(en espagnol ), né le à Valladolid et mort le au palais de l'Escurial, dit le Prudent, est le fils aîné de Charles Quint et d'Isabelle de Portugal. Il hérite du duché de Milan en 1540, vacant depuis la mort de . Entre 1554 et 1556, son père commence à abdiquer progressivement ses différents titres, Philippe devient alors roi des Espagnes, de Naples et de Sicile, ainsi que souverain des Pays-BasEn fait, il est séparément à la tête de chaque province des Pays-Bas : formellement, il est duc de Brabant, comte de Hainaut, comte de Flandre, etc.. Il devient également roi de Portugal et des Algarves en 1580, le premier de la maison de Habsbourg à la suite de l'extinction de celle d'Aviz, réunissant ainsi les couronnes ibériques sous son autorité. Il est roi jure uxoris d'Angleterre de 1554 à 1558 par son mariage avec Marie Tudor.

En tant que roi d'Espagne, il est à la tête des possessions espagnoles d'outre-mer, principalement en Amérique, qui lui assurent des ressources considérables, grâce aux mines d'argent du Mexique et du Pérou.

Se voulant le défenseur de la religion catholique, connaît un succès majeur dans la lutte contre les Ottomans musulmans avec la victoire de Lépante en 1571. En revanche, la lutte qu'il mène contre le protestantisme connaît plusieurs échecs.

Son règne est en effet marqué par le soulèvement des Pays-Bas à partir de 1566-1568, qui aboutit en 1581 à la sécession des Provinces-Unies, bastion du calvinisme, dont son armée limite l'ampleur par la reconquête d'Anvers en 1585Un autre succès espagnol important, postérieur au règne de , est la reprise d'Ostende en 1604., sans pouvoir reconquérir les sept provinces du nord, notamment la Hollande et la Zélande ; puis par la guerre contre l'Angleterre qui débute en 1585 lorsque la reine Élisabeth décide de s'allier avec les Provinces-Unies, en raison justement de cette reprise d'Anvers.

Simultanément, intervient en France, alors en proie aux guerres de Religion (1562-1598), notamment durant la huitième (1584-1598), pendant laquelle il soutient la Ligue catholique contre l'héritier présomptif de , le protestant Henri de Navarre. Celui-ci, soutenu par les protestants, mais aussi par de nombreux catholiques modérés (Montaigne notamment), devient pourtant roi de France en 1589, après qu'un moine fanatique a assassiné , et réussit à s'imposer face aux ligueurs et à l'armée espagnole, qui occupe une partie de la Bretagne, obligeant Philippe à signer le traité de Vervins (), après avoir établi un régime de tolérance religieuse par l'édit de Nantes (). Ce nouvel échec met fin à tout espoir de reconquérir les Provinces-Unies.

La mémoire de est entachée par une légende noire, qui est pour une part le résultat de la propagande de ses ennemis protestants.

Biographie Jeunesse et formation (1527-1539) Origines familiales Son père, Charles Quint (1500-1558), héritier de quatre maisons souveraines (les dynasties de Castille, d'Aragon, de Valois-Bourgogne et de Habsbourg) est l'homme le plus puissant d'Europe occidentale : depuis 1516 roi de Castille et d'Aragon (héritage des Rois catholiques et de sa mère Jeanne la Folle), et détenteur de leurs possessions, notamment dans le Nouveau Monde, il est aussi souverain des Dix-Sept Provinces des Pays-Bas depuis 1516 (héritage de son père Philippe le Beau, petit-fils du duc de Bourgogne Charles le Téméraire), chef de la maison de Habsbourg depuis 1519 (héritage de son grand-père, l'empereur Maximilien d'Autriche) et est enfin élu lui-même empereur en 1520, sous le nom de Charles Quint ().

La mère de Philippe est la fille du roi de Portugal (1469-1521), l'infante Isabelle (1503-1539), que Charles Quint a épousée en 1526.

Avant de se marier, Charles Quint a eu une fille d'une Flamande, Jeanne van der Gheynst : Marguerite (1522-1586), future duchesse de Parme, née à Audenarde et élevée aux Pays-Bas à la cour de Marguerite d'Autriche (tante de Charles Quint), puis de Marie de Hongrie (sœur de Charles Quint).

