Charles Michel-Ange Challe, né à Paris le et mort le est un peintre, dessinateur et architecte français.
Élève de Boucher et Le Moyne, il est l’un des peintres les plus appréciés de son époque et connait un immense succès à travers l’Europe. Ses dessins d’architecture dans le style de Piranèse contribuent à le faire nommer en 1764 dessinateur de la chambre et du cabinet du roi, charge pour laquelle il produira de nombreuses architectures éphémères pour les fêtes et grandes pompes funèbres royales.
Il joue un rôle essentiel dans la transition entre le style rococo ou rocaille et classique et sera l’un des contributeurs essentiels à la création de l’esthétique connue sous le nom de style Louis XVI.
Les premières années (1718 – 1742)
Charles Michel-Ange Challe est né à Paris d’une famille modeste de . Il étudie d’abord l’architecture auprès du moine dominicain Frère André avant de rejoindre l’atelier de François Lemoyne, alors au somment de sa gloire. Après le suicide de ce dernier en 1731, il devient l’élève de François Boucher dont il deviendra l’ami et dont la technique l’influencera durablement.
En 1738, il tente une première fois le prix de Rome et arrive second. Il sera de nouveau candidat en 1740 et 1741, année où il reçoit le grand prix pour sa Guérison de Tobit. Parmi les membres du jury on compte Nicolas de Largillière et Charles van Loo. Son frère, Simon, remporte la même année le deuxième prix de sculpture.
Les années romaines (1742 – 1749) Il arrive à Rome le en qualité de pensionnaire du roi à l’Académie de France à Rome. Sous la direction de Jean-Francois de Troy, il va réaliser des copies des Stanze de Raphael au Vatican afin de les envoyer aux Gobelins comme cartons pour des tapisseries. Challe réalise en particulier la copie de La Rencontre entre Léon Ier le Grand et Attila. Il profite de son séjour pour parcourir l’Italie dont il rapportera quantité de dessins d’architecture et de paysages.
En Campanie, il visite Herculanum et s’aventure jusque dans le cratère du Vésuve, alors actif, dont il rapportera un traité scientifique.
Dans le cadre de l’Académie de Rome, il joue également un rôle prépondérant dans l’élaboration de décors festifs, ou farandoles, dans le cadre du carnaval de 1748 et est amené à collaborer avec les architectes Louis-Joseph Le Lorrain, Ennemond-Alexandre Petitot et Charles-Louis Clérisseau qui vont renforcer sa manière néoclassique. Le succès de ces initiatives jouera un rôle non négligeable dans son appointement comme responsable des Menus Plaisirs quelques années plus tard.
Il reste à Rome sept ans alors que la durée normale d’un s’jour n’était pas supposée dépasser trois années.
Mais c’est surtout par ses dessins de monuments dans le style de Piranèse que cette période va marquer l’œuvre de Challe. L’influence du grand dessinateur sur l’Académie de France, voisine de l’atelier où ses œuvres étaient gravées, est connue. Tout au long de sa carrière, Challe produira un grand nombre de dessins de très grande qualité dans le goût de Piranèse et travaillera à la traduction en français de ses ouvrages théoriques.
Il conçoit des temples, des arcs de triomphe, des groupes sculptés monumentaux, des ponts pour lesquels il fait appel à nombre de motifs monumentaux : colonnes, urnes funéraires, obélisques.
Les grandes années (1749 – 1764) De retour à Paris en 1749, il va connaître un succès important et devenir l’un des peintres les plus en vue. En 1752, il devient membre agréé de l’Académie royale de peinture et de sculpture puis devient académicien deux années plus tard. En 1758, il est nommé professeur de perspective en remplacement de Sébastien Leclerc. Sa pièce de réception à l’Académie, L'Union des Arts de Peinture et de Sculpture par le DessinConservé au château de Fontainebleau, après avoir orné le plafond de la salle des séances de l'Académie royale au palais du Louvre., va orner le plafond de la salle de séances.
Peintre prolifique, il produit de nombreuses pièces, montrant l’influence qu’ont eu sur lui François Boucher et Nicolas de Troy (Les Charmes multipliés, Le Berger couronné), qui connaissent un succès considérable en France mais aussi en Prusse, dans tous les états allemands, en Angleterre et en Russie. De nombreuses cours européennes l’invitent sans succès. Les meilleurs de ses œuvres sont gravées (Jupiter et Léda, gravé en 1761 par Jean-Baptiste Tillard).
