le Caucase, les enfants du grand-duc Michel avaient une éducation très éloignée de celle de leurs cousins demeurés à Saint-Pétersbourg. Plus tard, ils furent considérés comme plus progressistes et plus libéraux d'esprit que les autres membres de la famille RomanovCockfield, 14.
Les fils de Michel Nicolaïevitch de Russie furent éduqués par des précepteurs. Nicolas était un élève doué qui s'intéressait aux arts, à la littérature et à l'architecture, il se passionnait également pour les questions scientifiques. Comme tous les membres masculins de la famille impériale, il fut destiné à une carrière militaire.
En 1877, il commanda un bataillon d'archers caucasiens à Tiflis et combattit à leur tête à la guerre russo-turque de 1877-1878. L'expérience de la guerre fut traumatisante pour le grand-duc qui devint pacifiste pour le restant de ses jours.
En 1882, son père fut nommé à la présidence du Conseil d'Empire et la famille revint s'installer à Saint-Pétersbourg. Nicolas Mikhaïlovitch intégra le régiment de la Garde à cheval de Maria FeodorovnaChavchavadzé, , où on le surnomma « Nicolas Égalité », car il aimait s'adresser aux soldats en les appelant « mes amis ».
Demandes en mariage refusées
En 1879, le grand-duc Nicolas, en visite à la Cour de son oncle maternel, le grand-duc Frédéric Ier de Bade (1826-1907), s'éprit de sa cousine, la princesse Victoria de Bade. L'Église orthodoxe russe interdisait les mariages entre cousins germains. Malgré cela, le jeune grand-duc de vingt ans demanda à son oncle, Alexandre II, la permission d'épouser la princesse de Bade, menaçant - en vain - dans le cas où il ne pourrait l'épouser, de rester célibataire, mais la princesse de Bade épousa Gustave V de Suède en 1881.
Il tenta donc d'épouser une princesse royale. Il eut de l'intérêt pour la princesse Amélie d'Orléans, fille aînée de Philippe d'Orléans (1838-1894), comte de Paris et de Marie-Isabelle d'OrléansCockfield, . Le grand-duc demanda la permission à ses parents d'épouser la princesse d'Orléans, mais les Romanov avaient peu de lien avec les Orléans. En outre, la princesse était catholique. Le comte et la comtesse de Paris refusèrent la conversion de leur fille à la religion orthodoxe. Amélie d'Orléans épousa en 1886 Charles de Portugal.
Trop pris par ses affaires, le grand-duc ne se soucia plus de mariage. On était convaincu au sein de la famille impériale de l'existence de plusieurs enfants illégitimes du grand-duc. Dans une lettre de 1910, le grand-duc, à 50 ans, avoue être épris de la princesse Nelly Bariatynskaïa.
Études scientifiques, recherches historiques, entomologie et pomologie
Nicolas Mikhaïlovitch de Russie avait peu d'attirance pour la vie militaire, ni de talent pour les armes. Il supplia son père de lui permettre d'entrer à l'université, mais le grand-duc Michel s'opposa fermement à cette demande. Pour plaire à son père, le grand-duc entra à l'Académie militaire où il excella dans ses études. Mais à la vie de soldat, il préférait l'étude des papillons et la recherche historique. Après son entrée dans l'armée, il finit par la haïr et fut le seul membre de la famille Romanov à démissionner de l'armée.
Dès sa prime jeunesse, il portait un grand intérêt à la botanique. Il collectionnait les papillons rares, dont il fit don à l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, et publia dix volumes intitulés Les Discussions sur le Lepidopterea. Il engagea l'entomologiste Hugo Theodor Christoph (1831-1894) pour s'occuper de sa collection. Une autre matière scientifique attirait son attention, la pomologie. Il fut nommé président de la Société russe de pomologie, et développa une nouvelle variété de mandarine sans pépins. Au cours de la Première Guerre mondiale, il publia également un livre sur la chasse, qui démontrait son intérêt scientifique pour les oies et les canards.
Nicolas Mikhaïlovitch de Russie se passionnait aussi pour la recherche historique. Son premier livre intitulé Les Collaborateurs de l'empereur Alexandre , les princes Dolgorouki fut publié en 1890. Beaucoup d'autres ouvrages suivront, dont cinq volumes de portraits sur la Russie du et du . Ces livres à dressaient les portraits des personnalités des règnes de Catherine II, de Paul et d'Alexandre . Cette œuvre monumentale comportait aussi des photographies originales de palais, de musées et de galeries d'art. De nos jours, cette œuvre est une source importante d'informations, car un grand nombre d'originaux furent détruits au cours de la Révolution russe et de la guerre.
En 1903, Nicolas Mikhaïlovitch de Russie quitta l'armée pour se consacrer pleinement à ses recherches. Nicolas II accorda au grand-duc l'accès illimité aux archives de la famille impériale et à la bibliothèque. Le grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch fut bientôt en mesure de publier plusieurs volumes (plus d'une quinzaine au total), en russe et en français sur le règne d'Alexandre . Cet important travail de recherches lui apporta la reconnaissance des historiens européens. Il enquêta sur la véritable identité du staretz Feodor Kouzmitch, et tenta de découvrir si oui ou non Alexandre se cachait derrière la personnalité du staretz. Dans ses œuvres, le grand-duc ne révélait jamais ses convictions personnelles. Ses proches rapportèrent pourtant ses pensées sur Feodor Kouzmitch. Pour le grand-duc, l'idée pouvait être tout au plus « plausible », mais il trouvait improbable que le staretz Feodor Kouzmitch fût l'empereur Alexandre.
