vignette|Panorama de la rade de Cherbourg, depuis le fort du Roule.

La rade de Cherbourg, située sur la commune française de Cherbourg-en-Cotentin dans le département de la Manche, est la deuxième plus grande rade artificielle du monde après celle de Ras Laffan au Qatar, avec une superficie d'environ .

Sa construction commence en 1783 ; la digue centrale est achevée en 1853, et elle est pourvue de trois forts en 1860. La digue de l'Est est commencée en 1890 et achevée en 1895. Elle est construite à quatre kilomètres de la côte, la digue du large est longue de , avec une largeur moyenne de à sa base et à son sommet, et une hauteur de . L'ensemble des trois digues qui la compose cumule plus de six kilomètres de longueur.

On accède à la grande rade par deux passes principales : la passe de l'Est large de empruntée par les ferries et les navires de faible tirant d'eau ; la passe de l'Ouest large de et profonde de minimum à marée basse. Une troisième, secondaire, implantée sur la digue de Colignon, est large de .

Histoire vignette|La rade de Cherbourg en 1776. Place forte stratégique depuis plusieurs siècles, Cherbourg dispose d'un château depuis le qui protège le Cotentin du large. Au , Vauban lance une fortification de la ville, avant que celle-ci ne soit finalement rasée peu de temps après sur ordre de Louvois. Imaginé depuis longtemps, le projet d'un port militaire est lancé par . En 1692, plusieurs navires de la flotte de l'Amiral de Tourville sont détruits, dont Le Triomphant à l'entrée du port, L'Admirable sur les Mielles, et le Soleil Royal, vaisseau amiral, sur la pointe du Hommet, lors de la bataille navale de la Hougue, mettant en lumière le manque de défense de la ville.

vignette|droite|Le projet de Cessart pour la rade.

En 1776, à la demande de , une commission sous l'égide de Suffren, réunissant notamment Dumouriez, futur gouverneur de la place, et La Bretonnière, est chargée de choisir le port stratégique pour la défense des côtes de la Manche, entre Cherbourg, Ambleteuse et Boulogne. Le rapport de La Bretonnière considère que seul le port normand peut protéger convenablement de guerre. Dépassant les projets de Vauban, il projette la construction d'une digue de quatre kilomètres de long, entre l'île Pelée et la pointe de Querqueville. Dumouriez et Pierre-Jean de Caux de Blacquetot, chef du génie, conseillent quant à eux, une rade plus courte, allant en droite ligne de l'île Pelée à la pointe du Hommet, comme préconisé par Vauban, avec une passe centrale unique, et en mettant l'accent sur les défenses militaires. On donne finalement raison à La Bretonnière. S'agissant de l'édification, de Caux vante les mérites des caissons de maçonnerie tandis que La Bretonnière préfère le sabordage de vieux navires de guerre et un enrochement à pierres perdues. Mais furent choisis les plans de l'ingénieur Louis-Alexandre de Cessart, ceux d'un môle construit à partir de de bois de , remplis de pierres, reliés par des chaînes de fer.

À partir de 1783, trois ingénieurs vont se succéder durant les de l'édification des de la digue : Louis-Alexandre de Cessart, Louis de La Couldre de La Bretonnière et Joseph Cachin. Le premier cône selon l'option Cessart est coulé le , à un kilomètre de l'île Pelée, et la rade s'emplit des qui font la navette depuis le port du Becquet pour charger les pierres. Mais les quatre premiers cônes ne résistent pas aux tempêtes. Le , fait son seul voyage en province pour voir l'avancement des travaux et assister à l'immersion du neuvième cône. Quand en 1788, on conclut à l'échec de l'option de Cessart, les caisses sont vides, et les esprits prêts à la Révolution. On revient donc à la conception de La Bretonnière, mais en 1789-1790, Dumouriez et de Cessart quittent Cherbourg. Les subsides sont coupés en 1790, et La Bretonnière est contraint à la démission en 1792. Malgré la loi du décrétant la construction de l'avant-port militaire, tous les travaux sont suspendus cette même année, et pour dix ans.

vignette|Les travaux de la digue de l'ouest à Cherbourg. La carrière du Roule ().