Il expose au salon de 1753 et continuera à participer les années suivantes, aux côtés de Jean Siméon Chardin, Étienne Jeaurat, Jean-Marc Nattier, Jean Restout, Louis Tocqué, Louis-Michel et Charles van Loo. Il présente des scènes religieuses (Saint Sébastien, Jugement Dernier, Ascension), d’histoire (Lucrèce et Brutus, Mort de Cléopâtre) ainsi que des portraits (Mignot, sculpteur du roi).
Mais ses travaux pour le salon vont lui valoir en 1763 de violentes critiques de Diderot après des éloges sur son Socrate sur le point de boire la ciguë en 1761 : Sa Venus endormie est très appréciée en particulier à la cour : En 1765, il présente une toile monumentale : Hector entrant dans le palais de Pâris qui lui vaudra d’unanimes critiques négatives et le dissuadera d’exposer les années suivantes.
Il continue néanmoins à être très fortement sollicité et devient un des peintres les plus chers de son temps. Il décore de nombreuses églises (Oratoire du Louvre, Couvent des Feuillants, Saint-Hippolyte et Saint-Roch à Paris) et hôtels particuliers (hôtels du Palatin de Lituanie, de Soyecourt, de Malte, du duc de Praslin, du duc d’Aiguillon.)
Dessinateur de la chambre et du cabinet du Roi (1764 – 1778) À la mort du sculpteur et ornemaniste René Michel Slodz en 1764, il est nommé, par lettre patent du , dessinateur de la chambre et du cabinet du roi, poste qu’il obtient grâce au soutien du duc d’Aumont face à d’autres brillants candidats (de Wailly, Bocquet, Géraud). Cette charge est alors importante à la cour : Il va s’illustrer en particulier dans les premières années par les architectures éphémères qu’il crée pour les grandes pompes funèbres à un moment où le goût est en transition vers le néoclassicisme « à la grecque ». Ainsi il conçoit les monuments de l’infant Philippe de Bourbon, duc de Parme puis de Louis, dauphin de France, Stanislas Leszczynski, roi de Pologne, Elisabeth Farnèse, reine d’Espagne, la dauphine Marie Josèphe de Saxe, la reine de France, Charles-Emmanuel III de Savoie puis enfin du roi Louis XV lui-même. L’étiquette du moment veut en effet que les grandes pompes funèbres « corroborent l’élaboration d’une rhétorique s’attachant à composer une sorte d’éloge funèbre figuré obéissant en outre à une "géographie" précise », celle de l'espace cérémoniel. Elles constituent un pendant figuré, monumental et décoratif, à l’oraison funèbre.
Le dessinateur du roi crée aussi les décors pour les autres cérémonies royales : entrées, mariages, lits de justice, fêtes et divertissements. En 1770, il crée le décor éphémère du mariage du dauphin, futur Louis XVI et de Marie-Antoinette à Versailles et à l’Orangerie avec l’assistance de Moreau le Jeune qui lui succédera : Il est le premier à faire graver ses dessins, ce qui nous permet de redécouvrir aujourd’hui cette partie moins connue de l’art français du , toutes les réalisations des Menus Plaisirs ayant été démantelées aussitôt l’occasion passée.
Les dernières années En , Challe vieillissant est nommé chevalier de l’ordre de Saint Michel et anobli. Il est comblé d’honneurs et reçu à l’académie des sciences et des beaux-arts de Lyon.
Il a épousé en 1762 Madeleine-Sophie Nattier, la plus jeune des filles de Jean-Marc Nattier et Marie Madeleine de la Roche, dont il n’a eu aucun enfant.
Dans les dernières années de sa vie, il travaille à un projet d’agrandissement de la ville de Marseille qui est d’abord approuvé par Turgot, ministre de la Marine avant d’être abandonné. Sa santé déclinante ne lui permet pas de participer activement au décor du sacre de Louis XVI à Reims en , qui sera réalisé par son assistant Moreau le Jeune. Il meurt le des suites d’une violente fièvre, à l’âge de 59 ans.
