vignette|Comportement social de jeunes chevaux de race Lipizzan, en Autriche.|alt=Deux chevaux gris vus de face se touchant mutuellement la tête
Le comportement du cheval est caractérisé par une longue durée quotidienne de recherche de nourriture herbivore et d'alimentation, et par une organisation sociale complexe.
Le comportement des chevaux à l'état sauvage ou semi-sauvage implique l'existence de groupes familiaux et de groupes d'animaux célibataires. Les relations intra-spécifiques (entre chevaux) montrent l'importance des amitiés entre animaux, tandis que les relations inter-spécifiques (avec les autres espèces) sont influencées par le statut de proie du cheval. Le comportement des chevaux en milieu domestique et en relation avec les êtres humains est étudié depuis une époque plus récente.
De mauvaises conditions de vie entraînent l'apparition de troubles du comportement chez les chevaux domestiques. Ces troubles aggravés du fait que peu d'êtres humains sont capables d'identifier correctement les signaux corporels émis par les chevaux, et notamment ses signaux de douleur et de stress.
Définition et concepts vignette|gauche|Approche éthologique d'un cheval semi-sauvage à Staranzano (Italie), grâce au langage corporel. L'étude du comportement des chevaux repose en premier lieu sur l'observation de ces animaux en liberté. La discipline qui étudie les actions et réactions observables et mesurables chez les chevaux est l'éthologie équine, les éthologues étant des scientifiques spécialisés dans l'étude du comportement animal. Il ne faut donc pas confondre l'éthologie équine avec l'équitation éthologique, qui s'en inspire et vise à favoriser une meilleure communication entre l'humain et le cheval dans le contexte des activités équestres..
Postures corporelles vignette|Ce cheval monté en concours de saut d'obstacles présente des signes corporels de peur et de stress. En général, cinq indicateurs corporels principaux permettent d'étudier le comportement du cheval : la position des oreilles, la position de l'encolure, la position générale du corps, la position des membres et la position de la queue. L'apparence des yeux et de la bouche donnent aussi de nombreuses indications sur l'intention de l'animal. L'examen de la tension musculaire et des parties du corps permettent de déterminer le degré d'excitation d'un cheval. Une encolure maintenue naturellement basse est signe de relaxation, tandis qu'un maintien haut est signe d'excitation. L'œil du cheval peut être fermé, mi-clos, normalement ouvert ou écarquillé.
Posture d'alerte L'une des postures les plus identifiables chez un cheval est sa posture d'alerte : elle se caractérise par le relèvement de l'encolure, l'ouverture de plus en plus grande des yeux, et le pointage des oreilles vers l'avant. La posture d'alerte s'associe à une activation du système nerveux sympathique de manière à préparer l'animal à la fuite ; un lâcher de crottins est alors typique dans cette réaction de stress.
Émotions du cheval vignette|gauche|Ce groupe de chevaux en pâture montre de nombreux signes de relaxation, notamment l'encolure basse et les yeux mi-clos. La gamme des émotions ressenties par le cheval n'est pas encore scientifiquement bien identifiée, sa peur étant l'émotion la mieux étudiée. De plus, ces émotions sont très peu reconnues, les parieurs hippiques, cavaliers et spectateurs ne prêtant généralement pas attention aux signaux émis par un cheval. Il est ainsi fréquent que des cavaliers se trompent pour attribuer un état mental à leur propre cheval, en imaginant par exemple qu'il vit une émotion positive pendant un concours alors qu'il se trouve en réalité dans un état de stress avancé.
L'anthropomorphisme, longtemps considéré comme , peut être ponctuellement utile lorsqu'il s'agit de comparer le comportement du cheval à celui de l'être humain, afin de mieux le comprendre. Il serait cependant erroné d'effectuer une analogie systématique entre le comportement du cheval et celui de l'humain, par exemple en prêtant aux chevaux des émotions et des raisonnements complexes telles que la jalousie ou la préméditation d'un acte malveillant.
