La bataille de la baie d’Hudson est une bataille navale livrée le , en baie d'Hudson, près de Fort Nelson, au Manitoba, au Canada, dans les derniers jours de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, nommée aussi Première guerre intercoloniale en Amérique du Nord (1688-1697). C’est une victoire française qui permet à son auteur, Pierre Le Moyne d'Iberville, de s’emparer, après un bref siège, du Fort Nelson, poste de traite des fourrures très important pour les Anglais. Rebaptisé Fort Bourbon, l’établissement restera français jusqu’en 1713. Le contexte général en Europe et dans la région (1688 – 1696) La guerre dure depuis 1688. Elle oppose la France à la quasi-totalité des États d’Europe de l’Ouest.. Pour la France, comme pour l’Angleterre, la baie d’Hudson est un théâtre d’opération secondaireLe fait vaut pour toute la Nouvelle-France. Louis XIV semble ne jamais avoir arrêté ou même pensé une stratégie précise pour la France en Amérique du Nord. Cependant, son orgueil – et ses devoirs de roi – lui interdit de se désintéresser de ces territoires qui portent son pavillon. Reynald Abad, sous la direction de .. Cependant, les deux adversaires s’y livrent au très lucratif commerce des fourrures et chacun d’eux cherche à évincer l’autre de la région en y envoyant quelques navires de guerre et des petits contingents.. Les combats se déroulent pour le contrôle des différents postes de traite sous forme de raids venus de l’intérieur des terres et de petits débarquements.
Les engagements ont même commencé deux ans avant l’ouverture des hostilités en Europe lorsqu’une centaine de Français, partis de Québec, ont fait tomber tous les postes anglais dans la baie James et se sont même emparés d’un vaisseau (juin-).. Les Anglais ont riposté en envoyant une force de trois navires et de . En vain. Ils y ont perdu encore un vaisseau en , capturé par le jeune chef qui porte depuis le début l’essentiel de l’effort militaire : Pierre Le Moyne d’Iberville. En 1690, d’Iberville s’est lancé sur la baie d’Hudson et a encore enlevé un poste anglais (fort New-Severn), ne leur laissant que celui de Fort Nelson. En 1691, faute de moyens navals adaptés, les Français n’ont rien pu faireUn vaisseau a été envoyé : le Hasardeux (40 canons), mais son capitaine, Du Tast, a fait remarquer que son navire était très vieux, n’avait pas le doublage nécessaire à l’épreuve des glaces et que son équipage, fatigué, n’avait pas de vêtement chauds pour faire campagne dans la baie d’Hudson. ..
En 1693, la situation a semblé basculer au profit des Anglais qui ont pu, grâce à trois navires, reprendre trois forts aux Français (Kichichoüanne, Rupert et Monsipi)Deux bâtiments, pourtant, ont été mis à la disposition du « Cid Canadien » : l’Indiscret et la Mary-Sarah. Après examen, le premier navire a été jugé « extrêmement faible pour l’entreprise » et son pont incapable de supporter des pièces d’artillerie de moyen calibre ; l’autre navire n’était qu’un « méchant voilier ». L’expédition a été ajournée, ce qui a laissé toute liberté d’action aux Anglais. . Le tableau des effectifs de la flotte française en 1691 indique que l’Indiscret était un modeste brûlot de 6 canons. . En 1694, après avoir reçu deux vaisseaux de Louis XIV la situation s’est retournée à nouveauLa Salamadre (22 canons) et le Poli (34), aux ordres de deux des frères de d’Iberville : Sérigny et Chateauguay. .. Avec eux, d’Iberville est venu mettre le siège devant Fort Nelson, que son commandant, Thomas Walsh a été contraint de lui abandonner en octobre. Cette fois encore, la contre-attaque anglaise est une réussite : menée avec quatre vaisseaux et une galiote à bombe, la petite garnison, ses munitions épuisée, doit capituler en alors qu’elle était sur le point de recevoir des renforts apportés par deux vaisseaux conduits par le frère de d’IbervilleAvec le Dragon (32 canons) et le Hardi (54). ..
Mais à Versailles, où l’on suit tout de même attentivement l’évolution de la situation, on décide de faire la reconquête du poste en accordant aux Canadiens – qui ont porté quasi seuls jusqu’en 1694 l’essentiel de l’effort de militaire – des moyens plus importants, c’est-à-dire plus de navires de guerre, devenus indispensables au fur et à mesure de l’évolution de la situation. Fort Nelson est le principal point d’appui de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Cette dernière, fondée en 1670 avec monopole du commerce dans la baie, entend bien défendre ce privilège, main dans la main avec le gouvernement anglais qui lui apporte régulièrement son aide militaire.
Les préparatifs de l’expédition En , d’Iberville, qui se trouve à Plaisance, à Terre-Neuve, reçoit le commandement d’une petite escadre de cinq navires : le Pélican (44 canons), le Palmier (40), le Wesph (32) le Violent (un brigantin) et une flûte de transport armée, le Profond. . Les Anglais, qui se doutent des plans français, envoient de leur côté une petite division de quatre navires commandés par le capitaine John FletcherDictionnaire biographique du Canada, article Fletcher John. : le (56 canons), le Dering (36 canons, capitaine Grimington), l’Hudson Bay (32 canons, capitaine SmithsendDictionnaire biographique du Canada, article Smithsend Nicholas.) et un brûlot, le Owner’s Love (capitaine Lloyd). Il s’agit d’une force mixte. Seul le premier bâtiment, avec ses 56 canons, et le brûlot sont de véritables navires de guerre de la Royal Navy. Les deux autres appartiennent à la Compagnie de la baie d’Hudson et ont été armés en guerre pour les besoins de la mission. Il s’agit pour eux de ravitailler Fort Nelson puis les postes de la baie James.