En 1802, Bonaparte ordonne de reprendre les travaux de la digue, selon la méthode de La Bretonnière, en aménageant la partie centrale pour recevoir des canons. Par le décret du , il charge l'ingénieur Cachin du creusement de l'avant-port militaire qu'il qualifiera de lac de Moeris (inauguré le en présence de l'impératrice Marie-Louise), et décide de la construction du nouvel Arsenal. Le Premier consul veut faire de Cherbourg un des ports militaires principaux, visant l'invasion du Royaume-Uni. En 1803, Cherbourg est à l'abri des attaques anglaises et devient un port d'attache de corsaires.

vignette|redresse=1.6|Une vue aérienne du port et de la rade en 1944.

En 1823, Louis Benoît Fouques-Duparc succède à Cachin et suggère le maçonnage de la digue du large qui ne sera achevée que sous , en 1857 par Félix Reibell, tandis que les digues de l'Ouest (1889-1896) et de l'Est (1890-1894) sont achevées, sous la Troisième République, par Paul Minard (1858-1941), ainsi que la construction de la petite rade (jetée du Hommet, 1899-1914, et jetée des Flamands, 1921-1922). Charles Maurice Cabart-Danneville fait percer la digue Est du port de Cherbourg, la digue Collignon, pour que les pêcheurs puissent se mettre rapidement à l'abri de la rade, en cas de gros temps. La passe est devenue plus tard la passe Cabart-Danneville. Les digues de Cherbourg qui constituent depuis l'une des plus grandes rades artificielles du monde, n'ont pas été détruites par les Allemands en 1944.

Les digues La digue du Large Imaginée par l'ingénieur Louis de La Couldre de La Bretonnière en 1776, la digue du large est la plus ancienne et constitue la pièce maîtresse de la grande rade. Elle mesure entre la pointe de Querqueville et l'île Pelée, et sa construction à partir de 1783 dura plus de , avec de nombreuses interruptions. La digue, supervisée par de nombreux ingénieurs (Louis-Alexandre de Cessart, puis La Bretonnière de 1783 à 1792, Joseph Cachin de 1802 à 1813, Louis Benoît Fouques-Duparc et enfin Félix Reibell de 1832 à 1853), est bâtie sur un enrochement en pierres perdues, et, est surmontée, au dessus-de la haute mer, par un mur maçonné de blocs de granit. C'est sur cette digue que furent bâtie les trois forts de défenses : fort de l'Ouest, fort Central, fort de l'Est.

La digue de Querqueville Elle est construite entre 1890 et 1895 sous la supervision de l'ingénieur Paul Minard afin de sécuriser la rade des tempêtes et des raids ennemis. La digue, longue de , est, à partir de 1918, augmentée d'une plate-forme d'amarrage pour des pétroliers, et d'un pipeline aboutissant à des réservoirs de stockage de implantés à Hainneville. En 1944, les Alliés l'utiliseront massivement, et la plate forme, dont on peut encore voir des vestiges, sera abandonnée en 1970.

La digue de l'Est ou digue de Collignon La digue a été construite de 1889 à 1895 par l'entrepreneur parisien A. Collignon dont l'ouvrage porte le nom. Longue de , passe comprise, et large de , elle est bâtie, avec des blocs de granit extraits des carrières du Becquet, entre l'île Pelée et la plage de Collignon.

Les forts de la petite rade Fort du Homet

Le fort du Homet est bâti entre 1779 et 1786 au sud-ouest de la rade et au nord du nouvel arsenal. Il remplace une batterie du qui existait déjà à cet endroit. Il fait partie du projet de Pierre-Jean de Caux de fermeture de la rade et a coûté environ .

Comme celui de l'île Pelée, dont le plan est le même : un fort central et une enveloppe casematée mais sous la forme d'un polygone irrégulier à sept côtés, il présente trois étages de feux, mais le nombre des bouches à feu dont il peut être armé ne dépasse guère 75. Le nouveau guide du voyageur à Cherbourg publié en 1839 le décrit ainsi : . Lors des hautes mer, le fort est entièrement entouré d'eau et on y accède par une chaussée en granit de de longueur et de de largeur.