Philippe aura encore deux sœurs légitimes Marie (1528-1603), et Jeanne (1535-1573), toutes deux nées à Madrid, et un demi-frère beaucoup plus jeune, fils de l'Allemande Barbara Blomberg, Juan d'Autriche (vers 1545-1578), né à Ratisbonne.

Naissance et baptême Philippe naît dans le , à Valladolid, en Vieille-Castille.

Il reçoit le titre de « prince des Espagnes » (principe de las EspañasLe pluriel se réfère au fait que l'union des royaumes de Castille et d'Aragon est récente, puisqu'elle résulte du mariage des grands-parents maternels de Charles Quint, les Rois catholiques ; elle devient effective au début du lorsque la mère de Charles Quint, Jeanne la Folle, reine de Castille en 1504 devient reine d'Aragon en 1516.).

Sa naissance est célébrée par plusieurs jours de fêtes et de joutes par les armées de l'empereur. Il est porté sur les fonts baptismaux par , par le duc de Bejar et par sa tante, Éléonore de Habsbourg, sœur de Charles Quint ; selon la tradition, on lui donne pour nom de baptême celui de son grand-père paternel, Philippe le Beau (mort prématurément en 1506).

Éducation Il reçoit une éducation soignée. Le gouverneur de la maison du prince, qui supervise son éducation, est don Juan de Zúñiga, grand commandeur de l'ordre de Santiago. Sa formation intellectuelle et morale est confiée à plusieurs précepteurs : le mathématicien Pedro Sanchez Ciruelo, l'humaniste Juan Ginés de Sepúlveda, le recteur de l'université de Salamanque, Fernán Pérez de Oliva, le futur archevêque Juan Martínez Silíceo. Charles Quint propose même ce poste au plus grand humaniste du temps, Érasme, qui décline la proposition.

Le prince apprend les langues en usage dans ses futurs États : l'espagnol, le portugais, l'italien et le français, dans lequel il avait cependant des réticences à s'exprimer en raison de son fort accent, ainsi que le latin, langue de l'Église catholique et des humanistes. Dans l'ensemble, sa formation est principalement espagnole, malgré les pages italiens et néerlandais qui l'entourent.

Son précepteur Juan de Zúñiga prend soin de lui faire pratiquer les exercices considérés à l'époque comme nécessaires à un noble : la chasse, la joute équestre, la musique et la danse. . Autre point essentiel : la pratique quotidienne du lourd cérémonial de cour de ses ancêtres ducs de Bourgogne, importé des Pays-Bas par son père (Charles Quint, né à Gand, a été élevé à la cour de Bruxelles).

Le prince (1539-1555) Débuts dans le gouvernement (1543-1545) Philippe fait ses premières armes dans le gouvernement en 1543, à seize ans, comme régent en l'absence de son père.

À la suite de la révolte des Communautés de Castille (1520-1521), Charles Quint a pris l'habitude, quand il doit quitter l'Espagne, de désigner un membre de sa famille comme régent. Jusqu'à sa mort en 1539, c'est son épouse Isabelle de Portugal qui a été choisie ; en 1543, l'empereur attribue cette fonction à Philippe, mais comme il n'a que 16 ans, il installe à ses côtés un conseil de régence présidé par le chancelier et inquisiteur général Juan Pardo de Tavera. L'empereur donne en outre des instructions précises à Juan de Zúñiga pour guider son fils dans cette première responsabilité.

Premier mariage : Marie Manuelle de Portugal (1543-1545)

Pour renforcer ses liens avec le Portugal, l'empereur, veuf d'Isabelle de Portugal, marie son fils, à peine âgé de 16 ans, à l'infante Marie Manuelle (1527-1545). Les fiancés, issus de mariages entre deux fratriesCharles Quint est le frère de Catherine de Castille, épouse de , qui est le frère d'Isabelle de Portugal., sont doublement cousins germains. Le mariage a lieu le à Salamanque.

Marie-Manuelle meurt deux ans plus tard, quelques jours après avoir donné le jour à un garçon, don Carlos (1545-1568), au destin assez pitoyable.

Duc de Milan (1546) et héritier présomptif des Pays-Bas (1549) En 1546, Philippe est officiellement placé à la tête d'un État, le duché de Milan.