Au-delà de son œuvre peint et gravé, il laisse de nombreux ouvrages, pièces en vers, œuvres dramatiques, récits de voyage et traductions de Piranèse, sans oublier son essai scientifique sur le Vésuve mais aucune ne sera publié sous son nom et il est difficile de tracer ses noms d’emprunt.
Œuvres
Peintures Chronologie Guérison de Tobie, 1741, École des Beaux-Arts de Paris Vénus et Amour, 1752, 98 x 150 cm, musée du Louvre, ParisAncien dessus-de-porte chantourné, don en 2013 de Christian et Nathalie Volle par l'intermédiaire de la Société des amis du Louvre.. Danaé, 1752, 97 x 152 cm, musée du Louvre, ParisAncien dessus-de-porte chantourné, don en 2013 de Marie-Catherine Sahut par l'intermédiaire de la Société des amis du Louvre. Le Génie qui unit la Peinture et la Sculpture, 1753, château de Fontainebleau La Résurrection, entre 1754 et 1758, , musée national des beaux-arts du Québec Le Repas d'Emmaüs, entre 1754 et 1759, 117 x 126 cm, musée national des beaux-arts du Québec Le Christ et le centurion , 1758, église Saint-Roch, Paris La Mort d'Hercule, Salon de 1763
Dates non documentées Chartres, musée des Beaux-Arts : Joueuse de guitare, toile, , collection Courtois Dijon, musée Magnin Vue de l'intérieur du Colisée, dessin préparatoire ; Vue des souterrains du Colisée, dessin préparatoire. Château de Fontainebleau : Louis XV glorifié par la Peinture et la Sculpture, plafond du petit salon Louis XV Lyon, église Saint-Bruno : Le Mariage de la ViergeSt-Bruno biographies artistes.. Paris Église Saint-Médard : La Religion invitant à ses saints mystères ; Académie : La Mort de Didon, décoration du plafond. Jupiter et Léda, collection particulière, New York.
Dessins
Figure drapée assise, pierre noire, rehauts de blanc sur papier bleu, H. 0,362 ; L.0,498 m. Paris, Beaux-Arts de ParisSous la direction d’Emmanuelle Brugerolles, de l’alcôve aux barricades de Fragonard à David, Beaux-Arts de Paris les éditions, 2016, p.56-59, Cat. 13. Dans un cadre intemporel une figure drappée contemple l'arche d'un pont. Le point de vue en contre plongée, les eaux torrentueuses, la frontalité de la voûte, les arbres courbés dont les branches débordent de la rive et le regard du personnage solitaire et contemplatif confèrent à ce paysage un caractère dramatique tempéré par le cadrage serré. Personnages dans un paysage, pierre noire, lavis d'encre de Chine et craie blanche sur papier bleu, H. 0,302 ; L. 0,491 m. Paris, Beaux-Arts de ParisSous la direction d’Emmanuelle Brugerolles, de l’alcôve aux barricades de Fragonard à David, Beaux-Arts de Paris les éditions, 2016, p.56-59, Cat. 14. La forte opposition entre les ombres et la lumière contribue à donner à ce paysage une atmosphère mystèrieuse et une majesté paisible. Ce dessin semble s'inscrire dans un travail de reprise en atelier d'études faites d'après nature.
Gravures d'après Challe Jupiter et Léda, gravé par Jean-Baptiste Tilliard, Musée Teyler, Haarlem. La Mort de Cléopâtresites.univ-provence.fr, 1770-1778, gravure sur cuivreGravé par Jean-Baptiste-Michel, Bibliothèque nationale du Portugal, Lisbonne. Description du mausolée érigé en l'abbaye royale de Saint-Denis le pour les obsèques de Louis XV, le Bien-Aimé, roi de France et de Navarre, quatre planches gravées par Louis-Simon Lempereur sur les dessins de Charles-Michel-Ange Challe, P.R.C. Ballard, Paris, 1774.
Notes et références
Pour approfondir
Bibliographie La liste est classée par ordre chronologique de date de publication. Journal de Paris, numéro 154, ;
Dictionnaire Bénézit, édition française de 1939 ; Richard P. Wunder, « Charles Michel Ange Challe, A Study of his Life and Work », in Apollo, ; Allgemeines Künstlerlexikon, K.G. Saur , München / Leipzig, K.G. Saur Verlag, 1992 ;