Le 8 ou le , l’escadre française appareille. Le voyage est difficile. Le détroit d’Hudson est encombré d’icebergs, il y a de la brume et les courants sont violents. L’expédition y reste bloquée pendant plusieurs semaines, de même que les renforts anglais. Des deux côtés, on perd le petit bâtiment de l’expéditionLe Violent, pris entre la banquise et le Palmier est écrasé comme une coquille de noix. L’équipage réussit de justesse à être sauvé. Le Owner’s Love est victime du même incident. ; ; Dictionnaire biographique du Canada, article Fletcher John.. Les Anglais ont la chance de rester groupés alors que les courants et les glaces dispersent les navires français. Le Pélican se dégage le premier et fait route vers le sud de la baie. L’expédition est à deux doigts de capoter côté français car le , le Profond, qui n’a que 26 canons et qui transporte le ravitaillement ainsi que le matériel de siège se retrouve seul face aux trois vaisseaux anglais. Il résiste cependant en menant un difficile combat qui dure presque toute la journée. Enfin secouru par le Palmier et le Wesph, il est dégagé alors que les Anglais prennent la fuite et poursuivent vers Fort Nelson. Ce que les Français ne savent pas encore, c’est que ce combat a fait perdre aux Anglais un jour et permis à d’Iberville d’arriver le premier, le , devant Fort Nelson. Mais il est seul.
La bataille navale (5 septembre) En attendant l’arrivée de ses autres navires, d’Iberville met sa chaloupe à terre pour faire une mission de reconnaissance et prendre contact avec les Amérindiens du lieu. Le au matin, à l’embouchure de la rivière Sainte-Thérèse, appelée aujourd’hui la Hayes, le Pélican, qui n’a que 44 canons au lieu des 50 de sa dotation normale, se retrouve face aux trois vaisseaux du capitaine Fletcher : le (56 canons), le Dering (36) et lHudson-Bay (32).. D’Iberville croit au début que les trois navires qui approchent sont les siens mais il déchante rapidement lorsqu’il constate qu’ils ne répondent pas à ses signaux. Sa situation est très délicate : outre qu’il se retrouve seul à un contre trois avec 44 bouches à feu contre 124, son équipage n’est pas complet : les hommes partis en reconnaissance ne sont pas encore revenus et le voyage ayant été fort long, il y a quatre-vingt-dix scorbutiques à bord, incapables de combattre.
Payant d’audace - mais il n’a guère le choix car il ne peut pas se permettre de laisser les trois Anglais arriver jusqu’au fort - d’Iberville fait donner le branle-bas de combat et harangue les 150 hommes valides qui lui restent, lesquels lui répondent par un bravo formidable.. La bataille s’engage vers 9 heures 30.. Toutes voiles dehors, le Pélican se porte contre le Hamshire, qui marche en tête. L’Anglais, qui croit à une tentative d’abordage, fait tomber sa grande voile et oriente son petit hunier pour s’éloigner. Le Pélican engage alors le Dehring, qu’il laisse désemparé de sa grande voile après lui avoir lâché une bordée. Il tire ensuite sur le Hudson Bay, qui vient juste après. Le Hamshire, cependant, vire de bord et se porte contre le Pélican, qui combat maintenant à portée de pistolet. Les trois vaisseaux anglais accablent le Pélican (de bordées de mitraille essentiellement), lui causant de nombreux blessés et hachant une partie ses manœuvres. Le Pélican tient cependant bon plus de trois heures durant.
Sachant qu’avec l’usure du combat, le temps joue contre lui, d’Iberville tente le tout pour le tout en se portant contre le Hamshire, qui reste sous son vent. Le Pélican passe sur l’arrière de l’Anglais et l’élonge vergue à vergue. Le Hamshire délivre sa bordée de mitraille pour balayer le pont du Français, mais d’Iberville a donné ordre de pointer à couler bas. Le tir des 22 canons de 12 et de 8 livres des deux batteries du Pélican déchire les flancs du sous sa ligne de flottaisonContrairement à la tactique habituellement utilisée dans la flotte française, le Pélican n’a pas tiré ses boulets dans la mâture des bateaux adverses mais sous la ligne de flottaison. Le Hamshire s’est défendu âprement, mais curieusement en inversant lui aussi la tactique usitée par la flotte anglaise en tirant non pas sur la coque et le pont de son adversaire mais dans ses gréements.. Le vaisseau coule en quelques instants sous voile en emportant avec lui tout son équipage. Le Pélican, cependant, est totalement incapable de se lancer à la poursuite du Dering qui fuit à toutes voiles le champ de bataille. Sidéré par la destruction de son chef, l’Hudson Bay, du capitaine Smithsend, se rend au moment où il va être pris à l’abordage (ce qui permet aussi de saisir le ravitaillement et les marchandises qu’il transporte)« Celui-ci avoit des effets pour la traite du Fort de Nelson qui auroit pû produire la valeur de cinquante-mille écus en castors », selon .. Cette victoire fait entrer le Pélican dans l’Histoire car c’est aussi la plus grande bataille navale qui se soit donnée dans les eaux de la Nouvelle-FranceCanada-Québec, Synthèse Historique, Montréal, Éditions du Renouveau Pédagogique Inc, . Il n’existe aucune représentation d’époque (gravure, tableau) de ce combat. Il n’est mis en scène que dans des œuvres récentes comme ce tableau de 2008 de l’artiste Peter Rindlisbacher, utilisé par le site anglophone faraheim.com qui consacre un article à des fouilles pour retrouver les épaves. L’œuvre originale est exposée au Musée canadien de la guerre..