Parmi ses autres ouvrages, on peut citer des documents historiques concernant les rapports d'Alexandre avec Napoléon, et ses liens avec son épouse.
Les travaux universitaires du grand-duc furent admirés par les historiens et les lettrés, mais certains, comme Klioutchevski (1841-1911), ne les appréciaient pas. Plus tard, les savants soviétiques évaluèrent ses œuvres, et il fut le seul membre de la famille impériale à figurer dans la grande Encyclopédie soviétique. Pendant la Première Guerre mondiale, le grand-duc termina sept volumes sur les Relations diplomatiques (études de 1808 à 1812). En 1915, une seconde publication sur Alexandre parut en deux volumes. Nicolas Mikhaïlovitch avait une passion presque enfantine pour les recherches et les nouvelles découvertes, et son enthousiasme n'avait pas de limites. La Société impériale historique demanda au grand-duc d'écrire plusieurs articles pour leur dictionnaire, et il développa alors une nouvelle passion : l'écriture.
Son rang dans la famille impériale lui permettait l'accès à des documents d'archives inaccessibles au public, qu'il avait le privilège de pouvoir emporter chez lui. Il accumula également une vaste bibliothèque dans son palais de Saint-Pétersbourg, et dans son domaine de Borjomi où il aimait travailler en toute quiétude. Son immense fortune lui permettait aussi de se doter d'un certain nombre d'assistants, ce qui était à cette époque un luxe rarement accessible aux historiens. Son aide de camp, Constantin Brummer fut l'un de ses plus précieux collaborateurs dans ses recherches historiques. Présent dès ses premières années dans l'armée, son aide de camp resta jusqu'au bout son ami le plus fidèle.
Au moment où le poste de président de la Société impériale de géographie devint vacant en 1892, Nicolas Mikhaïlovitch de Russie fut investi de cette fonction. Jamais pourtant le grand-duc ne publia d'ouvrages scientifiques concernant cette discipline. Il fut nommé président de la Société historique en 1899, car depuis longtemps déjà le grand-duc était considéré comme un historien de renom. Il tint ses fonctions avec beaucoup de sérieux, sa participation fut très importante, même pendant la première année de la guerre. En 1916, le grand-duc prit part à un comité de planification concernant l'anniversaire de la naissance de l'empereur Alexandre II, dont la célébration était prévue pour . En , le grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch fonda une Commission d'archives, afin de coordonner et de fournir une assistance aux archives historiques locales.
Francophile et francophone, le grand-duc fut élu, en , associé étranger de l'Académie des sciences morales et politiques de France.
Le grand-duc Nicolas rassembla une importante collection d'objets historiques, principalement des peintures et des miniatures représentant des personnalités. Il recueillit également des objets d'art français, comme le portrait de Napoléon peint par David. Ce portrait était dans son palais. Lors de la Révolution russe, il le cacha dans le sous-sol du palais, puis, en contrebande, le fit sortir de Russie à destination de la Finlande. Le grand-duc organisa également des expositions artistiques, comme celle de 1905 au célèbre palais de Tauride de Saint-Pétersbourg.
Il a aussi été franc-maçon, appartenant à la loge du Grand-Duc de 1907 à 1917, et il a atteint le et dernier degré du Rite écossais ancien et acceptéNina Berberova, Les Francs-maçons russes du XXe siècle, Actes Sud, Arles, 1990, pp. 222-224..
Physique et personnalité de Nicolas Mikhaïlovitch de Russie thumb|left|300px|Le palais des Romanov à Likhani commandé par le grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch dans les années 1890, aujourd'hui résidence d'été du président de la Géorgie Nicolas Mikhaïlovitch était un homme de grande taille et de forte corpulence. Ses yeux étaient de couleur foncés, et il portait une barbe triangulaire. Il devint chauve dans sa jeunesse. Bien qu'il ne fût jamais marié, il aimait les enfants. Selon sa nièce, la princesse Nina de Russie, le grand-duc fut le père de plusieurs enfants illégitimes.
Lunatique et excentrique, il était aussi d'un caractère acerbe et cynique. Il possédait également un esprit vif, parfois puéril, et un grand sens de l'humour. Ses facéties et ses blagues amusaient. Compte tenu de ses opinions politiques libérales, il se considérait comme un socialiste. Son caractère ouvert et facile le plaçait sous l'étiquette de « libéral ». Dans son régiment, le grand-duc considérait ses hommes comme ses égaux, et il les appelait « mes amis ». La prétention des classes le troublait et il s'inquiétait surtout à l'idée d'être « au-dessus des hommes ». Ses soldats l'aimèrent profondément et firent l'éloge. Le grand-duc recevait des intellectuels de tous horizons politiques et engageait de longues discussions avec eux.