Le lac d'Aiguebelette est un lac naturel situé en France dans le département de la Savoie en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Principal lac de l'Avant-Pays savoyard, dans l'extrémité sud du massif du Jura, il est situé à environ dix kilomètres de Chambéry, environ quarante kilomètres de Grenoble et à environ cent kilomètres de Lyon. Il possède une superficie de et est à ce titre le septième lac naturel français après le Léman (en partie), le lac d'Hourtin et de Carcans, le lac de Grand-Lieu, le lac du Bourget, le lac d'Annecy et le lac Marville (aux îles Kerguelen). Bordé à l'est par la chaîne de l'Épine qui culmine avec le mont Grelle à et à l'ouest par le mont Tournier, sa profondeur maximale est de . Au premier regard, il se caractérise par sa couleur souvent verte, alors que, dans la même région, le lac d'Annecy est plus bleu et le lac du Bourget plus souvent gris acier.
Le lac d'Aiguebelette est un lac privé qui appartient à la famille de Rivérieulx de Chambost de Lépin et à Électricité de France, qui ont confié sa gestion à la communauté de communes du Lac d'Aiguebelette. Ses rives se partagent quant à elles entre cinq communes riveraines que sont : Aiguebelette-le-Lac, Lépin-le-Lac, Saint-Alban-de-Montbel, Novalaise et Nances. Dans la partie sud du lac se trouvent deux îles, entourées de roselières.
Afin de préserver la qualité de ses eaux et de son environnement, les bateaux à moteur thermiques sont interdits sur le lac depuis un arrêté de 1976Jean-Charles Marcel, Le lac d'Aiguebelette, dans 1000 ans d'histoire de la Savoie, Avant-pays savoyard, neva éditions, 2015, , .. Il est en outre depuis mars 2015 la plus grande réserve naturelle française d'eau douce..
Géographie Situation
Le lac d'Aiguebelette est situé à l'ouest du département de la Savoie au sud-est de la France, à proximité de la Suisse et de l'Italie. Ses rives sont partagées sur les territoires des communes d'Aiguebelette-le-Lac à l'est, de Nances au nord, de Novalaise au nord-ouest, de Saint-Alban-de-Montbel à l'ouest et de Lépin-le-Lac au sud.
Il s'étend sur sur le territoire dit de l'Avant-Pays savoyard, au pied de la chaîne de l'Épine, qui le sépare de Chambéry, où se situe la préfecture du département. À quelques kilomètres à l’ouest du lac se trouve une autre barrière naturelle qu'est le mont Tournier qui délimite le bassin versant du lac.
Les eaux du lac culminent à une altitude moyenne de . L'occupation des sols du bassin du lac est majoritairement partagée entre forêts (46,8 %) et prairies (32,9 %), l'urbanisation et les cultures ne comptant pour leur part que pour respectivement 8,6 % et 3,4 %. centre|vignette|upright=1.7|Le lac et la chaîne de l'Épine vus depuis Lépin-le-Lac en hiver.
Topographie droite|250px|Carte bathumétrique du lac d'Aiguebelette (Delebecque, 1898). droite|400px|Coupe géologique simplifiée du lac d'Aiguebelette passant par Novalaise, Aiguebelette et Saint-Thibault-de-Couz.
Le lac présente la forme d'un triangle isocèle dont la rive sud constitue la base.. Sa plus grande longueur est de , sa plus grande largeur de et sa plus petite largeur de .
Selon sa bathymétrie, le lac compte cinq bassins sous-lacustres, deux monticules immergés et deux îles. Sa profondeur maximale est de et se situe relativement proche de la rive orientale, rapidement atteinte puisque située sur le versant abrupt de la chaîne de l'Épine. À l'inverse, sa partie occidentale, située sur une zone collinneuse et vallonnée, présente une topographie plus douce et moins profonde. La profondeur moyenne du lac s'établit à .
Son volume d'eau s'élève à et la carte ci-contre indique qu’il comporte trois fosses : la fosse nord, près du lieu-dit « la Combe » () ; la fosse sud-est, non loin du port d'Aiguebelette () ; la fosse sud-ouest, entre les îles et Lépin.
La surface du lac a gelé complètement lors des hivers 1909, 1929, 1941, 1942 et 1956.