Signes de peur Les signes de peur du cheval, en plus du relèvement de l'encolure, de l'écarquillement des yeux et du lâcher de crottins, incluent des sursauts, la tentative de faire demi-tour et le tremblement.
Histoire
La recherche sur le comportement animal est dominée par le béhaviorisme pendant toute la première moitié du , puis elle se scinde en deux courants, avec d'un côté l'éthologie, et de l'autre la psychologie cognitive animale, ou éthologie cognitive. L'éthologie, en tant que discipline scientifique, gagne ses lettres de noblesse grâce à Konrad Lorenz, Karl von Frisch et Nikolaas Tinbergen, cobénéficiaires du prix Nobel de médecine de 1973.
La médecine équine a longtemps eu pour unique but de soigner les maladies et les blessures, les aspects psychologiques du cheval n'ont été pris en compte que récemment. En 1968, l'éthologie du cheval reste quasiment inconnue. Les éthologues ne s'intéressent à l'étude des chevaux dans leur milieu naturel qu'à partir des années 1970 ; c'est à cette époque que James Feist observe des Mustangs des monts Pryor dans le Nevada, et note qu'il s'agit de la toute première étude du comportement du cheval sauvage aux États-Unis. L'intérêt pour l'éthologie équine grandit au cours des années 1970, l'Anglaise Stephanie Tyler observant 300 poneys de race New Forest en Angleterre pendant . En France, à partir de 1974, Patrick Duncan et son équipe observent pendant plus de 10 ans des chevaux à la station biologique de la Tour du Valat, en Camargue. Un troupeau expérimental destiné à l'observation est suivi à partir de 1972 au Haras national de Pompadour. Dans le même temps, les observations de chevaux sauvages se multiplient en Amérique du Nord, notamment grâce à Daniel Welsh qui étudie les poneys de l'île de Sable. Ces différents travaux permettent de décrire la structure sociale des chevaux sauvages, mais sont peu diffusés, si ce n'est à travers des thèses ou des articles techniques publiés dans des revues scientifiques destinées à des chercheurs. Le périodique Cheval Magazine vulgarise l'éthologie du cheval auprès du grand public durant les années 1980.
Dans les années 2000, les éthologues s'orientent vers l'étude du cheval domestique. L'éthologie équine est désormais très largement connue dans le monde équestre.
En France, les recherches en éthologie équine sont effectuées principalement par trois laboratoires : le CNRS de Rennes (station biologique de Paimpont), L'INRA de Nouzilly, et la station biologique de la Tour du Valat.
Emploi du temps du cheval
Le cheval est adapté à un biotope de steppes, impliquant de fréquentes transhumances et de longues durées d'alimentation. Il est actif autant de jour que de nuit, sa vision nocturne étant meilleure que celle de l'être humain. En plus de ses comportements alimentaires, d'abreuvement et de repos, le cheval peut aussi avoir des interactions sociales avec ses congénères.
Alimentation et abreuvement
Le cheval est un herbivore monogastrique et non-ruminant.. En liberté, il passe 60 à 80 % de son temps à s'alimenter, soit environ 15 heures par jour (à comparer aux 8 heures de pâture des herbivores ruminants). Lors des hivers rigoureux, le temps passé à s'alimenter augmente, en raison de besoins énergétiques accrus pour lutter contre le froid. Les besoins alimentaires des juments sont plus élevés pendant la gestation et la lactation..
Lorsqu'il broute, le cheval se déplace au pas ralenti, ou « pas de pâturage », à un rythme d'environ un pas toutes les sept secondes, avec la tête au niveau du sol et la queue relâchée. Le broutage est généralement divisé en trois à cinq grandes phases par jour. Le cheval peut aussi effectuer de la cueillette de feuilles, de petites branches, de baies et de fruits avec ses lèvres et ses dents ; dans ce cas, il se tient immobile, la tête levée et les oreilles orientées vers l'arrière. Lorsqu'il vit en box ou plus largement à l'état domestique, le cheval est généralement nourri deux fois par jour avec un aliment concentré complet sous forme de granulés, rapidement avalé.