Le fort du Homet, comme celui de l'île pelée, changea plusieurs fois de nom : nommé Fort-d'Artois, à cause de la visite faite à cet ouvrage par le comte d'Artois, frère de , en ; fort de la Liberté sous la première République ; puis de nouveau Fort-d'Artois sous la Restauration jusqu'en 1830, où il reprend son nom dû à sa position du nom du rocher sur lequel il est bâti.

Après les événements de , plusieurs insurgés de Paris y furent détenus et, en 1871, des communards. La devise Liberté, Égalité, Fraternité est écrite en gros caractères sur la porte principale. L'ouvrage, devenu inutile à la suite de la construction de la digue du large destinée à protéger la grande rade, est déclassé en 1875 et ne sera pas bétonné à la fin du . En 1910-1912 son enveloppe est démolie et ses fossés comblés.

Fort des Flamands

Au sud de l'île Pelée, soit sur le littoral de Tourlaville, le fort des Flamands tire son nom de la présence jadis d'une colonie de Brabançons qui faisaient sur la côte un commerce important. Ce lieu était nommé Fief-aux-Flamands.

Décision est prise en 1841 de construire un nouveau fort pour protéger l'entrée de la passe sud, insuffisamment défendue par le fort de l'île Pelée, et pour servir de dépôt de poudre pour la Marine.

Les plans sont arrêtés en 1841 et définitivement approuvés par un arrêté ministériel du .

La construction du fort des Flamands, avec ses accessoires (magasins à poudre et établissements de pyrotechnie), commence en 1844 et se termine en 1858 ; tous ces travaux peuvent être évalués à environ .

Le fort est bâti sur le rocher des Flamands, à de la côte. Il est édifié en granite de Fermanville et en schiste du Becquet. De forme trapézoïdale, il comprend une enveloppe fortifiée dotée de cinquante-trois casemates, reliées entre elles par une galerie. Au centre de la cour, sont érigés plusieurs magasins à poudre pouvant stocker jusqu'à de poudre. Le fort est desservi au sud-est par un port de refuge.

La forme du fort des Flamands est celle d'une lunette bastionnée ayant des casemates à un seul étage au pourtour et surmontée d'une batterie barbette terrassée. Le nombre des bouches à feu dont peut être armé cet ouvrage est de 30 au maximum.

La digue des Flamands est construit devant le fort entre 1923 et 1927 et le fort est rattaché au continent. À la fin des années 70, le terre-plein des Mielles est construit et le fort perd définitivement son caractère insulaire.

Le fort est rétrocédé par la Marine, le , au syndicat du port autonome de Cherbourg.

Le fort est aujourd'hui dans un état médiocre. Les magasins à poudre ont en grande partie disparu en 1993 et la moitié de la gorge du fort a été détruite.

Les forts de la grande rade vignette|center|redresse=2.7|Plan de la rade de Cherbourg.

Fort de l'île Pelée vignette|redresse=1.3|Le fort de l'île Pelée.

Situé à l'est de la digue, sur l'île Pelée, cet ouvrage, le plus ancien construit pour protéger la rade, exécuté sur les plans des ingénieurs Ricard et de Pierre Jean de Caux, directeur des fortifications de Basse-Normandie, fut commencé en 1779 et terminé en 1784. On évalue à quatre millions de francs la somme d'argent employée pour sa construction.

Ce fort, qui présente trois étages de feux, peut être armé de à feu. En 1786, l'île Pelée fut visitée d'abord par le frère du roi , le comte d'Artois, futur au cours de son inspection des travaux de la rade, puis un mois plus tard par le roi lui-même qui baptise la citadelle « Fort-Royal »., et mit, dit-on, lui-même le feu à un gros mortier, pour donner le signal d'une décharge générale. Il est composé d'une citadelle de granite de Chausey, une fosse et d'une enceinte fortifiée.