Géologie Le bassin versant du lac repose sur une dominante géologique calcaire. et les deux îles qu'il compte seraient pour leur part probablement d'origine morainique.
Le lac d'Aiguebelette est bordé à l'est par des calcaires du Valanginien, une bande de molasse marine du Vindobonien et du Burdigalien, tandis que ses rives ouest sont bordées par des terrasses dont le niveau le plus bas est à et la plus élevée à , au Soujey.. Sur l'ensemble des rives se trouve en outre une ceinture presque complète de dépôts du Quaternaire d'origine glaciaire.
À la fin du Paléolithique et au début du Mésolithique, vers 9700 , un glissement de terrain affectant le rivage nord-ouest du lac forme un tsunami qui se propage à l'ensemble du lac ; la hauteur maximale de la vague est estimée à ..
Formation Le mécanisme de formation du lac d'Aiguebelette est très comparable à celui du lac du Bourget. : À l’ère secondaire (Jurassique et Crétacé inférieur), des masses énormes de sédiments se déposent en milieu marin ; À l’ère tertiaire, les reliefs commencent à sortir de la mer. Dans la fosse de Novalaise, lagune peu profonde, la molasse se dépose, le plissement amène la montagne de l’Épine et la chaîne du mont Tournier (anticlinaux) à leur altitude actuelle ; Durant la période quaternaire, le glacier würmien surcreuse une cuvette au pied de la grande faille de l’anticlinal de la chaîne de l'Épine. À cette époque, la glace atteint une altitude de plus de mille mètres, rabotant ainsi les reliefs et façonnant les cols de l'Épine et du Crucifix ; À la fonte des glaces, le lac se remplit. La moraine, au nord, les collines molassiques au sud, les anticlinaux, à l’est et l’ouest, délimitent la cuvette. L’eau va s’écouler par le point le plus bas, qui est une zone de faille dans l’anticlinal du mont Tournier.
Hydrographie vignette|Le Gua à quelques mètres du lac.
Le volume d'eau du lac d'Aiguebelette est de de mètres cubes et son bassin versant s'étend sur une surface de . Le lac est par ailleurs considéré comme un lac monomictique à dimictique du premier ordre, ce qui signifie que ses eaux de surface et de profondeur se mélangent une à deux fois par an.
Bien qu'alimenté par plusieurs menus cours d'eau, le lac ne possède néanmoins qu’un seul déversoir naturel : le Tier (aussi orthographié Tiers ou Thiers), un affluent de la rive droite du Guiers. Celui-ci trouve son origine au sud-ouest du lac au niveau du « Gué des Planches » où il constitue la limite entre les communes de Lépin-le-Lac et de Saint-Alban-de-Montbel.
Du nord au sud dans le sens senestre, ses cours d'eau tributaires sont les ruisseaux suivants :
le Gua (Nances) ; la Leysse de Novalaise (Nances) ; le Neyret (Nances) ; le Janjoux (Novalaise) ; le Luizarat (Saint-Alban-de-Montbel) ; le Bourg (Lépin-le-Lac) ; la Tuilerie (Lépin-le-Lac) ; le Moulin (Aiguebelette-le-Lac).
Parmi ceux sus-cités, les tributaires principaux du lac sont le Gua, la Leysse et la Tuilerie. Par ailleurs, si la rive orientale du lac située le long de la chaîne de l'Épine ne compte aucune embouchure de cours d'eau, des résurgences sous-lacustres issues de ce massif sont néanmoins présentes.
Climat
Voies de communication et transports vignette|RD 921d et train TER à Lépin-le-Lac.
En matière de transport routier, le lac est desservi par l'autoroute A43 reliant Lyon et Chambéry, qui le contourne par le nord et qui compte une bretelle d'accès à moins de de la rive nord du lac sur la commune de Nances. Le lac est en outre longé sur ses rives nord et ouest par la route départementale 921, complétée par la route départementale 921d qui le longe sur ses rives est et sud de manière à pouvoir en effectuer un tour complet (route du « Tour du Lac »).