Depuis la mort de en 1535, le duché est en effet vacant et, en tant que fief impérial, est retourné à l'empereur, qui doit désigner un nouveau duc. Charles Quint a retardé sa décision afin de disposer de ce fief en cas de nécessité diplomatique. Au bout de dix ans de temporisation, avec des projets d'investiture à un de ses neveux autrichienFils de son frère Ferdinand, régent des possessions autrichiennes des Habsbourg., ou de dotation d'une de ses filles pour épouser un fils du roi de France, l'empereur choisit, de façon inattendue, d'investir officiellement son fils.

Philippe visite le duché deux ans plus tard (1548), laissant la régence espagnole à sa sœur Jeanne (1537-1573).

Après l'Italie, il passe par le Saint-Empire puis arrive en 1549 aux Pays-Bas, dont Charles Quint détient dix-sept provincesC'est-à-dire la quasi-totalité des fiefs (impériaux) des Pays-Bas, l'exception la plus notable étant la principauté ecclésiastique de Liège, qui est cependant un protectorat des Habsbourg., regroupées depuis 1512 avec le comté de Bourgogne dans le cercle de Bourgogne. Cette même année 1549, Charles Quint donne à ce cercle des institutions spécifiques au sein de l'Empire, par une Pragmatique Sanction, en même temps qu'il désigne Philippe comme son successeur aux Pays-Bas.

vignette|Sofonisba Anguissola, , 1565-1573, huile sur toile, , musée du Prado.

Pour les cousins autrichiens de Philippe, qui ont déjà dû renoncer à leurs espoirs milanais, c'est une déconfiture de plus. L'archiduc Maximilien, fiancé à l'infante Marie, sœur de Philippe, avec une possible dotation dans l'héritage des ducs de Bourgogne, est ainsi privé de toute espérance à l'ouest de l'Europe.

Deuxième mariage : Marie Tudor (1554-1558) Philippe est donc désormais prince des Espagnes, héritier des possessions bourguignonnes des Habsbourg et duc de Milan.

En 1553, Charles Quint décide de le marier avec la reine d'Angleterre Marie Tudor (1516-1558), fille de Catherine d'AragonCatherine d'Aragon (1485-1536) est une fille des Rois catholiques, sœur de Jeanne la Folle et tante de Charles Quint., dont a divorcé en 1533, se séparant alors de l'Église catholique, le pape ayant refusé l'annulation du mariage. Comme sa mère, Marie Tudor est une fervente catholique. Marie accède au trône d'Angleterre en , succédant à , protestant convaincu.

Afin que les deux époux soient sur un pied d'égalité, Charles cède à son fils en 1554 le royaume de Naples (possession de la couronne d'Aragon), ainsi que le titre de « roi de Jérusalem ».

Le mariage a lieu le dans la cathédrale de Winchester. Le contrat de mariage donne à Philippe des droits honorifiques en tant que roi consort, mais exclut toute alliance automatique avec Charles Quint et toute nomination d'Espagnols (ou autres sujets de Charles Quint) en Angleterre..

Le règne difficile de Marie, violemment critiquée par les calvinistes, comme l'Écossais John KnoxLe surnom « Bloody Mary », en revanche, date du ., prend fin assez vite, sans qu'elle ait eu d'enfant. C'est la fille d'Anne Boleyn (exécutée en 1536), Élisabeth, qui lui succède.

Roi d'Espagne Abdication de Charles Quint vignette|gauche|upright=1.6|Possessions de en 1598 :

Les méridiens indiqués en gris clair sont les lignes définies par les traités de Tordesillas et de Saragosse, séparant la zone dévolue à la colonisation espagnole (en rouge) et la zone portugaise (en bleu), à l'exception des Philippines.

Le , Charles Quint abdique solennellement, dans la grande salle du palais du Coudenberg à Bruxelles, de sa souveraineté sur le domaine héréditaire des ducs de Bourgogne. Philippe obtient ainsi la souveraineté sur les Pays-Bas et le comté de Bourgogne. Trois jours auparavant, Charles Quint lui avait également transmis la place de chef et souverain de l'ordre de la Toison d'or.

Accession au trône Quelques mois plus tard, le , Philippe devient également roi des Espagnes et de leurs dépendances en Méditerranée et aux Amériques.

Règne et politique