Le cheval en liberté doit aussi trouver de quoi assouvir sa soif. Un cheval boit 20 à d'eau par jour, parfois plus en fonction des conditions climatiques (température, vent, humidité...), de sa taille, des efforts fournis et de la nature de son alimentation. En liberté, il s'abreuve généralement une seule fois par jour, mais cette fréquence augmente à deux fois par jour si la température est élevée et si les conditions climatiques sont sèches.
Repos La deuxième activité en durée est le repos (5 à 7 heures par jour) un peu plus chez les mâles. . Tous les chevaux d'un même troupeau ne dorment pas en même temps, afin qu'il y en ait toujours au moins un qui veille sur les autres en restant debout, et les prévienne si un danger se présente. Un cheval couché qui reste couché trop souvent peut éventuellement être malade.
Les chevaux dorment généralement côte à côte, et deux par deux.
La plus grande partie du temps de repos est en sommeil léger. Le cheval peut rester debout pendant ce sommeil léger, et peut aussi se coucher. Dans la position typique du sommeil léger, il tient l'un de ses membres postérieurs (tantôt le droit, tantôt le gauche) sur la pointe du sabot, et arbore une expression faciale de somnolence ; le rythme cardiaque est ralenti et les muscles sont détendus.
Le sommeil profond est atteint après une phase de sommeil léger ; il est bref, soit une durée de deux à treize minutes. En sommeil profond, le cheval se couche sur son sternum ou sur le flanc. Il manifeste aussi des mouvements involontaires de la lèvre supérieure, des yeux et des oreilles pendant son sommeil paradoxal. Julien Lubrano Lavadera a enregistré des vocalises de chevaux de Przewalski qui rêvent ; l'essentiel des sons enregistrés sont des appels de contact, sortes de salutations amicales. Le sommeil profond occupe deux à trois heures dans la journée.
Le cheval met du temps à se réveiller d'un sommeil profond, et fait souvent des étirements au réveil. Ces étirement sont des allongements de l'encolure ou des membres, afin de stimuler la circulation sanguine et le tonus musculaire.
Exercices et déplacements Les chevaux sauvages parcourent habituellement leur domaine vital. Les lieux de pâturage privilégiés sont fonction de la disponibilité alimentaire. Les chevaux se déplacent environ 2 heures par jour, dans la grande majorité des cas au pas, pour accéder à un point d'eau, à une zone de pâture, à un endroit abrité, etc. Il est fréquent qu'ils passent la nuit sous le couvert d'arbres, et le quittent lorsque le jour se lève.
Les déplacements se font en groupe, les chevaux se suivant en file indienne. Chaque jument est suivie de ses petits, du plus jeune au plus âgé, l'étalon du groupe fermant la marche.
Surveillance de l'environnement vignette|gauche|Ce cheval au galop et à l'encolure relevée a visiblement été surpris par quelque chose. Les chevaux passent 1 à 2 heures par jour en vigilance, chacun à son tour. Les mâles passent deux fois plus de temps à surveiller l'environnement que les juments.
Toilettage et grattage Le toilettage est nécessaire au cheval pour la bonne santé de sa peau, afin de se débarrasser des parasites. Le cheval se toilette et se gratte régulièrement, que ce soit pour soulager des démangeaisons ou des piqûres d'insectes, ou pour se débarrasser de ses poils pendant une mue. Ce comportement occupe une à deux heures par jour.
Pour se gratter, le cheval utilise tout son corps, notamment sa bouche (lèvres et dents) et ses membres (sabots), mais aussi des éléments présents dans son environnement, tels que des souches d'arbre.