En matière de transport ferroviaire, le lac est longé sur sa rive sud par la ligne de Saint-André-le-Gaz à Chambéry. Cette ligne permet la desserte du lac au travers de la gare de Lépin-le-Lac - La Bauche sur la commune de Lépin-le-Lac à l'extrémité sud-ouest du lac, et la gare d'Aiguebelette-le-Lac sur la commune d'Aiguebelette-le-Lac à l'extrémité sud-est du lac. Ces deux gares sont desservies par des trains ou des autocars du service TER Rhône-Alpes entre Lyon et Chambéry ou entre Saint-André-le-Gaz et Chambéry.
En matière de transport aérien, l'aéroport le plus proche du lac est l'aéroport de Chambéry - Savoie, situé à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau mais séparé du lac par la chaîne de l'Épine. Il permet des liaisons avec plusieurs destinations d'Europe du Nord, en particulier durant la saison hivernale. Deux aéroports internationaux sont également présents à moins de du lac : l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry et l'aéroport international de Genève en Suisse.
Toponymie Aiguebelette est un hydronyme se composant du préfixe aigue- et du français belle.. Il provient du latin Carbonaria, puis Aqua Bella, l'« eau belle » ou « la belle eau ». Le suffixe -ette ajoute la notion de diminutif. et de petite taille, ce qui conduit à une traduction de « belle petite eau ».
Le lac est à l'origine du nom de la commune d'Aiguebelette-le-Lac.
Toutefois, cette traduction est délaissée au profit de son équivalent pluriel « belles petites eaux », utilisée notamment par l'office de tourisme du lac d'Aiguebelette. ou encore par le syndicat mixte de l'Avant-Pays savoyard.. Une traduction par ailleurs également reprise dans l'ouvrage Lac d'Aiguebelette paru en 2005..
En arpitan savoyard, le lac se nomme , prononcé localement .
Histoire humaine
Légende du lac La formation du lac d'Aiguebelette et la présence des deux îles sont mentionnées dans une légende locale, rapportée en détail par M. Chevron à Louis Schaudel dans le cadre de son étude parue en 1908.
Préhistoire
Des pieux enfoncés dans des zones peu profondes, sur la commune de Lépin-le-Lac, vestiges d'habitations sur pilotis, ou « palafittes », attestent d'une présence humaine dès l'époque néolithique et l'âge du bronze. C'est au milieu du que des archéologues ont découvert l'existence de ces cités lacustres.
Les différentes campagnes de fouilles ont permis de découvrir quatre sites du Néolithique et deux de l'âge du bronzeYves Billaud et André Marguet, « Recherches archéologiques récentes dans les lacs de Savoie », La Rubrique des patrimoines de Savoie, , 2006, ..
En 2020, un père et son fils sont interpellés soupçonnés d'effectuer des recherches archéologiques interdites avec des détecteurs de métaux le long des berges, et au fond du lac munis de combinaisons de plongée. Une perquisition de la gendarmerie à leur domicile découvre pièces archéologiques, datant pour certaines de l'âge du bronze : flèches, haches, clefs ou encore statuettes..
Antiquité Des vestiges de l'Antiquité ou du Moyen Âge, un sarcophage et une pierre à deux trous ronds, que l'on a appelé « pierre à cupule », ont été retrouvés sur la Grande îleLouis Schaudel, La station néolithique du Lac d'Aiguebelette, Quatrième Congrès préhistorique de France, Session de Chambéry, 1908.. L'appellation de n'a pas été reprise par des archéologues du . En 1866, l'instituteur d'Aiguebelette, M. Chevron, mentionnait un chemin mettant en communication les deux îles.. L'instituteur Chevron avait également mentionné les vestiges d'une tour à proximité du site de Boffard. L'érudit savoyard Joseph Revil évoqua trente ans plus tard « un grand espace couvert d'une couche de ciment, vestige d'un bain romain » à la pointe nord-est de la grande-îleJoseph Revil, Excursion à Novalaise, Bulletin de la Société d'histoire naturelle de Savoie, 1897., mais l'attribution de ce site tout comme celui de la tour de Boffard à l'antiquité gallo-romaine n'est pas retenue par André Marguet dans son inventaire archéologique de 1998. Les datations effectuées par Marguet sur des pieux prélevés sur la tour de Boffard placerait ce site aux alentours de l'an mil.